Toute la lyre, 1893· I
XXII. Hugo Dundas
Devant les douze lords‖ de la chambre étoilée,Hugo Dundas fut grand.Du fond d'une tribune‖ une femme voiléeL'admirait en pleurant.
Nuit, flambeaux, murs drapés,‖ blasons des deux royaumes,C'était sinistre et beau.Les douze pairs muets‖ semblaient douze fantômes,Assis dans un tombeau.
Une hache brillait.‖ Le peuple criait : honte !Le peuple et les soldats.Tous menaçaient. Mais rien‖ ne fit pâlir le comte,Le comte Hugo Dundas.
— La Révolte a troublé‖ les monts où l'aigle plane,Et vous étiez là tous.Que faisiez-vous, mylord,‖ à Dumbar, à Cartlane ?Mylord, qu'y faisiez-vous ?
— Mes pairs, j'ai défendu‖ le roi que mon cœur nomme,Mon clan, mon étendard.J'aime l'aigle et le roi,‖ car je suis gentilhommeEt je suis montagnard. —
Ainsi le juge austère‖ et le comte superbeSe parlaient dans la tour.Heureux le bon soldat‖ qui meurt, couché sur l'herbe,En plein air, en plein jour !
La cour se retira.‖ — L'on voyait dans la salleLe peuple fourmiller.Enfin l'aube apparut‖ comme une vierge pâleQue l'homme va souiller.
Les portes du conseil,‖ de bronze revêtues,S'ébranlèrent alors ;Et l'on vit, à pas lents,‖ comme douze statuesRentrer les douze lords.
Le juge en cheveux blancs,‖ debout, parlant au comte,Dit : — Nos jours durent peu.Puisque cet homme au roi‖ ne veut pas rendre compte,Il rendra compte à Dieu.
Sachez qu'on va dresser‖ devant la Tour de LondreUn grand échafaud noir.Lord comte Hugo Dundas,‖ qu'avez-vous à répondre ?Vous mourrez demain soir. —
Alors un de ces cris,‖ qui font que l'effroi monteJusqu'au juge inquiet,Retentit sous la voûte…‖ — On regarda le comte ;Le comté souriait.
Il dit : — Adieu la vie ! — Et, sans trouble dans l’âme,Il salua la courPuis se tournant vers l'ombre‖ où pleurait une femme,— Adieu, dit-il, amour !
14 janvier 1844.
Versification
- Forme
- 12 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 12(abab)
- Mètre
- Hexasyllabes et alexandrins (24 de 6, 24 de 12)· profil 6, 6+6
- Strophes
- 12 quatrains
- Mots à la rime
- a étoilée / voilée féminine, classiqueb grand / pleurant masculine, classiquea royaumes / fantômes féminine, classiqueb beau / tombeau masculine, classiquea honte / comte féminine, classiqueb soldats / Dundas masculine, classiquea plane / Cartlane féminine, classiqueb tous / faisiez-vous masculine, classiquea nomme / gentilhomme féminine, classiqueb étendard / montagnard masculine, classiquea superbe / l'herbe féminine, classiqueb tour / jour masculine, classiquea salle / pâle féminine, classiqueb fourmiller / souiller masculine, classiquea revêtues / statues féminine, classiqueb alors / lords masculine, classiquea comte / compte féminine, classiqueb peu / Dieu masculine, classiquea Londre / répondre féminine, classiqueb noir / soir masculine, classiquea monte / comte féminine, classiqueb inquiet / souriait masculine, classiquea l’âme / femme féminine, classiqueb cour / amour masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources