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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Toute la lyre, 1893· VI

XL. La forêt

Victor Hugo· 1 distiques, alexandrins, 44 vers

De quoi parlait le vent ?‖ De quoi tremblaient les branches ?Était-ce, en ce doux mois‖ des nids et des pervenches,Parce que les oiseaux‖ couraient dans les glaïeuls,Ou parce qu'elle et moi‖ nous étions là tout seuls ?Elle hésitait. Pourquoi ?‖ Soleil, azur, rosées,Aurore ! Nous tâchions‖ d'aller, pleins de pensées,Elle vers la campagne‖ et moi vers la forêt.Chacun de son côté‖ tirait l'autre, et, discret,Je la suivais d'abord,‖ puis, à son tour docile,Elle venait, ainsi‖ qu'autrefois en SicileFaisaient Flore et Moschus,‖ Théocrite et Lydé.Comme elle ne m'avait‖ jamais rien accordé,Je riais, car le mieux‖ c'est de tâcher de rireLorsqu'on veut prendre une âme‖ et qu'on ne sait que dire ;J'étais le plus heureux‖ des hommes, je souffrais.Que la mousse est épaisse‖ au fond des antres frais !Par instants un éclair‖ jaillissait de notre âme ;Elle balbutiait :‖ Monsieur… et moi : Madame.Et nous restions pensifs,‖ muets, vaincus, vainqueurs,Après cette clarté‖ faite dans nos deux cœurs.Une source disait‖ des choses sous un saule ;Je n'avais encor vu‖ qu'un peu de son épaule,Je ne sais plus comment‖ et je ne sais plus où ;Oh ! le profond printemps,‖ comme cela rend fou !L'audace des moineaux‖ sous les feuilles obscures,Les papillons, l'abeille‖ en quête, les piqûres,Les soupirs, ressemblaient‖ à de vagues essais,Et j'avais peur, sentant‖ que je m'enhardissais.Il est certain que c'est‖ une action étrangeD'errer dans l'ombre au point‖ de cesser d'être un ange,Et que l'herbe était douce,‖ et qu'il est fabuleuxD'oser presser le bras‖ d'une femme aux yeux bleus.Nous nous sentions glisser‖ vaguement sur la penteDe l'idylle où l'amour‖ traître et divin serpente,Et qui mène, à travers‖ on ne sait quel jardin,Souvent à l'enfer, mais‖ en passant par l'éden.Le printemps laisse faire,‖ il permet, rien ne bouge.Nous marchions, elle était‖ rose, et devenait rouge,Et je ne savais rien,‖ tremblant de mon succès,Sinon qu'elle pensait‖ à ce que je pensais.Pâle, je prononçais‖ des noms, Béatrix, Dante ;Sa guimpe s'entr'ouvrait,‖ et ma prunelle ardenteBrillait, car l'amoureux‖ contient un curieux.Viens ! dis-je… — Et pourquoi pas,‖ ô bois mystérieux ?

3 avril 1874.

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
22((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a branches / pervenches féminine, classiqueb glaïeuls / seuls masculine, classiquec rosées / pensées féminine, classiqued forêt / discret masculine, classiquee docile / Sicile féminine, classiquef Lydé / accordé masculine, classiqueg rire / dire féminine, classiqueh souffrais / frais masculine, classiquei âme / Madame féminine, classiquej vainqueurs / cœurs masculine, classiquek saule / épaule féminine, classiquel où / fou masculine, classiquem obscures / piqûres féminine, classiquen essais / m'enhardissais masculine, classiqueo étrange / ange féminine, classiquep fabuleux / bleus masculine, classiqueq pente / serpente féminine, classiquer jardin / l'éden masculine, classiques bouge / rouge féminine, classiquet succès / pensais masculine, classiqueu Dante / ardente féminine, classiquev curieux / mystérieux masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources