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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Toute la lyre, 1893· La corde d’airain

XIX. La question sociale

Victor Hugo· 3 distiquess, alexandrins, 44 vers

Non, non, non. Ce n'est point‖ par la ruse, vous dis-je,Que vous aurez raison‖ du gouffre et du prodige ;Les ouragans ne sont‖ en rien déconcertésPar nos expédients‖ et nos habiletés ;Non, je ne pense pas‖ que l'aquilon s'apaisePar égard pour Blondin‖ flottant dans son trapèze,Ni qu'un homme d'état‖ fasse peur à l'éclair.À force de danser‖ sur une corde en l'air ;Le tonnerre n'est pas‖ un chien hargneux qui boiteEt que nos coups de fouet font rentrer dans sa boîte.Jésus-Christ, tel qu'il est,‖ dans saint-Luc et saint-Marc,Voyait la politique‖ autrement que BismarckEt voyait la justice‖ autrement que Delangle ;A l'homme qu'on assomme,‖ à l'homme qu'on étrangle,Il prodiguait les soins‖ du bon samaritain ;Si des vaincus tâchaient‖ d'échapper au destin,Son temple offrait l'asile‖ à leur fuite tragique ;Si bien qu'on l'aurait, certe,‖ expulsé de Belgique.

Ô mer, à ton niveau‖ fatal tu monteras.Il n'est pas d'empereurs‖ et pas de magistrats,Il n'est pas de trident,‖ gouffre, il n'est pas de conque,Qui puissent à ton flot‖ faire un effet quelconque ;L'abîme est la demeure‖ orageuse de Dieu ;On ne calmera pas‖ cet effrayant milieuQuand même on enverrait‖ des nymphes ingénuesRire, et jusqu'au nombril‖ s'y montrer toutes nues ;Ce profond océan,‖ le genre humain, connaîtL'instant où le jour meurt,‖ l'heure où l'étoile naît ;Il a sa loi, le flux‖ et le reflux, l'espace,Il voit le fond de l'ombre‖ où Léviathan passe ;Il croît sur une plage‖ et sur l'autre il décroît ;Son équateur bouillonne‖ et ses pôles ont froid ;Mais il n'écoute pas‖ monsieur Rouher ; il resteLe vaste flot, tantôt‖ joyeux, tantôt funeste,Âpre, énorme, impossible‖ à dompter, y mît-onBonaparte en Neptune‖ et Devienne en Triton.

Peuple, en ton chaos, noir‖ parfois d'écume immonde,Le douteur ne voit rien,‖ le penseur trouve un monde.Tu montes, tu descends,‖ tu remontes ; tu n'asNi portes, ni verrous,‖ ni clefs, ni cadenas ;Tu vas dans l'infini,‖ liberté formidable !Dieu te fait navigable‖ et te laisse insondable ;Le sceptique te jette‖ en vain son fil à plomb ;Mer fermée à Pyrrhon,‖ tu t'ouvres à Colomb !

Vianden, 19 juin 1871.

Versification

Forme
3 distiquess (distiques)
Rimes
22((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
3 distiquess
Mots à la rime
a dis-je / prodige féminine, classiqueb déconcertés / habiletés masculine, classiquec s'apaise / trapèze féminine, classiqued l'éclair / l'air masculine, classiquee boite / boîte féminine, classiquef saint-Marc / Bismarck masculine, classiqueg Delangle / étrangle féminine, classiqueh samaritain / destin masculine, classiquei tragique / Belgique féminine, classiquea monteras / magistrats masculine, classiqueb conque / quelconque féminine, classiquec Dieu / milieu masculine, classiqued ingénues / nues féminine, classiquee connaît / naît masculine, classiquef l'espace / passe féminine, classiqueg décroît / froid masculine, classiqueh reste / funeste féminine, classiquei mît-on / Triton masculine, classiquea immonde / monde féminine, classiqueb n'as / cadenas masculine, classiquec formidable / insondable féminine, classiqued plomb / Colomb masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources