Toute la lyre, 1893· V
XI. « Le couchant flamboyait à travers les bruines »
Le couchant flamboyait‖ à travers les bruinesComme le fronton d'or‖ d'un vieux temple en ruines.L'arbre avait un frisson.La mer au loin semblait,‖ en ondes recourbée,Une colonne torse‖ en marbre vert, tombéeSur l'énorme horizon.
La vague, roue errante,‖ et l'écume, cavale,S'enfuyaient ; je voyais‖ luire par intervalleLes cieux pleins de regards ;Les flots allaient, venaient, couraient ; sans fin, sans nombre,Et j'écoutais, penché‖ sur ce cirque de l'ombre,Le bruit de tous ces chars.
Lugubre immensité !‖ profondeurs redoutées !Tous sont là, les Satans‖ comme les Prométhées.Ténébreux océans !Cieux, vous êtes l'abîme‖ où tombent les génies.Oh ! combien l'œil, au fond‖ des brumes infinies,Aperçoit de géants !
Ô vie, énigme, sphinx,‖ nuit, sois la bienvenue !Car je me sens d'accord‖ avec l'Âme inconnue.Je souffre, mais je crois.J'habite l'absolu,‖ patrie obscure et sombre,Pas plus intimidé‖ dans tous ces gouffres d'ombreQue l'oiseau dans les bois.
Je songe, l'œil fixé‖ sur l'incompréhensible.Le zénith est fermé.‖ Les justes sont la cibleDu mensonge effronté ;Le bien, qui semble aveugle,‖ a le mal pour ministre,Mais, rassuré, je vois‖ sous la porte sinistreLa fente de clarté.
11 avril 1870.
Versification
- Forme
- 5 sizains (sizains)
- Rimes
- 5(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins et hexasyllabes (20 de 12, 10 de 6)· profil 6, 6+6
- Strophes
- 5 sizains
- Mots à la rime
- a bruines / ruines féminine, classiqueb frisson / horizon masculine, classiquec recourbée / tombée féminine, classiquea cavale / intervalle féminine, classiqueb regards / chars masculine, classiquec nombre / l'ombre féminine, classiquea redoutées / Prométhées féminine, classiqueb océans / géants masculine, classiquec génies / infinies féminine, classiquea bienvenue / inconnue féminine, classiqueb crois / bois masculine, classiquec sombre / d'ombre féminine, classiquea l'incompréhensible / cible féminine, classiqueb effronté / clarté masculine, classiquec ministre / sinistre féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
30 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources