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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Toute la lyre, 1893· IV

XIV. « Lorsque j'étais enfant, sortant de rhétorique »

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 48 vers

Lorsque j'étais enfant,‖ sortant de rhétorique,J'envoÿais aux journaux‖ de la prose lyriqueEn l'honneur des géants‖ du sombre esprit humain ;J'essayais d'expliquer‖ leur but et leur chemin,De quel pas ils marchaient‖ et vers quelle lumière ;Ce qu'ils faisaient ; pourquoi‖ la Bible est la première,Et plus bas l'Iliade ;‖ et je disais pourquoiMolière demi-dieu‖ passe Corneille roi ;Ce qu'est Milton ; pourquoi ;‖ je n'étais pas athéeAu génie ; et pourquoi‖ j'admirais Prométhée ;Pourquoi je contemplais‖ les esprits éclatants,Poètes, orateurs,‖ sages ; — puis, par instants,Je m'écriais, brisant‖ mes plumes inquiètes :— À quoi bon célébrer‖ en prose les poètes ?Louer l'immensité,‖ l'azur, la profondeur !Peut-on dorer la flamme‖ et grandir la grandeur ?Chanter Homère en style‖ à trente sous la page !Coudre un vain feuilleton,‖ inutile tapage,Accrocher ma louange‖ en verres de couleurAu roi Priam, géant‖ de l'antique douleur,À Job, à Jérémie,‖ à Dante, à toi, Shakspeare,Au vieil Eschyle en qui‖ le vieux Titan respire !Dire au génie, au bas‖ du journal : sois béni !Vanter ces écrivains‖ du grand livre infiniDont la foule ne sait‖ pas même l'orthographe !Pendre une girandole‖ en bouchons de carafeÀ l'anneau de Saturne‖ énorme et flamboyant !

Et tout bas une voix‖ me disait : — Ô croyant,Le ciel t'a mis dans l'âme‖ une lyre ingénue,Non, ne t'arrête pas !‖ tu fais bien. Continue.Admire. C'est ainsi‖ qu'on vole au firmament.Comprendre le génie‖ est le commencement.L'esprit religieux,‖ dans ce monde où nous sommes,Ébauche l'hymne à Dieu‖ par un hymne aux grands hommes.Les grands hommes, enfant,‖ sont les lueurs de Dieu.Ils sont l'ardente roue‖ autour du sombre essieu,Ils jettent, des hauteurs‖ de leur brûlant solstice,L'un de la vérité,‖ l'autre de la justice,L'autre de la sagesse,‖ et tous de l'infini.Le penseur qui, d'en bas‖ à leur splendeur uni,Tente l'ascension‖ de leur sommet austère,Voit dans tous ces esprits‖ les degrés du mystère ;Il sent dans chacun d'eux‖ l'être inconnu, qui vit,Il va de l'immortel‖ à l'éternel, gravitDu poète au prophète‖ et du sage à l'apôtre,Et, montant pas à pas‖ d'une clarté sur l'autre,Épelant le saint nom‖ sur chaque front vermeil,Fait avec les rayons‖ une échelle au soleil.

1er février 1855.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
24((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a rhétorique / lyrique féminine, classiqueb humain / chemin masculine, classiquec lumière / première féminine, classiqued pourquoi / roi masculine, classiquee athée / Prométhée féminine, classiquef éclatants / instants masculine, classiqueg inquiètes / poètes féminine, classiqueh profondeur / grandeur masculine, classiquei page / tapage féminine, classiquej couleur / douleur masculine, classiquek Shakspeare / respire féminine, classiquel béni / infini masculine, classiquem l'orthographe / carafe féminine, classiquen flamboyant / croyant masculine, classiqueb ingénue / Continue féminine, classiquec firmament / commencement masculine, classiqued sommes / hommes féminine, classiquee Dieu / essieu masculine, classiquef solstice / justice féminine, classiqueg l'infini / uni masculine, classiqueh austère / mystère féminine, classiquei vit / gravit masculine, classiquej l'apôtre / l'autre féminine, classiquek vermeil / soleil masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources