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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Toute la lyre, 1893· VI

XLVI. « Ô toi d'où me vient ma pensée »

Victor Hugo· 21 quatrains, octosyllabes, 84 vers

Ô toi d'où me vient ma pensée,Sois fière devant le Seigneur !Relève ta tête abaissée,O toi d'où me vient mon bonheur !

Quand je traverse cette lieueQui nous sépare au sein des nuits,Ta patrie étoilée et bleueRayonne à mes yeux éblouis !

C'est l'heure où cent lampes en flammesBrillent aux célestes plafonds !L'heure où les astres et les âmesÉchangent des regards profonds !

Je sonde alors ta destinée.Je songe à toi, qui viens des cieux,À toi, grande âme emprisonnée,À toi, grand cœur mystérieux !

Noble femme, reine asservie,Je rêve à ce sort envieuxQui met tant d'ombre dans ta vie,Tant de lumière dans tes yeux !

Moi, je te connais tout entièreEt je te contemple à genoux ;Mais autour de tant de lumière,Pourquoi tant d'ombre, ô sort jaloux ?

Dieu lui donna tout, hors l'aumôneQu'il fait à tous dans sa bonté ;Le ciel qui lui devait un trôneLui refusa la liberté !

Oui, ton aile que le bocageEt l'air libre appellent en vain,Se brise aux barreaux d'une cage,Pauvre grande âme, oiseau divin !

Bel ange, un joug te tient captive,Cent préjugés sont ta prison,Et ton attitude pensive,Hélas, attriste ta maison.

Tu te sens prise par le mondeQui t'épie, injuste et mauvais…Dans ton amertume profondeSouvent tu dis : si je pouvais !

Mais l'amour en secret te donneCe qu'il a de pur et de beau,Et son invisible couronne,Et son invisible flambeau !

Flambeau qui se cache à l'envie,Qui luit, splendide et clandestin,Et qui n'éclaire de la vieQue l'intérieur du destin !

L'amour te donne, ô douce femme,Ces plaisirs où rien n'est amer,Et ces regards où toute l'âmeApparaît dans un seul éclair !

Et le sourire ! et la caresse !L'entretien furtif et charmant,Et la mélancolique ivresseD'un ineffable épanchement !

Et les traits chéris d'un visage,Ombre qu'on aime et qui vous suit,Qu'on voit le jour dans le nuage,Qu'on voit dans les rêves la nuit !

L'amour, dont nos cœurs sont les urnes,Te donne tous ses doux tourments,Les longs adieux aux seuils nocturnes,Les longs regrets des courts moments !

Et les extases solitairesQuand tous deux nous nous asseyonsSous les rameaux pleins de mystèresAu fond des bois pleins de rayons !

Purs transports que la foule ignore,Et qui font qu'on a d'heureux joursTant qu'on peut espérer encoreCe dont on se souvient toujours !

Va, sèche ton bel œil qui pleure, —Ton sort n'est pas déshérité.Ta part est encor la meilleure,Ne te plains pas, ô ma beauté !

Ce qui manque est bien peu de choseQuand on est au printemps vermeil,Et quand on vit comme la roseDe parfums ; d'ombre et de soleil !

Laisse donc, ô ma douce muse,Sans le regretter un seul jour,Ce que le destin te refusePour ce que te donne l'amour !

25 octobre 1844.

Versification

Forme
21 quatrains (quatrains)
Rimes
21(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
21 quatrains
Mots à la rime
a pensée / abaissée féminine, classiqueb Seigneur / bonheur masculine, classiquea lieue / bleue féminine, classiqueb nuits / éblouis masculine, classiquea flammes / âmes féminine, classiqueb plafonds / profonds masculine, classiquea destinée / emprisonnée féminine, classiqueb cieux / mystérieux masculine, classiquea asservie / vie féminine, classiqueb envieux / yeux masculine, classiquea entière / lumière féminine, classiqueb genoux / jaloux masculine, classiquea l'aumône / trône féminine, classiqueb bonté / liberté masculine, classiquea bocage / cage féminine, classiqueb vain / divin masculine, classiquea captive / pensive féminine, classiqueb prison / maison masculine, classiquea monde / profonde féminine, classiqueb mauvais / pouvais masculine, classiquea donne / couronne féminine, classiqueb beau / flambeau masculine, classiquea l'envie / vie féminine, classiqueb clandestin / destin masculine, classiquea femme / l'âme féminine, classiqueb amer / éclair masculine, classiquea caresse / ivresse féminine, classiqueb charmant / épanchement masculine, classiquea visage / nuage féminine, classiqueb suit / nuit masculine, classiquea urnes / nocturnes féminine, classiqueb tourments / moments masculine, classiquea solitaires / mystères féminine, classiqueb asseyons / rayons masculine, classiquea ignore / encore féminine, classiqueb jours / toujours masculine, classiquea pleure / meilleure féminine, classiqueb déshérité / beauté masculine, classiquea chose / rose féminine, classiqueb vermeil / soleil masculine, classiquea muse / refuse féminine, classiqueb jour / l'amour masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

84 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources