Toute la lyre, 1893· La corde d’airain
VII. « Oui, l'on a sauvé l'ordre et l'état, et je crois »
Oui, l'on a sauvé l'ordre‖ et l'état, et je croisQue c'est pour la cinquième‖ ou la sixième fois ;Le steamer pourvoyeur‖ du bagne est dans nos havres ;On a pendant huit jours‖ enjambé des cadavres,Des fosses, des mourants ;‖ on s'est habitué ;On a très vite fait‖ justice ; on a tuéHommes, femmes, enfants,‖ tout un peu pêle-mêle ;Maintenant sont forçats, mangeant à la gamelleEt vêtus des habits‖ de la chiourme, plusieursQui de la tyrannie‖ étaient les fossoyeurs,Et dont nous avions vu,‖ du Volga jusqu'à l'ÈbreEt du Tage au Niémen,‖ voler le nom célèbre ;Victoire ! On n'a point fait‖ les choses à demi.Pour sauver la patrie‖ et devant l'ennemiParis avait cinq mois‖ eu la rumeur immenseDes forêts que le vent‖ semble mettre en démence ;Il ressemblait au sombre‖ ouragan libyen ;Il a fallu le faire‖ un peu taire ; c'est bien.Nous voilà soulagés ;‖ car c'est une souffranceQu'une ville acharnée‖ à délivrer la France ;L'Allemagne nous dit‖ à demi-voix : Merci.Les cafés sont rouverts,‖ les églises aussi ;La paix sanglante sort‖ de la guerre civile.Nous avons de plus l'ordre‖ et de moins cette ville.Des gens auraient aimé‖ peut-être moins de morts ;Mais qu'un cheval ait trop‖ d'écume sur le morsQuand il a bien couru,‖ n'est-ce pas ordinaire ?La bombe n'y voit pas‖ plus clair que le tonnerre ;Les faux coups sont permis,‖ en de si durs combatsAu Jupiter d'en haut‖ comme aux Jupins d'en bas.Bref, nous sommes sauvés.‖ De tous les cœurs s'élanceCe cri d'enthousiasme‖ et de bonheur : Silence !Que personne ne pense‖ et qu'on ne parle plus !Il est temps que la mer‖ montante ait son reflux,Et que l'utile vent‖ du tombeau décourageToutes ces libertés‖ qui font un bruit d'orage.Ce siècle a trop d'éclairs,‖ de foudre et de rayons ;Il est bon, et c'est là‖ ce qu'enfin nous voyons,Qu'un poing sauveur, sorti‖ des ténèbres, l'étreigne ;La société veut,‖ la religion règne ;C'est dans le droit divin,‖ c'est dans le syllabusQu'est le salut, le peuple‖ étant presque un abus.De là ce grand succès :‖ l'ombre dans la fournaise ;Quatrevingt-neuf puni‖ de son quatrevingt-treize ;Plus de licence, plus‖ de tumulte, plus rien.De la butte Montmartre‖ au mont Valérien,Ce Paris, bouillonnant‖ comme le flot dans l'urne,Se tait, et nous avons‖ l'apaisement nocturne ;Le peuple est sous le sabre,‖ heureux, content, muet ;On recommencerait‖ si quelqu'un remuait.Ces, choses, j'en conviens,‖ ont de quoi satisfaire ;Chacun, en attendant‖ le maître qu'il préfère,Voit la police faite,‖ et c'est toujours cela ;Et, certe, on n'a pas trop‖ payé cette paix-làAu prix d'un peu de sang‖ qui sous nos pieds rougeoie ;Pourtant je n'en suis pas‖ devenu fou de joie.
6 juin.
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 28((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a crois / fois masculine, classiqueb havres / cadavres féminine, classiquec habitué / tué masculine, classiqued pêle-mêle / gamelle féminine, classiquee plusieurs / fossoyeurs masculine, classiquef l'Èbre / célèbre féminine, classiqueg demi / l'ennemi masculine, classiqueh immense / démence féminine, classiquei libyen / bien masculine, classiquej souffrance / France féminine, classiquek Merci / aussi masculine, classiquel civile / ville féminine, classiquem morts / mors masculine, classiquen ordinaire / tonnerre féminine, classiqueo combats / bas masculine, classiquep s'élance / Silence féminine, classiqueq plus / reflux masculine, classiquer décourage / d'orage féminine, classiques rayons / voyons masculine, classiquet l'étreigne / règne féminine, classiqueu syllabus / abus masculine, classiquev fournaise / quatrevingt-treize féminine, classiquew rien / Valérien masculine, classiquex l'urne / nocturne féminine, classiquey muet / remuait masculine, classiquez satisfaire / préfère féminine, classiquea cela / paix-là masculine, classiqueb rougeoie / joie féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources