Toute la lyre, 1893· IV
XVIII. « Pour nous, nouveaux venus, qui voyons l'astre éclore »
Pour nous, nouveaux venus,‖ qui voyons l'astre éclore,Fils d'une époque où tout‖ a des lueurs d'aurore,Pour nous, gens d'aujourd'hui,‖ qui sortons du brouillard,Qui n'échafaudons point‖ pêle-mêle dans l'artPrès d'un spectre de bronze‖ une poupée en cire,Tancrède près d'Oreste‖ et près d'Électre Alzire,Et ne confondons point‖ l'antique avec le vieux,Le ciel où Boileau plane‖ est un ciel pluvieux ;La muse à lui baiser‖ la bouche nous convie ;Nous nous sentons, devant‖ le grand siècle, une envieParricide, d'en être‖ un peu les ravageurs,Et de dire : Aristote,‖ hé ! nous sommes majeurs.L'art n'est plus le salon‖ de Madame du Maine,Une odeur de moisi‖ sort du bon Théramène,La tragédie est froide‖ et sent le renfermé.Oui, pour quiconque a vu,‖ marché, souffert, aimé,Les règles d'autrefois‖ sont une cave humide ;Tout, même le génie,‖ y baisse un front timide,Et Calliope y tousse ;‖ et dans l'ombre on peut voirVoler en clignotant‖ sous ce grand plafond noirUne chauve-souris‖ qu'on nomme l'âme humaine.De l'air ! de l'air ! qu'au vrai‖ l'idéal nous ramène !Quand Racine blêmi‖ n'est plus que Campistron,Quand l'art languit, avec‖ Brossette pour patron,Honteux d'être sous clef‖ quand l'aigle est dans la nue,C'est l'honnête devoir‖ de toute âme ingénueD'entrer là, de tirer‖ largement les rideaux,D'épousseter sonnets,‖ idylles et rondeaux,Dût-on à leurs vieux vers‖ faire des déchirures,D'être désagréable‖ aux verrous, aux serrures,Aux volets, barricade‖ aveugle du logis,D'assainir les recoins‖ brusquement élargis,Et d'ouvrir à grand bruit‖ la fenêtre, indignéeD'avoir chassé l'aurore‖ et logé l'araignée.
15 novembre 1854.
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 17((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a éclore / d'aurore féminine, classiqueb brouillard / l'art masculine, classiquec cire / Alzire féminine, classiqued vieux / pluvieux masculine, classiquee convie / envie féminine, classiquef ravageurs / majeurs masculine, classiqueg Maine / Théramène féminine, classiqueh renfermé / aimé masculine, classiquei humide / timide féminine, classiquej voir / noir masculine, classiquek humaine / ramène féminine, classiquel Campistron / patron masculine, classiquem nue / ingénue féminine, classiquen rideaux / rondeaux masculine, classiqueo déchirures / serrures féminine, classiquep logis / élargis masculine, classiqueq indignée / l'araignée féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
34 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources