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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Toute la lyre, 1893· II

XXV. Quand nous quittions Avranches

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 44 vers

Ami, vous souvient-il ?‖ quand nous quittions Avranches,Un beau soleil couchant‖ rayonnait dans les branches.Notre roue en passant‖ froissait les buissons verts.Nous regardions tous trois‖ les cieux, les champs, les mers,Et l'extase un moment‖ fit nos bouches muettes,Car elle, vous et moi,‖ nous étions trois poëtes.

Doux instants, où le cœur‖ jusqu'aux bords est rempli.

Puis la route tourna,‖ le terrain fit un pli,L'océan disparut‖ derrière une chaumière.Cependant tout encore‖ était plein de lumière ;Le soleil grandissait‖ les ombres des passants,Et faisant briller l'eau‖ des lointains frémissantsAllumait des miroirs‖ sous les rameaux des saules.Un pont, fait par César‖ quand il vint dans les Gaules,Montrait à l'horizon‖ son vieux profil romain.De beaux enfants, pieds nus,‖ couraient dans le chemin ;Nous semions dans leurs mains‖ toute notre monnaie ;Eux, dépouillant le pré,‖ la broussaille et la haie,Nous lançaient des bouquets‖ aux riantes couleurs ;Nous leur faisions l'aumône,‖ ils nous jetaient des fleurs.Nous emportions ainsi,‖ tous, notre douce proie,Eux, un morceau de pain,‖ et nous un peu de joie.

Bientôt tout se voila‖ du crêpe obscur des soirs.Nous passions au galop‖ dans les villages noirs.Des formes s'agitaient‖ sur les vitres rougeâtres ;Des visages pourprés‖ riaient autour des âtres.Cependant, à travers ces visions de nuit,Nos quatre ardents chevaux,‖ dans la poudre et le bruit,Couraient en secouant‖ leurs sonnettes de cuivre,Et les chiens aboyants‖ s'essoufflaient à les suivre.Quand le matin des cieux‖ vint bleuir le plafond,À l'heure où le regard‖ voit, dans l'éther profond,Pencher vers l’horizon les sept astres du pôle,Elle laissa tomber son front sur mon épaule,Et s'endormit ; et nous,‖ nous parlions ; nous disionsQue, si la Poésie,‖ aux yeux pleins de rayons,Comme la Foi sa sœur, règne sur l’âme humaine,La Sculpture ; payenne,‖ a la chair pour domaine ;Car du génie ancien‖ cet art a le secret ;Et, comme Phidias,‖ Jean Goujon adoraitDiane, la déesse‖ aux longs cheveux d'ébène,Dont les flèches, troublant‖ la montagne thébaine,Chassent le daim fuyard‖ qui saute le fosséEt guette, sur ses pieds‖ de derrière dressé.

Juin 1830.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
22((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a Avranches / branches féminine, classiqueb verts / mers masculine, classiquec muettes / poëtes féminine, classiquea rempli / pli masculine, classiqueb chaumière / lumière féminine, classiquec passants / frémissants masculine, classiqued saules / Gaules féminine, classiquee romain / chemin masculine, classiquef monnaie / haie féminine, classiqueg couleurs / fleurs masculine, classiqueh proie / joie féminine, classiquea soirs / noirs masculine, classiqueb rougeâtres / âtres féminine, classiquec nuit / bruit masculine, classiqued cuivre / suivre féminine, classiquee plafond / profond masculine, classiquef pôle / épaule féminine, classiqueg disions / rayons masculine, classiqueh humaine / domaine féminine, classiquei secret / adorait masculine, classiquej d'ébène / thébaine féminine, classiquek fossé / dressé masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources