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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Toute la lyre, 1893· III

LVI. « Synthèse, dit le ciel… L'homme dit : Analyse  »

Victor Hugo· 4 distiquess, alexandrins, 85 vers

Synthèse, dit le ciel…‖ L'homme dit : Analyse !Vous dites : — « Tout végète‖ ou se minéralise.« Nos pères s'égaraient‖ à force de rêver. » —C'est en déchiquetant‖ que vous croyez trouver.La foudre, dont tremblaient‖ le mage et le druide,Ô savants, à cette heure‖ est pour vous un fluideForcé d'être vitreux‖ s'il n'est pas résineux ;L'âme est un gaz ; certains‖ animaux l'ont, en eux.Hommes, vous disséquez‖ le miracle ; vous faitesDe la chimie avec‖ le songe des prophètes ;Vous sacrez le creuset‖ Principium et fons ;Acharnés, vous coupez‖ les prodiges profonds,Insaisissables, sourds,‖ entiers, incorruptibles,En un tas de petits‖ morceaux imperceptibles ;Pour vous rien n'est réel‖ que le moment présent ;Science, ton scalpel n’apprend qu’en détruisant !Si tu n'étais science ;‖ on te croirait envie.De la nature, pourpre‖ auguste de la vie,Vous faites un haillon,‖ ô vivants, un lambeau,Une loque, un néant ;‖ et le ver du tombeauNomme cela manger ;‖ vous l'appelez connaître.Toi, savoir ! tu ne peux‖ que décomposer l'être !

Apprenez donc ceci‖ puisque vous apprenez :Les fluides, d'un souffle‖ invisible entraînés,Ne savent pas où sont‖ les pôles de la pile.Qui ne sait pas un mot‖ d'optique ? la pupille.Le chiffre ne sait pas‖ l'algèbre ; l'élémentNe sait pas la science ;‖ et l'être est un aimantAttirant tout à lui‖ sans connaître les formes ;Toutes les forces sont‖ des aveugles énormes ;L'absolu, c'est le fait‖ immobile et total ;L'absolu ne sait pas,‖ nains, votre piédestal,Larves, vos visions,‖ vos bruits, marionnettes,Votre fourmillement‖ d'yeux, d'esprits, de lunettes,Votre oscillation,‖ votre onde, votre flot ;Il ne sait pas si c'est‖ cinq minutes qu'il fautÀ la lumière, au fond‖ des obscurités bleues,Pour franchir trente-cinq‖ millions de vos lieues,Et venir du soleil,‖ braise de l'infini,À la terre, affreux globe,‖ impur, lépreux, banni,Roulant dans votre amas‖ d'ombres inférieures,Ô vivants, et si c'est‖ quinze jours et seize heuresQu'il faut à l'escargot‖ pour faire un mille anglais.Le gnomon dont l'ombre erre‖ au front de vos palais,L'horloge, de vos jours‖ ténébreuse sourdine,Qui, dans votre néant,‖ stupide, se dandine,L'aiguille du cadran,‖ lourd cheval hébété,Qui tourne, puisant l'heure‖ au puits éternité,Et qui la vide en bruit‖ sur vos têtes fragiles,Vos éclairs, vos longueurs,‖ vos bronzes, vos argiles,Le rythme de vos voix‖ et l'écart de vos pas,Vos espaces, vos temps,‖ il ne les connaît pas !

Si le plaisir qui dure‖ agonise en souffrance ;Si le nom de Shakspeare,‖ allant de Londre en France,A mis cent cinquante ans à passer le détroit ;Si l'équateur a chaud‖ et si le pôle a froid ;Si quelque Alizuber,‖ lieutenant du prophète,Traversant les combats‖ comme une sombre fête,N'en est jamais sorti,‖ sanglant, poudreux, fumant,Sans recueillir, le soir,‖ sur son noir vêtement,Cette poussière afin‖ de la mettre en sa tombe ;Si le Crédit foncier‖ vaut — mieux que le Grand'Combe ;Si Louis, dit le grand,‖ en Flandre a réussiPar le conseil d'Harcourt‖ ou l'avis de Torcy ;Si Tibère César‖ en sa galère vogueEt songe ; et ce qu'en dit‖ le vent, ce démagogue ;Si, . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . arien ;L'absolu n'en voit rien,‖ l'absolu n'en sait rien,L'absolu ne sait point‖ qui je suis, qui vous êtes.Seul, ni bon, ni méchant,‖ au-dessus de nos têtes,Il a, nous laissant dire‖ assez, peu, trop, beaucoup,L'impartialité‖ terrible d'être tout.L'âme, il l'a ; l'invisible,‖ il le voit ; l'impossible,Il l'est ; ce qu'il comprend,‖ c'est l'incompréhensible.

Si l'absolu pouvait,‖ dans le gouffre où je suis,Se pencher sous le porche‖ insondable des nuitsOù se meuvent, selon‖ la loi de ces grands antres,Les globes lumineux‖ que vous croyez des centres,S'il voyait cela, lui,‖ l'œil providentiel,Sa stupeur, ce serait‖ ce pauvre petit ciel,Ce firmament chétif‖ qu'à peine un rayon dore,Cette bave de feu‖ que vous nommez l'aurore,Ce soleil clignotant‖ que l'œil perd dans l'azurTant il flotte enfoui‖ sous un brouillard obscur,Cette ombre, et la lenteur‖ de l'escargot lumière.

Versification

Forme
4 distiquess (distiques)
Rimes
42((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
4 distiquess
Mots à la rime
a Analyse / minéralise féminine, classiqueb rêver / trouver masculine, classiquec druide / fluide féminine, classiqued résineux / eux masculine, classiquee faites / prophètes féminine, classiquef fons / profonds masculine, classiqueg incorruptibles / imperceptibles féminine, classiqueh présent / détruisant masculine, classiquei envie / vie féminine, classiquej lambeau / tombeau masculine, classiquek connaître / l'être féminine, classiquea apprenez / entraînés masculine, classiqueb pile / pupille féminine, classiquec l'élément / aimant masculine, classiqued formes / énormes féminine, classiquee total / piédestal masculine, classiquef marionnettes / lunettes féminine, classiqueg flot / faut masculine, classiqueh bleues / lieues féminine, classiquei l'infini / banni masculine, classiquej inférieures / heures féminine, classiquek anglais / palais masculine, classiquel sourdine / dandine féminine, classiquem hébété / éternité masculine, classiquen fragiles / argiles féminine, classiqueo pas masculine, classiquea souffrance / France féminine, classiqueb détroit / froid masculine, classiquec prophète / fête féminine, classiqued fumant / vêtement masculine, classiquee tombe / Grand'Combe féminine, classiquef réussi / Torcy masculine, classiqueg vogue / démagogue féminine, classiqueh arien / rien masculine, classiquei êtes / têtes féminine, classiquej beaucoup / tout masculine, non classiquek l'impossible / l'incompréhensible féminine, classiquea suis / nuits masculine, classiqueb antres / centres féminine, classiquec providentiel / ciel masculine, classiqued dore / l'aurore féminine, classiquee l'azur / obscur masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

85 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources