Toute la lyre, 1893· Annexes
Visions de lycéens
Quand on sort de rhétorique,Du livre et de l'encrier,On a l'âme chimériqueEt le cœur aventurier.
On a pour nid des murs bistres,Des galetas fabuleux,Que les rats ont faits sinistres,Que l'illusion fait bleus.
On n'est pas très difficileAux divinités qu'on voit ;Et les nymphes de SicileS'accoudent au bord du toit.
Puisqu'il faut que j'en convienne,C'est vrai, souvent nous prenonsDans le passage VivienneDes Margots pour des Junons.
Toute la mythologieVient becqueter nos taudis ;Nous y faisons une orgie,De ciels et de paradis.
Je rêve. Oui, la vie est sombreEt charmante ; et des clins d'yeuxM'arrivent au fond de l'ombreQui m'ont mis au rang des dieux.
L'extase au cinquième habite,L'amour fait multiplierLes rêves du cénobitePar le front de l'écolier.
Je suis naïf au point d'êtrePar moments persuadéQue Vénus, à sa fenêtre,M'a fait signe à Saint-Mandé.
Mon œil sous ma boîte osseuseEst à de tels songes prêtQu'à travers ma blanchisseusePhyllodoce m'apparaît.
Une chemisière aimanteVint hier dans mon grenier ;Elle portait, la charmante,Des rayons dans son panier ;
Ravi de cette descente,Je crus que je voyais choirHébé, toute frémissanteD'aurore, sur mon perchoir.
Comment peindre l'air de fêteDe deux yeux presque innocents ?Fraîche, elle avait sur la têteCette lumière, seize ans.
Et l'autre jour, plein d'Homère,Je songeais je ne sais oùJe marchais dans la chimère,Tout au bord, sans garde-fou ;
Une muse au front suprêmePassa dans mon horizon.— C'est Calliope elle-même !Criai-je. C'était Suzon :
Je me risquai, dans l'échoppeDont un coffre est le sofa,A chiffonner Calliope ;Calliope me griffa.
La modiste est la sirène.J'attire Anne à mon foyer,Lui donnant des noms de reineAfin de la tutoyer.
Ainsi je vis, l'œil en flammes,Dans mes bouquins, loin du bruit,Étoilant toutes les femmes,Confusément, dans la nuit.
Je les fais déesses toutes,Et sur leurs chiffons je metsLa lueur des sombres voûtesOu l'éclair des bleus sommets.
Je vois parfois la tuniqueS'ébaucher sous le torchonEt la Diane ioniqueSous le madras de Fanchon.
Je m'éblouis, solitaire ;Car il faut que nous usionsL'une après l'autre, sur terre,Toutes les illusions.
Je guette et je me hasardeA sonder d'un œil ardentL'empyrée et la mansarde ;Et je contemple ; et, pendant
Que rôde sur ma gouttièreQuelque gros chat moustachu,Cypris met sa jarretière,Pallas ôte son fichu.
Versification
- Forme
- 22 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 22(abab)
- Mètre
- Heptasyllabes
- Strophes
- 22 quatrains
- Mots à la rime
- a rhétorique / chimérique féminine, classiqueb l'encrier / aventurier masculine, classiquea bistres / sinistres féminine, classiqueb fabuleux / bleus masculine, classiquea difficile / Sicile féminine, classiqueb voit / toit masculine, classiquea convienne / Vivienne féminine, classiqueb prenons / Junons masculine, classiquea mythologie / orgie féminine, classiqueb taudis / paradis masculine, classiquea sombre / l'ombre féminine, classiqueb d'yeux / dieux masculine, classiquea habite / cénobite féminine, classiqueb multiplier / l'écolier masculine, classiquea d'être / fenêtre féminine, classiqueb persuadé / Saint-Mandé masculine, classiquea osseuse / blanchisseuse féminine, classiqueb prêt / m'apparaît masculine, classiquea aimante / charmante féminine, classiqueb grenier / panier masculine, classiquea descente / frémissante féminine, classiqueb choir / perchoir masculine, classiquea fête / tête féminine, classiqueb innocents / ans masculine, classiquea d'Homère / chimère féminine, classiqueb où / garde-fou masculine, classiquea suprême / elle-même féminine, classiqueb horizon / Suzon masculine, classiquea l'échoppe / Calliope féminine, classiqueb sofa / griffa masculine, classiquea sirène / reine féminine, classiqueb foyer / tutoyer masculine, classiquea flammes / femmes féminine, classiqueb bruit / nuit masculine, classiquea toutes / voûtes féminine, classiqueb mets / sommets masculine, classiquea tunique / ionique féminine, classiqueb torchon / Fanchon masculine, classiquea solitaire / terre féminine, classiqueb usions / illusions masculine, classiquea hasarde / mansarde féminine, classiqueb ardent / pendant masculine, classiquea gouttière / jarretière féminine, classiqueb moustachu / fichu masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
88 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources