Vers, 1894· Première partie
« J'ai été visiter la vieille maison triste »
J'ai été visiter‖ la vieille maison tristeDu village où‖ vécurent les anciens parents :La route en cabriolet, pleine‖ de soleilÉtait toute triste et‖ douce comme le miel.Il y avait‖ la plaine bleue et des pigeonsQui volaient le long des‖ labours que nous longions.La jument était bien‖ vieille et bien fatiguée.Elle me faisait de la peine et‖ semblait âgéeComme les choses de‖ l'ancien temps où j'allais.Je savais que, depuis‖ cent ans, ils étaient morts,Les vieux parents naïfs,‖ doux, aux yeux sans remords,Qui allaient sans doute à‖ la messe le dimancheAvec leur plus‖ magnifiques chemises blanches.J'avais appris‖ qu'ils avaient demeuré jadisDans ce village loin‖ où alors je partisPour voir si je reconnaîtrais‖ cette patrieOù doivent être leurs‖ tombes pleines d'orties.En arrivant‖ je déposai le petit chienDoux qui dormait sur mes‖ genoux entre mes mains.Le paysan se mit‖ à l'ombre de la placeQui était au soleil‖ froide comme la glace.C'était midi au vieux‖ clocher tout ruiné,Près d'une tour‖ vieille comme le passé,Et des gens à qui je‖ m'adressais répondaient :Les gens dont vous parlez…‖ nous n'avons pas idée…Il y a très longtemps,‖ sans doute, très longtemps…Il y avait‖ une femme de quatre-vingts ansQui est morte il y a quelques jours.‖ Elle aurait puVous renseigner‖ peut-être sur ces disparus.Et j'allais de porte en‖ porte — et chez le notaireQui a l'étude du père de mon arrière-grand-pèreEt chez le curé qui ne connaissait pas non plus…Et je passais devant‖ des portails vermoulus,Des jardins abandonnés où, par les grosses grilles,On voyait près‖ des maisons sans plus de famillesDes roses trémières roses dans l'herbe bleuePrès des portes fermées‖ par la vieille poussièreComme les portes des‖ cercueils des cimetières.Et je passais‖ sans vouloir voir les âneries,Les nouveautés,‖ des drapeaux neufs sur la mairieEt des lettres d'or qui‖ disent je crois la république.Non : je n'avais au cœur‖ que mes vieilles reliquesEt, arrière-arrière-petit‖-fils, je venaisMe rappeler les morts‖ aimés dont je suis né.Enfin je traversai‖ la magnifique grilleD'une très ancienne‖ et très bonne famille :La vieille dame avec‖ un sourire très bon,Le vieux monsieur‖ courbé allant avec un bâton,Et le fils de cette bonne et‖ noble famillePoétique ainsi que‖ les plantes de la grille.Vous êtes, dit la dame,‖ un J..... ! oui, jadis,Ils habitèrent le‖ village… un vieux notaireDont les fils vers les aventures‖ s'en allèrent…Notre famille a acheté‖ la maison en ruine.Et ils prirent la clef‖ rouillée à la cuisineEt me conduisirent à la porte cloutée,Triste et bâtie‖ contre l'église triste et vieille,À la porte cloutée‖ au marteau plein de rouille,Et les murs avaient des fenêtres tristes aussiFermées par la poussière‖ de la mort, du temps.
Et ils m'ouvrirent la‖ porte forte en grinçant.
Et je montai‖ les escaliers vermoulus, tristes.C'est là, qu'ils étaient passés, eux‖ aussi, les VieuxQui maintenant‖ sans doute reposent aux cieux ;Et dans l'intérieur‖ de la maison,Sur le plâtre qui était crevé,‖ sur les cloisons,Sur les portes que les‖ années avaient noircies,Comme si elles avaient été‖ des incendies,Le soleil n'entrait pas‖ et tout était si noirQue c'était un deuil aussi que‖ je croyais voir.
Et ils disaient : « Voyez‖ ici… C'était l'étude… »L'étude… l'étude… et la décrépitudeDe la maison était‖ pleine d'un grand silence,Et je croyais‖ entendre que les morts dans le cielSe taisaient dans la maison triste‖ où je venais
Avec une tristesse douce je saluaiLa bonne famille obligeante et‖ je m'en allai.Je remontai‖ dans la carriole au grand soleilPour regagner‖ la petite ville lointaine.Et le pauvre cheval‖ tristement repartit,Et le petit chien triste‖ et très doux s'endormitEntre moi et‖ le paysan doux son maître.
Versification
- Mètre
- Vers de 12 et 13 syllabes (61 de 12, 13 de 13, 3 de 11, 2 de 10, 2 de 14, 1 de 15)· profil 6+4, 4÷7, 6÷6, 4÷9, 6=8
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82 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vers, Paris, Paul Ollendorff, 1894· numérisation poesies.net· Sources