Les minutes de sable mémorial, 1894
Les paralipomènes
I
Pèlerin aux chemins célèbresDont des corps morts gardent les bordsPour égrener de leurs doigts fortsLe chapelet de mes vertèbres,
Le ventouse bourdon‖ de ma main de vélinS'est fait chauve de ses‖ racines de gorgoneAux rocs roulés chus de‖ mâchoire qui marmonneDe géant trucidé‖ pour mon tapis félin.
Quintuple chapelet‖ ma main de saule sonneDamnation de ses‖ feuilles d'espoir, couronneDe lépreux cliquetant‖ du droit serpent câlinDormant au déroulement des routes de lin.
Le sable du sérail‖ soumis à mes sandalesTourne à mes yeux ses yeux‖ de croix gyrant aux dalles.Le cadran s'est fêlé‖ de l'église au frappant
Double regard à la‖ lune, en la florescenceDu halo de brouillard‖ ainsi que l'on encenseDes lampadaires hauts,‖ plates plumes de paon.
Chute des dés de fer‖ au long des toits pliésDes cloches bavant leur‖ glas de mort pour la mienne.Devantures des marchands de vin : oubliésLa conférence des‖ falots rabelaisienne.
Le grand papillon noir‖ afin qu'il n'appartienneAux masses de monnayeurs des chevaux liésNi de la corne des‖ sabots en lourds piliersRicoche des pavés‖ en glace aérienne.
Le vol s'est arrêté‖ droit de la matitéDe la noire cheminée au ciel ouaté.Mais il me faut laisser‖ des traces sur la terre
De la veuve sandale‖ enchaînée à mon pied.Des lampes, du ciel et‖ du temps m'ont épiéLes inflexibles yeux‖ rond nimbe au solitaire.
Je marche à l'horizon‖ risiblement opaqueAu ricanement des‖ cadrans. Et les bourdonsOmbres de pèlerins‖ en file au ciel de laqueFrappent les gonds‖ de l'horizon gardant ses dons.
La pluie est monotone‖ en l'heure tombant : craqueAu plomb lourd de la pluie,‖ ô Sablier qui vaqueToujours, gonflant‖ les épines des diodons.Quand s'ouvrira le Jour‖ qui s'épand en pardons
Irradiés au fond‖ de mer ou de ciguësVers qui tournant au vent‖ je vire mes mains nuesPriez : déjà la pluie‖ et l'heure avec son pleur
M'engrillent pour la nuit‖ et le sommeil sans rêve.Priez que mes désirs‖ dorment : et j'aurai l'heurQue mon âme qui meurt‖ veuille me faire trêve.
Versé le plat reflet‖ des barbes dans l'eau moireDes ifs vitraux au ciel‖ s'intersèquent les plombs.O visage si rond‖ de la ville, les fondsQui dédaignent les bras‖ plongeurs ont ta mémoire.
Ramant rapide sous‖ les durs remous, la gloireSe dessine fuyant‖ des falots aux talonsRemontés du liquide‖ à l'air les échelons,Voici sur l'horizon‖ se dresser la Tour noire.
Tombés plongent les clairs‖ carreaux de deux prunelles,Les doigts de la fenêtre‖ oculaire infernauxDe l'orbite ont jeté‖ deux larmes parallèles,
Et de douleur la Tour‖ huhule en ses créneaux,Cependant qu'à son front‖ les aigrettes jumellesRaides au ciel de laque‖ arment deux sentinelles.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 7[abba] 8[aa] 4[abab]
- Mètre
- Alexandrins surtout (56 de 12, 4 de 8)· profil 8, 6÷6
- Mots à la rime
- a célèbres / vertèbres féminine, classiqueb bords / forts masculine, classiquea vélin / félin masculine, classiqueb gorgone / marmonne féminine, classiquea sonne / couronne féminine, classiqueb câlin / lin masculine, classiquea sandales / dalles féminine, classiqueb frappant / paon masculine, non classiquea florescence / encense féminine, classiquea pliés / oubliés masculine, classiqueb mienne / rabelaisienne féminine, classiquea n'appartienne / aérienne féminine, classiqueb liés / piliers masculine, classiquea matité / ouaté masculine, classiqueb terre / solitaire féminine, classiquea pied / épié masculine, non classiquea opaque / laque féminine, classiqueb bourdons / dons masculine, classiquea craque / vaque féminine, classiqueb diodons / pardons masculine, classiquea ciguës / nues féminine, classiqueb pleur / l'heur masculine, classiquea rêve / trêve féminine, classiquea moire / mémoire féminine, classiqueb plombs / fonds masculine, classiquea gloire / noire féminine, classiqueb talons / échelons masculine, classiquea prunelles / parallèles féminine, classiqueb infernaux / créneaux masculine, classiqueb jumelles / sentinelles féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les minutes de sable mémorial ; suivies de césar-antéchrist, Paris, FASQUELLE ÉDITEURS, 1932· numérisation gallica.bnf.fr· Sources