Fables, 1678‑1694· Fables choisies mises en vers Éditions Thierry et Barbin (1678-1679) et Barbin (1694)· Livre X
XI. Les deux perroquets, le roi et son fils
Deux perroquets,‖ l'un père et l'autre fils,Du rôt d'un roi‖ faisoient leur ordinaire ;Deux demi-dieux,‖ l'un fils et l'autre père,De ces oiseaux‖ faisoient leurs favoris.L'âge lioit‖ une amitié sincèreEntre ces gens :‖ les deux pères s'aimoient ;Les deux enfants,‖ malgré leur cœur frivole,L'un avec l'autre‖ aussi s'accoutumoient,Nourris ensemble,‖ et compagnons d'école.C'étoit beaucoup d'honneur‖ au jeune perroquet,Car l'enfant étoit prince,‖ et son père monarque.Par le tempérament‖ que lui donna la Parque,Il aimoit les oiseaux.‖ Un moineau fort coquet,Et le plus amoureux‖ de toute la province,Faisoit aussi sa part‖ des délices du prince.Ces deux rivaux un jour‖ ensemble se jouants,Comme il arrive aux jeunes gens,Le jeu devint une querelle.Le passereau, peu circonspec,S'attira de tels coups de bec,Que, demi-mort et traînant l'aile,On crut qu'il n'en pourroit guérir.Le prince indigné fit mourirSon perroquet.‖ Le bruit en vint au père.L'infortuné vieillard‖ crie et se désespère,Le tout en vain,‖ ses cris sont superflus ;L'oiseau parleur‖ est déjà dans la barque :Pour dire mieux,‖ l'oiseau ne parlant plusFait qu'en fureur‖ sur le fils du monarqueSon père s'en va fondre,‖ et lui crève les yeux.Il se sauve aussitôt,‖ et choisit pour asileLe haut d'un pin :‖ là, dans le sein des dieux,Il goûte sa vengeance‖ en lieu sûr et tranquille.Le roi lui-même y court,‖ et dit pour l'attirer :Ami, reviens chez moi ;‖ que nous sert de pleurer ?Haine, vengeance et deuil,‖ laissons tout à la porte.Je suis contraint de déclarer,Encor que ma douleur soit forte,Que le tort vient de nous ;‖ mon fils fut l'agresseur :Mon fils ! non ; c'est le Sort‖ qui du coup est l'auteur.La Parque avoit écrit‖ de tout temps en son livreQue l'un de nos enfants‖ devoit cesser de vivre,L'autre de voir, par ce malheur.Consolons-nous tous deux,‖ et reviens dans ta cage.Le perroquet dit : Sire roi,Crois-tu qu'après un tel outrageJe me doive fier à toi ?Tu m'allègues le Sort :‖ prétends-tu, par ta foi,Me leurrer de l'appât‖ d'un profane langage ?Mais que la Providence,‖ ou bien que le DestinRègle les affaires du monde,Il est écrit là-haut‖ qu'au faîte de ce pin,Ou dans quelque forêt profonde,J'achèverai mes jours‖ loin du fatal objetQui doit t'être un juste sujetDe haine et de fureur.‖ Je sais que la vengeanceEst un morceau de roi,‖ car vous vivez en dieux.Tu veux oublier cette offense ;Je le crois ; cependant‖ il me faut, pour le mieux,Éviter ta main et tes yeux.Sire roi, mon ami,‖ va-t'en, tu perds ta peine :Ne me parle point de retour,L'absence est aussi bien‖ un remède à la haineQu'un appareil contre l'amour.
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Rimes
- 1[abbab] 5[abab] 2[abba] 5[aa] 1[aabab] 1[aabba] 1[ababba] 1[ababb]
- Mètre
- Vers de 12, 8 et 10 syllabes (29 de 12, 20 de 8, 15 de 10)· profil 8, 4+6, 6+6
- Mots à la rime
- a fils / favoris masculine, classiqueb ordinaire / père / sincère féminine, classiquec s'aimoient / s'accoutumoient masculine, classiqued frivole / d'école féminine, classiquee perroquet / coquet masculine, classiquef monarque / Parque féminine, classiqueg province / prince féminine, classiqueh jouants / gens masculine, classiquei querelle / l'aile féminine, classiquej circonspec / bec masculine, classiquek guérir / mourir masculine, classiquel père / désespère féminine, classiquem superflus / plus masculine, classiquen barque / monarque féminine, classiqueo yeux / dieux masculine, classiquep asile / tranquille féminine, classiqueq l'attirer / pleurer / déclarer masculine, classiquer porte / forte féminine, classiques l'agresseur / l'auteur / malheur masculine, classiquet livre / vivre féminine, classiqueu cage / outrage / langage féminine, classiquev roi / toi / foi masculine, classiquew Destin / pin masculine, classiquex monde / profonde féminine, classiquey objet / sujet masculine, classiquez vengeance / offense féminine, classiquea dieux / mieux / yeux masculine, classiqueb peine / haine féminine, classiquec retour / l'amour masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fables, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1868· numérisation Project Gutenberg· Sources