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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Épaves, 1876· Insania

XIII. Dernières Paroles

Auguste Lacaussade· 13 quatrains, octosyllabes et alexandrins, 52 vers

La vie et la douleur‖ m'ont appris la sagesse,La voici : l'amour est mortel.Il meurt même avant nous,‖ et l'homme en sa détresseN'a point d'ennemi plus cruel.

Qu'est-ce donc que la vie ?‖ amertume et torture,Doute et désespoir, tour à tour.Mais le plus grand des maux‖ que nous fit la nature,Et le plus fatal, c'est l'amour !

L'amour est un combat‖ entre l'homme et la femme,Qui rive au vaincu le vainqueur.Tendresse et volupté,‖ nous dit-on : — lutte infâme !L'un l'autre, on s'y mange le cœur.

D'où vient-on ? Où va-t-on ?‖ Questions sans réponse ;Le ciel reste sourd à nos cris.Et le sphinx de la vie‖ en nous raillant enfonceSes griffes dans nos flancs meurtris.

La nature, mêlant‖ l'ivresse à la souffrance,De l'homme ardente à se jouer,Pour leurrer ses douleurs‖ lui donne l'espérance,L'amour pour se perpétuer.

Créer, tel est son but,‖ but fatal et sinistre :Indifférente à nos tourments,Dans cette œuvre sans fin‖ l'amour est son ministre,Nous, ses aveugles instruments.

La femme autant que l'homme‖ est victime et compliceDu maître imposé par le sort.L'un de l'autre on aggrave‖ à l'envi le suppliceQui n'a de terme que la mort.

La femme, c'est cette ombre‖ à nos pas attachée :Courez vers elle, elle vous fuit ;Fuyez-la, vous voyez‖ la vipère alléchéeDerrière vous qui vous poursuit.

Aime, on te trahira ;‖ sois sincère et fidèle,On se rira de ta candeur.La femme change ; l'onde‖ est moins mouvante qu'elle :Que ferait-elle de ton cœur !

Change et trompe, à ton tour !‖ aime et trompe sans cesse !Torture qui sait torturer !Brise la coupe après‖ en avoir bu l'ivresse !Fais pleurer pour ne pas pleurer !

Et voilà donc la vie !‖ un échange adultèreDe mensonge et de trahison !L'enfer à deux au lieu‖ de l'Éden sur la terre !Au lieu de miel, l'âcre poison !

Et voilà donc la vie !‖ et c'est là ce qu'on nommeBonheur, ivresse, volupté !Néant amer ! ô cœur‖ misérable de l'homme !Inénarrable vanité !

Mourons ! — Suprême asile‖ et suprême assistance,O Mort ! contre un joug détesté,Viens donc, viens m'affranchir‖ du mal de l'existence,O mort auguste ! ô liberté !

Versification

Forme
13 quatrains (quatrains)
Rimes
13(abab)
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (26 de 8, 26 de 12)· profil 8, 6+6
Strophes
13 quatrains
Mots à la rime
a sagesse / détresse féminine, classiqueb mortel / cruel masculine, classiquea torture / nature féminine, classiqueb tour / l'amour masculine, classiquea femme / infâme féminine, classiqueb vainqueur / cœur masculine, classiquea réponse / enfonce féminine, classiqueb cris / meurtris masculine, classiquea souffrance / l'espérance féminine, classiqueb jouer / perpétuer masculine, classiquea sinistre / ministre féminine, classiqueb tourments / instruments masculine, classiquea complice / supplice féminine, classiqueb sort / mort masculine, classiquea attachée / alléchée féminine, classiqueb fuit / poursuit masculine, classiquea fidèle / qu'elle féminine, classiqueb candeur / cœur masculine, classiquea cesse / l'ivresse féminine, classiqueb torturer / pleurer masculine, classiquea adultère / terre féminine, classiqueb trahison / poison masculine, classiquea nomme / l'homme féminine, classiqueb volupté / vanité masculine, classiquea assistance / l'existence féminine, classiqueb détesté / liberté masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poesies, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1896· numérisation poesies.net· Sources