Les Épaves, 1876· Les anacréontiques
LII. L’Éloge de da Rose
Avec la saison printanière,Je veux dire en mes vers‖ la fleur douce aux amours.A ma voix, pour chanter‖ la rose et les beaux jours,Amie, unis ta voix légère.
La rose est l'haleine des Dieux,Elle est la volupté‖ des mortels, leurs délices !De la pourpre de ses calicesVénus orne sa tempe‖ et l'or de ses cheveux.Le groupe des Grâces riantesEnlace ses bras nus‖ de roses odorantes,Au beau temps des amours fleuris.Chère aux Muses comme à Cypris,La rose est le soin des poètes,La belle fleur de leurs chansons.La rose est douce à tous,‖ douce aux mains indiscrètesQui, pour la dérober‖ à ses vertes retraites,Bravent l'épine des buissons.Elle embaume qui la caresse.Dans sa feuille, épuisés d'ivresse,L'abeille et les zéphirs‖ aiment à s'enfermer.Au doigt voluptueux‖ qui l'échauffe et la presse,Fleur des amours, la rose laisseUne senteur qui fait aimer.
Au milieu des banquets‖ la rose est désirée.L'esprit du chant s'égaye‖ à son éclat divin.Bacchus, dans la coupe sacréeEffeuillant la rose pourprée,Boit ses parfums mêlés‖ aux aromes du vin.Que peut-on faire sans la rose ?Sans la rose, ô Vénus !‖ la vie est peu de chose.L'aurore est dite aux doigts de rose ;Des Nymphes le folâtre essaimA la bouche de rose‖ et de rose le sein ;Au dire du docte et du sage,La mère de l'Amour‖ de rose a le visage.
Emblème de la volupté,La rose, aux mortels secourable,Rend aux malades la santé.Chère aux morts, son parfum durableDes ans mêmes brave le cours.Douce est des roses la vieillesse,Car la rose garde toujoursLa fraîche odeur de sa jeunesse.
Quand de l'écume de la mer,Réjouissant l'onde apaisée,Aphrodite naquit,‖ et de l'azur amerSortit brillante de rosée ;Quand, aux bruits de la foudre,‖ aux flammes de l'éclair,Déesse aux combats animée,Minerve jaillit tout arméeDu front tonnant de Jupiter ;La terre, luttant de merveille,A son tour enfanta‖ la plante sans pareille,La rose aux splendides couleurs !Des Dieux la foule bienheureuseArrosa de nectar‖ sa feuille radieuse.Belle et remplissant l'air‖ de nouvelles senteurs,De son épine alors‖ sortit majestueuseLa fleur chère à Bacchus,‖ la première des fleurs !
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 4[abba] 6[aa] 2[abaab] 1[aaa] 3[abab] 1[abbaba]
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (37 de 8, 22 de 12)· profil 8, 6+6
- Mots à la rime
- a printanière / légère féminine, classiqueb amours / jours masculine, classiquea Dieux / cheveux masculine, classiqueb délices / calices féminine, classiquec riantes / odorantes féminine, classiqued fleuris / Cypris masculine, classiquee poètes / indiscrètes / retraites féminine, classiquef chansons / buissons masculine, classiqueg caresse / d'ivresse féminine, classiqueh s'enfermer / aimer masculine, classiquei presse / laisse féminine, classiquea désirée / sacrée / pourprée féminine, classiqueb divin / vin masculine, classiquec rose / chose féminine, classiqued essaim / sein masculine, classiquee sage / visage féminine, classiquea volupté / santé masculine, classiqueb secourable / durable féminine, classiquec cours / toujours masculine, classiqued vieillesse / jeunesse féminine, classiquea mer / amer masculine, classiqueb apaisée / rosée féminine, classiquec l'éclair / Jupiter masculine, classiqued animée / armée féminine, classiquee merveille / pareille féminine, classiquef couleurs / senteurs / fleurs masculine, classiqueg bienheureuse / radieuse / majestueuse féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
59 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poesies, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1896· numérisation poesies.net· Sources