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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Salaziennes, 1839

XXVI. A Mr. A. Vinson

Auguste Lacaussade· 14 quatrains, alexandrins et octosyllabes, 56 vers

Oui, je pleure en ce jour,‖ comme au milieu des chaînesLes enfants d'Israël,‖ sur les bords odieuxOù les tenaient captifs‖ leurs vainqueurs orgueilleux,Pleuraient pour adoucir leurs peines.

Comme la leur, ma lyre,‖ aux arbres de ces bords,Muette aux chants joyeux‖ demeure suspendue ;Mais aujourd'hui pour toi‖ sa corde détendueEssaiera de faibles accords.

Pour toi qui dans la nuit‖ chantas sur ma misère,Toi qui mêlas tes pleurs‖ aux larmes de mes yeux,Et qui vins saluer‖ d'un chant harmonieuxUne muse humble et solitaire.

Ami, mon vers que dicte‖ un triste souvenir,C'est le premier parfum‖ d'un cœur qui vient d'éclore ;Mais des chants qu'inspira‖ la tendre ÉléonoreIl doit ignorer l'avenir.

Qu'importe ! j'ai chanté‖ pour charmer ma tristesse,Pour m'oublier, hélas !‖ à mon plaintif accord ;Comme à son bruit léger‖ le flot des mers s'endortSur le sable uni qu'il caresse.

Quand le chœur des oiseaux‖ se répand dans les airs,Quand je crois dans leur voix‖ entendre un doux génieQue mon âme se berce‖ à la molle harmonieDe leurs mélodieux concerts.

Quand la lune qui monte‖ aux bords de la vallée,De son jour affaibli‖ vient éclairer la nuit,Et que, triste et rêveur,‖ par mes pas seuls conduit,J'erre ainsi qu'une ombre exilée.

Quand sous les roseaux verts‖ qu'elle vient arroser,Une onde a murmuré‖ sa plainte fugitive ;Semblable au bruit mourant‖ qu'une lèvre craintiveLaisse exhaler dans un baiser ;

Alors, m'abandonnant‖ à mon vague délire,Ma poétique ardeur‖ se répand dans ma voix ;Je laisse avec amour‖ se promener mes doigtsSur chaque corde de ma lyre.

Le son qui s'en échappe‖ est toujours un soupir,Un accent de tristesse,‖ un murmure, une plainte ;C'est la note expirante‖ et la molle complainteD'un cœur qui cherche à s'assoupir.

Je pleure… et voilà tout…‖ et jamais je ne lèveUn œil d'ambition‖ sur le vaste avenir,Car je sens que mes chants‖ doivent s'évanouirComme au réveil l'ombre d'un rêve.

Mais toi, dont l'âme éclose‖ aux feux d'un même ciel,Exhale en vers si doux‖ sa senteur exotique,Tu peux, bien mieux que moi,‖ pour ton front poétiqueRêver un éclat immortel.

Courage, enfant bercé‖ par la vague africaine !Ta brise est de parfum‖ et ton ciel est d'azur ;Tu n'as pas à lutter‖ contre le flot obscurOù vogue ma barque incertaine.

Courage ! un jour brillant‖ sourit à ton réveil ;Et cette voix qui chante‖ à ton aube naissante,Tu l'entendras vibrer‖ dans ta splendeur croissantePour applaudir à ton soleil !

Versification

Forme
14 quatrains (quatrains)
Rimes
14(abba)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (42 de 12, 14 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
14 quatrains
Mots à la rime
a chaînes / peines féminine, classiqueb odieux / orgueilleux masculine, classiquea bords / accords masculine, classiqueb suspendue / détendue féminine, classiquea misère / solitaire féminine, classiqueb yeux / harmonieux masculine, classiquea souvenir / l'avenir masculine, classiqueb d'éclore / Éléonore féminine, classiquea tristesse / caresse féminine, classiqueb accord / s'endort masculine, classiquea airs / concerts masculine, classiqueb génie / harmonie féminine, classiquea vallée / exilée féminine, classiqueb nuit / conduit masculine, classiquea arroser / baiser masculine, classiqueb fugitive / craintive féminine, classiquea délire / lyre féminine, classiqueb voix / doigts masculine, classiquea soupir / s'assoupir masculine, classiqueb plainte / complainte féminine, classiquea lève / rêve féminine, classiqueb avenir / s'évanouir masculine, classiquea ciel / immortel masculine, classiqueb exotique / poétique féminine, classiquea africaine / incertaine féminine, classiqueb d'azur / obscur masculine, classiquea réveil / soleil masculine, classiqueb naissante / croissante féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Salaziennes, Paris, J.-P. Aillaud, 1839· numérisation poesies.net· Sources