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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poèmes et Paysages, 1852· Poèmes et paysages

LVIII. A Béranger

Auguste Lacaussade· 6 huitains, alexandrins et octosyllabes, 48 vers

O poète, pourquoi‖ punir par ton silenceTant de cœurs malheureux‖ à ta voix suspendus !D'un pouvoir corrupteur‖ châtiant l'insolence,Rends au peuple indigné‖ tes chants qui lui sont dus !Parmi ses défenseurs‖ la Liberté te nomme.Viens de ses ennemis‖ déjouer les complots.Lourde à tous, la tourmente‖ est dans l'air, ô grand homme !Que ta voix chante sur les flots !

Parle ! notre âge est sombre‖ et demande un Moïse.Parle ! suscite un guide‖ en nos mornes déserts,Rappelle à Pharaon‖ la liberté promise,Rappelle-lui quel sort‖ l'attend au fond des mers.Dis-lui bien que, semblable‖ au Nil aux eaux fertiles,Il devrait enrichir‖ et féconder nos bords,Et non pas dévorer‖ de ses flots inutilesEt nos moissons et nos trésors !

Et quel plus triste objet‖ de honte et de colèreQue ce roi quémandeur‖ aux appétits sans fin,Qui, buvant à longs traits‖ la sève populaire,De dots a toujours soif‖ et d'or a toujours faim !Encor si c'était tout !‖ mais, ô comble de honte !D'un peuple descendu‖ suprême abaissement !O France ! à ton drapeau‖ l'outrage aujourd'hui monte,L'outrage monte impunément.

Non ! ce n'est point ainsi‖ qu'en des siècles impiesLes inspirés d'en haut‖ se révélaient aux rois :Sur des âmes de fange‖ et de lucre pétries,Comme l'eau du torrent,‖ ils répandaient leurs voix.Ils réveillaient le peuple‖ endormi dans la poudre ;Ils faisaient dans son cœur‖ passer l'esprit de Dieu,Et sur les fronts impurs‖ lançaient comme la foudreL'anathème aux ailes de feu.

Descends donc dans l'arène‖ et ressaisis ta lyre !Viens du peuple exalter‖ les généreux penchants.Ton pays qu'a vengé‖ ta vaillante satireDans ses jours de détresse‖ a besoin de tes chants.O citoyen poète‖ à l'âme haute et libre,Viens lutter et combattre‖ et vaincre pour nos droits !Sois encor, sois toujours‖ ce cœur fier dont la fibreFit trembler ministres et rois.

Poursuis ta noble tâche‖ et ton œuvre bénie.Tout globe au sein des nuits‖ a droit à son flambeau ;Et l'homme à qui le ciel‖ imposa le génieNe doit se reposer‖ qu'en entrant au tombeau.Debout ! à ton pays‖ tu dois ta vie entière ;Et pareil en ta marche‖ à l'astre roi des jours,Poète, ne suspends‖ ton œuvre de lumièreQu'après avoir rempli ton cours.

184.

Versification

Forme
6 huitains (huitains)
Rimes
6(ababcdcd)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (42 de 12, 6 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
6 huitains
Mots à la rime
a silence / l'insolence féminine, classiqueb suspendus / dus masculine, classiquec nomme / homme féminine, classiqued complots / flots masculine, classiquea Moïse / promise féminine, classiqueb déserts / mers masculine, classiquec fertiles / inutiles féminine, classiqued bords / trésors masculine, classiquea colère / populaire féminine, classiqueb fin / faim masculine, classiquec honte / monte féminine, classiqued abaissement / impunément masculine, classiquea impies / pétries féminine, classiqueb rois / voix masculine, classiquec poudre / foudre féminine, classiqued Dieu / feu masculine, classiquea lyre / satire féminine, classiqueb penchants / chants masculine, classiquec libre / fibre féminine, classiqued droits / rois masculine, classiquea bénie / génie féminine, classiqueb flambeau / tombeau masculine, classiquec entière / lumière féminine, classiqued jours / cours masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Paysages, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1897· numérisation poesies.net· Sources