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un seul est le mot juste.

Poèmes et Paysages, 1852· Poèmes et paysages

XXXVI. Adieux et réponses à mes Amis de l’Île de France

Auguste Lacaussade· 28 quatrains, octosyllabes, 112 vers

Nos deux îles sont sœurs, vous êtes notre frère.D…

Poète, en vain tu me comparesAu rossignol, barde des airs ;Je crains l'éclat dont tu me pares,Je crains de trop croire à tes vers.

Mes lèvres, de bonheur muettes,Boiraient au miel de tes accents ;Car, tu le sais, dieux et poètes,Ami, se nourrissent d'encens.

Gardons le sceptre à de plus dignes !Ma muse est ta plus humble sœur.Du verbe harmonieux des cygnesSa voix n'eut jamais la douceur.

Dans nos jours où parfois se mêleUn chant d'espoir aux chants troublés,Je n'ai connu de PhilomèleQue les soupirs inconsolés.

Sombre aussi fut ma destinée,Bien lourds aussi mes maux soufferts,Ma vie aussi fut enchaînée,Ma muse aussi connut les fers !

Mais Dieu, qui permit ma souffrance,A mes lèvres n'a point donnéL'hymne vaillant de l'espérance,L'hymne aux conquêtes destiné !

Pour lutter je n'eus d'autres armesQue ma pauvre lyre et mes pleurs ;Et c'est toujours dans l'eau des larmesQu'en secret éclosent mes fleurs.

Si la douleur fait l'harmonie,Les cœurs me souriront un jour.Mais, quoi ! tu parles de génieA moi qui n'ai rêvé qu'amour.

Je suis cet oiseau de passageQui n'a de voix que pour gémir,Et qui s'en va de plage en plage,Fait pour chanter et pour mourir.

Enivré d'un ciel sans orage,Oubliant la brume et les flots,Il chante à l'arbre qui l'ombrageDes chants qui n'auront point d'échos ;

Des chants que l'arbre qui l'accueille,Des chants que l'onde aux frais roseauxVerra tomber avant sa feuille,Verra tarir avant ses eaux.

Qu'importe ! Il n'est d'écho qui dure,Et la fleur passe avant l'été.Ami, la gloire et la verdureSont sœurs par la fragilité.

Du bonheur pleurant le veuvage,Semblable au pèlerin ailé,J'erre au hasard, loin du rivageOù mes jours d'enfance ont coulé.

Pour moi la saison rigoureuse,Hélas ! a devancé le temps,Et ma tristesse harmonieuseN'eut point à chanter de printemps.

La douleur connaît mon visage ;Jeune encor j'appris à souffrir.Oh ! je suis l'oiseau de passage,Fait pour chanter et pour mourir.

Mais, quels que soient l'homme et la riveQue ma nef aborde en son cours,Si la terre où ma barque arriveM'ouvre ses bras pour quelques jours ;

Séduit par la beauté des âmes,Séduit par la beauté des lieux,D'un ciel plus doux sentant les flammesInonder mon cœur et mes yeux,

Je chante, heureuse créature,Enfant par les muses hanté,Je chante l'homme et la nature,Je chante l'hospitalité.

Sois donc béni, toi dont la lyreM'accueille en frère sur ces bords !Béni dans ton heureux délire !Béni dans tes heureux transports !

Que le flot à ma nef contrairePour toi n'ait jamais de rigueurs !Que toujours il te porte, ô frère !Vers des groupes d'îles en fleurs.

Qu'un vent frais chasse tout nuageQui pourrait voiler tes beaux jours,Et, doux chanteur, qu'un doux feuillageAbrite tes douces amours !

Des muses garde en toi la flamme !Sois gai ! sois aimant ! sois vainqueur !La joie est la santé de l'âme !L'amour est la santé du cœur !

Qu'à ta lèvre ivre d'harmonieLe ciel, prodiguant les accords,Donne, avec le pain du génie,Le pain que réclame le corps !

Et toi, sois à jamais bénie,Vierge nature, ô vierge sol !Terre, berceau de Virginie,O terre où vit l'ombre de Paul !

Île où tant d'âmes fraternellesÉtonnent mon cœur converti !Île où tant d'amitiés fidèlesA mon espoir n'ont point menti !

De tes jours que l'arbre prospèreN'ait jamais de fruit avorté !Que pour tes fils tout sage espèreUne intelligente unité !

Garde à tous d'égales tendresses !Surtout sois douce aux cœurs brisés !Ils ont tous droit à tes caresses,Qu'ils aient tous part à tes baisers !

Et moi, dont la lyre éphémèrePour t'aimer ne vaut pas mon cœur,Chéris-moi comme une autre mère,Moi qui suis le fils de ta sœur !

Port-Louis, île de France 1842.

Versification

Forme
28 quatrains (quatrains)
Rimes
28(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
28 quatrains
Mots à la rime
a compares / pares féminine, classiqueb airs / vers masculine, classiquea muettes / poètes féminine, classiqueb accents / d'encens masculine, classiquea dignes / cygnes féminine, classiqueb sœur / douceur masculine, classiquea mêle / Philomèle féminine, classiqueb troublés / inconsolés masculine, classiquea destinée / enchaînée féminine, classiqueb soufferts / fers masculine, classiquea souffrance / l'espérance féminine, classiqueb donné / destiné masculine, classiquea armes / larmes féminine, classiqueb pleurs / fleurs masculine, classiquea l'harmonie / génie féminine, classiqueb jour / qu'amour masculine, classiquea passage / plage féminine, classiqueb gémir / mourir masculine, classiquea orage / l'ombrage féminine, classiqueb flots / d'échos masculine, classiquea l'accueille / feuille féminine, classiqueb roseaux / eaux masculine, classiquea dure / verdure féminine, classiqueb l'été / fragilité masculine, classiquea veuvage / rivage féminine, classiqueb ailé / coulé masculine, classiquea rigoureuse / harmonieuse féminine, classiqueb temps / printemps masculine, classiquea visage / passage féminine, classiqueb souffrir / mourir masculine, classiquea rive / arrive féminine, classiqueb cours / jours masculine, classiquea âmes / flammes féminine, classiqueb lieux / yeux masculine, classiquea créature / nature féminine, classiqueb hanté / l'hospitalité masculine, classiquea lyre / délire féminine, classiqueb bords / transports masculine, classiquea contraire / frère féminine, classiqueb rigueurs / fleurs masculine, classiquea nuage / feuillage féminine, classiqueb jours / amours masculine, classiquea flamme / l'âme féminine, classiqueb vainqueur / cœur masculine, classiquea d'harmonie / génie féminine, classiqueb accords / corps masculine, classiquea bénie / Virginie féminine, classiqueb sol / Paul masculine, classiquea fraternelles / fidèles féminine, équivalenteb converti / menti masculine, classiquea prospère / espère féminine, classiqueb avorté / unité masculine, classiquea tendresses / caresses féminine, classiqueb brisés / baisers masculine, classiquea éphémère / mère féminine, classiqueb cœur / sœur masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

112 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Paysages, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1897· numérisation poesies.net· Sources