Poèmes et Paysages, 1852· Poèmes et paysages
XXXI. Bonsoir
La nuit étoilée et sereineDescend ; et déjà, loin du bord,Le vaisseau glisse et nous entraîne…Penché sur le mouvant sabord,Je suis la barque fugitiveQui vous reconduit vers la rive,Vous que mes yeux voudraient revoir !Mais la houle est vaste et profonde ;La barque a disparu sur l'onde :Bonsoir, ô mes frères, bonsoir !
Le vaisseau fuit, le vent se lève ;Au large, au large, il suit son cours.Des flots, par instants, sur la grève,J'entends les bruits lointains et sourds.Le jeune ami de mon jeune âgeSur les rocs déserts du rivageEn pleurant est venu s'asseoir.Aux clartés pâles des étoilesIl voit au loin blanchir nos voiles :Bonsoir, mon triste ami, bonsoir !
De mon seul appui dans ce mondeJ'ai donc quitté le toit si cher !Et me voilà, roulant sur l'onde,Seul sur la vaste, vaste mer !Là-bas, qui m'aimera comme elle ?Vierge à l'angoisse maternelle,Pardonnez-moi son désespoir !C'est vous que sur les mers on prie :Consolez-la, Vierge Marie !Bonsoir, ô ma mère, bonsoir !
Hélas ! un compagnon fidèle,Mon chien hurle et me cherche en vain ;Ma sœur à ses côtés l'appelle :Il vient se coucher sous sa main.Léchant la main qui le caresse,Sa morne et muette tendresseSemble parler dans son œil noir !Assise au seuil de ma demeure,Ma sœur se tait, mais elle pleure :Bonsoir, ma pauvre sœur, bonsoir !
Oiseau pêcheur, vers le rivageTu reviens au coucher du jour ;Tu vas retrouver sur la plageEt ton nid d'algue et ton amour.Tandis que l'ombre t'y ramène,Vers d'autres cieux le vent m'entraîne.Sur ces bords, mon natal espoir,Porte ma plainte et ma tristesse :Comme il s'éloigne avec vitesse !Bonsoir, heureux oiseau, bonsoir !
Et des monts les sommets sublimesDéjà sont voilés à mes yeux.Pics abaissés des hautes cimes,Recevez mes derniers adieux !Quand le soleil sur cette terreDemain luira, fils solitaire,Hélas ! je ne pourrai plus voirLe ciel si bleu de la patrie :Adieu donc, mon île chérie !Bonsoir, ô mon pays, bonsoir !
En appareillant de la rade de Saint-Denis, île Bourbon.,
Versification
- Forme
- 6 dizains (dizains)
- Rimes
- 6(ababccdeed)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 6 dizains
- Mots à la rime
- a sereine / entraîne féminine, classiqueb bord / sabord masculine, classiquec fugitive / rive féminine, classiqued revoir / bonsoir masculine, classiquee profonde / l'onde féminine, classiquea lève / grève féminine, classiqueb cours / sourds masculine, classiquec âge / rivage féminine, classiqued s'asseoir / bonsoir masculine, classiquee étoiles / voiles féminine, classiquea monde / l'onde féminine, classiqueb cher / mer masculine, classiquec elle / maternelle féminine, classiqued désespoir / bonsoir masculine, classiquee prie / Marie féminine, classiquea fidèle / l'appelle féminine, classiqueb vain / main masculine, classiquec caresse / tendresse féminine, classiqued noir / bonsoir masculine, classiquee demeure / pleure féminine, classiquea rivage / plage féminine, classiqueb jour / amour masculine, classiquec ramène / m'entraîne féminine, classiqued espoir / bonsoir masculine, classiquee tristesse / vitesse féminine, classiquea sublimes / cimes féminine, classiqueb yeux / adieux masculine, classiquec terre / solitaire féminine, classiqued voir / bonsoir masculine, classiquee patrie / chérie féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Paysages, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1897· numérisation poesies.net· Sources