Poèmes et Paysages, 1852· Poèmes et paysages
XLII. Lever de lune sous l’Équateur
Du sein des flots la lune‖ émerge blonde et belle !L'éther ouvre à son vol‖ de claires profondeurs.Sous ses flammes d'argent‖ l'Océan étincelle.L'horizon est baigné‖ de rêveuses splendeurs.
O lune ! sur cette onde‖ où ton globe se mire,Je vogue, et ma pensée‖ à toi monte et t'admire.Et je te vois flotter,‖ calme dans le ciel pur,Comme un esquif léger‖ sur une mer d'azur.Les yeux vers toi, bercé‖ par la houle profonde,Qu'il est doux de rêver‖ à ta lumière blonde !
Épanche sur mon front‖ tes feux mystérieux,Lune ! et poursuis au ciel‖ ton vol silencieux.
Tu montes, et déjà‖ dans les airs qui blanchissent,Voilant leurs cheveux d'or,‖ les étoiles pâlissent.Jalouses devant toi‖ s'effacent leurs beautés.Âme des belles nuits,‖ reine aux chastes clartés,L'Océan te sourit !‖ vers la voûte où tu planesIl lève avec amour‖ ses ondes diaphanes.
Épanche sur son sein‖ tes feux mystérieux,Lune ! et poursuis au ciel‖ ton vol silencieux.
Quel calme sur les mers !‖ sous les cieux quel silence !Le vaisseau lentement‖ sur l'onde se balance.J'écoute et n'entends plus‖ que les mourants accordsDu flot qui mollement‖ vient baigner nos sabords.Aucun souffle dans l'air‖ n'arrive à mon oreille :L'astre luit, la nuit marche,‖ et l'Océan sommeille !
Épanche sur les flots‖ tes feux mystérieux,Lune ! et poursuis au ciel‖ ton vol silencieux.
Nuit divine ! Océan !‖ lune, paisible reine !O voûte immaculée !‖ ô profondeur sereine !Oh ! quelqu'un avec moi‖ de votre immensitéSent-il descendre en lui‖ la vague majesté ?Est-il une âme aussi‖ qui, pensive à cette heure,Dans le fluide éther,‖ sa future demeure,Voyant passer la nuit‖ sur son char constellé,Contemple ainsi que moi‖ ce silence étoilé,Ce vide auguste empli‖ d'ineffable lumière,Et, des flots assoupis‖ de l'océan du ciel,Sur ces ondes où plane‖ un calme solennel,Ramène ainsi que moi‖ sa rêveuse paupière ?
Épanche autour de nous‖ tes feux mystérieux,Lune ! et poursuis au ciel‖ ton vol silencieux.
Je ne sais : mais peut-être,‖ esprit ailé qui passe,Un voyageur divin,‖ pèlerin dans l'espace,Suspend sa course heureuse‖ et, des hauteurs des cieux,Sur ce monde flottant‖ laisse tomber ses yeux.Aux dernières lueurs‖ des mourantes étoiles,Aux clartés dont la lune‖ argente au loin nos voiles,Il voit notre vaisseau,‖ tel qu'un cygne des mersDont l'aile blanche traîne‖ au bord des flots amers,Dormir au lent roulis‖ des lumineuses lamesOù l'astre de Vénus‖ fait onduler ses flammes.
Endors à ta lueur‖ mon front silencieux,Lune ! et poursuis au ciel‖ ton vol mystérieux.
1844.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 1[abab] 23[aa] 1[abba]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a belle / étincelle féminine, classiqueb profondeurs / splendeurs masculine, classiquea mire / t'admire féminine, classiqueb pur / d'azur masculine, classiquec profonde / blonde féminine, classiquea mystérieux / silencieux masculine, classiquea blanchissent / pâlissent féminine, classiqueb beautés / clartés masculine, classiquec planes / diaphanes féminine, classiquea silence / balance féminine, classiqueb accords / sabords masculine, classiquec oreille / sommeille féminine, classiquea reine / sereine féminine, classiqueb immensité / majesté masculine, classiquec heure / demeure féminine, classiqued constellé / étoilé masculine, classiquee lumière / paupière féminine, classiquef ciel / solennel masculine, classiquea passe / l'espace féminine, classiqueb cieux / yeux masculine, classiquec étoiles / voiles féminine, classiqued mers / amers masculine, classiquee lames / flammes féminine, classiquea silencieux / mystérieux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Paysages, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1897· numérisation poesies.net· Sources