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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le sanglot de la terre, 1878‑1883

Rosace en vitrail

Jules Laforgue· 13 quatrains, alexandrins, 52 vers

Vraiment ! tout ce qu'un Cœur,‖ trop solitaire, amasseDe remords de la vie‖ et d'adoration,Flambe, brûle, pourrit,‖ saigne en cette rosaceEt ruisselle à jamais‖ de consolation.

Oh ! plus que dans les fleurs‖ de fard de Baudelaire,Plus que dans les refrains‖ d'automne de Chopin,Plus qu'en un Rembrandt roux‖ qu'un rayon jaune éclaire.Seuls aussi bons aux spleens‖ sont les couchants de juin

Vaste rosace d'or,‖ d'azur et de cinabrePour ce coin recueilli‖ mysticisant le jour,Tu dis bien notre vie‖ et splendide et macabre,Et je veux me noyer‖ en toi, crevé d'amour !

D'abord, ton Cœur, calice‖ ouvré de broderies,Semble, dans son ardeur‖ d'âme de reposoir,Un lac de sang de vierge,‖ où mille pierreriesBrûlent mystiquement,‖ nuit et jour, sans espoir !

De ce foyer d'essors,‖ féerique apothéose,Jaillissent huit rayons,‖ échelle de couleurs,Où des tons corrompus,‖ mourants, se décomposent,Symboles maladifs‖ de subtiles douleurs.

O blancs neigeux et purs,‖ ô pétales d'aurore,Blancs rosés, lilas blanc,‖ fleurs des vierges écrins,N'êtes-vous pas l'enfance,‖ où le remords encoreEt les spleens furieux‖ n'ont pas cassé nos reins ?

Et vous, l'âpre jeunesse‖ éclatant en vingt gerbesD'ivresse, vers le calme‖ éternel du soleil,Bleus francs, verts des juillets,‖ écarlates superbes,Lits chauds de tresses d'or,‖ braises de rut vermeil ?

Alors, le grand bouquet‖ tragique de la Vie !Les mornes violets‖ des désillusions,Les horizons tout gris de l’ornière suivieEt les tons infernaux‖ Je nos corruptions !

Ah ! quel riche trésor‖ l'artiste Amour étale !Orangés sulfureux,‖ or roux, roses meurtris,Blancs de cold-cream ; et la‖ splendeur orientaleDes verts, des lilas noirs‖ et des jaunes pourris !

L'alcool, les cuivres chauds‖ des alambics ; les bières,Gamme de blonds ; les ors‖ liquides et vermeils,Les verts laiteux, les blancs,‖ les bleus incendiaires,L'opale des crachats‖ et le plomb des réveils.

Toussez, ô gris du spleen,‖ défilé monotoneDes tons neutres, plâtreux,‖ enfumés, endeuillés ;Sépias, roux déteints,‖ averses, ciels d'automne ;Soleils soufrés croulant‖ dans les bois dépouillés ;

C'est la mort, la câlin‖ en cire, aux fards malades ;Et son clavier de verts,‖ des algues au fiel ;Ses jaunes luxueux,‖ ses roses de pommades,Ses bitumes fondant‖ dans le noir éternel !

Chaste rosace d'or,‖ d'azur et de cinabre,Va, je viendrai souvent‖ lire en toi, loin du jour,L'illusion, plus morne‖ en son chahut macabre,Et me noyer en toi,‖ crevé, crevé d'amour !

Versification

Forme
13 quatrains (quatrains)
Rimes
13(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Strophes
13 quatrains
Mots à la rime
a amasse / rosace féminine, classiqueb d'adoration / consolation masculine, classiquea Baudelaire / éclaire féminine, classiqueb Chopin / juin masculine, classiquea cinabre / macabre féminine, classiqueb jour / d'amour masculine, classiquea broderies / pierreries féminine, classiqueb reposoir / espoir masculine, classiquea apothéose / décomposent féminine, non classiqueb couleurs / douleurs masculine, classiquea d'aurore / encore féminine, classiqueb écrins / reins masculine, classiquea gerbes / superbes féminine, classiqueb soleil / vermeil masculine, classiquea Vie / suivie mixte, classiqueb désillusions / corruptions masculine, mixtea étale / orientale féminine, classiqueb meurtris / pourris masculine, classiquea bières / incendiaires féminine, classiqueb vermeils / réveils masculine, classiquea monotone / d'automne féminine, classiqueb endeuillés / dépouillés masculine, classiquea malades / pommades féminine, classiqueb fiel / éternel masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.6

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Mercure de France, 1902· numérisation archive.org· Sources