Les Complaintes, 1885
Complainte des nostalgies préhistoriques
La nuit bruine sur les villes.Mal repu des gains machinals,On dîne ; et, gonflé d'idéal,Chacun sirote son idylle,Ou furtive, ou facile.
Échos des grands soirs primitifs !Couchants aux flambantes usines,Rude paix des sols en gésine,Cri jailli là-bas d'un massif,Violuptés à vif !
Dégringolant une vallée,Heurter, dans des coquelicots,Une enfant bestiale et brûléeQui suce, en blaguant les échos,De jûteux abricots
Livrer aux langueurs des soiréesSa toison où du cristal luit,Pourlécher ses lèvres sucrées,Nous barbouiller le corps de fruitsEt lutter comme essui !
Un moment, béer, sans rien dire,Inquiets d'une étoile là-haut ;Puis, sans but, bien gentils satyres,Nous prendre aux premiers sanglotsFraternels des crapauds.
Et, nous délèvrant de l'extase,Oh ! Devant la lune en son plein,Là-bas, comme un bloc de topaze,Fous, nous renverser sur les reins,Riant, battant des mains !
La nuit bruine sur les villes :Se raser le masque, s'ornerD'un frac deuil, avec art dîner,Puis, parmi des vierges débiles,Prendre un air imbécile.
Versification
- Forme
- 7 quintils (strophes variées)
- Rimes
- 3(abbaa) 4(ababb)
- Mètre
- Octosyllabes et hexasyllabes (28 de 8, 7 de 6)· profil 6, 8
- Strophes
- 7 quintils
- Mots à la rime
- a villes / idylle / facile féminine, non classiqueb machinals / d'idéal masculine, non classiquea primitifs / massif / vif masculine, classiqueb usines / gésine féminine, non classiquea vallée / brûlée féminine, non classiqueb coquelicots / échos / abricots masculine, classiquea soirées / sucrées féminine, classiqueb luit / fruits / essui masculine, classiquea dire / satyres féminine, classiqueb là-haut / sanglots / crapauds masculine, classiquea l'extase / topaze féminine, non classiqueb plein / reins / mains masculine, non classiquea villes / débiles / imbécile féminine, non classiqueb s'orner / dîner masculine, non classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 2.4
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
35 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Complaintes, Paris, Léon Vanier, Libraire-Éditeur, 1885· numérisation poesies.net· Sources