Les Complaintes, 1885
Complainte des voix sous le figuier bouddhique
Ah ! Ah !Il neige des hostiesDe soie, anéanties !Ah ! Ah !Alléluia !
La lune en son halo‖ ravagé n'est qu'un œilMangé de mouches, tout‖ rayonnant des grands deuils,
Vitraux mûrs, déshérités, flagellés d'aurore,Les Yeux Promis sont plus‖ dans les grands deuils encore.
Les concetti du crépusculeFrisaient les bouquets de nos seins ;Son haleine encore y circule,Et, leur félinant le satin,Fait s'y pâmer deux renoncules.
Devant ce Maître Hypnotiseur ;Expirent leurs frou-frou poseurs ;Elles crispent leurs étamines,Et se rinfiltrent leurs parfumsAvec des minesD'œillets défunts.
Des rêves engrappés‖ se roulaient aux collines,Feuilles mortes portant‖ du sang des mousselines,
Cumulus, indolents‖ roulis, qu'un vent trembléVint carder un beau soir‖ de soifs de s'en aller !
Ah ! Ah !Il neige des cœursNoués de faveurs,Ah ! Ah !Alléluia !
Reviens, vagir parmi‖ mes cheveux, mes cheveuxTièdes, je t'y ferai‖ des bracelets d'aveux !
Entends partout‖ les Encensoirs les plus célestes,L'Univers te garde une note‖ unique ! Reste…
C'est le nid meubléPar l'homme idolâtre ;Les vents déclassésDes mois près de l'âtre ;Rien de passager,Presque pas de scènes ;La vie est si saine,Quand on sait s'arranger.Ô fiancé probe,Commandons ma robe !Hélas ! Le bonheur est‖ là, mais lui se dérobe…
Bestiole à chignon,‖ Nécessaire divin,Os de chatte, corps de‖ lierre, chef-d'œuvre vain !
Ô femme, mammifère‖ à chignon, ô fétiche,On t'absout ; c'est un Dieu‖ qui par tes yeux nous triche,
Beau commis voyageur,‖ d'une Maison là-haut,Tes yeux mentent ! Ils ne‖ nous diront pas le Mot !
Et tes pudeurs ne sont‖ que des passes réflexesDont joue un Dieu très fort‖ (Ministère des sexes).
Tu peux donc nous mener‖ au Mirage béant,Feu-follet connu, vertugadin du Néant ;
Mais, fausse sœur,‖ fausse humaine, fausse mortelle,Nous t'écartèlerons‖ de honte sensuelles !
Et si ta dignité‖ se cabre ? À deux genoux,Nous te fermerons la‖ bouche avec des bijoux.
‒ Vie ou Néant ! Choisir.‖ Ah ! Quelle discipline !Que n'est-il un Éden‖ entre ces deux usines ?
Bon ; que tes doigts sentimentalsAient pour nos fronts au teint d'épaveDes condoléances qui laventEt des trouvailles d'animal.
Et qu'à jamais ainsi tu ailles,Le long des étouffants dortoirs,Égrenant les bonnes semailles,En inclinant ta chaste tailleSur les sujets de tes devoirs.
Ah ! Pour une âme trop tanguée,Tes baisers sont des potionsQui la laissent là, bien droguée,Et s'oubliant à te voir gaie,Accomplissant tes fonctionsEn point narquoise Déléguée.
Des ramiersFamiliersSous nos jupes palpitent !Doux Çakya, venez viteLes faire prisonniers !
Défaillantes, les Étoiles, que la lumièreÉpuise, battent plus‖ faiblement des paupières.
Le ver-luisant s'éteint‖ à bout, l'Être pâméAgonise à tâtons‖ et se meurt à jamais.
Et l'Idéal égrène‖ en ses mains fugitivesL'éternel chapelet‖ des planètes plaintives.
Pauvres fous, vraiment pauvres fous !Puis, quand on a fait la crapule,On revient geindre au crépuscule,Roulant son front dans les genouxDes Saintes Bouddhiques Nounous.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 4[abbaa] 18[aa] 1[ababa] 2[abab] 2[abba] 1[aaa] 1[abaab] 1[abacbc]
- Mètre
- Vers de 12, 8 et 5 syllabes (35 de 12, 29 de 8, 11 de 5, 6 de 6, 4 de 2, 4 de 4, 2 de 3)· profil 3, 4, 5, 6, 8, 6÷6
- Mots à la rime
- a Ah / Alléluia masculine, classiqueb hosties / anéanties féminine, classiquea œil / deuils masculine, non classiquea d'aurore / encore féminine, non classiquea crépuscule / circule / renoncules féminine, classiqueb seins / satin masculine, classiquea Hypnotiseur / poseurs masculine, non classiqueb étamines / mines féminine, non classiquec parfums / défunts masculine, non classiquea collines / mousselines féminine, classiquea tremblé / aller masculine, classiqueb cœurs / faveurs masculine, non classiquea cheveux / d'aveux masculine, classiquea célestes / Reste féminine, classiquea meublé / déclassés masculine, non classiqueb idolâtre / l'âtre féminine, classiquec passager / s'arranger masculine, non classiqued scènes / saine féminine, non classiquee probe / robe / dérobe féminine, classiquea divin / vain masculine, classiquea fétiche / triche féminine, non classiquea là-haut / Mot masculine, classiquea réflexes / sexes féminine, classiquea béant / Néant masculine, classiquea mortelle / sensuelles féminine, classiquea genoux / bijoux masculine, classiquea discipline / usines féminine, classiquea sentimentals / d'animal masculine, classiqueb d'épave / lavent féminine, non classiquea ailles / semailles / taille féminine, classiqueb dortoirs / devoirs masculine, non classiquea tanguée / droguée féminine, non classiqueb potions / fonctions masculine, non classiquec gaie / Déléguée féminine, non classiquea ramiers / Familiers masculine, classiqueb palpitent / vite féminine, classiquec prisonniers / pâmé / jamais masculine, non classiquea lumière / paupières féminine, classiquea fugitives / plaintives féminine, classiquea fous / genoux / Nounous masculine, équivalenteb crapule / crépuscule féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 1.9
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
91 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Complaintes, Paris, Léon Vanier, Libraire-Éditeur, 1885· numérisation poesies.net· Sources