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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Complaintes, 1885

Complainte du temps et de sa commère l’espace

Jules Laforgue· 6 distiquess, alexandrins, 48 vers

Je tends mes poignets universels dont aucunN'est le droit ou le gauche,‖ et l'Espace, dans unVa-et-vient giratoire,‖ y détrame les toilesD'azur pleines de cocons à fœtus d'Étoiles.Et nous nous blasons tant,‖ je ne sais où, les deuxIndissolubles nuits‖ aux orgues vaniteuxDe nos pores à Soleils, où‖ toute celluleChante : Moi ! Moi !‖ Puis s'éparpille, ridicule !

Elle est l'infini sans‖ fin, je deviens le tempsInfaillible. C'est pourquoi nous‖ nous perdons tant.Où sommes-nous ? Pourquoi ?‖ Pour que Dieu s'accomplisse ?Mais l'Éternité n'y‖ a pas suffi ! CaliceInconscient, où tout‖ cœur crevé se résout,Extrais-nous donc alors‖ de ce néant trop tout !Que tu fisses de nous‖ seulement une flamme,Un vrai sanglot mortel,‖ la moindre goutte d'âme !

Mais nous bâillons‖ de toute la force de nosTouts, sûrs de la surdité des humains échos.Que ne suis-je indivisible ! Et‖ toi, douce Espace,Où sont les steppes de‖ tes seins, que j'y rêvasse ?Quand t'ai-je fécondée‖ à jamais ? Oh ! Ce dutÊtre un spasme intéressant ! Mais‖ quel fut mon but ?Je t'ai, tu m'as. Mais où ?‖ Partout, toujours. ExtaseSur laquelle, quand on‖ est le Temps, on se blase.

Or, voilà des spleens infinis‖ que je suis enVoyage vers ta bouche,‖ et pas plus à présentQue toujours, je ne sens‖ la fleur triomphatriceQui flotte, m'as-tu dit,‖ au seuil de ta matrice.Abstraites amours ! Quel‖ infini mitoyenTourne entre nos deux Touts ?‖ Sommes-nous deux ? Ou bien(tais-toi si tu ne peux‖ me prouver à outrance,Illico, le fondement de la connaissance,

Et, par ce chant : Pensée,‖ Objet, Identité !Souffler le Doute, songe d'un‖ siècle d'été)Suis-je à jamais‖ un solitaire Hermaphrodite,Comme le Ver‖ solitaire, ô ma Sulamite ?Ma complainte n'a pas‖ eu de commencement,Que je sache, et n'aura‖ nulle fin ; autrement,Je serais l'anachronisme absolu. PulluleDonc, azur possédé‖ du mètre et du pendule !

Ô Source du Possible,‖ alimente à jamaisDes pollens des soleils‖ d'exil, et de l'engraisDes chaotiques‖ hécatombes, l'automateUniversel où pas‖ une loi ne se hâte.Nuls à tout, sauf aux rares‖ mystiques éclairsDes Élus, nous restons‖ les deux miroirs d'étherRéfléchissant, jusqu'à‖ la mort de ces Mystères,Leurs Nuits que l'Amour jonche‖ de fleurs éphémères.

Versification

Forme
6 distiquess (distiques)
Rimes
24((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6÷6
Strophes
6 distiquess
Mots à la rime
a aucun / un masculine, classiqueb toiles / d'Étoiles féminine, classiquec deux / vaniteux masculine, classiqued cellule / ridicule féminine, classiquea temps / tant masculine, non classiqueb s'accomplisse / Calice féminine, classiquec résout / tout masculine, classiqued flamme / d'âme féminine, classiquea nos / échos masculine, classiqueb Espace / rêvasse féminine, classiquec dut / but masculine, classiqued Extase / blase féminine, classiquea en / présent masculine, non classiqueb triomphatrice / matrice féminine, classiquec mitoyen / bien masculine, classiqued outrance / connaissance féminine, classiquea Identité / d'été masculine, classiqueb Hermaphrodite / Sulamite féminine, classiquec commencement / autrement masculine, classiqued Pullule / pendule féminine, classiquea jamais / l'engrais masculine, classiqueb l'automate / hâte féminine, classiquec éclairs / d'éther masculine, non classiqued Mystères / éphémères féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.6

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Complaintes, Paris, Léon Vanier, Libraire-Éditeur, 1885· numérisation poesies.net· Sources