Harmonies poétiques et religieuses, 1830· Livre quatrième
HARMONIE VI. Au rossignol
Quand ta voix céleste préludeAux silences des belles nuits,Barde ailé de ma solitude,Tu ne sais pas que je te suis !
Tu ne sais pas que mon oreille.Suspendue à ta douce voix,De l'harmonieuse merveilleS'enivre longtemps sous les bois !
Tu ne sais pas que mon haleineSur mes lèvres n'ose passer,Que mon pied muet foule à peineLa feuille qu'il craint de froisser !
Et qu'enfin un autre poëteDont la lyre a moins de secrets,Dans son âme envie et répèteTon hymne nocturne aux forêts !
Mais si l'astre des nuits se pencheAux bords des monts pour t'écouterTu te caches de branche en brancheAu rayon qui vient y flotter.
Et si la source qui repousseL'humble caillou qui l'arrêtait,Élève une voix sous la mousse,La tienne se trouble et se tait !
Ah ! ta voix touchante ou sublimeEst trop pure pour ce bas lieu !Celte musique qui t'animeEst un instinct qui monte à Dieu !
Tes gazouillements, ton murmure,Sont un mélange harmonieuxDes plus doux bruits de la nature,Des plus vagues soupirs des cieux !
Ta voix, qui peut-être s'ignore,Est la voix du bleu firmament.De l'arbre, de l'antre sonore,Du vallon sous l'ombre dormant !
Tu prends les sons que lu recueillesDans les gazouillements des flots.Dans les frémissements des feuilles.Dans les bruits mourants des échos.
Dans l'eau qui filtre goutte à goutteDu rocher nu dans le bassin,Et qui résonne sous sa voûteEn ridant l'azur de son sein ;
Dans les voluptueuses plaintesQui sortent la nuit des rameaux,Dans les voix des vagues éteintesSur le sable ou dans les roseaux !
Et de ces doux sons où se mêleL'instinct céleste qui t'instruit,Dieu fit ta voix, ô Philomèle !Et tu fais ton hymne à la nuit !
Ah ! ces douces scènes nocturnes,Ces pieux mystères du soir,Et ces fleurs qui penchent leurs urnesComme l'urne d'un encensoir.
Ces feuilles où tremblent des larmes,Ces fraîches haleines des bois,O nature ! avaient trop de charmesPour n'avoir pas aussi leur voix !
Et cette voix mystérieuse,Qu'écoutent les anges et moi,Ce soupir de la nuit pieuse.Oiseau mélodieux, c'est toi !
Oh ! mêle ta voix à la mienne !La même oreille nous entend !Mais ta prière aérienneMonte mieux au ciel qui l'attend !
Elle est l'écho d'une natureQui n'est qu'amour et pureté,Le brûlant et divin murmure,L'hymne flottant des nuits d'été !
Et nous, dans cette voix sans charmes,Qui gémit en sortant du cœur,On sent toujours trembler des larmes.Ou retentir une douleur !
Versification
- Forme
- 19 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 19(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 19 quatrains
- Mots à la rime
- a prélude / solitude féminine, classiqueb nuits / suis masculine, classiquea oreille / merveille féminine, classiqueb voix / bois masculine, classiquea haleine / peine féminine, classiqueb passer / froisser masculine, classiquea poëte / répète féminine, classiqueb secrets / forêts masculine, classiquea penche / branche féminine, classiqueb t'écouter / flotter masculine, classiquea repousse / mousse féminine, classiqueb l'arrêtait / tait masculine, classiquea sublime / t'anime féminine, classiqueb lieu / Dieu masculine, classiquea murmure / nature féminine, classiqueb harmonieux / cieux masculine, classiquea s'ignore / sonore féminine, classiqueb firmament / dormant masculine, classiquea recueilles / feuilles féminine, classiqueb flots / échos masculine, classiquea goutte / voûte féminine, classiqueb bassin / sein masculine, classiquea plaintes / éteintes féminine, classiqueb rameaux / roseaux masculine, classiquea mêle / Philomèle féminine, classiqueb t'instruit / nuit masculine, classiquea nocturnes / urnes féminine, classiqueb soir / encensoir masculine, classiquea larmes / charmes féminine, classiqueb bois / voix masculine, classiquea mystérieuse / pieuse féminine, classiqueb moi / toi masculine, classiquea mienne / aérienne féminine, classiqueb entend / l'attend masculine, classiquea nature / murmure féminine, classiqueb pureté / d'été masculine, classiquea charmes / larmes féminine, classiqueb cœur / douleur masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
76 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Harmonies poétiques et religieuses, BRUXELLES, SOCIÉTÉ BELGE DE LIBRAIRIE, ETC. HAUMAN ET COMPAGNIE, 1838· numérisation archive.org· Sources