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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Recueillements poétiques, 1839

IX. Réponse a un curé de campagne

Alphonse de Lamartine· 21 quatrains, octosyllabes, 84 vers

Doux pasteur du troupeau des âmes,Qui conduis aux sources de DieuCes petits enfans et ces femmesPenchés aux coupes du saint lieu ;

Semeur des célestes paroles,Qui sème la gerbe du Christ,Ce sénevé des parabolesDont le grain lève dans l'esprit ;

Médecin d'intime souffranceQui la retourne et qui l'endort,Qui guéris avec l'espéranceEt vivifie avec la mort ;

Poète à la lyre infinieQui, pour chanter dans le grand chœur,N'a pas besoin d'autre génieQue des battemens de ton cœur ;

Eh quoi ! tu craindrais que ma porteA tes accens ne s'ouvrit pas,Avec les anges pour escorteEt les prophètes sur tes pas ?

Homme d'amour et de prière,Ah ! loin de craindre un froid accueil,Viens, en paix et que la poussièreDe tes pieds s'attache à mon seuil.

Mes chiens, qui devinent leur maître,D'eux-même iront lécher tes doigts ;Les colombes de ma fenêtreNe s'envoleront pas aux toits.

Mes oiseaux même ont l'habitudeDe voir monter par le cheminCes anges de la solitude,Et le marteau connaît leur main.

Fils des champs, j'aimai de bonne heureCes laboureurs vêtus de deuil,Dont on voit la pauvre demeure ,Entre l'église et le cercueil ;

Le jardin qui rit à leur porteDans son buisson de noisetiers,Leur seuil couvert de feuille morteOù le pauvre a fait des sentiers ;

La voix de leur cloche sonoreQui dit aux vains enfans du bruit :Que le Seigneur est dans l'aurore !Que le Seigneur est dans la nuit !

Les longs bords de leur robe blanche,Par des groupes d'enfans suivis,Qu'on voit balayer le dimancheLa poussière du vieux parvis ;

Cette odeur de myrrhe et de rosesQui s'exhale autour de leurs pas,Et leur voix qui parle de chosesQue l'œil des hommes ne voit pas.

Quand le sillon courbe le reste,Eux seuls travaillent de leur mainA l'œuvre du père célestePour un autre prix que du pain !

L'onde qu'ils versent désaltèreD'autres soifs que la soif des sens,Et de tous les dons de la terreIls ne moissonnent que l'encens.

Viens donc, détachant ta ceinture,Au foyer des bardes t'asseoir ;Ils sont l'hymne de la natureEt vous en êtes l'encensoir !

Que t'importe si mes symbolesSont les symboles que tu crois !J'ai prié des mêmes paroles,J'ai saigné sur la même croix !

Quand l'agneau victime du monde,Dont la laine a fait tes habits,Aux flancs des collines sans ondePaissait lui-même les brebis,

Loin des piscines de son pèreIl n'écartait pas de la mainLa pauvre brebis étrangèreTrouvée aux ronces du chemin,

Et quand il glanait en exempleL'épi laissé dans le buisson,Et portait, humble enfant, au templeLes prémices de sa moisson,

Il mêlait pour grossir la gerbeQu'il offrait au père communDes brins verdoyans de chaque herbeEt des tiges de tout parfum.

13 Novembre 1836.

Versification

Forme
21 quatrains (quatrains)
Rimes
21(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
21 quatrains
Mots à la rime
a âmes / femmes féminine, classiqueb Dieu / lieu masculine, classiquea paroles / paraboles féminine, classiqueb Christ / l'esprit masculine, classiquea souffrance / l'espérance féminine, classiqueb l'endort / mort masculine, classiquea infinie / génie féminine, classiqueb chœur / cœur masculine, classiquea porte / escorte féminine, classiqueb pas masculine, classiquea prière / poussière féminine, classiqueb accueil / seuil masculine, classiquea maître / fenêtre féminine, classiqueb doigts / toits masculine, classiquea l'habitude / solitude féminine, classiqueb chemin / main masculine, classiquea heure / demeure féminine, classiqueb deuil / cercueil masculine, classiquea porte / morte féminine, classiqueb noisetiers / sentiers masculine, classiquea sonore / l'aurore féminine, classiqueb bruit / nuit masculine, classiquea blanche / dimanche féminine, classiqueb suivis / parvis masculine, classiquea roses / choses féminine, classiquea reste / céleste féminine, classiqueb main / pain masculine, classiquea désaltère / terre féminine, classiqueb sens / l'encens masculine, classiquea ceinture / nature féminine, classiqueb t'asseoir / l'encensoir masculine, classiquea symboles / paroles féminine, classiqueb crois / croix masculine, classiquea monde / onde féminine, classiqueb habits / brebis masculine, classiquea père / étrangère féminine, classiqueb main / chemin masculine, classiquea exemple / temple féminine, classiqueb buisson / moisson masculine, classiquea gerbe / herbe féminine, classiqueb commun / parfum masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

84 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Recueillements poétiques, PARIS, LIBRAIRIE DE CHARLES GOSSELIN, 1839· numérisation gallica.bnf.fr· Sources