Le livre d’un père, 1877
XXXVII. En Provence
Sur les collines de Provence,Décembre est un mois de printemps.Voici le soir, l’heure s’avance,Et les cieux restent éclatants.
De chaque plante que je foule,De chaque arbuste où je m’assieds,Un torrent de parfums s’écoule,Un oiseau s’envole à mes pieds.
L’air, à lui seul, est un remède,Et je suis venu sur ces monts,Dans ces flots de lumière tiède,Humer la vie à pleins poumons.
Je vois briller de ma fenêtreDes nuits plus belles que des jours,On a cru que j’allais renaître…Et pourtant, je souffre toujours !
La douce maison que j’habite,Sous l’abri de ses murs épais,Me sourit, m’enchaîne et m’inviteÀ m’épanouir dans sa paix.
Aux propos de la cheminée,Esprit et cœur sont de moitié ;Elle est joyeuse, elle est ornéeEt chaude comme l’amitié.
À petits pas nous allons prendreNos bains d’air pur et de soleil,Et de bonne heure un adieu tendreSouhaite à chacun le sommeil.
L’AVE du soir tinte et s’élance,Volant des clochers aux sommets ;Puis, tout rentre dans le silence…Et pourtant je ne dors jamais !
Si l’amitié, si la natureAvaient un remède à m’offrir,S’il est un baume à ma blessure,C’est là que je devais guérir.
Mais, puisque je vais, pâle et triste,Au mal rongeur toujours soumis,Puisque ma souffrance résisteA ce soleil, à ces amis,
Chers enfants, il faut que j’achèveCe voyage au pays des fleurs ;Car c’est trop de subir, sans trêve,Et votre absence et mes douleurs.
Je pense à notre maison pleineDe tous ceux à qui j’appartiens…Réchauffez-moi de votre haleine,Ouvrez-moi vos cœurs !… je reviens,
Décembre 1873.
Versification
- Forme
- 12 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 12(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 12 quatrains
- Mots à la rime
- a Provence / s’avance féminine, classiqueb printemps / éclatants masculine, classiquea foule / s’écoule féminine, classiqueb m’assieds / pieds masculine, classiquea remède / tiède féminine, classiqueb monts / poumons masculine, classiquea fenêtre / renaître féminine, classiqueb jours / toujours masculine, classiquea j’habite / m’invite féminine, classiqueb épais / paix masculine, classiquea cheminée / ornée féminine, classiqueb moitié / l’amitié masculine, classiquea prendre / tendre féminine, classiqueb soleil / sommeil masculine, classiquea s’élance / silence féminine, classiqueb sommets / jamais masculine, classiquea nature / blessure féminine, classiqueb m’offrir / guérir masculine, classiquea triste / résiste féminine, classiqueb soumis / amis masculine, classiquea j’achève / trêve féminine, classiqueb fleurs / douleurs masculine, classiquea pleine / haleine féminine, classiqueb j’appartiens / reviens masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation archive.org· Sources