Les voix du silence, 1864
IX. Poëme
I Conseils d’ermite
Le chevalier, un ermite
Par tous les noirs esprits‖ cette route est hantée ;Évite, ô chevalier,‖ la forêt enchantée,Fuis les sentiers couverts,‖ fuis l’ombre de ces montsOù, sous des traits charmants,‖ rôdent d’affreux démons.Va livrer tes combats‖ dans ces heureuses plainesOù la palme fleurit‖ aux mains des châtelaines.
J’accomplis un serment‖ qui m’entraîne plus loin ;La palme que je veux‖ se cueille sans témoin.Par cette harpe d’or,‖ par cette armure noire,J’ai juré de gravir‖ jusqu’à la Tour d’Ivoire.Je fuis tout faux honneur‖ et tout laurier banal ;Je veux voir l’invisible‖ et boire au Saint-Graal.Trouvère et chevalier,‖ loin de ces molles fêtes,J’aspire à des amours,‖ à des gloires parfaites.Mais toi-même, ô vieillard‖ si prudent et si vert,Que fais-tu, seul, dans l’ombre,‖ au bord de ce désert ?Et pourquoi, si tu crains‖ qu’un jeune homme y périsse,Braves-tu, d’aussi près,‖ la forêt tentatrice ?
Je vis là pour l’exemple‖ et l’avertissement.Revenu de ces bois‖ où chaque fleur nous ment,J’ai connu, j’ai quitté‖ les villes infécondesEt je veille aujourd’hui,‖ seul entre ces deux mondes,Aimant et fuyant l’homme,‖ et me ceignant les reinsPour marcher sans repos‖ vers le Dieu que je crains.Devant ce faux Éden,‖ prodigue en remontrances,Je guéris les rêveurs‖ des folles espérances.
Des pèlerins tremblants‖ reste le conseiller,Timide voyageur,‖ moi je suis chevalier ;Pour finir l’aventure‖ à tes mains échappée,J’aurai, de plus que toi,‖ ma harpe et mon épée.
Plus heureux et plus pur,‖ instruit par mes revers,Frappe de plus grands coups,‖ chante de plus beaux vers !J’ai reçu comme toi‖ l’éperon et l’écharpe ;J’ai fait sonner le fer,‖ j’ai fait gémir la harpe ;J’ai fouillé longuement‖ la mystique forêt,De ses plus noirs détours‖ j’ai percé le secret.Assisté d’un regard‖ qui m’éclairait dans l’ombre,J’ai vaincu des géants‖ et des hydres sans nombre ;Mainte fée au désert‖ m’a conduit pas à pas ;J’eus des guides charmants‖ et je n’arrivai pas,Où donc le Saint-Graal,‖ où donc la Tour d’Ivoire ?Je ne les vis qu’en rêve‖ et j’ai cessé d’y croire.
Je ne les vis qu’en rêve‖ et j’y croirai toujours !Peut-être arriverai-je‖ avec d’autres secours :Ces lieux, purgés par toi‖ de tant d’hôtes étranges,Libres de leurs démons,‖ me réservent leurs anges ;
Elles ont disparu‖ des arbres et des fleursCelles que j’invoquais‖ et qui séchaient mes pleurs ;Elles ont disparu‖ des lacs et des fontainesCelles qui m’apportaient‖ le remède à mes peines.Chassés par les hivers‖ des prés et des buissons,Les oiseaux de mon cœur‖ ont fini leurs chansons.Je les ai vues mourir‖ toutes les bonnes fées,Toutes les blanches mains‖ qui nouaient mes trophées ;Et les dragons hideux,‖ plus nombreux que jamais,Rampent dans les vallons,‖ hurlent sur les sommets ;Plus nombreux que jamais,‖ au bord des précipices,Les pâles nécromants‖ forment leurs maléfices.
Le chevalier
Tu t’es lassé trop tôt,‖ ou tu crains le péril.Tu me parles d’hiver‖ et je suis en avril,Et des oiseaux Joyeux‖ j’entends les symphonies !N’as-tu pas offensé‖ quelqu’un des bons génies ;Savais-tu quels présents‖ nous leur devons offrir ;Quels mots mystérieux‖ les forcent d’accourir ?N’as-tu pas, incrédule‖ à quelque fée absente,Méconnu la plus belle‖ et la plus bienfaisante ?
L’ermite
La reine des forêts,‖ m’attachant son collier,Titania me prit,‖ un soir, pour chevalier :Titania qui veille‖ autour des jeunes plantes,Rend les eaux, à son gré,‖ plus vives ou plus lentes,Flotte au milieu des airs‖ sur de molles odeurs,Et des soleils d’été‖ corrige les ardeurs.J’ai reconnu ses lois,‖ et j’ai vaincu, par elle,Les hôtes les plus fiers‖ de la forêt rebelle.Du printemps à l’automne‖ elle a reçu mes vœux.C’est elle qui répand‖ l’or sur les blonds cheveux,Les roses sur la joue‖ et sur les seins la neige ;Qui prolonge aux amours‖ les nuits, ou les abrège ;Et régit d’un caprice‖ altier, tendre ou moqueur,Tous ces charmes des yeux,‖ les souverains du cœur.
Dans ses palais d’azur‖ j’ai consulté Morgane ;J’ai suivi, jeune encor,‖ son sillon diaphane :Celle qui porte au doigt‖ d’impalpables aimants,Qui des globes sacrés‖ conduit les mouvements,Qui mesure et décrit‖ les bonds de la pensée,Entre les infinis‖ tient l’âme balancée,Forme entre les humains‖ et les filles du cielCes nœuds puissants, tressés‖ dans l’immatériel,Dicte au pâle inspiré‖ les hautes mélodies,L’enlève et le soutient‖ sur ses ailes hardies,Et berce le songeur‖ dans un monde enchantéOù le rêve est plus vrai‖ que la réalité.Guidé par elle, en vain‖ je me suis mis en quête :Jamais la blanche Tour‖ n’a laissé voir son faîte.
J’ai pris dans la forêt‖ par un autre chemin :Urgèle m’a saisi‖ de son ardente main ;J’ai volé sur son char,‖ traîné par des panthères ;J’ai bu l’enivrement‖ de ses baisers austères ;Elle a plongé mon cœur‖ du volcan au glacier,Et de ma bonne armure‖ elle a trempé l’acier.J’ai goûté, sur ses pas,‖ dans les nuits ténébreuses,J’ai goûté les amours,‖ les haines vigoureuses.J’ai cru, par elle, amant‖ sauvage et furibond,Aux créneaux de la Tour‖ m’élancer d’un seul bond ;Mais loin du but j’errais‖ dans la forêt sacrée,Et m’éveillais, encor‖ hésitant, sur l’entrée.
D’autres guides, ainsi,‖ terribles ou charmants,M’ont perdu, m’ont lassé‖ de leurs enchantements.J’ai voulu, maintes fois,‖ recommencer l’épreuve :Un esprit m’appelait‖ dans l’antre, au bord du fleuve ;Ange, ou fée, ou démon,‖ tous ceux en qui j’ai cru,M’ont laissé sur la route,‖ et tous ont disparu.
Le chevalier
Ces brises du printemps,‖ ce soleil qui m’enivre,Mes yeux charmés de voir,‖ mon cœur charmé de vivre,Le murmure qui court‖ sur cette harpe d’or,Tout me dit qu’en ces bois‖ la fée habite encor :J’ai vu luire un éclair‖ sous leur ombre éternelle ;Tu n’as pas su trouver‖ ce qui se cache en elle.
L’ermite
J’ai revu ces forêts,‖ je les parcours en vain,Plus une fée, une âme,‖ un seul hôte divin ;Mon appel sans écho‖ meurt sur le roc aride,Et mes deux bras ouverts‖ se ferment dans le vide ;Chaque pas, cependant,‖ réveille un ennemi,Quelque serpent tardif‖ sous la feuille endormi.Des mille êtres, cachés‖ dans l’épaisse verdure,Nul ne s’annonce à moi‖ que par une blessure.Du sang des noirs dragons‖ que j’ai frappés du fer,Des monstres sont éclos‖ pires que ceux d’hier.Les vampires affreux,‖ les tarasques, les goules,Sous des arbres saignants‖ s’y promènent en foule.Les pâles nécromants‖ ont repris le pouvoir :La main ne peut toucher‖ ce que l’œil a cru voir ;Chaque ange est un démon, chaque source un piège.Inventant chaque jour‖ un nouveau sortilège,La noire Mélusine,‖ à travers les halliers,Conduit jusqu’à son antre‖ et perd les chevaliers ;Et, s’armant des trésors‖ de ses sœurs étouffées,Règne seule et survit‖ entre toutes les fées.Combien de ces vaillants,‖ tous jeunes et joyeux,Tous remplis, comme toi,‖ d’espoirs ambitieux,J’ai vu, s’étant juré‖ l’impossible conquête,Entrer dans la forêt‖ comme pour une fête !…J’aurais bientôt compté‖ ceux qui sont revenus,Tous vieux, hagards, souillés,‖ sans armes, les pieds nus,L’un pétri d’ironie‖ et l’autre de blasphème,Aussi tristes que moi,‖ flétris, n’osant plus mêmeNommer la blanche Tour‖ objet de leur ardeur,Et niant le soleil,‖ l’amour et la pudeur.Et moi je dis : Si bons‖ que soient l’homme et le glaive,Du trésor tant cherché‖ la conquête est un rêve,Un prétexte aux chansons‖ de Geste, aux doux romans,Un piège des démons‖ et des vils nécromants.Insensé qui s’y prend‖ et court cette aventure !J’en sauvai ma raison,‖ du moins, et mon armure ;Au plus prochain moustier,‖ me confessant vaincu,J’ai voué mon haubert,‖ ma lance et mon écu ;Pour punir mon orgueil,‖ je montre ici ma plaie ;J’y veux vieillir, propice‖ à tous ceux que j’effraie,Essayant d’écarter‖ du voyage fatalCeux qui rêvent de voir,‖ de toucher l’idéal.
Le chevalier
Par la Vierge et les saints,‖ par la foi qui me porte,De ce monde interdit‖ je franchirai la porte ;Je ferai de mon bras,‖ je verrai de mes yeux,Ce que d’autres ont fait,‖ ce qu’ont vu nos aïeux.
L’ermite
Pauvre inconnu, qui n’as‖ ni renom ni devise,Va tenter l’impossible,‖ et que Dieu te conduise.
II Après bataille
Le voilà qui chevauche‖ à travers la forêt,Vigilant, le cœur haut‖ et la lance en arrêt ;Il va dans l’inconnu‖ des bois, des chemins sombres,Fuyant tout ce qui luit,‖ scrutant les lieux pleins d’ombres,Devinant sous les fleurs‖ la guêpe ou le poison,Craignant l’œil trop ami‖ qui brille hors de saison.Il ne veut rien toucher‖ que du bout de ses armes,Résolu d’être aveugle‖ et sourd à tous les charmes,Tant qu’aux sûres clartés‖ d’un infaillible amourSon cœur n’aura pas vu‖ s’ouvrir la blanche Tour,Sans risquer de confondre,‖ en cueillant quelqu’ivraie,La beauté décevante‖ avec la beauté vraie.
Il va ; les noirs esprits,‖ l’éprouvant de leurs coups,Cachés sous mille aspects,‖ rôdent comme des loups.
« Chevalier, vois mes fleurs,‖ » murmure ici la branche.« Vois mon duvet soyeux,‖ » lui dit l’hermine blanche.« Cueille mes raisins mûrs,‖ » ajoute un cep grimpant.
— « Je flaire le poison‖ et je vois le serpent. »
« Guerrier, sous ce beau frêne,‖ après ta rude course,Vois ma fraîcheur, et bois‖ de mes eaux, » dit la source.« Chevalier, » dit le lac‖ qu’il côtoie en chemin,« Descends, je te convie‖ aux délices du bain. »
— « Mon sang et ma sueur,‖ c’est mon bain sous l’armure. »Un miel coule du chêne‖ et la ruche murmure :
— « Ton miel est vite aigri ;Le pain et le calice‖ en partant m’ont nourri. »
« Guerrier, qui cours si vite‖ aux nobles entreprises,Cueille, en passant, au bord‖ du panier, ces cerises. »« Ami, voici ma cruche‖ et goûte de ce lait. »« Ami, voici mes fleurs,‖ prends celle qui te plaît. »
— « Je ne veux rien de vous,‖ dames et pastourelles ;Passez ! j’accepterais‖ si vous étiez moins belles.L’enfant au chapelet,‖ vous qui ne m’offrez rien,Recevez le salut‖ d’un chevalier chrétien. »
C’étaient, à chaque pas,‖ tentations pareilles,Complot malicieux‖ des fruits, des fleurs vermeilles.Mais, toujours attentif,‖ à travers vaux et monts,Le guerrier déjouait‖ les ruses des démons ;Tous il les devinait‖ sous leurs multiples formes ;Tous il les écartait,‖ lutins, dragons énormes,Ou de sa bonne lance,‖ ou d’un signe de croix.Nuit et jour, sans sommeil,‖ il marchait par les bois :Ni la rose en berceaux‖ sur les tapis de mousses,Ni les fines odeurs,‖ ni les paroles douces,Rien n’arrêtait ce preux‖ pour l’idéal armé,Fors le devoir d’aller‖ en aide à l’opprimé.
Là-bas, dans ce vallon,‖ quels soupirs lamentablesPercent l’épais rideau‖ des ifs et des érables ?Ce soleil est si pur,‖ ces lieux sont si charmants !Quel bruit de pleurs mêlés‖ à des ricanements ?Suspends, bon chevalier,‖ ton voyage et ton rêve ;Pour tous les malheureux‖ tu dois tirer le glaive.Il court, il a pris, seul,‖ libre de son cheval,Le sentier tortueux‖ qui plonge au fond du val.Sur un tertre moussu‖ d’où filtre une fontaine,Les pieds scellés au roc‖ par une étroite chaîne,Une femme est debout,‖ presqu’enfant, et se tordDans les convulsions‖ d’un impuissant effort.Trois nains velus, dont l’arc‖ a pour flèche une aiguille,De mille et mille traits‖ percent la pauvre fille ;Et six dogues affreux,‖ noirs, hérissés, grondants,Sont découplés contr’elle‖ et lui montrent les dents.Sa mort est sûre, horrible.‖ Une méchante fée,Sur un dragon assise‖ et de serpents coiffée,Mélusine, ivre, heureuse‖ au spectacle du mal,Excite encor les chiens‖ de son rire infernal.L’enfant est du village,‖ elle a jupon de bure ;Sa coiffe de linon‖ cache un peu sa figure ;Ses bras et ses pieds nus,‖ son cou brun et vermeilOnt reçu largement‖ les baisers du soleil ;Pour seul bijou, formant‖ sa parure discrète,Un rosaire de buis‖ pend sur sa gorgerette.Elle appelle en pleurant‖ et prie avec ferveur,Criant : « Merci de nous,‖ Jésus mon doux sauveur !A moi, bon chevalier !‖ » Il écoute, il s’élance,Il frappe, et c’est assez‖ du bâton de sa lance :Les molosses hurlants,‖ les nains, vils ennemis,Sont broyés sous ses pieds‖ comme un tas de fourmis.Alors d’un bras plus fier,‖ tirant sa bonne lame,Il va, l’œil enflammé,‖ droit à l’horrible dame ;D’un seul coup le dragon,‖ prêt à prendre son vol,Tombe ; un épieu sanglant‖ l’a cloué sur le sol.Le brave osera plus ;‖ la sombre enchanteresseSent sur son front ridé‖ la pointe vengeresse ;L’affreux charme est rompu ;‖ le monstre, en un moment,Disparaît sous la terre‖ avec un hurlement :Et le pieux guerrier,‖ sur son armure noire,D’un grand signe de croix‖ assurait sa victoire.
Or la douce captive‖ et le bon chevalierCouple uni de hasard‖ et déjà familier,Près de la source, au pied‖ du frêne qui l’ombrage,Devisaient, car tous deux‖ parlaient même langage ;Et, des esprits impurs‖ craignant les noirs desseins,Tous deux priaient la Vierge‖ et vénéraient les Saints.
— « Ainsi que vous m’aidez,‖ seigneur, que Dieu vous aide. »
— « A vos chagrins, enfant,‖ que Dieu donne un remède. »
— « Chevalier, que vos coups‖ soient toujours aussi sûrs. »
— « Belle enfant, que vos yeux‖ soient toujours aussi purs. »
— « Combien je vous trouvai‖ bon, vaillant, secourable ! »
— « Mon vœu me lie au faible,‖ à tous ceux qu’on accable. »
— « Je n’étais rien pour vous‖ qu’une fille des champs,
Aux projets inconnus‖ et peut-être méchants ;
Vous parlez d’une voix‖ si suave et si claire ;Et j’ai vu quelque part,‖ dire où, je ne le puis,Entre ces fines mains‖ ce chapelet de buis. »
— « Peut-être au bord des prés‖ où je filais ma laine ? »
— « Ou peut-être au balcon‖ de quelque châtelaine. »
— « Sur le char des faneurs ? »
— « Peut-être chez le roi.Je ne sais ; mais déjà‖ ces beaux yeux, ce me semble,M’ont souri dans un monde‖ où nous étions ensemble.Je revois vaguement,‖ comme un rêve lointain,Briller ce front discret‖ dans un groupe hautain ;Je retrouve en mon cœur‖ un écho qui me reste,Parmi d’altières voix,‖ de cette voix modeste. »
— « Je n’ai jamais porté‖ que ces simples habits ;Vous ne m’avez pu voir‖ qu’au milieu des brebis.Vos yeux, votre bonté,‖ vous trompent, je le gage ;Vous êtes de la cour‖ et je suis du village. »
— « Au village, à la cour,‖ sous ces bois chevelus,Ni mes yeux, ni mon cœur‖ ne s’y tromperont plus ;Et je ne risque plus,‖ quoique oublié, peut-être,D’oublier cette enfant‖ ou de la méconnaître. »
— « Passât-il sans me voir,‖ dédaigneux ou rêveur,Moi pourrais-je, un seul jour,‖ oublier mon sauveur ? »— « Rien ne vous cacherait,‖ ni serge, ni dentelle. »
— « Moins que vous n’êtes belle… »
— « Seigneur, quand ces méchants‖ m’ont prise en trahison,Je portais le goûter‖ aux gens de la moisson.Voyez, là, sous ce chêne‖ entouré de pervenches,La cruche et le panier‖ couvert de nappes blanches ;Il faut, après bataille,‖ au chevalier errant,Mieux que le fruit sauvage‖ et que l’eau du torrent ;Ce repas de ma main‖ n’est pas œuvre savante.Acceptez-le, pourtant,‖ de votre humble servante.Je vous atteste, au moins,‖ que nul méchant sorcierN’y mêla de poison,‖ si le pain est grossier ;Que mes fraises, mes noix‖ et le lait de mes chèvresNe se changeront pas‖ en crapauds sous vos lèvres. »— « Soit dit, rieuse enfant,‖ c’est un festin de roi ;Mais venez partager‖ vos fraises avec moi. »
Et tous deux, sans façon,‖ ainsi que sœur et frère,Sans souci des géants,‖ des nains, du sort contraire,Assis près de Peau vive‖ où se mirent leurs yeux,Épuisent le panier‖ en un goûter joyeux.Le rire épanouit‖ ces deux franches figuresCar la douce gaîté‖ convient aux âmes pures.
— « Maintenant, » fit le preux,‖ « je me dois souvenirQue d’autres nécromants‖ pourraient bien survenir ;Chère petite sœur,‖ je veux, quoi qu’il arrive,Jusqu’au toit de son père‖ escorter ma captive. »
— « Nenni, mon doux seigneur,‖ il ne m’est pas permis ?Grâce à vous, dans ces bois‖ je n’ai plus d’ennemis ;Vous avez pour longtemps‖ écarté Mélusine ;La ferme de mon père‖ est d’ailleurs si voisine !Je crains les médisants‖ et les propos jalouxAutant que les sorciers‖ et bien plus que les loups.Adieu ! votre chemin‖ vers le château des féesSur ces roches, là-haut,‖ de noirs sapins coifféesMonte, et le mien descend‖ le long de ce ruisseau ;Allez à vos combats,‖ je vais à mon troupeau. »
— « Déjà vous m’éloignez,‖ ingrate, je demeure ! »
— « Déjà vous commandez‖ et voulez que je pleure ? »
— « Je suis le plus prudent‖ et je veux vous servir. »
— « Moi, je suis la plus faible,‖ on me doit obéir. »
— « J’obéis ; mais qu’au moins,‖ sans laisser de rancune,J’emporte un souvenir‖ de ma bonne fortune.Je prends du bout des doigts,‖ sans toucher au corset ;Ce bouquet de trois fleurs‖ noué par un lacet. »
— « Je ne les donnais pas,‖ vous les avez su prendre !Gardez-les, » reprit-elle ;‖ et, d’une voix plus tendre :« Je voudrais vous laisser‖ pour les jours de malheursUn talisman plus fort‖ que ces trois pauvres fleurs ;Mais vous aurez aussi‖ ma meilleure prière ;Je la dis, chaque soir,‖ la main sur ce rosaire. »
— « Donnez prière et fleur,‖ » fit le bon chevalier,« Tout, rose et marguerite‖ et brin de violier,J’en fais mon talisman,‖ et, dans chaque aventure,Je porterai toujours‖ ces fleurs sous mon armure. »
— « Mes vœux au ciel, mes vœux‖ s’élèveront pour vous. »
— « Le ciel les entendra,‖ l’écho m’en sera doux. »
— « Que Dieu vous paye, un jour,‖ cette bonne œuvre en gloire. »— « J’ai remporté pour vous‖ ma plus douce victoire,
— « Vous, toujours triomphant !
— « Adieu, la belle enfant ! »
Chacun suivit à part‖ son destin et sa route ;Ainsi fait-on souvent,‖ hélas ! quoiqu’il en coûte.Mais d’un rêve pareil‖ troublés et palpitants,Tous deux pour compagnon‖ ils avaient le printemps.L’air s’emplissait pour eux‖ de baume et d’harmonies ;Ils allaient escortés‖ par tous les bons génies ;Les sylphes répétaient,‖ légers, tendres, moqueurs,La chanson qui tout bas‖ se chantait dans ces cœurs.
Chanson des sylphes
A l’heure où le ciel se coloreDes premières roses du jour,Où le cœur s’éveille et s’ignoreTâchez d’éterniser l’aurore.Restez au matin de l’amour.
A l’heure où le flot, sur la grève,S’enfle et meurt sous un rayon d’or ;Où la fleur s’ouvre et se soulève,Où l’esprit n’est plus dans le rêveSans être dans la vie encor ;
Où l’avenir a des mirages,Où l’horizon riche et lointainSe prête aux plus folles images ;Où l’œil bâtit dans les nuages,Où l’âme arrange le destin ;
Restez dans l’aube, à l’heure fraîcheOù la fleur garde son velours.Laissez son duvet à la pêche :Fi du glouton qui se dépêcheDe la flétrir sous ses doigts lourds !
N’abrégez pas la saison verteOù nul frelon n’a dérobéLe miel de la rose entr’ouverte,Où dans la vigne encor déserteNul fruit des rameaux n’est tombé.
Où, pur de tout désir profane,L’amour est sauvé des douleurs :Et peut, d’une aile diaphane,Toucher au lis sans qu’il se fane,S’y poser sans courber ses fleurs ;
Où, dans son indécise enfance,On ne sait de quel nom charmantPudeur, amitié, confiance,Sous cette robe d’innocenceBaptiser ce doux sentiment ;
Où l’on se cherche sans mystère,Où l’on se rencontre sans peur ;Où, chaque soir, dans sa prière,L’un peut dire à Dieu : C’est mon frère,Quand l’autre lui dit : C’est ma sœur.
A l’heure où le ciel se coloreDes premières roses du jour,Où le cœur hésite et s’ignore,Tâchez d’éterniser l’aurore.Restez au matin de l’amour.
Chanson des ondines
Tous les ruisseaux‖ ont des sources connues ;Toute rosée‖ est un envoi du ciel ;L’éclair toujours‖ jaillit du flanc des nues ;Abeille et fleur‖ nous présagent le miel ;Tous les ruisseaux‖ ont des sources connues.
D’où naît l’amour,‖ qu’il soit triste ou joyeux ?Qu’il soit de miel,‖ de flamme, ou de rosée,Qu’il ait le rire‖ ou les larmes aux yeux,Que l’âme en vive,‖ ou qu’elle en soit brisée,D’où naît l’amour,‖ qu’il soit triste ou joyeux ?
Veut-il toujours‖ beauté, grâce ou génie ?Est-ce un essor‖ vers un être idéal,Est-ce un caprice,‖ un culte, une harmonie,Est-ce un accord‖ de l’égal à l’égal ?Veut-il toujours‖ beauté, grâce ou génie ?
La douce flamme‖ a cent foyers divers ;La douce fleur‖ vient de plus d’une graine,Fleurit l’été,‖ dans les plus noirs hivers ;Il naît de tout,‖ et jusque de la haine ;La douce flamme‖ a cent foyers divers.
C’est d’un sourire‖ et souvent d’une larme,D’un vague instinct‖ qu’on ne peut définir,D’un mot du cœur,‖ d’un geste qui nous charme,C’est d’un espoir‖ ou bien d’un souvenir,C’est d’un sourire‖ et souvent d’une larme.
Dieu qui le donne‖ en garde le secret.Pourquoi dans l’air‖ l’atome qui voltige,Va-t-il ici‖ semer une forêt,Là féconder‖ une fleur sur sa tige ?Dieu qui le donne‖ en garde le secret.
On va s’aimer,‖ à quoi le reconnaître ?L’un près de l’autre‖ on a marché longtemps,On s’ignorait,‖ se dédaignait peut-être ;C’était l’hiver‖ et voici le printemps.On va s’aimer,‖ à quoi le reconnaître ?
Le cœur s’est pris‖ dès le premier regard.On vient tous deux‖ des deux pôles contraires,On s’aperçoit‖ de loin et par hasard…Du premier coup‖ on s’est reconnu frères.Le cœur s’est pris‖ dès le premier regard.
Un seul rayon‖ a mis le ciel en flamme.Hier la lumière‖ arrivait lentement,Tout pâlissait‖ dans les cieux et dans l’âme,Et ce matin‖ tout brille en un moment ;Un seul rayon‖ a mis le ciel en flamme.
Chanson des gnomes
Crois-tu préserver toujoursTes amoursEt leur fraîcheur matinale ?Nous soufflons, d’un air bénin,Le veninDans la rose virginale.
Venez du val et des montsNoirs démons,Accourez lutins et gnomes !Chassons les sylphes joyeux ;Sous ses yeuxPromenons d’impurs fantômes.
Qu’on le force à désirer,EffleurerLa pomme d’or qui le tente ;Que chez ce couple ingénuL’inconnuAllume une soif ardente.
Qu’ils trouvent, dès aujourd’hui,Un ennuiDans l’extase des prémices ;Buvant tous deux, à foison,Le poison,La lie au fond des calices.
Soufflons les doutes moqueursDans ces cœurs ;Que l’un l’autre se renie ;Que chacun, perdant sa foi,Couve en soiLes soupçons et l’ironie.
Le chevalier
Sans peur du gnome impur‖ et du vil nécromanJe suivrai mon chemin‖ au bord des précipices ;J’emporte sur mon cœur,‖ j’emporte un talismanEt, par lui, nous serons‖ sauvés des maléfices.
Chanson du chevalier
J’ai reçu trois fleurs au départ,Violier, rose et marguerite.J’ai reçu trois fleurs pour ma part :Douce faveur que je mérite,Un mot, un sourire, un regard…Un printemps qui me renouvelle ;Un mot, un sourire, un regard…J’ai trois fleurs d’elle !
Las ! je n’ai pu la retenir ;Mais son adieu me fut si tendre !Je ne sais rien de l’avenir,Mais j’emporte avec quoi l’attendre.Estime, honneur, bon souvenir…Elle est sage autant qu’elle est belle ;Estime, honneur, bon souvenir,J’ai trois fleurs d’elle !
S’il m’est donné de la revoir,Je lui dirai pourquoi je l’aime.Ces yeux n’ont pu me décevoir,Son cœur sera pour moi le même.Douceur, franchise et bon espoir…Je la retrouverai fidèle ;Douceur, franchise et bon espoir…J’ai trois fleurs d’elle !
III Labyrinthe
Ici, dans la forêt,‖ se croisent en tous sens,De longs sentiers tendus‖ comme un piége aux passants.Nul indice amical‖ du danger ne vous sauve,Pris entre ces réseaux,‖ comme une bête fauve,Le triste chevalier‖ s’est signé par trois fois :Voici quatre chemins‖ qui se coupent en croix.Lequel aboutira‖ jusqu’à la Tour d’IvoireOù dans le Saint-Graal‖ il espérait de boire ?Nul signe qui l’annonce‖ à l’œil le plus subtil ;Rien ne diffère entre eux…‖ pas même le péril :Tous sont également‖ bordés de précipices’,Peuplés d’illusions‖ et de fleurs tentatrices ;Partout, de sombres voix,‖ des cris désespérésPromettent au vaillant‖ les combats désirés ;Partout l’or des fruits mûrs‖ et le parfum des ruches,Partout les oasis‖ lui dressent leurs embûches.
Le prudent voyageur,‖ qu’il s’est perdu de fois,Qu’il a pris et quitté‖ de chemins dans les bois !Seul, à bout de calculs,‖ errant à l’aventure,Il n’a plus qu’à lâcher‖ la bride à sa monture ;Lorsqu’il entend, là-bas,‖ poindre un bruit de chanson.Une voix s’approchait‖ en longeant le buisson ;L’accent était si doux‖ qu’il vous saisissait l’âme,Et le soupçon fuyait‖ la chanteuse… ange ou femme.« Jamais, se dit le preux,‖ sorcières ni lutinsN’ont eu ce timbre pur‖ et ces sons argentins. »
Il est une source au village,Clair miroir,Où le cœur, comme le visage,Peut se voir.
Mais qui veut interroger l’onde,Doit, tout bas,Lui dire un mot que tout le mondeNe sait pas.
Moi je le sais ! et quand m’inviteUn amant,Le bleu miroir m’apprend, bien vite,S’il me ment.
Au premier qui dans la fontaineS’est miré,J’ai pris l’amour pour de la haine,J’ai pleuré !
Un autre est venu, l’œil humide,Plein d’ennui,Il semblait si doux, si timide…Moi j’ai fui !
Un autre m’aimait à la rage ;Front maigri,C’était un volcan, un orage…Moi j’ai ri !
Et Cœlia parut‖ à l’ombre de la haie.
— « C’est vous, la belle enfant,‖ comme vous êtes gaie ! »
— « C’est vous, beau chevalier,‖ comme vous êtes noir !Si loin de votre but‖ où courez-vous ce soir ! »
— « J’ai perdu mon chemin‖ et presque mon courage.Mais vous, seule, et si tard,‖ et si loin du village ! »— « Moi, je n’ai rien perdu,‖ messire chevalier ;Je suis dans mon chemin ;‖ ce bois m’est familier ;J’en appris les secrets‖ de mon parrain l’ermite,Saint homme à qui tantôt‖ j’allais rendre visite. »
— « Or si l’on rencontrait,‖ seule à courir les bois,Au lieu de son féal‖ un rôdeur discourtois,Un nécroman ? »
— « Je sais que votre bonne lanceA purgé la forêt‖ de cette mal-engeance.Or, peut-être la lance‖ a besoin du fuseauPour débrouiller ce soir‖ un perfide écheveau ;Et je puis, vers le but‖ qui fuit à votre approche,Guider l’homme sans peur,‖ moi fille sans reproche. »
— « Partons, et le sentier‖ fût-il sombre et mauvais,Si vous me conduisez,‖ c’est au ciel que je vais.Mais nous serions honnis,‖ moi, Bayard, et ma lame,Si j’osais chevaucher‖ ainsi près d’une dame,Quand ses beaux petits pieds‖ à tenir dans la mainSe meurtriraient pour nous‖ aux cailloux du chemin.Montez, voici mon bras‖ et voici votre place :Vous serez pour Bayard‖ un fardeau qui délasse. »
Ainsi fut fait ; la belle,‖ alerte et sans effroi,Saute en croupe et s’assied‖ sur le bon palefroi ;Et, sous ce poids léger,‖ la bête au cou de cygneSe cabre allègrement‖ et part au premier signe.
Or, pour se maintenir,‖ l’enfant au cavalierComme une vigne à l’orme‖ avait dû se lier,Et d’un bras arrondi‖ contre la noire armureL’enlacer fortement‖ d’une étroite ceinture.C’était, sans la chercher,‖ sur la place du cœurQu’elle appuyait ainsi‖ sa douce main de sœur.Les gantelets pendaient‖ à l’arçon de la selle.Le preux mit une main‖ sur la main de la belle,L’osa saisir, enfin‖ la pressa longuement ;Et la main restait là,‖ comme un consentement.
Tremblants tous deux de faire‖ envoler cette étreinteIls se taisaient ; le charme‖ était mêlé de crainte :Mais le cœur le plus pur‖ ne pouvait s’y tromper,Au dangereux silence‖ il fallait échapper.
— « Chevalier, dit l’enfant,‖ je crois que je sommeille !Voici dans l’air un bruit‖ qui passe et qui m’éveille ;Il se répète encor ;‖ je ne l’ai pas rêvé :C’est un clocher lointain‖ qui nous sonne l'Ave !S’il vous plaisait prier‖ avec moi, tout à l’heure ?Quand elle est faite à deux‖ la prière est meilleure. »
— « J’ai même foi que vous,‖ j’ai même espoir, prions !Récitez les versets,‖ je dirai les répons. »
Le chemin était long‖ et le bois solitaire :La dame proposa‖ de doubler le rosaire ;Et l’Ave Maria‖ recommençait toujours,Comme pour les sauver‖ des périlleux discours ;Et, dans la blanche main,‖ qui conservait sa place,Le chapelet de buis‖ roulait sur la cuirasse.Émus tous deux, mais fiers,‖ retenant leur aveu,Ils allaient sans rien dire,‖ ou se parlaient en Dieu.
Ce doux trajet, mêlé‖ d’amour et de prières,Serpenta longuement‖ des taillis aux clairières,Puis un chemin s’offrit‖ plus, droit et plus ouvert,Au bout de ces sentiers‖ perdus dans le désert.
— « Vous pouvez, de ce pas,‖ aller seul et sans crainte,Chevalier, vous voilà‖ tiré du labyrinthe. »— « Sitôt ! je l’aurais cru‖ plus long et moins charmant. »
— « Adieu ! la nuit menace,‖ et, sans perdre un moment,Vers ce rocher, là-haut‖ où la neige miroite,Dirigez-vous, suivant‖ toujours la ligne droite.Adieu ! »
La voix tremblante et le cœur tout en feu,Sans trouver d’autre mot,‖ il répétait : « Adieu ! »Gardant sa main. L’enfant‖ d’un saut, preste et légère,S’arrache et disparaît‖ dans la haute fougère.
Il partit, absorbé,‖ sans penser et sans voir.La nuit n’effaçait point‖ l’éclair de ce beau soir ;D’une ardente lumière‖ il avait l’âme pleineEt, toujours, de ce bras‖ sentait la douce chaîne.Qu’il regretta longtemps‖ ces sentiers hasardeuxQu’on fait d’un pas si sûr‖ quand on y marche à deux !Et, pour ce cœur jadis‖ épris de solitude,Dans ce vide éternel‖ que le voyage est rude !
Tout à son cher ennui,‖ des vallons aux sommetsIl marchait sans compter,‖ ni s’arrêter jamais ;Et la lune, déjà,‖ s’éteignait dans l’auroreQu’il rêvait de sa dame‖ et cheminait encore.Mais de son bon cheval‖ il eut enfin pitié.Son palefroi, c’était‖ sa plus vieille amitié !Il saute, et, le flattant,‖ du harnais le dégage.Un ruisseau leur offrait‖ la verdure et l’ombrage ;Et, tandis que Bayard‖ tondait l’épais gazon,Assis, les yeux perdus‖ dans le vague horizon,Sans quitter le haubert,‖ la cuirasse et l’écharpe,Le chevalier chanteur‖ se souvint de sa harpe.Toutes les fleurs s’ouvraient‖ dans les prés d’alentour ;Tous les nids s’éveillaient‖ et saluaient le jour.
Chanson du chevalier
J’ai tenu sa main dans la mienne,J’ai tenu sa main sur mon cœur ;Croyez-vous qu’elle s’en souvienne ?Était-ce hasard ou faveur ?Je ne sais ! Mais j’ai la folieDe m’en faire un gage d’espoir…Qu’elle m’aime ou qu’elle m’oublie,J’ai tenu sa main tout un soir.
Quand je l’ai doucement pressée,La blanche main n’a pas frémi ;Pourtant elle me l’a laissée…Faut-il croire qu’elle a dormi ?Si ce fut malice ou mensonge,L’avenir me le fera voir.Mais non, ce n’était point un songe…J’ai tenu sa main tout un soir.
J’ai senti sur cette main fraîcheS’étendre une molle tiédeur ;Du velours ambré de la pêcheMa main garde la fine odeur.Quelle ironie, ou quelle ivresse,Perçait dans ce doux nonchaloir ?Je l’ai pris pour une caresse…J’ai tenu sa main tout un soir.
Voudra-t-elle, un jour, me la rendre,En me disant : C’est pour jamais !Est-ce humeur légère, ou cœur tendre ?A-t-elle vu que je l’aimais ?Son front est pur, son âme est belle :Non, je n’ai pu me décevoir !Mais, dusse-je en mourir loin d’elle,J’ai tenu sa main tout un soir.
Chanson des lutins
Faveur rare et qui t’émerveille !Toucher sa main du bout des doigts,En se disant qu’elle sommeille.Un mendiant au coin du boisObtient félicité pareille :Toucher sa main du bout des doigts !
Heureux amant trop téméraire !Du merle entends-tu le sifflet ?Sous l’ombrage, oh ! que viens-tu faire ?C’est pour y dire un chapeletQue la pelouse est solitaire…Du merle entends-tu le sifflet ?
La douce brise est éveillée :C’est pour répondre à l’oraison.La rose est de neuf habillée ;Le cerf brame sur le gazon ;L’oiseau chante sous la feuillée :C’est pour répondre à l’oraison.
Oh ! perle de galanterie !Chevalier, tu sais ton devoir :Quand l’occasion est fleurie,La mousse épaisse et le bois noir,Attends que la dame t’en prie…Chevalier, tu sais ton, devoir.
Elle en rit ; peut-être elle en pleure…Mais le démon n’y perdra rien.La belle aura chance meilleure,Un ami moins aérien.Tu n’as pas profité de l’heure ;Mais le démon n’y perdra rien.
Chanson des sylphes
Un sourire, un doux geste,‖ ô faveurs printanières,Un regard !Rien n’efface du cœur‖ ces extases premières,Rien, plus tard.
L’été donne, à foison,‖ rose et fraise vermeille,Lis divins ;L’automne a répandu‖ son urne et sa corbeille ;Fruits et vins ;
On remplit chaque jour‖ les celliers et les verres,Sans péril ;On vous regrette encor,‖ craintives primevères,Fleurs d’avril !
Puis, quand la coupe est vide‖ et la rose pâlie,Le ciel noir,On se rappelle encor,‖ si le reste s’oublie,Ce beau soir
Où l’on tenait sa main,‖ où l’on voyait sourireSes yeux bleus,Où la timide enfant‖ vous livra, sans rien dire,Ses aveux.
Fais de ces bonheurs, purs‖ de remords et d’alarmes,Ton trésor :C’est le joyau sacré‖ qui, dans le temps des larmes,Brille encor.
IV Le talisman
Des pins sont clair-semés‖ sur les bruyères sèches,Noirs au fond d’un ciel rouge,‖ aigus comme des flèches.Des pics, à l’horizon‖ fermé de toute part,Des sommets dentelés‖ déchirent le regard.Voyez, dans ce ravin‖ où, sur la roche aride,Un vieux hêtre amaigri‖ verse une ombre torride,Seul dans son manteau sombre,‖ étendu comme un mort,Voici le cavalier,‖ sans son cheval ; il dort.Le fidèle Bayard,‖ expirant à la peine,Gît exposé, là-bas,‖ aux corbeaux de la plaine.La cuirasse et l’écu‖ sont faussés ; le haubert,Bosselé, d’une rouille‖ épaisse est recouvert.Le preux n’a sous sa main‖ qu’un tronçon de sa lance ;Sa harpe a disparu.‖ Son glaive et sa vaillance,Son vœu de marcher droit‖ dans son âpre sentierEt son amour… c’est tout‖ ce qu’il gardait d’entier,
Il s’éveille, et debout,‖ l’œil fier, sans un murmure,Il prie, en rajustant‖ tous ces lambeaux d’armure.Or, voilà qu’en formant‖ un grand signe de croix,Il sent, contre l’acier,‖ s’agiter, sous ses doigts,Un chapelet de buis…‖ Ô trouvaille imprévue !Celui qui l’autre soir,‖ s’il en croit à sa vue,Bénissant et charmant‖ les longueurs du chemin,S’égrenait sur son cœur‖ dans une blanche main.D’où vient ce don ? quelle est‖ cette fortune étrange ?Est-ce un larcin commis‖ pour lui par son bon ange ?Sa dame est donc venue,‖ elle a prié pour lui,Veillé sur son sommeil,‖ pleuré de son ennui !La belle au jupon court,‖ rustiquement coiffée,Au lieu d’une bergère‖ est peut-être une fée ?Peut-être elle se cache‖ et paraîtra soudain ?
« J’ai sa douce pitié…‖ si c’était son dédain !Mais qu’il vienne d’un ange‖ ou soit donné par elle,Que l’adorable enfant‖ soit fée ou pastourelle,Ce présent m’est un gage,‖ un espoir assuré ;C’est le vrai talisman‖ et par lui je vaincrai. »
Et, déjà, d’un pas ferme‖ il a repris sa route,Guéri de sa fatigue‖ et sauvé de son doute,Paisible, et d’un regard‖ qui brave le destinInterrogeant l’espace‖ et l’horizon lointain.
Là-bas, à l’occident,‖ apparaît comme un rêveUn mont étrange, assis‖ sur une large grève ;Ses pieds semblent baignés‖ par un Océan noir ;Un nuage léger,‖ vermeil, riant à voir,Dorant de ses reflets‖ la nuit qui l’environne,Descendu sur son front‖ le voile et le couronne.Dans l’or de ces brouillards‖ fantasques et charmantsL’œil se joue et bâtit‖ de vagues monuments :Le voyageur subit‖ ce merveilleux prestige ;Un instinct vers ce but,‖ malgré lui, le dirige :Il marche, en méditant,‖ plein de joyeux accords ;Le vol de sa pensée‖ a soulevé son corps.
« Triste et seul je portais la viePour garder l’honneur jusqu’au bout.Je combattais, sans autre envieQue mourir en restant debout.
Sans m’avouer ma lassitude,Je sentais bien, à chaque pas,Que l’orgueil et la solitudeAu plus fort ne suffisent pas.
Je vivais, chevalier sans dame,Sans ferveur, à peine chrétien ;Je me disais du fond de l’âme :Rien ne m’est plus, plus ne m’est rien.
J’allais par hasard, par miracle :Las d’agir, plus las de rêver ;En touchant le but ou l’obstacle,Je n’aurais pu me relever.
Aujourd’hui, tout me solliciteA tenter l’œuvre en qui j’ai foi ;Je sens mon cœur qui ressuscite ;Et mon but s’approche de moi.
Vainqueur, j’ai des témoins, un juge ;Je sais quels prix me sont offerts.Vaincu, je connais mon refuge :Deux bras chéris me sont ouverts.
J’ai des amours sûrs et fidèles,Si tout le reste est hasardeux.J’étais las… mon ange a des ailesPour nous emporter tous les deux.
Quoi donc me reste inaccessible,Si Dieu me garde un tel secours ?A cœur aimant rien d’impossible :L’inconnu m’appelle et j’y cours. »
Une voix
Oui, tu l’as bien comprise,‖ et tu parles pour elle :C’est bien ce fier amour‖ qu’elle veut t’inspirer.Dieu tira de vos cœurs‖ cette double étincelle,Pour luire et non pour dévorer.
Gardez l’ardent rayon‖ pur de tout vil mélange.Pour faire ici le bien,‖ pour monter vers le beau,Elle et toi, vous serez‖ les deux mains du même ange,Les deux ailes du même oiseau.
C’est pour souffrir à deux‖ qu’on se trouve et qu’on s’aime.Qu’importe la douleur‖ ou le plaisir banal,Si plus haut vers le ciel,‖ plus haut dans l’idéalOn est porté par l’amour même ?
Chanson des gnomes
Écoutez, joyeux démons,Les sermonsD’un amour à face blême,Préludant, soir et matin,Au festin,Par des propos de carême.
Oh ! les tristes amoureux,Sots, peureux,Glacés, transis par les fièvres,Qui, pouvant boire à plein cœurMa liqueur,S’enivrent du bout des lèvres !
Que c’est bien passer le tempsDu printemps ;Quels doux plaisirs sont les vôtres !Eh quoi ! lèvres de corail,Dents d’émail,Pour dire des patenôtres ?
On laisse — et l’on croit aimer ! —Tout chômer :Œil lutin, bras de sirène,Sein de lis et cheveux d’or,Ce trésorA faire un manteau de reine.
Mêlez donc, vous ferez mieux,Ces cheveuxAu crin des âpres cilices ;Faites-en, triste jouet,Un long fouetPour fustiger les novices.
Qu’on me vienne, en tel émoi ;Faire à moiCette morale imprudente ;Je mets vite à la raison,En prison,Les lèvres de la pédante !
Honnis soient le Saint-Graal,L’idéal,Et nargue de la croisade !Au coin du bois, pour saisirLe plaisir,Viens te mettre en embuscade.
Tu vas contre le courantDu torrent,Il est plus doux de le suivre.Pourquoi chercher des tournois,Des exploitsComme on en fait dans les livres ?
Pourquoi jeûner, dans l’espoirDe t’asseoirChez ceux de la Table ronde,Quand le festin de l’amour,Nuit et jour,Est servi pour tout le monde.
Une voix
Va ! rêve encor vertus‖ et travaux fabuleux,Coupes de diamants‖ d’un sang divin remplies,Amour éternisé‖ dans un champ de lis bleus…La terre n’a de bon‖ que ces saintes folies.
Un prodige s’est fait :‖ le triste abandonnéA trouvé sur sa route‖ une sœur douce et tendre ;Ce miracle d’amour,‖ c’est à toi de le rendre,De le rendre en honneur‖ à qui te l’a donné.
Poursuis donc ta chimère,‖ escalade les nues ;Devant ce talisman‖ les deux s’abaisseront ;Monte ! et si tu ravis‖ des perles inconnues,Reviens en étoiler son front.
La montagne au couchant‖ rayonnait haute et Gère.Lui fasciné, poussé‖ du cœur vers la lumière,Il court, et dans sa foi‖ rien ne peut l’ébranler ;Mais le brillant sommet‖ paraissait reculer.Chaque jour, forçant l’homme‖ à de nouveaux miracles,Abrégeant la distance‖ entassait les obstacles.Tous ses premiers combats‖ n’étaient que jeux d’enfant :Cent hydres succédaient‖ à l’hydre qu’il pourfend ;Des gouffres ténébreux‖ s’ouvraient dans chaque ornière ;Tout l’enfer s’amassait‖ pour la lutte dernière.Un monstre à chaque pas,‖ né de l’air ou du sol,Lui barrait le chemin,‖ le heurtait dans son vol ;Ce n’étaient que géants,‖ dragons de toutes tailles ;Et le fer s’ébréchait‖ sur leurs dures écailles.Dès qu’un instant, le bras‖ se reposait vainqueur,D’autres plus grands périls‖ venaient tenter le cœur :Le monde est tout fleuri‖ de ces dangers qu’on aime ;Il faut, à chaque pas,‖ percer un stratagème,Du fruit le plus vermeil‖ repousser le poison,Et du lis le plus blanc‖ la noire trahison.Des belles aux bras nus,‖ formant un joyeux groupe,L’enlaçaient dans la ronde‖ et lui tendaient la coupe.D’insidieux festins,‖ sous des rosiers servis,S’offraient à tous les sens‖ du même coup ravis.L’insecte aux feux impurs‖ le piquait sous le frêne.Tout arbre a sa dryade‖ et tout flot sa sirène ;Sur tous les lacs, émus‖ du bruit des instruments,On voit, de chaque rive,‖ en des lointains charmants,Briller la harpe d’or‖ entre deux seins de neige.Jusqu’aux nids des ramiers‖ qui vous dressent leur piège.On boit dans l’air des soifs‖ qu’on ne peut apaiser,Et tout ce qu’on écoute‖ a le son d’un baiser.Il part ; et si la dent‖ ou la griffe le blesse,Le sourire émoussé‖ meurt contre sa sagesse,Et pas plus le soupir‖ que le rugissementDe son ferme sentier‖ ne l’écarte un moment.Il parviendra ! Voici‖ le rocher sur la grève :Ses deux mains ont touché‖ ce qu’avait vu son rêve.Mais combien las, vieilli,‖ consumé par l’effort,Et dans quel dénuement‖ il va gagner le port !N’ayant pour assaillir‖ la muraille escarpéeQu’un chapelet de buis‖ et qu’un tronçon d’épée.
Au milieu d’un jardin‖ fermé d’un haut rempart,L’immaculé donjon‖ invitait le regard ;Il émergeait de l’ombre‖ et de la roche noire ;Le jour naissant jouait‖ sur les créneaux d’ivoire,Et le preux saluait‖ du cœur la blanche Tour.Du long mur qui l’enserre‖ il fait vingt fois le tour :Pas de brèche, une porte‖ unique, elle est barrée !Il n’aboutira donc‖ qu’à mourir sur l’entrée !Le mur est de granit‖ et la porte est de fer ;Nul ne la brisera,‖ demain pas plus qu’hier.Morne et baissant la tête‖ et ne sachant que faire,Le preux sur sa poitrine‖ aperçoit le rosaire :Son talisman parlait‖ et s’offrait, il comprit,Lui fit toucher la porte…‖ et la porte s’ouvrit.
V La dernière fée
Entré dans ces jardins,‖ l’homme s’y renouvelle ;L’œil est plus clairvoyant,‖ la nature est plus belle ;On vient, tout est nouveau,‖ rien ne semble inconnu ;On l’avait dans le cœur,‖ on s’en est souvenu.La fleur qu’en d’autres champs‖ on dédaignait la veille,Cueillie en ces doux lieux‖ paraît une merveille.Les oiseaux chantent mieux‖ sur des arbres plus verts.Qui donc s’est transformé,‖ notre âme ou l’univers ?Rien ; le cœur bat de même‖ et la terre gravite ;Mais un hôte meilleur‖ tous les deux les habite.Ainsi quand sur nos pas,‖ la main dans notre main,Un envoyé du ciel‖ revêt le corps humain,Il nous est tout pareil,‖ son front n’a rien d’étrange,L’œil ne voit qu’un mortel,‖ l’esprit adore un ange.
Dans ce monde imprévu,‖ le chanteur chevalierSe guidait seul, ainsi‖ qu’en un lieu familier.Jamais de son passé‖ plus vivantes imagesN’ont mieux rempli son cœur‖ et reçu plus d’hommages,Et, s’il en croit ce cœur,‖ jamais il n’a goûté,Jamais, avant ce jour,‖ il n’a vu la beauté.C’est un homme nouveau,‖ comme après le baptême,Guéri, plus fort, plus pur,‖ mais qui reste lui-même.
Jusque dans son harnais‖ par les combats terni,Rien ne s’était changé,‖ tout s’était rajeuni :Panache et lambrequins‖ revenaient sur son casque,Comme sur un vieil arbre‖ un feuillage fantasque ;Comme un ciel dont la pluie‖ a nettoyé l’azur,La cuirasse éclatait‖ d’or sur un acier pur ;Sur l’écu, dont la rouille‖ en un moment s’efface,Les émaux reverdis‖ brillaient comme une glace ;Sellé, harnaché d’or,‖ à l’ombre d’un tilleul,Bayard impatient‖ hennit avec orgueil ;La harpe, hier encore‖ oubliée ou perdue,Résonne avec la brise‖ aux rameaux suspendue.
Le preux dans ce doux monde‖ errait en liberté,Ne sachant s’il marchait‖ ou s’il était porté ;Joyeux et confiant,‖ il parcourait en maîtreCes prés vierges encor,‖ croyant les reconnaître.Il revoyait plus beaux,‖ dans ce frais paradis,Tous les lieux où son cœur‖ avait saigné jadis.Là, comme entre les pins,‖ une cime de neigeBlanche au-dessus d’un bois‖ noir, touffu, mais sans piège,Montait la Tour d’ivoire ;‖ un soleil d’OrientIlluminait son front‖ candide et souriant.On eût dit ces créneaux‖ doués de la parole.De ce nid de colombe‖ un chant léger s’envole,Un appel, une voix‖ qui convie ; et le preuxMontait d’un pas réglé‖ sur ces rythmes heureux.
Chœur
Toi qui veux prendre à toute choseCe que la main n’y peut saisir ;Qui rêves l’éternelle rose,Des amours où l’on se repose,Un bonheur exempt de désir ;
Toi qui poursuis la beauté pure,Le lis que nul doigt n’a terni ;Toi qui veux aimer sans mesure.Savourer ta douce blessureEt t’enivrer de l’infini,
Suspends tes armes en trophée :C’est ici l’éclatant séjourOù toute guerre est étouffée,Où règne la dernière fée,Où fleurit le dernier amour.
Viens t’asseoir, tu verras près d’elleTes pleurs séchés, tes maux guéris ;C’est la sœur que ton âme appelle ;C’est la dernière et la plus belleQui reste aux bois de leurs Péris.
Dans la forêt joyeuse et folle,Quand l’arbre du Christ fut planté,Le jour où la dernière idole,Où l’essaim trompeur et frivoleFuyaient ce lieu désenchanté ;
Où les fleurs dont le suc enivreMouraient à l’ombre de la croix,Une fée a lu le Saint-Livre ;Et Dieu lui donna de survivreEt la fit reine de ces bois.
Car elle a pris à l’ÉvangileSes inexprimables douceurs ;Elle est plus simple et moins fragile,Elle est faite d’une autre argileQue la plus pure entre ses sœurs.
Elle est docile, humble, apaisée,Cachant ses discrètes vertus ;Et les anges l’ont baptiséeDe quelques gouttes de roséeAvec une fleur de lotus.
Ce baptême a fixé son âme ;Jadis fleur, oiseau, rayon d’or,Brise ou vapeur, rosée ou flamme,La Péri devint une femme…Tout son pouvoir lui reste encor.
Un ermite est venu proscrireLe Sylvain, le Faune indiscret,Les dieux de la danse et du rire ;Mais la fée a gardé l’empireDes doux rêves dans la forêt.
Fouille les monts et les vallées,Plus d’autre fée ou de lutin ;Toutes ces belles désoléesTu sais qu’elles sont envoléesAvec les brumes du matin :
L’une ardente et qui t’a fait boireDans sa rose un acre poison,Et la folle aux ailes de moire,Et la sombre à l’écharpe noireQui t’endormait sur le gazon.
Renonce à leurs molles caresses ;À l’ombre des bois chevelusNe rêve plus d’autres ivresses ;Ces terribles enchanteressesTu ne les rencontreras plus.
Ma tour en cache une plus belle ;Viens ! subis son charme vainqueur,En vain tu lui serais rebelle,Tu ne verras jamais plus qu’elleDans la nature et dans ton cœur.
Il marche et, vers la tour,‖ suit la voix qui l’invite ;Ce chant le contenait,‖ s’il s’élançait trop vite.Il va, d’un pas égal,‖ humble, et franchit le seuil ;Sur les cent degrés d’or‖ il monte sans orgueil,Il entre. Une lueur,‖ à chaque instant croissante,Dès l’abord inondait‖ la salle éblouissante.Au milieu, sur un trône‖ aux multiples couleursFait d’un arbre vivant‖ tout couvert de ses fleurs,Est assise une femme‖ où trône une statue ;D’une blancheur de neige‖ elle était revêtue,Lumineuse, immobile‖ en son geste charmantComme une étoile fixe‖ au fond du firmament.La sereine clarté‖ qui l’enveloppe touteSemble de son beau corps‖ émaner goutte à goutte,Et circule autour d’elle‖ en de si chauds torrentsQue la voûte et les murs‖ deviennent transparents ;Et le regard, sans rien‖ qui l’arrête ou le voile,S’étend, comme en plein ciel‖ des sommets d’une étoile.
Pénétré jusqu’au cœur‖ de ce jour calme et doux,Le chevalier s’incline‖ et fléchit les genouxEt, sans lever les yeux‖ sur l’éclatante image,Se reconnaît vassal‖ et prête son hommage.Or, du milieu des fleurs,‖ la fée aux doigts de lisTout à coup de son voile‖ écarte les longs plisEt la rustique enfant,‖ l’innocente sirène,Aussi fraîche, apparaît‖ dans ses habits de reine.L’amoureux reconnaît‖ ce qu’il avait aimé :Sur ce front, dans ces yeux,‖ rien ne s’est transformé ;C’est la même, et pourtant‖ elle est plus belle encore ;Des grâces du bonheur‖ sa beauté se décore,Et, dans cet appareil‖ de l’amour triomphant,L’ange a pu révéler‖ ce que voilait l’enfant.Et leurs mains se joignaient,‖ dans une douce étreinte ;Et le respect entre eux‖ restait pur de la crainte ;Et les tendres discours‖ achevés par les yeuxMêlaient et confondaient‖ ces deux esprits joyeux.
— « Je vous devinais bien,‖ et l’humble pastourelleÉtait mieux qu’une reine,‖ était une immortelle. »
— « J’étais, quand j’ai senti‖ pour la première fois,J’étais moins qu’une fleur,‖ moins qu’un oiseau des bois ;Un souffle eût dissipé‖ mon âme aérienne ;J’étais à peine un rêve‖ avant d’être chrétienne ;Et mon âme impalpable,‖ à travers le ciel bleu,Reçut son corps de vierge‖ en s’élançant vers Dieu.Sur tout ce qui sourit,‖ vole, embaume et soupire,Sur la brise et les fleurs‖ je garde un vague empire ;Mais mon sort fut lié‖ par un enchantementA celui d’un mortel‖ f d’un autre cœur aimant.Il fallait que la fée,‖ afin de rester femme,D’unir les deux splendeurs‖ de la forme et de l’âme,Sût, au printemps marqué,‖ d’un amour idéalInspirer dans ces bois‖ un chevalier féal.Un seul jour me restait,‖ et j’allais disparaître…Vous m’aimez ! après Dieu‖ vous m’avez donné l’être.
— « Vous m’avez arraché,‖ dans ma profonde nuit,Au sombre esprit du mal‖ qui seul m’aurait conduit ;Et des hôtes méchants‖ de la forêt impure,Vos yeux m’ont préservé‖ bien mieux que mon armure.Mais, pourquoi, l’immortelle‖ en quête d’un amant,Voiler sa royauté‖ sous un déguisement ?Pourquoi, bergère usant‖ d’un si long stratagème,Ne m’avoir rien montré‖ que l’ombre de vous-même ?
— « Si j’ai ces quelques dons,‖ cachés à mon miroir,Qu’aidés de votre cœur,‖ vos yeux ont cru me voir,Si, sous l’habit grossier‖ d’une humble bergerette,J’ai voulu me garder‖ dans une ombre discrète,C’est qu’en mon faible cœur‖ tout prêt à se donnerC’était à votre cœur‖ de lire et deviner.Ce qu’on chérit surtout‖ dans l’autre âme qu’on aime,C’est le joyau secret‖ qu’on a trouvé soi-même ;Après que le trésor‖ s’est pleinement ouvert,On croit posséder mieux‖ ce qu’on a découvert ;Et pour mieux être à vous,‖ j’ai voulu, je le gage,Être une découverte,‖ ou plutôt votre ouvrage.
— « S’il faut, pour le réduire‖ et le mieux faire sien,Connaître un cœur à fond,‖ vous m’appartenez bien !J’ai pénétré, j’ai vu‖ briller votre âme entière,Comme je vois ce front‖ dans un flot de lumière.
— « L’éclat des fleurs varie‖ avec l’éclat du jour ;Ce que j’ai de beauté‖ me vient de votre amour. »Et, sur l’échelle d’or‖ promenant leur extase,Ils parcouraient la tour‖ du sommet à la base,Les salons constellés‖ du feu des diamants,Et, dans un demi-jour,‖ mille réduits charmants.Puis à travers les bois,‖ les vergers, les prairies,Pas à pas, ils cueillaient‖ la fleur des rêveries ;Goûtaient, en souriant,‖ sur des arbres amisTous les fruits délicats‖ au pur amour permis.Parfois ces deux aiglons,‖ ou ces deux hirondelles,Jusqu’au fond de l’azur‖ volaient à tire-d’ailesLeur âme, en ses élans‖ fiers ou capricieux,Des sublimes pensers‖ parcourait les dix cieux.Ce couple allait ainsi,‖ gai, souriant, austère ;Tantôt perçant le ciel,‖ tantôt rasant la terre ;Comme aux jours de l’Éden‖ le premier couple humain,Ils glissaient dans les fleurs‖ en se tenant là main.La vipère infernale‖ expirait sur l’entrée ;Car la croix dominait‖ cette chaste, contrée.Ils se disaient tout bas‖ des mots inachevésEt compris sans parole‖ aussitôt que rêvés :Un regard, un soupir,‖ une main mieux pressée,Je ne sais quel accent‖ achevaient leur pensée.Ces deux cœurs se mêlaient‖ comme deux coupes d’orQui du miel et du vin‖ se versent le trésor ;Dans le doux sacrifice‖ offert d’une même âme,L’un répandait l’encens,‖ l’autre attisait la flamme.Ainsi, pour louer Dieu‖ dans un hymne commun,Le ciel donne une brise‖ et la terre un parfum.
C’étaient de longs propos,‖ mais un plus long silenceOù l’esprit se recueille‖ et tout à coup s’élance,Où le rêve poursuit‖ le geste commencé,Où tout s’exprime, enfin,‖ sans un mot prononcé.
Le jardin tout entier‖ s’était fait leur complice :Les oiseaux dans les nids,‖ la fleur dans son calice,L’arbre avec ses rameaux,‖ l’herbe au fond des sillons,Dans les blés la cigale‖ et les humbles grillons,La couleur du nuage‖ et le bruit des fontaines,Le profil rougissant‖ des montagnes lointaines,La nature attentive‖ avec sa voix de sœurTraduisaient aussitôt‖ ce que sentait le cœur.Et, rien qu’à l’écouter,‖ si joyeuse et si tendre,Rien qu’à la voir, l’un l’autre‖ ils pouvaient se comprendre ;Tant les vives splendeurs,‖ tant les bruits d’alentour,N’étaient rien qu’un reflet,‖ qu’un écho de l’amour.
Hymne
« D’où viens-tu, feu subtil,‖ âme qui me pénètre,Que tout être, aujourd’hui,‖ verse dans tout mon être,Que j’aspire avec l’air,‖ que j’exhale en tout lieu ?Pour faire ici la terre‖ et mon âme aussi belles,Toi qui les rajeunis,‖ toi qui me renouvelles,Amour, n’es-tu donc pas‖ quelque chose de Dieu ?
Comme tu nous remplis‖ de vigueur et de sève !Comme, à travers l’espace,‖ un essor me soulève !Pourquoi suis-je investi‖ d’un pouvoir inconnu ?Dans mon cœur, triste hier,‖ une allégresse abonde ;Je me sens assez fort‖ pour soulever un monde ;Entre la vie et moi‖ qu’est-il donc survenu ?
Est-ce un œil qui sourit,‖ une main que je presse,La longue tresse d’or‖ qui flotte et me caresse,Est-ce un plus doux accent‖ de cette voix de miel,Un pli plus gracieux‖ de cette lèvre rose,Est-ce la beauté seule,‖ une aussi frêle chose,Qui fait d’un homme un ange‖ et de la terre un ciel ?
Ah ! si rien n’était là,‖ dans ce moment suprême,Rien de plus que nous deux,‖ rien qu’elle et que moi-même,Si quelque Dieu sur nous‖ n’était pas descendu,Comment s’échangeraient‖ ces accords et ces flammes,Entre le ciel et nous,‖ puis entre nos deux âmes ?Pourquoi monterions-nous‖ de ce vol éperdu ?
Regarde-moi toujours,‖ prodigue ce sourire !Que ton cœur à mon cœur‖ ne cesse pas de luire,Et que ton souffle au mien‖ se vienne encor mêler.Mais surtout que le dieu,‖ le charme, le mystère,Ce qui vient, dans l’amour,‖ d’ailleurs que de la terre,L’ineffable inconnu‖ n’aille pas s’envoler.
Tant qu’il nous portera‖ tous les deux sur ses ailes,Qu’un invisible aimant,‖ liant nos cœurs fidèles,Nous tiendra suspendus‖ dans ce rêve enchanté,Que ton regard de sœur,‖ qui m’apaise ou m’entraîne,Répandra dans mon sein‖ cette vertu sereinePlus forte que la mort‖ et que la volupté…
J’irai, j’emporterai‖ l’Olympe inaccessible !Combats, douleurs, travaux‖ en dehors du possible,Tout lot devient heureux‖ par l’amour départi.Mais que l’indifférence‖ éteigne ton sourire,Que ton cœur, un instant,‖ de mon cœur se retire…Et des saintes hauteurs‖ je tombe anéanti. »
Combien, sous ce beau ciel,‖ l’astre qui les caresseMesura-t-il d’espace‖ à l’amoureuse ivresse ;Combien ont-ils cueilli‖ de fleurs dans ce jardin ;Quel temps les a gardés‖ la tour dans son Éden ?Peut-être une heure, un jour,‖ peut-être des années !Le temps ne compte pas‖ ces heures fortunées ;Entre deux cœurs heureux‖ qui s’aiment librement,Les jours, l’éternité‖ ne durent qu’un moment.
Ils auraient, oublieux‖ du ciel et de la terre,Épuisé leur bonheur‖ sans honte et sans mystère ;De soupir en soupir,‖ dans l’ineffable tour,Ils auraient consumé‖ leur vie et leur amour,Si, du rêve et des fleurs‖ s’arrachant la première,L’ange n’avait parlé,‖ du haut de sa lumière,De l’humble et saint devoir‖ qui rappelle, ici-bas,La femme à ses douleurs‖ et l’homme à ses combats ;Et n’eût au chevalier,‖ étouffant un murmure,Rendu sa bonne lance‖ et bouclé son armure.
— « Quoi ! partir, disait-il,‖ je me croyais au port ! »
— « L’amour n’arrive au but‖ qu’en traversant la mort ! »
— « Attendons, dans l’extase‖ où notre âme est ravie,Attendons cette mort‖ sans rentrer dans la vie ! »— « La vie est un devoir. »
— « Vivons dans ces beaux lieux. »— « Vivons où Dieu nous place,‖ au poste périlleux.La vie est un combat ;‖ ici l’on se repose :Sur ce Thabor d’un jour‖ on se métamorphose,Vers la beauté qu’on cherche‖ on s’avance d’un pas ;On touche à l’idéal,‖ on ne l’habite pas.Le bonheur ici-bas‖ n’est qu’un lieu de passageOù l’on reçoit du ciel‖ un flamboyant message ;Et, sans brûler nos yeux‖ et notre cœur de chair,Dieu ne saurait, pour nous,‖ éterniser l’éclair.Mais l’éclair disparu‖ pourra briller encore,Sois sûr qu’après la nuit‖ tu reverras l’aurore.Si tu restes vaillant‖ et fidèle à ta foi,La tour et ses jardins‖ se rouvriront pour toi ;Tu sauras traverser,‖ sans nouvelles batailles,La trompeuse forêt‖ qui cache ces murailles.La porte, pour toi seul,‖ tournera sur ses gonds.Tous les monstres vaincus,‖ les géants, les dragons,Les nains, blottis aux creux‖ des ifs et des érables,Pour tout autre que toi‖ resteront redoutables ;Mais tous t’obéiront‖ en esclaves soumis.Les oiseaux de mes bois‖ seront tous tes amis.Mes colombes iront,‖ fendant les zones bleues,Te porter ma pensée‖ à des milliers de lieues.Toi, pour me revenir,‖ tu feras, en rêvant,Ton chemin sur des chars‖ plus vites que le vent.Jour et nuit, sur ton œuvre‖ attentive et penchée,Par les regards du cœur‖ je te reste attachée.Ma prière et mes vœux,‖ du haut de ces sommets,Iront du ciel à toi‖ sans s’arrêter jamais.Mes doigts ne quittent plus‖ maintenant ce rosaire ;J’apporterai ma lampe‖ au fond du sanctuaire ;Et, toute à préparer‖ les fêtes du retour,Si lointain que tu sois,‖ je t’attendrai toujours.Je serai là, toujours,‖ prêtant l’âme et l’oreille,A cent exploits nouveaux‖ dont le bruit m’émerveille.Seule, entre les créneaux‖ de ma blanche prison,Je te verrai venir‖ du bout de l’horizon.Va ! nous aurons encore‖ ici de douces heures ;L’effort qui les paiera‖ nous les rendra meilleures ;Et l’enivrant jardin,‖ chastement visité,Gardera pour nous deux‖ sa mystique beauté.Tu ne m’ôteras point‖ de mon château d’ivoire ;J’y serai ton repos‖ et tu seras ma gloire.De l’invisible dame‖ en prison dans ses fleurs,Tu porteras bien haut‖ les discrètes couleurs ;Tu voudras recevoir,‖ de ses mains toujours pures,Un laurier à ton front,‖ un baume à tes blessures,Et tu me béniras,‖ doucement prosterné,Pour ce que je refuse‖ et ce que j’ai donné. »— « Adieu. J’obéirai ;‖ je pars, rien ne m’effraye ;Je pense, à chaque lutte,‖ au prix qui me la paye.Reposé dans l’amour,‖ je me lève assez fortPour ne plus désirer‖ ni redouter la mort ;Et dans ces pleurs sacrés‖ mon âme est retrempée,Mieux que dans une eau vive‖ on ne trempe une épée.Un instant de bonheur‖ est le meilleur soleilPour nous rendre au combat‖ après un lourd sommeil.J’ai contre l’ennemi,‖ j’ai, de plus que mes armes,Ce pieux talisman‖ qui rompt les mauvais charmes,Ce chapelet de buis‖ de trois fleurs embaumé,Don de la belle enfant‖ que l’ange a confirmé.Je gagnerai par lui‖ plus douce récompense ;Où le fer ne peut rien,‖ il sera ma défense.Les fantômes impurs‖ qui longent les cheminsS’évanouiront tous‖ à le voir dans mes mains.Nul ne me l’ôtera‖ par force ou par adresse ;Et quand il reviendra‖ dans ces mains que je presse,Teint du sang et des pleurs‖ d’un loyal chevalier,Il sera digne encor‖ de vous être un collier. »
Or le bon palefroi,‖ sellé pour la bataille,Hennissait et piaffait‖ au bas de la muraille ;Et le preux s’élança.‖ D’un vol moins prompt, le vent,Roule au bord du sentier‖ le feuillage mouvant.Les arbres, les rochers‖ glissaient comme des ombres,Et l’éclair de l’acier‖ sillonnait les bois sombres.Ainsi, pour fuir un lieu‖ qu’on aime, un souvenir,Un bonheur qu’on abjure‖ et qu’on veut retenir,Il faut, du cher Éden‖ où le cœur eut sa fête,Partir comme une flèche‖ et sans tourner la tête.Jusqu’à l’heure où l’on foule‖ un sol indifférent,Courir, ô bon cheval,‖ plus vite qu’un torrent !
Il fuyait, il fuyait.‖ Quand il reprit haleine,La tour était bien loin,‖ il entrait dans la plaine ;La vie et ses périls‖ pour lui recommençaient :Car c’était un chemin‖ où les hommes passaient.
Dès lors, à pas comptés,‖ comme une sentinelle,Il marchait, il veillait‖ pour la lutte éternelle.Quand s’offrait sur sa route‖ un lieu sûr et discret,Un vallon sans écho‖ caché dans la forêt,Le cavalier dans l’ombre‖ y déposait sa lance ;Ses lèvres et son cœur‖ rompaient le dur silence,Et l’amoureux chanteur,‖ prenant sa harpe d’or,Aux couplets comprimés‖ rendait un libre essor.
La tour d’ivoire Ballade
J’ai mon asile et mes délices,J’ai mon secret et mon amour ;J’ai bu l’ivresse à pleins calices,Au fond d’un bois, dans une tour.
La tour est si claire et si blanche,Qu’on dirait, de loin, tous les soirs,La lune qui monte, ou se penche,La lune entre les rameaux noirs.
Un grand bois défend la tour rondeDe tout passant fade ou moqueur ;Elle est à l’autre bout du monde,Elle est à deux pas de mon cœur.
Le bois est peuplé de féeriesTrompant l’oreille et le regard ;Moi, j’ai cueilli dans ses prairiesDes fleurs qu’on ne voit nulle part.
Un autre aurait mis des annéesSans même arriver jusqu’au seuil ;Moi, ces barrières fortunées,Je les franchis en un clin d’œil.
Si je pense à ma tour divine,Pour y voler en un moment,Je mets la main sur ma poitrineEt j’y touche mon talisman.
Ma tour, dans sa blancheur de neige,Sans parler des périls cachés,Du bois touffu qui la protège,Est si haute sur les rochers,
Une si forte palissadeSe hérisse autour du coteau,Que, pour essayer l’escalade,Ou battre en brèche le château,
Tous les engins, bélier, échelle,Avec cent mille combattants,Ne pourraient se frayer vers elleUn chemin… missent-ils cent ans !
Et moi, pourvu que je réponde,Ou mon nom, ou l’un de mes vers,J’arrive en moins d’une seconde ;Les deux battants me sont ouverts.
Si l’on savait quel doux mystèreCachent la tour et son verger,Les rois, des deux bouts de la terre,Se ligueraient pour l’assiéger ;
Et, jour et nuit, sous ses murailles,Les guerriers au cœur de lionSe livreraient plus de bataillesQue jadis autour d’Ilion.
On redit plus d’un conte étrangeSur la tour au faîte argentin.C’était la cellule d’un ange ;Ou d’une fée ou d’un lutin…
Ange ou lutin, la châtelaine,Dont ces murs gardent les appas,Moi, je sais que la blonde HélèneEt Vénus ne l’égalaient pas.
Qui la vit en sa tour d’ivoireY voudra toujours revenir ;Il n’est pas d’amour, pas de gloireQui lutte avec ce souvenir.
Mon cœur auprès d’elle y demeureEt tient tout le reste en oubli ;J’y veux passer ma dernière heure,Et j’y veux être enseveli.
Or, par monts et par vaux,‖ seul avec sa pensée,Joyeux sous l’acier sombre‖ et visière baissée,Il marche ainsi, chantant,‖ rêvant ou combattant ;Puis des chemins foulés‖ disparaît un instant,Comme enlevé d’en haut‖ par une main secrète,Invisible et porté‖ dans sa douce retraite.
On revoit tout à coup‖ sa lance et son écuBriller dans quelque lice‖ ouverte au droit vaincu ;Dès que le ciel, moins rude‖ aux vertus qu’on opprime,Tient à se faire absoudre‖ en châtiant le crime.Il vient sans qu’on l’attende,‖ et, tel qui le croit mort,Sent déjà ses coups sûrs‖ comme ceux du remords.C’est lui qu’au fond dès bois,‖ sur la route déserte,La craintive innocence‖ invoque à chaque alerte ;Lui qui du ravisseur‖ et du sorcier malinSauve et conserve purs‖ la vierge et l’orphelin ;Lui, le chevalier noir,‖ que l’on craint et qu’on aime,Qui, sans être appelé,‖ paraît au jour suprême ;Qui seul, dans les palais,‖ va défier les rois.On en fait maints récits‖ moins beaux que ses exploits ;Il nous a tous aidé‖ de son cœur, de sa lame,Mais nul n’a su son nom,‖ ni celui de sa dame.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 471[aa] 23[abaab] 9[ababa] 23[abba] 55[abab] 5[ababab]
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (987 de 12, 310 de 8, 56 de 7, 52 de 3, 45 de 10, 3 de 4, 1 de 11)· profil 3, 7, 8, 4+6, 11i, 6+6
- Mots à la rime
- a hantée / enchantée féminine, classiqueb monts / démons masculine, classiquec plaines / châtelaines féminine, classiquea loin / témoin masculine, classiqueb noire / d’Ivoire féminine, classiquec banal / Saint-Graal masculine, classiqued fêtes / parfaites féminine, classiquee vert / désert masculine, classiquef périsse / tentatrice féminine, classiquea l’avertissement / ment masculine, classiqueb infécondes / mondes féminine, classiquec reins / crains masculine, classiqued remontrances / espérances féminine, classiquea conseiller / chevalier masculine, classiqueb échappée / épée féminine, classiquea revers / vers masculine, classiqueb l’écharpe / harpe féminine, classiquec forêt / secret masculine, classiqued l’ombre / nombre féminine, classiquee pas masculine, classiquef d’Ivoire / croire féminine, classiquea toujours / secours masculine, classiqueb étranges / anges féminine, classiquea fleurs / pleurs masculine, classiqueb fontaines / peines féminine, classiquec buissons / chansons masculine, classiqued fées / trophées féminine, classiquee jamais / sommets masculine, classiquef précipices / maléfices féminine, classiquea péril / avril masculine, classiqueb symphonies / génies féminine, classiquec offrir / d’accourir masculine, classiqued absente / bienfaisante féminine, classiquea collier / chevalier masculine, classiqueb plantes / lentes féminine, classiquec odeurs / ardeurs masculine, classiqued elle / rebelle féminine, classiquee vœux / cheveux masculine, classiquef neige / abrège féminine, classiqueg moqueur / cœur masculine, classiquea Morgane / diaphane féminine, classiqueb aimants / mouvements masculine, classiquec pensée / balancée féminine, classiqued ciel / l’immatériel masculine, classiquee mélodies / hardies féminine, classiquef enchanté / réalité masculine, classiqueg quête / faîte féminine, classiquea chemin / main masculine, classiqueb panthères / austères féminine, classiquec glacier / l’acier masculine, classiqued ténébreuses / vigoureuses féminine, classiquee furibond / bond masculine, classiquef sacrée / l’entrée féminine, classiquea charmants / enchantements masculine, classiqueb l’épreuve / fleuve féminine, classiquec cru / disparu masculine, classiquea m’enivre / vivre féminine, classiqueb d’or / encor masculine, classiquec éternelle / elle féminine, classiquea vain / divin masculine, classiqueb aride / vide féminine, classiquec ennemi / endormi masculine, classiqued verdure / blessure féminine, classiquee fer / d’hier masculine, classiquef goules / foule féminine, non classiqueg pouvoir / voir masculine, classiqueh piège / sortilège féminine, classiquei halliers / chevaliers masculine, classiquej étouffées / fées féminine, classiquek joyeux / ambitieux masculine, classiquel conquête / fête féminine, classiquem revenus / nus masculine, classiquen blasphème / même féminine, classiqueo ardeur / pudeur masculine, classiquep glaive / rêve féminine, classiqueq romans / nécromants masculine, classiquer aventure / armure féminine, classiques vaincu / écu masculine, classiquet plaie / j’effraie féminine, classiqueu fatal / l’idéal masculine, classiquea porte féminine, classiqueb yeux / aïeux masculine, classiquea devise / conduise féminine, classiquea forêt / arrêt masculine, classiqueb sombres / d’ombres féminine, classiquec poison / saison masculine, classiqued armes / charmes féminine, classiquee amour / Tour masculine, classiquef quelqu’ivraie / vraie féminine, classiquea coups / loups masculine, classiquea branche / blanche féminine, classiqueb grimpant / serpent masculine, classiquea course / source féminine, classiqueb chemin / bain masculine, classiquea l’armure / murmure féminine, classiquea doré / aigri / nourri masculine, classiquea entreprises / cerises féminine, classiqueb lait / plaît masculine, classiquea pastourelles / belles féminine, classiqueb rien / chrétien masculine, classiquea pareilles / vermeilles féminine, classiquec formes / énormes féminine, classiqued croix / bois masculine, classiquee mousses / douces féminine, classiquef armé / l’opprimé masculine, classiquea lamentables / érables féminine, classiqueb charmants / ricanements masculine, classiquec rêve / glaive féminine, classiqued cheval / val masculine, classiquee fontaine / chaîne féminine, classiquef tord / effort masculine, classiqueg aiguille / fille féminine, classiqueh grondants / dents masculine, classiquei fée / coiffée féminine, classiquej mal / infernal masculine, classiquek bure / figure féminine, classiquel vermeil / soleil masculine, classiquem discrète / gorgerette féminine, classiquen ferveur / sauveur masculine, classiqueo s’élance / lance féminine, classiquep ennemis / fourmis masculine, classiqueq lame / dame féminine, classiquer vol / sol masculine, classiques enchanteresse / vengeresse féminine, classiquet moment / hurlement masculine, classiqueu noire / victoire féminine, classiquea chevalier / familier masculine, classiqueb l’ombrage / langage féminine, classiquec desseins / Saints masculine, classiquea aide / remède féminine, classiquea sûrs / purs masculine, classiquea secourable / accable féminine, classiquea champs / méchants masculine, classiquea moi / rosaire / claire féminine, classiqueb puis / buis masculine, classiquea laine / châtelaine féminine, classiquea faneurs / palefroi / bûcheron / roi masculine, classiqueb semble / ensemble féminine, classiquec lointain / hautain masculine, classiqued reste / modeste féminine, classiquea habits / brebis masculine, classiqueb gage / village féminine, classiquea chevelus / plus masculine, classiqueb peut-être / méconnaître féminine, classiquea rêveur / sauveur masculine, classiqueb dentelle / bon / belle féminine, classiquea trahison / moisson masculine, classiqueb pervenches / blanches féminine, classiquec errant / torrent masculine, classiqued savante / servante féminine, classiquee sorcier / grossier masculine, classiquef chèvres / lèvres féminine, classiqueg roi / moi masculine, classiquea frère / contraire féminine, classiqueb yeux / joyeux masculine, classiquec figures / pures féminine, classiquea souvenir / survenir masculine, classiqueb arrive / captive féminine, classiquea permis / d’ennemis masculine, classiqueb Mélusine / voisine féminine, classiquec jaloux / loups masculine, classiqued fées / coiffées féminine, classiquee ruisseau / troupeau masculine, classiquea demeure / pleure féminine, classiquea servir / obéir masculine, classiquea rancune / fortune féminine, classiqueb corset / lacet masculine, classiquea prendre / tendre féminine, classiqueb malheurs / fleurs masculine, classiquec prière / rosaire féminine, classiquea chevalier / violier masculine, classiquea vous / doux masculine, classiquea gloire / victoire féminine, classiquea toujours / triomphant / chevalier / enfant masculine, classiquea route / coûte féminine, classiqueb palpitants / printemps masculine, classiquec d’harmonies / génies féminine, classiqued moqueurs / cœurs masculine, classiquea colore / s’ignore / l’aurore féminine, classiqueb jour / l’amour masculine, classiquea grève / soulève / rêve féminine, classiquea mirages / images / nuages féminine, classiqueb lointain / destin masculine, classiquea fraîche / pêche / dépêche féminine, classiqueb velours / lourds masculine, classiquea verte / entr’ouverte / déserte féminine, classiqueb dérobé / tombé masculine, classiquea profane / diaphane / fane féminine, classiqueb douleurs / fleurs masculine, classiquea enfance / confiance / d’innocence féminine, classiqueb charmant / sentiment masculine, classiquea mystère / prière / frère féminine, classiqueb peur / sœur masculine, classiquea connues / nues féminine, classiqueb ciel / miel masculine, classiquea joyeux / yeux masculine, classiqueb rosée / brisée féminine, classiquea génie / harmonie féminine, classiqueb idéal / l’égal masculine, classiquea divers / hivers masculine, classiqueb graine / haine féminine, classiquea larme / charme féminine, classiqueb définir / souvenir masculine, classiquea secret / forêt masculine, classiqueb voltige / tige féminine, classiquea reconnaître / peut-être féminine, classiqueb longtemps / printemps masculine, classiquea regard / hasard masculine, classiqueb contraires / frères féminine, classiquea flamme / l’âme féminine, classiqueb lentement / moment masculine, classiquea toujours / amours masculine, classiqueb matinale / virginale féminine, classiquec bénin / venin masculine, classiqueb gnomes / fantômes féminine, classiquea désirer / Effleurer masculine, classiqueb tente / ardente féminine, classiquec ingénu / L’inconnu masculine, classiquea aujourd’hui / ennui masculine, classiqueb prémices / calices féminine, classiquec foison / poison masculine, classiqueb renie / l’ironie féminine, classiquec foi / soi masculine, classiquea nécroman / talisman masculine, classiquea départ / part masculine, classiqueb marguerite / mérite féminine, classiquec regard masculine, classiqued renouvelle / d’elle féminine, classiquea retenir / l’avenir masculine, classiqueb tendre / l’attendre féminine, classiquec souvenir masculine, classiqued belle / d’elle féminine, classiquea revoir / décevoir masculine, classiqueb l’aime / même féminine, classiquec espoir masculine, classiqued fidèle / d’elle féminine, classiquea sens / passants masculine, classiqueb sauve / fauve féminine, classiquec fois / croix masculine, classiqued d’Ivoire / boire féminine, classiquee subtil / péril masculine, classiquef précipices / tentatrices féminine, classiqueg désespérés / désirés masculine, classiqueh ruches / embûches féminine, classiquea fois / bois masculine, classiqueb l’aventure / monture féminine, classiquec chanson / buisson masculine, classiqued l’âme / femme féminine, classiquee lutins / argentins masculine, classiquea village / visage féminine, classiqueb miroir / voir masculine, classiquea l’onde / monde féminine, classiqueb bas / pas masculine, classiquea m’invite / vite féminine, classiqueb amant / ment masculine, classiquea fontaine / haine féminine, classiqueb miré / pleuré masculine, classiquea humide / timide féminine, classiqueb d’ennui / fui masculine, classiquea rage / orage féminine, classiqueb maigri / ri masculine, classiquea haie / gaie féminine, classiquea noir / soir masculine, classiquea courage / village féminine, classiquec l’ermite / visite féminine, classiquea bois / discourtois masculine, classiquea nécroman / lance / mal-engeance féminine, classiqueb fuseau / écheveau masculine, classiquec approche / reproche féminine, classiquea mauvais / vais masculine, classiquec main / chemin masculine, classiqued place / délasse féminine, classiquea effroi / palefroi masculine, classiqueb cygne / signe féminine, classiquea cavalier / lier masculine, classiqueb armure / ceinture féminine, classiquec cœur / sœur masculine, classiqued selle / belle féminine, classiquee longuement / consentement masculine, classiquea étreinte / crainte féminine, classiqueb tromper / échapper masculine, classiquea sommeille / m’éveille féminine, classiqueb rêvé / l'Ave masculine, classiquec l’heure / meilleure féminine, classiquea prions / répons masculine, classiquea solitaire / rosaire féminine, classiqueb toujours / discours masculine, classiquec place / cuirasse féminine, classiqued aveu / Dieu masculine, classiquea prières / clairières féminine, classiqueb ouvert / désert masculine, classiquea crainte / labyrinthe féminine, classiqueb charmant / moment masculine, classiqueb miroite / droite féminine, classiquea Adieu / feu masculine, classiqueb légère / fougère féminine, classiquea voir / soir masculine, classiqueb pleine / chaîne féminine, classiquec hasardeux / deux masculine, classiqued solitude / rude féminine, classiquea sommets / jamais masculine, classiqueb l’aurore / encore féminine, classiquec pitié / amitié masculine, classiqued dégage / l’ombrage féminine, classiquee gazon / horizon masculine, classiqueg d’alentour / jour masculine, classiquea mienne / souvienne féminine, classiqueb cœur / faveur masculine, classiquec folie / m’oublie féminine, classiqued d’espoir / soir masculine, classiquea pressée / laissée féminine, classiqueb frémi / dormi masculine, classiquec mensonge / songe féminine, classiquea fraîche / pêche féminine, classiqueb tiédeur / odeur masculine, classiquec ivresse / caresse féminine, classiqued nonchaloir / soir masculine, classiquea rendre / tendre féminine, classiqueb jamais / l’aimais masculine, classiqued décevoir / soir masculine, classiquea t’émerveille / sommeille / pareille féminine, classiqueb doigts / bois masculine, classiquea téméraire / faire / solitaire féminine, classiqueb sifflet / chapelet masculine, classiquea éveillée / habillée / feuillée féminine, classiqueb l’oraison / gazon masculine, classiquea galanterie / fleurie / prie féminine, classiqueb devoir / noir masculine, classiquea pleure / meilleure / l’heure féminine, classiqueb rien / aérien masculine, classiquea printanières / premières féminine, classiqueb regard / tard masculine, classiquea vermeille / corbeille féminine, classiqueb divins / vins masculine, classiquea verres / primevères féminine, classiqueb péril / d’avril masculine, classiquea pâlie / s’oublie féminine, classiquea sourire / dire féminine, classiqueb bleus / aveux masculine, classiquea d’alarmes / larmes féminine, classiqueb trésor / encor masculine, classiquea sèches / flèches féminine, classiqueb part / regard masculine, classiquec aride / torride féminine, classiqued mort / dort masculine, classiquee peine / plaine féminine, classiquef haubert / recouvert masculine, classiqueg lance / vaillance féminine, classiqueh sentier / d’entier masculine, classiquea murmure / d’armure féminine, classiqueb croix / doigts masculine, classiquec imprévue / vue féminine, classiquee étrange / ange féminine, classiquef lui / ennui masculine, classiqueg coiffée / fée féminine, classiqueh soudain / dédain masculine, classiqueb elle / pastourelle féminine, classiquec assuré / vaincrai masculine, classiquea route / doute féminine, classiqueb destin / lointain masculine, classiquea rêve / grève féminine, classiqueb noir / voir masculine, classiquec l’environne / couronne féminine, classiqued charmants / monuments masculine, classiquee prestige / dirige féminine, classiquef accords / corps masculine, classiquea vie / envie féminine, classiqueb bout / debout masculine, classiquea lassitude / solitude féminine, classiquea dame / l’âme féminine, classiqueb chrétien / rien masculine, classiquea miracle / l’obstacle féminine, classiqueb rêver / relever masculine, classiquea sollicite / ressuscite féminine, classiqueb foi / moi masculine, classiquea juge / refuge féminine, classiqueb offerts / ouverts masculine, classiquea fidèles / ailes féminine, classiquea inaccessible / d’impossible féminine, classiqueb secours / cours masculine, classiquea elle / étincelle féminine, classiqueb t’inspirer / dévorer masculine, classiquea mélange / ange féminine, classiqueb beau / oiseau masculine, classiquea s’aime / même féminine, équivalenteb banal / l’idéal masculine, classiquea démons / sermons masculine, classiqueb blême / carême féminine, classiquec matin / festin masculine, classiquea amoureux / peureux masculine, classiqueb fièvres / lèvres féminine, classiquec cœur / liqueur masculine, classiquea temps / printemps masculine, classiqueb vôtres / patenôtres féminine, classiquec corail / d’émail masculine, classiquea aimer / chômer masculine, classiqueb sirène / reine féminine, classiquec d’or / trésor masculine, classiquea mieux / cheveux masculine, classiqueb cilices / novices féminine, classiquec jouet / fouet masculine, classiquea émoi / moi masculine, classiqueb imprudente / pédante féminine, classiquec raison / prison masculine, classiquea Saint-Graal / L’idéal masculine, classiqueb croisade / embuscade féminine, classiquec saisir / plaisir masculine, classiquea courant / torrent masculine, classiqueb suivre / livres féminine, classiquec tournois / exploits masculine, classiquea l’espoir / t’asseoir masculine, classiqueb ronde / monde féminine, classiquec l’amour / jour masculine, classiquea fabuleux / bleus masculine, classiqueb remplies / folies féminine, classiquea abandonné / donné masculine, classiqueb tendre / rendre féminine, classiquea nues / inconnues féminine, classiqueb s’abaisseront / front masculine, classiquea Gère / lumière féminine, classiqueb l’ébranler / reculer masculine, classiquec miracles / obstacles féminine, classiqued d’enfant / pourfend masculine, classiquee ornière / dernière féminine, classiquef sol / vol masculine, classiqueg tailles / écailles féminine, classiqueh vainqueur / cœur masculine, classiquei aime / stratagème féminine, classiquej poison / trahison masculine, classiquek groupe / coupe féminine, classiquel servis / ravis masculine, classiquem frêne / sirène féminine, classiquen instruments / charmants masculine, classiqueo neige / piège féminine, classiquep apaiser / baiser masculine, classiqueq blesse / sagesse féminine, classiquer rugissement / moment masculine, classiques grève / rêve féminine, non classiquet l’effort / port masculine, classiqueu escarpée / d’épée féminine, classiquea rempart / regard masculine, classiqueb noire / d’ivoire féminine, classiquec Tour / tour masculine, classiqued barrée / l’entrée féminine, classiquee fer / qu’hier masculine, classiquef faire / rosaire féminine, classiqueg comprit / s’ouvrit masculine, classiquea renouvelle / belle féminine, classiqueb inconnu / souvenu masculine, classiquec veille / merveille féminine, classiqued verts / l’univers masculine, classiquee gravite / habite féminine, classiquef main / humain masculine, classiqueg d’étrange / ange féminine, classiqueb images / d’hommages féminine, classiquec goûté / beauté masculine, classiqued baptême / lui-même féminine, classiquea terni / rajeuni masculine, classiqueb casque / fantasque féminine, classiquec l’azur / pur masculine, classiqued s’efface / glace féminine, classiquee tilleul / orgueil masculine, classiquef perdue / suspendue féminine, classiquea liberté / porté masculine, classiqueb maître / reconnaître féminine, classiquec paradis / jadis masculine, classiquee d’Orient / souriant masculine, classiquef parole / s’envole féminine, classiqueg preux / heureux masculine, classiquea chose / rose / repose féminine, classiqueb saisir / désir masculine, classiquea pure / mesure / blessure féminine, classiqueb terni / l’infini masculine, classiquea trophée / étouffée / fée féminine, classiqueb séjour / amour masculine, classiquea d’elle / appelle / belle féminine, classiqueb guéris / Péris masculine, classiquea folle / idole / frivole féminine, classiqueb planté / désenchanté masculine, classiquea enivre / Saint-Livre / survivre féminine, classiquea l’Évangile / fragile / argile féminine, classiqueb douceurs / sœurs masculine, classiquea apaisée / baptisée / rosée féminine, classiqueb vertus / lotus masculine, classiquea âme / flamme / femme féminine, classiquea proscrire / rire / l’empire féminine, classiqueb indiscret / forêt masculine, classiquea vallées / désolées / envolées féminine, classiqueb lutin / matin masculine, classiquea boire / moire / noire féminine, classiqueb poison / gazon masculine, classiquea caresses / ivresses / enchanteresses féminine, classiquea belle / rebelle / qu’elle féminine, classiquea l’invite / vite féminine, classiqueb seuil / orgueil masculine, classiquec croissante / éblouissante féminine, classiqued couleurs / fleurs masculine, classiquee statue / revêtue féminine, classiquef charmant / firmament masculine, classiqueg toute / goutte féminine, classiqueh torrents / transparents masculine, classiquei voile / étoile féminine, classiquea doux / genoux masculine, classiqueb image / hommage féminine, classiquec lis / plis masculine, classiquee aimé / transformé masculine, classiquef encore / décore féminine, classiqueg triomphant / l’enfant masculine, classiquea pastourelle / immortelle féminine, classiqueb aérienne / chrétienne féminine, classiquec bleu / Dieu masculine, classiqued soupire / empire féminine, classiquee enchantement / aimant masculine, classiquef femme / l’âme féminine, classiqueg idéal / féal masculine, classiqueh disparaître / l’être féminine, classiquea nuit / conduit masculine, classiqueb impure / armure féminine, classiquec amant / déguisement masculine, classiqued stratagème / vous-même féminine, classiqueb bergerette / discrète féminine, classiquec donner / deviner masculine, classiqued aime / soi-même féminine, classiquee ouvert / découvert masculine, classiquef gage / ouvrage féminine, classiquea sien / bien masculine, classiqueb entière / lumière féminine, classiquea jour / amour masculine, classiqueb extase / base féminine, classiquec diamants / charmants masculine, classiqued prairies / rêveries féminine, classiquee amis / permis masculine, classiquef hirondelles / tire-d’ailes féminine, classiqueg capricieux / cieux masculine, classiqueh austère / terre féminine, classiquei humain / main masculine, classiquej l’entrée / contrée féminine, classiquek inachevés / rêvés masculine, classiquel pressée / pensée féminine, classiquen âme / flamme féminine, classiqueo commun / parfum masculine, classiquea silence / s’élance féminine, classiqueb commencé / prononcé masculine, classiquea complice / calice féminine, classiqueb sillons / grillons masculine, classiquec fontaines / lointaines féminine, classiqued sœur / cœur masculine, classiquee tendre / comprendre féminine, classiquef d’alentour / l’amour masculine, classiquea pénètre / être féminine, classiqueb lieu / Dieu masculine, classiquec belles / renouvelles féminine, classiquea sève / soulève féminine, classiqueb inconnu / survenu masculine, classiquec abonde / monde féminine, classiquea presse / caresse féminine, classiqueb miel / ciel masculine, classiquec rose / chose féminine, classiquea suprême / moi-même féminine, classiqueb descendu / éperdu masculine, classiquec flammes / âmes féminine, classiquea sourire / luire féminine, classiqueb mêler / s’envoler masculine, classiquec mystère / terre féminine, classiquea ailes / fidèles féminine, classiqueb enchanté / volupté masculine, classiquec m’entraîne / sereine féminine, classiquea inaccessible / possible féminine, classiqueb départi / anéanti masculine, classiquec sourire / retire féminine, classiquea caresse / ivresse féminine, classiqueb jardin / Éden masculine, classiquec années / fortunées féminine, classiqued librement / moment masculine, classiquea terre / mystère féminine, classiqueb tour / amour masculine, classiquec première / lumière féminine, classiqued ici-bas / combats masculine, classiquee murmure / armure féminine, classiquea port / mort masculine, classiquea ravie / vie féminine, classiquea devoir / lieux / périlleux masculine, classiqueb repose / métamorphose féminine, classiqued passage / message féminine, classiquee chair / l’éclair masculine, classiquef encore / l’aurore féminine, classiqueg foi / toi masculine, classiqueh batailles / murailles féminine, classiquei gonds / dragons masculine, classiquej érables / redoutables féminine, classiquek soumis / amis masculine, classiquel bleues / lieues féminine, classiquem rêvant / vent masculine, classiquen penchée / attachée féminine, classiquep rosaire / sanctuaire féminine, classiqueq retour / toujours masculine, classiquer l’oreille / m’émerveille féminine, classiques prison / l’horizon masculine, classiquet heures / meilleures féminine, classiqueu visité / beauté masculine, classiquev d’ivoire / gloire féminine, classiquew fleurs / couleurs masculine, classiquex pures / blessures féminine, classiquey prosterné / donné masculine, classiquez m’effraye / paye féminine, classiquea fort / mort masculine, classiqueb retrempée / épée féminine, classiquec soleil / sommeil masculine, classiquee embaumé / confirmé masculine, classiquef récompense / défense féminine, classiqueg chemins / mains masculine, classiqueh adresse / presse féminine, classiquei chevalier / collier masculine, classiquea bataille / muraille féminine, classiqueb vent / mouvant masculine, classiquec ombres / sombres féminine, classiqued souvenir / retenir masculine, classiquee fête / tête féminine, classiquef indifférent / torrent masculine, classiquea haleine / plaine féminine, classiqueb recommençaient / passaient masculine, classiquea sentinelle / éternelle féminine, classiqueb discret / forêt masculine, classiquec lance / silence féminine, classiqued d’or / essor masculine, classiquea délices / calices féminine, classiqueb amour / tour masculine, classiquea blanche / penche féminine, classiqueb soirs / noirs masculine, classiquea féeries / prairies féminine, classiqueb regard / part masculine, classiqueb seuil / d’œil masculine, classiquea divine / poitrine féminine, classiqueb moment / talisman masculine, classiquea neige / protège féminine, non classiqueb cachés / rochers masculine, classiquea palissade / l’escalade féminine, classiqueb coteau / château masculine, classiquea échelle / elle féminine, classiqueb combattants / ans masculine, classiquea réponde / seconde féminine, classiqueb vers / ouverts masculine, classiqueb verger / l’assiéger masculine, classiquea murailles / batailles féminine, classiqueb lion / d’Ilion masculine, classiqueb argentin / lutin masculine, classiquea châtelaine / Hélène féminine, classiqueb appas / pas masculine, classiqueb revenir / souvenir masculine, classiquea demeure / heure féminine, classiqueb oubli / enseveli masculine, classiquea pensée / baissée féminine, classiqueb combattant / instant masculine, classiquec secrète / retraite féminine, classiquea écu / vaincu masculine, classiqueb opprime / crime féminine, classiquec mort / remords masculine, classiqued déserte / alerte féminine, classiquee malin / l’orphelin masculine, classiquef aime / suprême féminine, classiqueg rois / exploits masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
1454 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Voix du silence, PARIS, E. DENTU, ÉDITEUR, 1865· numérisation wikisource.org· Sources