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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Odes et poèmes, 1844· Livre troisième

VI. Aux absents

Victor de Laprade· 7 sizains, alexandrins, 42 vers

Ce soir au bord du lac,‖ à l’ombre, sur la mousse,La nature est si belle‖ et la vie est si douce,Cette forêt de pins‖ murmure un chant si pur,Cette prairie exhale‖ une odeur si calmante,En tons si délicats‖ de cette onde dormanteLes roses du couchant‖ ont nuancé l’azur ;

D’un air si transparent‖ la montagne est baignée ;Mon âme de ta paix‖ est si bien imprégnée,Que je ne songe plus,‖ nature, à t’admirer.C’est un désir plus doux‖ qu’avec l’air je respire ;Je cherche autour de moi‖ des yeux à qui sourire,Ma main cherche des mains‖ que je voudrais serrer.

Que ne puis-je, ô nature !‖ à tes autels en flammes,Convier avec moi‖ toutes les saintes âmes,Avec elles goûter‖ cette extase à genoux !Seul, ainsi, s’enivrer‖ de la beauté d’un monde,C’est un bonheur impie‖ où l’amertume abonde,Et tout cet infini‖ laisse du vide en nous.

Cette ivresse, pourtant,‖ je la puise en Dieu même ;Mais, pour y prendre part,‖ où sont tous ceux que j’aime ?Mon cœur ici les nomme‖ et parle à chacun d’eux ;Jamais tant qu’à cette heure,‖ à travers mes nuages,Si douce leur parole,‖ et si doux leurs visages,N’ont échauffé mon cœur‖ et lui devant mes yeux.

La pensée a peut-être,‖ affrontant la distance,Des ailes pour voler‖ vers ceux à qui l’on penseSans se perdre à travers‖ le monde aérien !Vous tous, absents chéris,‖ qui manquez à ma joie,Des effluves d’amour‖ que mon cœur vous envoie,Ce vent et ce soleil‖ ne vous portent-ils rien ?

Où va donc, où va donc,‖ si nul ne le devine,Ce qu’exhale mon sein‖ d’émotion divine ?Pourquoi ce doux concert,‖ s’il n’est pas entendu ?Des plantes du désert‖ qui respire la feuille ?Que deviennent ces fruits‖ que nulle main ne cueille ?Donne tous tes parfums,‖ mon cœur, rien n’est perdu !

Vois ! chaque goutte d’eau,‖ que la terre la boive,Que le vent sur son aile‖ en vapeurs la reçoive,Retourne à l’Océan,‖ et s’y mêle à son jour !…Ainsi chaque soupir,‖ chaque extase cachée,Chaque larme pieuse‖ au coin de l’œil séchée,Vont enrichir au ciel‖ les sources de l’amour.

Versification

Forme
7 sizains (sizains)
Rimes
7(aabccb)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
7 sizains
Mots à la rime
a mousse / douce féminine, classiqueb pur / l’azur masculine, classiquec calmante / dormante féminine, classiquea baignée / imprégnée féminine, classiqueb t’admirer / serrer masculine, classiquec respire / sourire féminine, classiquea flammes / âmes féminine, classiqueb genoux / nous masculine, classiquec monde / abonde féminine, classiquea même / j’aime féminine, classiqueb d’eux / yeux masculine, classiquec nuages / visages féminine, classiquea distance / pense féminine, classiqueb aérien / rien masculine, classiquec joie / envoie féminine, classiquea devine / divine féminine, classiqueb entendu / perdu masculine, classiquec feuille / cueille féminine, classiquea boive / reçoive féminine, classiqueb jour / l’amour masculine, classiquec cachée / séchée féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation wikisource.org· Sources