Odes et poèmes, 1844· Livre deuxième
VII. Poème
Un jour, obéissant‖ à ces charmes austèresQu’exercent les hauts lieux‖ sur les cœurs solitaires,Il voulut respirer‖ la neige des sommetsD’une chaste blancheur‖ revêtus à jamais.Sur ces trépieds, où Dieu‖ descend dans la lumière,Où les forêts, à l’homme‖ unissant leur prière,Exhalent leurs senteurs‖ et leurs bruits vers le ciel,Il s’enivra longtemps‖ du souffle universel.
Enfin, désaltéré‖ des divines haleines,Un plus tiède horizon‖ l’attira vers les plaines ;Car. poète, il n’a vu‖ qu’en ses rêves encorAu pays du soleil‖ mûrir les pommes d’or.Après les régions‖ de la neige éternelle,Des rocs tumultueux‖ d’où le glacier ruisselleLa mousse et le lichen‖ sillonnent les flancs gris ;Puis les rhododendrons‖ rougissent tout fleuris ;Puis, toujours s’abaissant,‖ les cimes étagéesDe diverses forêts‖ par zones sont chargées :Les mélèzes d’abord,‖ les sapins, et des présL’émail couvrant déjà‖ des flancs plus tempérés,Et les hêtres touffus,‖ les bouleaux et les chênesAnnonçant la douceur‖ des collines prochaines.Sous leur ombre, il marcha‖ jusqu’au premier gradinD’où l’œil saisit la plaine‖ et son riant jardin,Et l’extrême horizon‖ du lac aux bords fertiles,Dont le myrte et l’orange‖ ont embaumé les îles.
Offrant à la fatigue‖ un asile attiédi,Là s’ouvrait une grotte‖ au soleil de midi.D’un bois entremêlé‖ de taillis, de clairière,De longs vergers en fleurs‖ blanchissaient la lisière.Les coteaux sinueux‖ qui portent les raisins,Et les plants d’oliviers,‖ de là semblaient voisins.Et pourtant des sapins‖ la tête haute et sombreVersait tout près encor‖ la froideur de son ombre.
Amoureux des jardins‖ et des bois tour à tour,Dans la grotte paisible‖ il se fit un séjour.La brise et le soleil,‖ par une large entrée,Des parfums et des voix‖ de toute la contréeLui portaient le tribut.‖ Un charmant arbrisseauDéployé sur le bord‖ de la voûte en berceau,Sous un treillis de fleurs‖ et de feuilles pendantes,Arrêtait de midi‖ les flammes trop ardentes.L’arbre mystérieux —‖ il ignora son nom —Entre la vie et l’être,‖ admirable chaînon,S’ébranlait de lui-même‖ et par sa propre force,Comme s’il enfermait‖ un dieu sous son écorce ;Sans attendre aucun souffle,‖ il murmurait des sons,Ses fleurs dans leurs parfums‖ répandaient des chansons,Des soupirs presque humains,‖ une plainte si douce,Que sur le seuil de l’antre,‖ et couché sur la mousse,Souvent de ces beaux lieux‖ le nouvel habitantOubliait tout un jour‖ de vivre en l’écoutant.
Ainsi, sans les compter,‖ il laissait fuir les heures,Dans ce désert où Dieu‖ lui donna ses meilleures.Des sommets aux vallons,‖ quand, las d’avoir erré,Chaque soir, dans la grotte‖ il s’était retiré,Un fertile sommeil,‖ inconnu dans les villes,Sans les appesantir‖ fermait ses yeux tranquilles.Par la porte d’ivoire,‖ un songe, hôte charmant,Près de lui descendu,‖ l’enivrait mollement,Et, dans toutes ses nuits,‖ d’une image pareille,À sa vue, à son cœur‖ répétait la merveille.
Il voyait dans la grotte,‖ au coin le plus obscur,Une lueur mêlée‖ et d’argent et d’azur,Comme un reflet du lac‖ lorsque la lune y brille,Jaillir des blancs contours‖ d’un corps de jeune fille ;Puis à la voûte, aux murs,‖ sur les cristaux sculptés,L’auréole agrandie‖ allumait des clartés.Un arbuste semblable‖ à la plante inconnue,Et d’où sort comme un fruit‖ la vierge demi-nue,À sa chaste ceinture‖ attache un vêtementDe rameaux et de fleurs‖ noués confusément :De ses seins non voilés‖ la neige ardente et pureS’élève et resplendit‖ dans la sombre verdure ;Sur sa hanche onduleuse‖ un de ses bras descend ;Une urne, d’où les eaux‖ coulent en gémissant,À l’autre sert d’appui ;‖ tout est repos en elle ;Un immobile éclair‖ enflamme sa prunelle ;Le silence divin‖ sur ses lèvres sourit ;À peine si la vie‖ autrement s’y trahit,Tant son souffle est subtil,‖ et dans son cœur paisibleGlisse sans soulever‖ un mouvement visible.Son âme cependant‖ déborde, et par ses yeuxSa parole jaillit‖ en ruisseaux radieux,Et sur l’heureux songeur‖ s’épanchant tout entière,D’un rayon prolongé‖ va toucher sa paupière.Lui, sent par tout son être,‖ ébloui, palpitant,Ce regard de déesse‖ et d’amante pourtant,Qui, dans sa fixité‖ lumineuse et limpide,D’un baiser continu‖ lui verse le fluide.
Ainsi, jusqu’au matin,‖ dans l’extase bercé,Sous un astre amoureux,‖ il dormait caressé.Illuminant son cœur‖ d’une clarté suprême,La vierge aux yeux perçants‖ le contemplait de même ;L’urne et les rameaux verts‖ chantaient divinement ;Et c’était chaque nuit‖ égal enivrement ?
Or, dans la grotte, après‖ quelques jours, son vieux maîtreUn homme au large front,‖ des bois auguste prêtre,Descendant des hauts lieux,‖ rentra : car, tous les ans,Sa main savante et douce‖ aux mortels languissants,Dans le désert, aux pieds‖ des neiges virginales,Cueillait, sous l’œil de Dieu,‖ les fleurs médicinales.Confiant pour cet hôte,‖ et pieux comme un fils,Le jeune homme eut bientôt‖ dit son nom, son pays,Son invincible amour‖ des monts, des forêts sombres,Les désirs infinis‖ qui pleuvent de leurs ombres,Ses courses, son sommeil‖ dans la grotte abrité,Et le rêve charmant‖ qui l’avait visité.Et le sage l’aima ;‖ dans les âmes brûlantes,Il savait lire, ainsi‖ que dans le sein des plantes ;Il comprit cet enfant‖ au désert envoyéPour y lire de Dieu‖ le livre déployé.Un soir, assis tous deux‖ sous les roches voûtées,Ayant pour frais tapis‖ les mousses veloutées,Tandis que sur le lac‖ la brume s’épaissit,Il prépara son cœur‖ et lui fit ce récit :
I
C’est du soleil de mai‖ qu’Hermia nous est née ;Sa mère, au bout des prés‖ par les fleurs entraînée,Sous les rameaux en sève‖ et les nids palpitants,Avait, tout le matin,‖ respiré le printemps.Au bord du lac assise,‖ appuyée au vieux sauleDont les feuilles d’argent‖ pleurent sur son épaule,À ses pieds les iris,‖ les joncs peuplés d’oiseaux,Les cygnes amoureux‖ jouant dans les roseaux ;Ses yeux plongent au loin‖ sur l’eau bleue et vermeilleComme une large fleur‖ où va boire une abeille,Et sa bouche entr’ouverte‖ aspire le baiserD’un rayon de soleil‖ qui vient de s’y poserLà, seule et devant Dieu,‖ sans assistance humaine,Ainsi que l’épi mûr‖ laisse tomber sa graine,Comme l’écorce ouvrant‖ un passage au bourgeon,Le calice à la fleur,‖ le nuage au rayon,Comme si dans les airs‖ dont l’esprit la pénètreSon sein eût recueilli‖ le germe de votre être,Sans craindre de mourir,‖ sans plainte et sans douleurs,Elle vous mit au monde,‖ Hermia, sur les fleurs !
On se rappelle encor‖ ce jour dans nos contrées,Tant le soleil fut beau,‖ tant les forêts sacrées,Et l’onde étincelante,‖ et les plaines en feu,Semblèrent s’éveiller‖ plus près de l’œil de Dieu !Tout le ciel était pur‖ des vapeurs de la terre,Comme un front virginal‖ que nul souci n’altère ;Les rêves infinis‖ pouvaient prendre l’essorSans qu’un nuage heurtât,‖ là-haut, leurs ailes d’or.De cette matinée,‖ on cite des prodiges :Mille boutons éclos‖ tout à coup sur leurs tiges,Les serpents disparus‖ dans leurs antres obscurs,Et Dieu paralysant‖ tous les êtres impurs,Et d’invisibles voix‖ sous l’ombrage entendues,Et des gouttes de miel‖ aux feuilles suspendues.Dans la vigne et les prés,‖ sur les bruns travailleursIl tomba de chaque arbre‖ une neige de fleurs ;De gais oiseaux volant‖ au bord des toits champêtresPosèrent des rameaux‖ sur toutes les fenêtres.L’air entrait comme un baume‖ au cœur des affligés,Les outils du labeur‖ paraissaient plus légers ;Chacun se sentait pur‖ de ses haines passées,Une heure enfin coula‖ sans mauvaises pensées.
Sur le sein maternel,‖ enfant joyeux et fort,À la vie Hermia‖ souriait dès l’abord ;Les oiseaux lui parlaient,‖ les plantes inclinéesLa touchaient doucement‖ comme des sœurs aînées,Et, prompt comme ses yeux‖ à s’ouvrir au soleil,Son cœur semblait comprendre‖ et bénir ce réveil.
Or, les jours de présents‖ sont prodigues pour elle :Chacun vient apporter‖ une grâce nouvelle,Et tourne avec amour‖ autour de son berceau,Offrant, pour la parer,‖ ce qu’il a de plus beau :L’un verse à ses cheveux‖ tout l’or des moissons blondesEt donne à son regard‖ l’azur profond des ondes :L’autre, pour la pensée‖ et les rêves naissants,Dessine de son front‖ les contours grandissants,Des vertus en son cœur‖ sème avec soin les germes ;L’autre sur le gazon‖ soutient ses pieds plus fermes ;Elle courut bientôt‖ comme un jeune chevreuil.La nature, inquiète‖ et la suivant de l’œil,Lui cachant les douleurs‖ d’où plus tard naît le doute,Rien qu’en leçons d’amour‖ abondait sur sa route :Et l’enfant, par chaque être‖ au bonheur invité,Respirait de partout‖ la vie et la beauté.
Mais, comme les sapins‖ qui vivent sur les cimesNourris de la rosée‖ et des neiges sublimes,Et ces herbes sans nom,‖ et ces fleurs du haut lieu,Et ces jardins jamais‖ arrosés que par Dieu,Son cœur, ayant racine‖ au sein de la nature,Refusait des mortels‖ la savante culture,Et le langage humain‖ à sa bouche inconnuJusqu’à son âme encor‖ n’était pas parvenu.Elle comprenait bien‖ tout ce que peuvent direL’accent qui vient du cœur,‖ les soupirs, le sourire ;Ses lèvres des oiseaux‖ recevant les leçons,Répétaient des accords‖ appris de leurs chansons ;Sa voix se répandait‖ en des murmures vaguesComme les bruits touffus‖ des feuilles et des vagues ;Il semblait que ces sons,‖ de nous tous incompris,Autour d’elle évoquaient‖ d’invisibles esprits.Les hommes exceptés,‖ sans avoir eu de maître,Elle savait parler‖ dans sa langue à chaque être.Et sa mère pleurait‖ de n’avoir pas encorD’un seul mot prononcé‖ recueilli le trésor :Car des lèvres d’un fils‖ la syllabe premièreCoule comme le miel‖ dans le cœur d’une mère.Or, celle d’Hermia‖ bien des jours attenditLa douceur de son nom‖ par son enfant redit.Déjà grande et pensive,‖ aux travaux de familleLes parents avaient su‖ plier la jeune fille,Avant qu’à son murmure‖ un mot se fût mêlé ;Elle chanta longtemps‖ avant d’avoir parlé.
Trompant de tous les siens‖ la tendre vigilance,Comme un jeune chevreau‖ loin du troupeau s’élance,Vers les taillis lointains,‖ dès qu’elle put courir,Du chaume paternel‖ elle cherchait à fuir.Nul n’aurait deviné‖ sur ce tendre visageL’amitié du désert‖ si fière et si sauvage :En vain d’autres amours‖ dans son âme ont lutté,Le charme des forêts‖ l’a toujours emporté.
Lorsqu’après tout un jour‖ passé dans les bois, seule,Le retour lui montrait‖ et la mère et l’aïeuleEncor pâles d’effroi‖ pour l’enfant hasardeux,Au lieu de la gronder,‖ pleurant toutes les deux,Elle pleurait aussi ;‖ puis, toute la soirée,Rendait, de ses baisers,‖ la famille enivrée :Mais comme une eau mobile‖ échappe de la main,Au bois, dès son lever,‖ fuyait le lendemain.Là, sans s’inquiéter‖ des soins qui nous poursuivent,Robuste, elle vivait‖ comme les oiseaux vivent ;Ainsi qu’eux vagabonde,‖ et trouvant sous ses pasMille fruits abondants‖ tout prêts pour ses repas,La fraise, et la framboise,‖ et la faîne, et l’airelle,La mûre et l’aveline,‖ encor plus doux pour elleQue les fruits les plus beaux‖ mûris dans nos vergers ;Et parfois la noix fraîche‖ et le pain des bergers ;Et le miel s’écoulant‖ des chênes par les fentes,Et des troupeaux hardis‖ qui broutent sur les pentesLe lait tiède et chargé‖ de ce parfum vitalQue donne la montagne‖ à chaque végétal.La chèvre aux bonds joyeux‖ et les lentes génisses,Et les blanches brebis‖ s’offraient pour ses nourrices ;Les chiens fauves léchaient‖ ses mains, et les taureauxFlairaient ses cheveux blonds‖ de leurs sombres naseaux,Les libres habitants‖ des nids et des tanières,Autour d’elle marchaient‖ en troupes familières ;Son seul regard calmait‖ les faibles effrayés,Et les instincts cruels‖ s’endormaient à ses pieds.Elle semblait ainsi,‖ mêlée à la nature,Commander par l’amour‖ à toute créature.Tels, unis à Dieu même‖ et du mal ignorants,La terre aux anciens jours‖ vit nos premiers parents.
Caché dans le feuillage‖ et muet de surprise,Plus d’un pâtre aperçut‖ la jeune fille, assiseAu milieu de sa cour‖ étrange et du concertQue forme à ses genoux‖ le peuple du désert.Sur la pente où des bois‖ un pré suit les lisièresLes arbres sont épars‖ dans les grandes fougères ;Un chêne aux pieds noueux‖ de mousse tapissésOffre à l’enfant son dais‖ et son trône dressésSur les rebords touffus‖ d’une nappe d’eau sombreQue la forêt protège‖ et nourrit de son ombre.Là, dans les hauts gazons‖ fleuris et fourmillants,Se croisent par milliers‖ les insectes brillants.Près des lis argentés‖ rougit la digitale ;Le large nénuphar‖ sur les cressons s’étale ;Pendus en noire grappe‖ aux bras d’un frêne clair,Des essaims bourdonnants‖ s’éparpillent dans l’air ;Sur chaque arbre, pinsons,‖ mésanges et linottes,Bouvreuils à plein gosier‖ font gazouiller leurs notes.Les chamois défiants,‖ hôtes des grands rochers,Pour Hermia venus‖ à ses pieds sont couchés ;L’aigle, planant là-haut,‖ a jeté sur sa robeUne fleur des sommets‖ que lui seul y dérobe ;Sur l’herbe, à ses côtés,‖ le daim et le chevreuilDorment las de bondir :‖ le joyeux écureuilAutour de son lit glisse,‖ et court sur ses épaules ;Les oiseaux envolés‖ des buissons et des saulesVont jusque dans sa main‖ becqueter par instantsDe sorbe et d’alizier‖ quelques grains éclatants.La vie ainsi près d’elle‖ abonde, et la natureLui sourit par les yeux‖ de chaque créature :Car l’invisible mère,‖ en son sein triomphant,Berçait avec orgueil‖ son plus divin enfant.
Cet exil dans les bois,‖ ces ébats sur les cimes,Dans les prés suspendus‖ au bord des verts abîmes,Avec les jeunes faons‖ les luttes et les jeux,Des mutuels instincts‖ cet accord merveilleux,Le babil des oiseaux‖ et ses propres réponses,Les nids faits, sous ses yeux,‖ dans les blés ou les ronces,Les sources et les fleurs‖ devinant ses désirs,C’étaient là d’Hermia‖ l’enfance et ses plaisirs.
Pour les bois, de ses sœurs‖ elle fuyait les rondes,Et ces groupes joyeux‖ de jeunes têtes blondesQui se roulent dans l’herbe,‖ au pied des grands noyers,Et de leurs cris, le soir,‖ égayent les foyers ;Préférant pour amis,‖ dans son humeur sauvage,Les hôtes du désert‖ aux enfants du village.De l’arracher une heure‖ à sa chère forêt,Les baisers de sa mère‖ eurent seuls le secret.
Pour être ainsi rebelle‖ aux amitiés humaines,Et régner dans les bois‖ comme en ses vrais domaines,Dans le sein d’une femme‖ avant d’être enfermé,De quels esprits divins‖ le sien fut-il formé ?S’était-il exhalé‖ du souffle des fontaines ?Avait-il voyagé‖ dans les eaux souterraines,Dans les grottes en prisme‖ amassé les cristaux,Condensé les vapeurs‖ des liquides métaux ?Sous l’écorce avait-il‖ circulé dans la sèveQue la lune à son gré‖ fait descendre ou soulève,Et connu le bonheur‖ des bourgeons entr’ouverts,Et l’éveil du printemps,‖ et, dans les noirs hivers,Ces rêves dont la terre,‖ en ses veines plus lentes,Dans un tiède sommeil‖ berce l’âme des plantes ?Fleur offrant son calice‖ à la soif de l’été,Sous un rayon avide‖ avait-il palpité ?En poussière enlevée‖ à l’or des étamines,Les Zéphirs l’avaient-ils‖ semé sur les collines,Avec ces frais baisers‖ que les lis amoureux,Sous leur voile d’argent,‖ se prodiguent entre eux ?
Avant ces blonds cheveux,‖ ces bras roses et frêles,Aviez-vous, Hermia,‖ des plumes et des ailes ?Aviez-vous fait des nids,‖ et sifflé des chansons,Et joué, sous la feuille,‖ avec les gais pinsons ?Vous habitiez, sans doute,‖ en ces forêts plus chaudes,Où le soleil revêt‖ les oiseaux d’émeraudes,Où les arbres géants‖ sont constamment fleurisDe papillons nacrés‖ et de verts colibris,Et sur leurs troncs vêtus‖ d’un réseau de lianes,Ont, la nuit, des colliers‖ d’insectes diaphanes ?Peut-être qu’en mourant,‖ sur un lac argenté,Vous étiez un beau cygne,‖ et vous avez chanté ?Ou plutôt, tour à tour‖ source, oiseau, chêne et rose,Vous avez recueilli‖ l’esprit de toute chose,Et des êtres divers‖ traversés jusqu’à nous,Gardé ce qu’en chacun‖ Dieu sema de plus doux.Comme au seuil d’un tombeau,‖ triste au moment de naître,Devant l’humanité‖ vous hésitiez peut-être.Dis-nous, âme du lis‖ et du cygne chanteur,L’homme sombre et pensif‖ sans doute t’a fait peur ;Et, pour rester encor‖ calme, ignorante et pure,Tu voudrais prolonger‖ ta première natureAu sein de l’univers,‖ heureux d’être toujoursExempt de la pensée‖ et débordant d’amour !Tu pleures des oiseaux‖ les plumes vagabondesEt la robe d’azur‖ dont s’habillent les ondes ;Des bourgeons au soleil‖ l’épanouissement,Et de l’être en ton cœur‖ ce vague sentimentDont s’abreuve, ignorant‖ toute crainte insensée,La paisible nature‖ aux bras de Dieu bercée.
Pour toi, la terre parle‖ et tu comprends chacunDe ses signes profonds,‖ bruit, couleur ou parfum.Tu sais lire, au milieu‖ des spectacles champêtres,Ce langage sacré‖ dont les mots sont les êtres,Ce merveilleux symbole‖ à notre âge voilé ;Et c’est l’amour tout seul‖ qui te l’a révélé !
Aussi, pour vous chérir‖ oiseaux et fleurs s’unissent ;À votre voix, les eaux‖ et les vents obéissent :Car, avec la pensée,‖ hôte encore inconnu,Dans votre corps nouveau,‖ Dieu lui-même est venu ;Et pourtant, Hermia,‖ dans l’âme d’une femme,Des cygnes et des lis‖ vous avez gardé l’âme !
Les oiseaux ses amis‖ et les forêts ses sœursOnt tous de sa puissance‖ éprouvé les douceurs.Près des grands feux assis,‖ les pasteurs dans leurs veilles,En secouant le front,‖ parlent de ses merveilles.
Sur la bruyère, un soir,‖ dans les genévriers,Pensive, elle écoutait‖ les airs des chevriers.Enivrés de bourgeons‖ et de sève nouvelle,Ses folâtres chevreaux‖ bondissaient autour d’elle,Se cherchaient, se fuyaient,‖ l’un par l’autre assaillis,De grâce et de fierté‖ luttaient dans les taillis ;Quand d’un bouquet de chêne‖ heurté dans cette lutteTombe un nid qu’une branche‖ entraîne dans sa chute,Et la mère accourant‖ l’abritait de son corps,Avec des cris plaintifs‖ couvait ses petits morts,Volait et revenait‖ d’eux à la jeune fille.Hermia s’inclina‖ vers la triste famille ;Elle resta longtemps‖ comme pour lui parler ;Les pleurs entre ses cils‖ commençaient à couler,Et la nuit vint mêler‖ sur ce tombeau de moussesDes perles de rosée‖ à ces larmes si douces.Comme un céleste grain‖ par la brise semé,Dès l’aube, sur le sol‖ ces pleurs avaient germé ;Sur d’abondants rameaux‖ des fleurs étaient venues,Des fleurs à nos climats‖ jusqu’alors inconnues,Et quand pour les cueillir‖ parut l’enfant béni,Chaque tige chantait‖ joyeuse de son nid ;Un doux frisson courait‖ entre les branches frêles ;Mille oiseaux, effleurant‖ Hermia de leurs ailes,Dans l’air tout plein d’odeurs‖ et de bruits merveilleux,Comme en un frais baiser‖ agitaient ses cheveux.
Elle semblait porter‖ le printemps avec elle.Du sol qu’elle a touché‖ la vie à flots ruisselle ;Une source, un arbuste,‖ ou le gazon plus vert,Marquent de son repos‖ la place en ce désert.Cherchez dans le granit,‖ sur ces cimes lointaines,Ces touffes de bouleaux‖ d’où coulent des fontaines ;Les pâtres vous diront‖ qu’en ces lieux HermiaTout un beau jour d’automne‖ à rêver s’oublia.Elle a marché là-bas,‖ où les herbes plus grandesOnt chassé la bruyère‖ et les genêts des landes ;Plus d’un troupeau nombreux‖ paît aujourd’hui parmiLes stériles rochers‖ où la fée a dormi.Espoir de la vendange,‖ à nos pieds, ces collinesJadis se hérissaient‖ de cailloux et d’épines ;Mais on a vu l’enfant,‖ sorti du bois voisin,Sur elles en passant‖ égrener un raisin.Les bergers sérieux‖ savent toutes ces choses.Son jardin tout l’hiver‖ était peuplé de roses,Et les rameaux grimpants‖ qui couvrent sa maisonAvaient feuilles et fleurs‖ durant chaque saison.Après ces jours brûlants‖ où, d’amour épuisées,Les fleurs touchent du front‖ les herbes embrasées,Lorsque l’autan mortel‖ à tout bourgeon nouveauÀ des prés jaunissants‖ tari la sève et l’eau,Que pour fuir le soleil,‖ dans la soif qui l’altère,L’âme des végétaux‖ rentre au fond de la terre,Hermia descendait,‖ triste, et les yeux en pleurs ;Elle allait visiter‖ toutes ces chères fleurs,Leur parlait en marchant,‖ et des plus rapprochéesRelevait de ses mains‖ les tiges desséchées,Appelait par leur nom‖ les autres, et dans l’airRépandait de son chant‖ le flot sonore et clair ;Et comme une rosée‖ au fond de leurs calicesCes plantes recueillaient‖ sa voix avec délices.Elle faisait ainsi‖ le tour de son jardin,Des prés et des vergers‖ paternels, et soudain,Comme par une pluie‖ ou par l’aube lavées,Toutes les fleurs dressaient‖ leurs têtes ravivées !
Puisant partout la vie‖ et donnant à son tour,Dans chaque être Hermia‖ s’épanche avec amour.Ce doux échange a fait‖ la terre plus féconde.Tel un bel arbrisseau,‖ buvant la brise et l’onde,Nous rend en fruits, en ombre,‖ en murmure, en parfumTous les sucs nourriciers‖ pris au trésor commun.Des pâtres du désert‖ l’existence hardie,L’air généreux des monts‖ par qui l’âme est grandie,De la vierge rêveuse‖ écartant la langueurOnt doué son beau corps‖ d’une saine vigueur ;À la voir des torrents‖ fendre l’onde avec grâce,Du cerf à pas égaux‖ suivre en jouant la trace,Et courber l’herbe à peine,‖ et glisser sur le sol,On dirait qu’un esprit‖ l’emporte dans son vol,Comme un flocon de plume‖ errant sur une grève,Ou le duvet des fleurs‖ que notre souffle enlève.Car, frêle d’apparence‖ et svelte comme un lis,L’enfant aux regards fiers‖ de pudeur embellis,A dans ses traits, malgré‖ sa force et sa souplesse,Le charme insinuant‖ qui pare la faiblesse.
Dieu la fit pour les bois‖ et pour la liberté ;Nos arts et nos plaisirs,‖ elle a tout rejeté ;Jamais ses pas légers,‖ qui semblent une danse,Sur un rhythme prescrit‖ n’ont réglé leur cadence,Et la corde sonore,‖ inconnue à ses doigts,Jamais d’un seul accord‖ n’accompagna sa voix.Les divines chansons‖ à sa lèvre échappéesRuisselaient comme l’eau‖ des neiges escarpées,Son cœur pour les verser‖ les engendrait en lui.Sa voix n’eut pas d’échos‖ pour les chansons d’autrui ;Comme, après elle aussi,‖ jamais ni voix, ni lyre,Des airs qu’elle trouvait‖ n’ont rien pu nous redire.
Elle grandit ainsi,‖ se mêlant aux oiseaux,S’assimilant l’esprit‖ des plantes et des eaux,Inattentive à l’homme,‖ ayant une famillePartout où la nature‖ et végète et fourmille.Vie étrange empruntée‖ à tous les éléments,Prise aux forêts, aux flots,‖ aux nids les plus aimants.Mais comme un clair rayon‖ dans l’épaisse feuilléeLa pensée en son sein‖ déjà s’est éveillée.
II
À cet âge où la vierge,‖ avec des yeux baissés,Éveille innocemment‖ les amoureux pensers,Où l’enfant avec qui‖ l’on jouait tout à l’heureVous met le trouble au cœur,‖ si sa main vous effleure ;Où déjà du pêcher‖ les rameaux rougissantsFont rêver aux doux fruits‖ de ses boutons naissants ;Où la jeune pudeur‖ sème, aux moindres caresses,Sa neige purpurine,‖ abondante en promesses ;Quand vint pour Hermia‖ cette fraîche saison,Chaque jour, sur ses pas,‖ au seuil de la maison,Aux champs, à la fontaine,‖ elle vit, sans comprendre,Les jeunes gens rivaux‖ s’empresser d’un air tendre,Implorer d’elle un mot,‖ un sourire, un regard,Fleurs que l’enfant distraite‖ effeuillait au hasard.
L’arrachant pour une heure‖ à sa chère retraite,Si sa mère au hameau‖ l’entraîne, un jour de fête,Les jeux sont oubliés ;‖ ni danses, ni chansonsNe peuvent captiver‖ la foule des garçons.Autour d’elle un essaim‖ de paroles flatteusesBourdonne, et des pasteurs‖ les troupes curieusesSe croisent à l’envi.‖ Tels de gourmands oiseauxPar bandes voltigeant,‖ merles et passereaux,Inquiets d’un passant‖ qui siffle au bord des haies,L’hiver, d’un sorbier mûr‖ guettent les rouges baies.
Mais auprès d’Hermia,‖ soupirs, soins assidus,Et rieurs et gais propos,‖ hélas ! étaient perdus.Un sourire naïf,‖ une parole errante,Animaient par instants‖ sa lèvre indifférente ;Sa pensée était loin,‖ et son cœur s’envolaitPour suivre au fond des bois‖ un dieu qui l’appelait.Et tous croyaient, cherchant‖ à deviner cette âme,Qu’elle restait enfant‖ sous les traits d’une femme.Elle s’offrait à nous‖ comme une jeune sœurDe son affection‖ partageant la douceur :Car, dans un cœur épris‖ de l’auguste nature,L’amitié garde encor‖ sa place large et pure ;Outre les fleurs et l’onde‖ et les oiseaux soumis,Même chez les humains,‖ la vierge eut des amis.
Mais son amant unique,‖ éternel, invincible,— Moi je l’ai su — c’était‖ ce chanteur invisibleCet hôte lumineux‖ qui remplit les déserts,Verse du haut des pins,‖ sous l’ombre, ses concerts,Avec l’odeur des prés,‖ des étangs, des résines,Flotte sur les coteaux‖ et franchit les ravines.Esprit au souffle agile,‖ aux vivantes senteurs,En lui s’épanouit‖ l’âme sur les hauteurs ;L’aigle aime à s’y bercer,‖ et l’avide génisseL’aspire en mugissant‖ au bord du précipice ;C’est lui qui, sur le sable‖ aux ardents tourbillons,D’un étrange vertige‖ enivre les lions ;À travers tout c’est lui‖ que nos désirs poursuiventL’immortel aliment‖ dont toutes choses vivent !Entre ceux dont l’amour‖ pour elle inaperçuPar sa chaste ignorance‖ était ainsi déçu,Un plus silencieux,‖ épris des solitudes,Faisant aussi des bois‖ ses chères habitudes,Fut choisi d’amitié,‖ mais sans espoir plus doux.Inégaux en pouvoir,‖ ils avaient mêmes goûts,La sainte affection‖ des sources et des plantes,Et le don de trouver‖ toutes choses parlantes,Ces mutuels besoins‖ les avaient réunis.Lui, semblait familier‖ aux habitants des nids ;En le voyant chéri‖ du ramier et du cygne,D’intime confiance‖ Hermia le crut digne.Car les oiseaux du ciel‖ ont des regards perçantsPour choisir leurs amis‖ chez les cœurs innocents.Souvent, guidé vers elle‖ au fond de ses retraites,Il surprit dans les bois‖ ses paroles secrètes ;Vers les ruisseaux charmés‖ dont il suivait le cours,Il entendit couler‖ ses mystiques discours,Et des fleurs et des eaux,‖ à sa voix enchaînées,De musique et d’encens‖ les réponses ornées.
Oh ! vous la compreniez,‖ êtres puissants et doux,Plongés au sein de Dieu‖ bien plus avant que nous ;Car vous avez l’amour,‖ ô forêts pacifiques,Votre sève est docile‖ à des lois harmoniques,Et le souffle d’en haut,‖ qui vient la diriger,Ne lutte pas en vous‖ contre un souffle étranger ;Vous ignorez la haine ;‖ une ambition folleComme nous du grand Tout‖ jamais ne vous isole.Nous seuls errons sans guide,‖ et cherchons sous le cielPar où reprendre vie‖ au tronc universel ;Mais vous, arbres et fleurs,‖ vous, nature où tout aime,Attachés à ses flancs‖ vous vivez de lui-même !
Les grands arbres ainsi,‖ les herbes des forêtsÉtaient ses confidents‖ et ses maîtres secrets ;Mais chez l’homme, où la foule‖ eût insulté ses rêves,Ses paroles, toujours,‖ étaient rares et brèves ;Pourtant sur l’âme ou Dieu‖ des mots inattendusOnt laissé bien souvent‖ les sages confondus.
Par une voix magique‖ au désert appelée,Quand la vierge, aux lueurs‖ de la nuit étoilée,S’en allait respirant‖ l’extase au fond des bois,Entre elle et sa pensée‖ elle souffrait, parfois,Le disciple amoureux‖ dont l’âme ardente et pureSut l’adorer comme elle‖ adorait la nature.
Sous les chênes sacrés,‖ sans suivre de chemin,Ensemble nous marchions‖ nous tenant par la main,Tous les deux le front ceint‖ des fleurs qu’elle a tresséesEt le cœur enchaîné‖ dans les mêmes pensées.Par les grandes forêts‖ et les prés, jusqu’au jour,Nous montions sans fatigue,‖ oublieux du retourPas à pas dans la nuit‖ azurée et limpide,Échangeant d’un regard‖ l’étincelle rapide ;Sans parole tous deux,‖ mais plus étroitementSa main serrait la mienne‖ et tremblait par moment.Et moi, dans ce silence‖ aux douceurs infinies,J’entendais à grands flots‖ jaillir les harmonies.Son cœur, ouvert dans l’ombre,‖ exhalait des accentsQui coulaient dans le mien‖ sans passer par mes sens ;La brise entre les pins,‖ l’onde au fond des abîmes,Accompagnaient ce chant‖ de leurs notes sublimes.D’un vent mélodieux‖ j’étais enveloppé ;Comme un lis de rosée‖ et de soleil trempé,Je sentais goutte à goutte‖ une clarté divineDescendre avec le son‖ et remplir ma poitrine.De radieux tableaux,‖ subitement tracés,Couvraient dans mon esprit‖ les doutes effacés,Et je ne songeais plus‖ à scruter toutes choses,À demander au monde‖ et ses fins et ses causes.La terre m’entr’ouvrait‖ ses flancs mystérieux ;Dans leurs replis secrets‖ je voyais de mes yeuxEt lisais un instant,‖ à cette sainte flamme,Les lois de la nature‖ et l’énigme de l’âme.
Qui te rendra, mon cœur,‖ ces chastes voluptés,Ces saints ravissements‖ dans le désert goûtés,Quand je tenais sa main,‖ étreinte fraternelle,La plus tendre faveur‖ que l’homme reçut d’elle,Réservée à sa mère,‖ et dont, heureux amant,Moi seul, aux plus beaux jours,‖ j’obtins le don charmant !
Ô forêt ! ô bruyère !‖ ô gazon des vallées !Ô fleurs qu’à ses côtés‖ j’ai doucement foulées !J’appris tout d’Hermia !‖ Si je sais aujourd’huiCe que Dieu mit en vous‖ pour nous parler de lui,Si je connais les biens‖ que le désert recèle,C’est que j’ai vu s’ouvrir‖ tous ses trésors pour elle,Et de parfums, d’accords,‖ de clartés revêtus,Les terrestres esprits‖ exhaler leurs vertus !
Comme en un frais vallon,‖ sous la forêt ravie,Le soleil qui descend‖ éveille toute vie ;Bruits d’ailes et de voix,‖ bourdonnements confus,Chantent avec le vent‖ dans les rameaux touffus ;Des feuilles, des gazons,‖ des mousses remuées,Insectes et vapeurs‖ s’envolent par nuées ;À travers la verdure‖ et dans un clair-obscur,Comme des gouttes d’or,‖ et d’argent, et d’azur,Jaillissent violier,‖ liseron et pervenche ;La rosée en anneau‖ s’empourpre à chaque branche,Et des troncs, réchauffés‖ par ce regard du ciel.Court sur la noire écorce‖ un blond sillon de miel.Ainsi, lorsqu’à travers‖ les plantes sans culture,Rayon d’une clarté‖ plus intime et plus pure,Hermia paraissait,‖ sous ses yeux pénétrantsLes esprits des forêts‖ jaillissaient à torrents,Et tout ce qu’à nos sens,‖ sous le soleil visible,Cybèle en ses replis‖ garde d’inaccessible,Ces bruits intérieurs‖ plus féconds et plus douxQue l’âme seule entend,‖ se révélaient à nous.Alors c’était parmi‖ les choses réjouiesUn réveil des splendeurs‖ sous la forme enfouies,Des âmes le concert‖ entendu sous les corps,Une apparition‖ de leurs secrets ressorts,Et Dieu manifesté‖ nous laissant apparaîtreQuelle est dans le grand Tout‖ la raison de chaque être.
Dans la nature ainsi‖ je prenais des leçons ;Sur les pas d’Hermia‖ parcourant les saisons,J’épelais sous son doigt‖ les divins caractèresDont la vie a formé‖ les mots de ses mystères ;Et, lisant le symbole‖ en tout ce monde écrit,J’apprenais à percer‖ les voiles de l’esprit.Tous deux interrogeant‖ les eaux vives ou lentes,Nous discernions leurs voix‖ différemment parlantes,Les échos variés‖ mourant dans les ravins,Le bruit distinct du chêne‖ et celui des sapins,Et les vents dont chacun,‖ des branches qu’il traverseFait sortir, selon l’arbre,‖ une note diverse.Des nuages sculptés‖ en mobiles tableaux,Nous voyions au couchant‖ s’enflammer les signaux ;Sur chaque lettre sombre‖ ou de pourpre vêtueNous cherchions de quel ton‖ le soleil l’accentue,Et la nuit, dans l’azur‖ où Dieu les a tracés,Lisions ces chiffres d’or‖ qui roulent enlacés.Elle savait dans l’air‖ les routes parcouruesPar les migrations‖ des cygnes et des grues,De chaque oiseau les mœurs,‖ le langage, et commentL’art de bâtir les nids‖ leur échoit en s’aimant,Et quel est de chacun‖ la sœur entre les plantes.Car, les rapports secrets‖ des natures vivantes,Par quel lien sacré,‖ mystérieux, profond,Chaque degré de l’être‖ aux autres correspond,Elle avait tout senti :‖ nos désirs, nos penséesDans les fleurs, dans les nids,‖ intimement versées,Sous la feuille ou la plume,‖ à travers tous les corps,Elle en suivait le germe ;‖ et savait quels accords,Dans l’évolution‖ par Dieu même guidée,Unissent la couleur‖ et la forme à l’idée.
Vous, plantes, vous, surtout,‖ dont le soleil revêtCybèle aux larges flancs‖ comme d’un frais duvet,Fleurs qui brodez les plis‖ de sa verte ceinture,Arbres, des monts courbés‖ mobile chevelure,Hermia vous aimait ;‖ la paix et la douceur,Et la sérénité,‖ la firent votre sœur.Elle connut les noms‖ dont Dieu vous a nommées,Et de quels sucs choisis‖ vos sèves sont formées,Vos rêves printaniers,‖ vos plaisirs, et les loisDe vos amours lointains‖ déterminant le choix,Et votre langue habile‖ aux tendres mélodies,Et toutes vos vertus‖ longtemps approfondies.Elle comprit pourquoi,‖ montant ou s’abaissant,Et par des nœuds secrets‖ attachés au croissant,Dans vos soyeux tissus‖ les arômes qui glissentÀ la reine des nuits‖ de si loin obéissent.À vous initié,‖ j’appris d’elle à savoirDes simples sur nos corps‖ le magique pouvoir,À quelle heure, en quel lieu,‖ toute plante sacréeDoit être recueillie,‖ et comment préparée,Et quel mot prononcé‖ sur vos philtres puissantsVerse un charme infaillible‖ aux membres languissants.Elle enseignait aussi‖ que, pour les maux de l’âme,Toutes les fleurs des bois‖ renferment un dictame ;Et quels sont leurs conseils,‖ et quels signes certainsDans les fleurs à l’amour‖ prédisent ses destins ;Quelle ombre rafraîchit‖ l’espoir et le relève ;Quelle orne le sommeil‖ des prestiges du rêve ;Et comment des forêts‖ les émanationsDans les cœurs orageux‖ calment les passions.
La vierge m’instruisait‖ dans son silence même.Quand la création‖ me posait un problème,Souvent le mot auguste,‖ à tout esprit voilé,À l’aspect d’Hermia‖ s’est pour moi révélé :Car ta vie, ô nature !‖ a les lois de la nôtre,Et l’homme et l’univers‖ s’expliquent l’un par l’autre.
Des globes confiants‖ qui montent dans les cieuxElle avait les clartés‖ et l’amour dans ses yeux,Et des grands horizons‖ la paix insinuanteS’épanchait de sa face‖ et de sa voix calmante ;Et pourtant Hermia,‖ cet être pur et doux,A connu la douleur‖ et pleuré comme nous !
Parfois, près d’elle assis‖ sous un tranquille ombrage,Et respirant le calme‖ empreint sur son visage,J’ai, dans nos plus beaux jours,‖ vu ses yeux adorésDe sinistres vapeurs‖ se charger par degrés.Telle agitant les flots‖ la flamme sous-marine,Un orage étouffé‖ soulevait sa poitrine ;Les soupirs, les sanglots,‖ les mots tumultueuxSortaient sourds et pressés,‖ et les pleurs, après eux.De ses yeux obscurcis‖ qu’en vain ma lèvre essuie,En allégeant son cœur,‖ tombaient comme une pluie.Et moi, non sans terreur,‖ apaisant ses esprits,Je cherchais le secret‖ de ce trouble incompris ;La nature, bientôt‖ m’expliquant cet orage,M’en montrait dans son sein‖ et la cause et l’image.
Un nuage amassant‖ la foudre et les éclairsDéploie avec lenteur‖ ses flancs noirs dans les airs ;Les forêts devant lui,‖ de leur frisson sonore,Tremblent comme Hermia‖ sans qu’un vent souffle encore ;Il éclate, et soudain‖ à torrent sur les boisL’eau, la grêle et le feu‖ descendent à la fois ;Le tonnerre grondant‖ sur les hauteurs prochainesFait voler en éclats‖ le granit et les chênes.Adieu feuilles et fruits,‖ et vignes et moissons,Dans les sillons fangeux‖ broyés par les glaçons ;Sur les monts décharnés,‖ de pierres et de branchesLes eaux avec fracas‖ roulent des avalanches.Ô nature ! Hermia !‖ ce repos que j’aimaisA-t-il de votre sein‖ disparu pour jamais ?
Non, déjà le soleil‖ revient panser vos plaies,Les oiseaux reparus‖ chantent au bord des haies ;D’un feuillage plus vert‖ et de plus frais pensersJe vois se parer l’âme‖ et les rameaux blessés ;Les fleurs ont relevé‖ leur front dans les prairies ;L’esprit s’est émaillé‖ de tendres rêveries,L’œil, lavé par les pleurs,‖ dans son ardent azurÀ des cieux plus sereins‖ offre un miroir plus pur,Et l’hymne au double chœur‖ qu’à Dieu la terre envoie,Un instant suspendu,‖ monte avec plus de joie ;Mais chaque être a souffert,‖ et cet instant fatal,Nature, en toi suffit‖ pour attester le mal !
L’orage ainsi descend‖ sur les plus saintes choses ;La douleur germe au sein‖ des vierges et des roses ;Et quoiqu’un divin souffle‖ y coule à tous moments,La terre ainsi que l’âme‖ a ses déchirements !
Ô mal, d’où venez-vous ?‖ qui sait ce que vous êtes ?Dans quelles régions‖ se forment les tempêtes ?Quand l’orage s’abat‖ sur nos fronts foudroyés,Est-ce vous, ô mon Dieu !‖ vous qui nous l’envoyez ?Mais vous êtes l’amour,‖ mais vous êtes la vie,Et la perfection‖ d’elle-même assouvie ;Être, pour vous, ô Dieu !‖ c’est créer, c’est bénir ;Non, ce n’est point d’en haut‖ que le mal peut venir !
C’est de ton propre sein‖ que sortent les nuagesEt les noirs éléments‖ du trouble et des orages,Ô terre ! en toi dormaient‖ tous ces éclairs brûlantsQue t’arrache le ciel‖ pour en frapper tes flancs !Ainsi, crainte, remords,‖ doute, orages suprêmes,Votre invisible cause‖ habite dans nous-mêmes,Des assauts répétés‖ que subit notre cœurEn vain nous accusons‖ le monde extérieur ;L’homme en lui, comme toi,‖ porte, ô triste nature !Le germe renaissant‖ du mal qui le torture.
Et cependant, ô père,‖ ô créateur d’heureux !De toi, pour y rentrer,‖ nous sortons tous les deux !Dans l’œuvre où tu te plais,‖ et qui vit de ton être,Si rien n’est que par toi,‖ d’où vient le mal, ô maître ?Comment au fond du bien‖ le mal s’est-il produit ?De ce problème en vain‖ j’interrogeai la nuit ;Ni les bois, ni les mers,‖ ni ma vierge divine,Ne m’ont rien révélé‖ de la triste origine.
Dieu garde ce secret ;‖ mais, ô sainte Hermia !Nature que mon cœur‖ de parler supplia !Ce que vous m’avez dit‖ dans vos deuils, dans vos fêtes,Ce que vous m’avez dit‖ même au fort des tempêtes,Ce que l’onde, et la feuille,‖ et les oiseaux des bois,Et son cœur, me chantaient‖ avec toutes leurs voix,Ce que je veux redire‖ en paroles sans nombre,C’est qu’au sein du grand tout‖ le mal n’est rien qu’une ombreQu’il sera par l’amour‖ à jamais effacé.Oui, le mal finira,‖ car il a commencé ;Oui, l’être est bon, oui, tout‖ doit bénir l’existence ;Le bien seul est réel,‖ le bien seul est substance ;Et, sans cesse agrandi,‖ chaque être doit, un jour,De l’amour émané,‖ retourner dans l’amour !Sous l’œil de Dieu, perdus‖ au fond des solitudesEt des plantes faisant‖ nos charmantes études,Par l’attrait du désert‖ sur les sommets conduits,Tout l’été nous passions‖ les jours, souvent les nuits.Mais sitôt que le froid‖ dépouillait les collines,Et refoulait la sève‖ au profond des racines,De son chaume Hermia‖ ne passait plus le seuil,Objet d’étonnement‖ pour nous tous, et de deuil,Se cachant même aux siens,‖ et comme enveloppéeDans le sommeil pesant‖ dont l’hiver l’a frappée.Une blancheur de neige‖ avait glacé son teintComme l’azur des flots‖ que la gelée éteint,Ses grands yeux sans rayons,‖ et d’où l’âme s’absente,Perdaient leur profondeur‖ lumineuse et vivante.Son souffle et sa parole,‖ enchaînés et taris,N’embaument plus sa lèvre‖ où meurt son fin souris ;La mauve, ouvrant sa feuille‖ avec mélancolie,Remplace le corail‖ de sa bouche pâlie ;Et, tel que le soleil‖ enfui sur d’autres bords,Son esprit semble avoir‖ abandonné son corps.Tant que dure l’hiver‖ on la voit, morne et sombre,Au foyer qu’elle attriste‖ assise comme une ombre.
Dormiez-vous tout ce temps‖ d’un étrange sommeil ?Votre esprit suivait-il‖ les courses du soleil ?Peut-être il descendait‖ dans ces grottes profondesOù l’hiver enfouit‖ les sèves et les ondes.Là, du gouffre divin‖ où tous les élémentsConfondus en un seul‖ bouillonnent écumants,Sous l’effort de l’amour‖ excitant la puissanceVous avez vu jaillir‖ la divine substance,Se répandre à grands flots‖ en des moules diversCet unique métal‖ dont est fait l’univers,Et compris par quel art‖ la force intelligenteVarie à l’infini‖ cette unité changeante ;Comment, tour à tour onde,‖ oiseau, granit, ou fleur,Elle sait combiner‖ la forme et la couleur.
À vos yeux, dans chacun‖ des grands sillons de l’être,Les graines se triaient‖ pour les moissons à naître ;Vous saviez quel rocher‖ ferait jaillir des flots,Combien chaque buisson‖ verrait de nids éclos,Et de toutes les fleurs‖ que le printemps nous donne,Ce qui nous resterait‖ de fruits mûrs pour l’automne.Tous ces germes confus,‖ qu’enchaînent les frimas,En attendant leur jour,‖ sont-ils oisifs là-bas ?Dans l’ombre préludant‖ au concert qui doit suivre,Déjà bourdonnent-ils,‖ impatients de vivre ?Car, dans tous ses degrés,‖ et jusqu’au noir chaos,L’immortelle nature‖ ignore le repos :Dans l’espace sans borne‖ où Dieu la fait s’étendre,Elle détruit sans cesse,‖ et toujours elle engendre.Et partout, dans son sein,‖ ton âme, en s’abîmant,A trouvé, n’est-ce pas,‖ l’éternel mouvement ?
Tu nous raconteras‖ tes merveilleux voyagesDans les flancs de la terre‖ et dans ceux des nuages.Le peuple des esprits,‖ sur la brume bercé,Dans sa langue, avec toi,‖ n’a-t-il pas conversé ?Les ombres t’ont guidé‖ sur leurs grèves funèbres ;Tu sais ce que la mort‖ couve dans ses ténèbres ;Tu connais la cité‖ des rêves, leurs travaux ;Tu vis, avec les fils‖ de leurs mille échevaux,Leurs doigts industrieux‖ tresser les broderiesDont le sommeil déroule‖ à nos yeux les féeries.Dans leurs champs nébuleux‖ quelles fleurs cueillent-ils,Pour en tirer ces sucs‖ et ces philtres subtilsQui, versés par les airs‖ de leur urne d’ivoire,Font certains jours chargés‖ de vague et d’humeur noire ?Créant, à notre insu,‖ dans nos cœurs agités,L’aversion sans cause‖ ou les affinités,Quelle main lie et rompt‖ ces invisibles tramesQui, du premier regard,‖ unissent quelques âmes ?Car dans tous ces secrets‖ tu lis à découvertSur ce pâle rivage‖ où t’emporte l’hiver.
Mais ne montais-tu pas‖ vers la sphère meilleureQue le soleil de vie‖ enveloppe à toute heure,Dans un globe encor pur‖ et dont les habitantsPortent au fond du cœur‖ un éternel printemps,Dans un de ces palais‖ où l’âme se repose,Quand l’idéal l’attire‖ et la métamorphose,Quand, reine après la lutte‖ où le mal est dompté,Elle dépose en Dieu‖ sa libre volonté,Et que, prêt à s’unir‖ avec sa créature,Pour l’ineffable hymen‖ Dieu la juge assez pure ?
III
Or, sous un soleil libre,‖ au désert, chaque été,Mon amour grandissait‖ ainsi que sa beauté.Excité par les feux‖ de l’ardente jeunesse,Pour la femme souvent‖ j’oubliais la prêtresse,Et des secrets divins‖ le grave enseignementPour le tendre sourire‖ et les propos d’amant.Mais elle, près de moi‖ sans désirs et sans crainte,Me rendait d’une sœur‖ l’amitié calme et sainte,Et cette sympathie‖ étrange dont les fleurs,Les oiseaux et moi seul‖ partagions les douceurs.Elle m’aimait ainsi‖ que menthes et verveines,Lilas avec son souffle‖ échangeant leurs haleines,Cerfs et lévriers dans l’herbe‖ à ses pieds accroupis,Et ramiers à sa main‖ becquetant les épis.Pour chaque être c’était‖ une affection pure,Allant des fleurs à moi,‖ sans changer de nature.Car la jeune sibylle‖ au mystique savoir,Par qui Dieu même en tout‖ se laisse percevoir,Dont l’œil voit, à travers‖ la roche et les écorces,Des éléments sacrés‖ se pondérer les forces,Dont la main, s’emparant‖ des fluides vitaux,En fait couler l’effluve‖ au sein des végétaux,Elle, qui sent germer‖ et prédit toute chose,Ignore le tourment‖ des désirs qu’elle cause,Et, pleine de candeur‖ en ses rêves puissants,N’a jamais soupçonné‖ le trouble de mes sens.
Elle avait avec moi‖ l’abandon de cet âgeOù, semblables tous deux‖ de taille et de visage,Et de même vêtus,‖ l’un près de l’autre assis,Nos longs cheveux laissaient‖ nos sexes indécis.Des forêts, sur mes pas,‖ elle affrontait les ombres ;Sur les fleurs en amour‖ au bord des grottes sombres,À l’heure où midi vient‖ chargé de voluptés,D’un paisible sommeil‖ dormait à mes côtés.Dans ma barque entraînée,‖ elle suivait son rêveSans jeter, inquiète,‖ un regard vers la grève ;Chaste couple, flottant‖ étroitement uni,Comme deux alcyons‖ seuls dans le même nid.Et quand de mes soupirs,‖ de mes airs de tristesse,La plainte répétée‖ alarmait sa tendresse,Étonnée, et croyant‖ à quelque mal soudain,Et des larmes aux yeux,‖ et me prenant la main,Elle m’interrogeait :‖ * Est-ce le corps ou l’âme ?Pour tous deux le soleil‖ verse un puissant dictame.Le printemps ne peut rien,‖ ami, sur vos douleurs ?Dites où vous souffrez.‖ Les arbres sont en fleurs,L’air embaume, les flots‖ chantent, le ciel rayonne ;Les hommes sont bien loin,‖ et Dieu nous environne,Et vous êtes mon frère,‖ et nous sommes tous deux :Que vous faut-il de plus,‖ ami, pour être heureux ? »Et moi, plus ivre encore,‖ et par tant d’innocenceTroublé, je l’accusais‖ de froide indifférence,Et parlais de bonheurs‖ inconnus, et qu’un jourJe voudrais être enfin‖ aimé d’un autre amour.Elle : * Entre Dieu, ce monde‖ et tous ceux que l’on aime,L’amour est divisé ;‖ mais c’est toujours le même.Comment désirer plus,‖ et pourquoi me blâmer ?Est-il dans votre cœur‖ deux manières d’aimer ?J’aime de cet amour‖ dont les plantes nouvellesChérissent le soleil,‖ et s’unissent entre elles,Que les flots caressants‖ ont pour les grands roseaux,Qu’avec l’ombre et les fleurs‖ échangent les oiseaux,Dont le souffle éternel,‖ courant d’un pôle à l’autre,Vient effleurer toute âme,‖ et fait chanter la vôtre.Ce que Dieu m’a donné‖ de sa vie en m’aimant,Moi je le rends à tous,‖ quoique inégalement ;Et vous qui vous plaignez,‖ vous n’avez de rivaleQue ma mère : sa part‖ à la vôtre est égale. »Et, pour un jour encor,‖ j’enchaînais dans mon seinDes profanes désirs‖ le turbulent essaim.
Un matin, du printemps‖ les effluves errantesSur les sens réveillés‖ tombaient plus pénétrantes ;Des gouttes de cristal,‖ scintillant sur les prés,Les avides rayons‖ s’étaient désaltérés ;Un zéphir déjà tiède,‖ entr’ouvrant les calices,Dès l’aube avait des fleurs‖ savouré les prémices,Et s’envolait, chargé‖ de fécondes senteurs ;La terre tressaillait‖ dans ses flancs créateurs ;La nature exhalait‖ comme un trop plein de vie,Et d’aimer avec l’air‖ on respirait l’envie.
Elle et moi, nous glissions‖ sur le lac flamboyantQu’embrase au loin le feu‖ dardé de l’Orient ;L’eau, de ses vifs reflets‖ empourprant la nacelle,Sous la rame éclatante‖ en flots d’or, étincelle ;Ivres des fleurs, de l’air,‖ de toutes ces splendeurs,Du monde rajeuni‖ partageant les ardeurs,Vers les pieds sinueux‖ de ces monts où nous sommes,Nous allions adorer‖ le printemps, loin des hommes.
Notre barque attachée‖ à cet aune encor vert,Pour gravir les hauts lieux‖ et trouver le désert,Nous marchons par les prés‖ tout blancs de marguerites.Dans les gazons touffus‖ mille fleurs plus petitesTentaient de soulever‖ leur front pâle ou vermeil,Pour prendre aussi leur part‖ des baisers du soleil.Dans la vigne, où déjà‖ les feuilles sont écloses,Où les pêchers hier‖ ont répandu leurs roses,La violette abonde‖ et la pervenche aux piedsDes ceps sur la lisière‖ aux ormeaux appuyés ;Et plus haut, des vergers‖ où finit la cultureLa neige des pommiers‖ argenté la ceinture.Déjà, dans la bruyère‖ et dans les genêts d’or,Les taillis clair-semés,‖ et nous montons encor.
Bientôt, de cette grotte‖ aujourd’hui consacrée,Légers et souriants,‖ nous atteignons l’entrée.Un soleil plus précoce‖ et de plus tièdes eauxHâtent dans ce doux lieu‖ les fleurs et les rameaux ;La paix féconde y règne‖ et mai vient d’y conduireTous les êtres pressés‖ d’aimer et de produire ;Le gazon en fourmille,‖ et tout chargé de nidsChaque arbre offre au printemps‖ des hymnes infinis ;Des baisers de l’époux‖ la terre au loin s’enivre.Levant au ciel son front‖ plein du bonheur de vivre,Belle à faire descendre‖ un dieu pour l’écouter,La vierge alors s’arrête‖ et se prend à chanter :
« Soleil, ô créateur !‖ la terre te salue ;L’être coule de toi,‖ l’être vers toi reflue ;Le monde épanoui‖ sous tes yeux bienfaisantsVient t’offrir un tribut‖ riche de tes présents.Avec toutes leurs fleurs‖ les prés joyeux te louent,L’arbre avec ses rameaux‖ où mille voix se jouent,L’onde avec la splendeur‖ des torrents irisés,La nue avec ses flancs‖ de ta pourpre embrasés.L’esprit de toute chose‖ à tes flammes s’envole.L’herbe avec ses parfums,‖ l’homme avec sa parole,Et tous avec la vie,‖ et tous avec l’amour,Tous t’adorent, ô Dieu‖ qui nous fis ce beau jour.La forme te sourit,‖ marbre, écorce ou plumage,Pour toi dans l’univers‖ la forme est un hommage,En des tons variés,‖ sur les flots et les fleursChante en te célébrant‖ le concert des couleurs.De leur plus pur encens‖ les âmes et les rosesChargent tes doux rayons‖ dont elles sont écloses,Et chaque atome d’air‖ se balance, animéDu rhythme par ton souffle‖ à son aile imprimé.
« Car c’est ta flamme, ô roi !‖ qui meut tout, et qui verseAu sein du froid chaos‖ la vie une et diverse.C’est toi qui donnas l’âme‖ aux éléments grossiers ;Tu fais courir la sève‖ en fleuves nourriciers ;Chacun de tes regards‖ jette à la terre avideEt lumière et chaleur‖ en un même fluide.L’arôme intérieur‖ dans tout objet caché,Ne saurait en jaillir,‖ si tu ne l’as touché :Sans toi pas d’œil qui voie‖ et pas de cœur qui sente ;Tout se renferme en soi‖ quand ton rayon s’absente ;Et ces esprits féconds‖ qui se cherchaient entre euxRentrent dans un repos‖ stérile et ténébreux.Mais, égal en ta course,‖ autour de tes domaines,Vigilant et paisible,‖ ô roi ! tu te promènes,Jetant du haut d’un char‖ à ton peuple indigent,Sans t’appauvrir jamais,‖ des flots d’or et d’argent ;Et la terre, à ta suite,‖ amasse une étincelleDe ces chaudes clartés‖ dont ta face ruisselle.
« Pour toi l’ombre n’a pas‖ d’infranchissable seuil ;De flots ou de granit‖ tu perces son linceul :Tu fais dans la montagne‖ aux entrailles de pierreGermer les diamants‖ d’un grain de ta lumière ;Sous le noir Océan,‖ une perle qui luitNous atteste un rayon‖ déposé dans sa nuit.Seul, tu peux traverser‖ de tes flèches de flammesLa triple obscurité‖ qui recouvre nos âmes.Dans les détours du cœur,‖ comme en ceux des vallons,Tu parais, et les blés‖ jaillissent des sillons,L’eau coule des rochers,‖ les nids se font entendre,La feuille printanière‖ exhale une odeur tendre,Et l’homme tout entier‖ est rempli d’un doux feuQu’il répand sur chaque être‖ et qui remonte à Dieu !
« Père de la beauté,‖ toi seul nous la révèles ;Dans ton sein créateur‖ tu portes ses modèles.C’est par toi qu’au désir‖ l’intelligence naît,Roi sage et lumineux,‖ par toi qu’elle connaît.C’est toi qui fais sortir‖ tout être de lui-même,Et de chacun à tous‖ fais le lien suprême ;Tout s’ouvre, et tout se mêle,‖ à ta sainte chaleur ;Ô père de l’amour !‖ tu fais vivre le cœur.Sans toi la nuit, le doute,‖ et les terreurs funèbres,Et l’immobilité‖ dans le froid des ténèbres,Et l’esprit infécond‖ dans son isolement :Par toi l’espoir, la foi,‖ l’épanouissement,Et le ciel en largesse,‖ et la terre en prière,Et la communion‖ au sein de la lumière !
« Mais, dis-moi, tous ces dons‖ versés à pleines mains,La vie à la nature‖ et la vie aux humains,Ces effluves d’amour‖ en qui flottent les mondes,Où les vas-tu puiser,‖ toi qui nous en inondes ?Quand tes feux sont taris,‖ pour les renouvelerQuelle âme plus divine‖ en toi sens-tu couler ?Mais il donne sans perdre,‖ et de sa propre essenceTire éternellement‖ les rayons qu’il nous lance ;Ce n’est pas un flambeau‖ prêt à s’évaporer ;Il n’a rien de mortel,‖ et je puis l’adorer !Non, ce torrent de vie‖ animant tout l’espace,Ce n’est pas dans l’azur‖ un globe en feu qui passe ;Sa lumière qui luit‖ et qui crée en tout lieu,C’est ton regard lui-même‖ et ton verbe, ô mon Dieu !
« Répands, répands, ô toi‖ par qui le printemps règne !Cet or fluide et tiède‖ où la terre se baigne,Dont tout être vivant‖ s’imprègne et se nourrit ;Enveloppe-nous tous,‖ ô radieux esprit !C’est ton heure, ô soleil !‖ les plantes et les âmesS’ouvrent de toutes parts‖ pour absorber tes flammes ;Toute écorce est gonflée‖ et toute sève bout ;Mêlée à tes rayons,‖ la vie entre partout.Ô vie ! ô douce vie !‖ oh ! qu’il est heureux d’êtreQuand de ses longs baisers‖ le soleil nous pénètre !Au sein des prés fumants,‖ sous cet azur serein,Des choses qu’il est doux‖ d’aspirer le trop plein,Et ce double courant‖ d’haleine ardente et pureQu’avec le Créateur‖ échange la nature !Souffle amoureux, parfums‖ de la terre exhalés,Passez en moi, mon cœur‖ s’élance où vous allez !Chaste fluidité‖ de l’eau qui s’évapore,Frémissement de l’air‖ et du rameau sonore,Embrasement des pics‖ par la neige blanchis,Rayonnement des flots‖ dans mes yeux réfléchis,Âme avec qui je sens‖ mon âme correspondre,Nature, viens à moi‖ t’unir et te confondre !Je te dois, ô désert‖ chaque jour visité,Ce que j’ai de lumière‖ et de sérénité :Par toi de l’infini‖ l’image m’est connue,Et la divinité‖ dans mon cœur s’insinue.Mais, ô forêts ! ô brise !‖ ô fleurs ! à votre tour,Recevez, recevez‖ mon souffle et mon amour.De ma bouche, reçois‖ les rumeurs embauméesEn verbe intelligent‖ dans mon sein transformées,Ô nature ! et, mêlés‖ dans le père commun,Que chacun vive en tous‖ comme tous en chacun !
« Soleil, sur les hauts lieux‖ j’irai te voir sourire :C’est là que l’air est pur,‖ et c’est là qu’on respire.Là, qu’avec mon esprit‖ plus libre et plus légerL’esprit universel‖ est prompt à s’échanger.Là, sur toutes les fleurs‖ mon âme se disperse,Là, de tous ses rayons‖ le soleil la traverse ;Et comme cette cime‖ exposée à tout vent,Je sens de toutes parts‖ ton souffle, ô Dieu vivant ! »
Moi, j’ouvrais tout mon être‖ aux langueurs printanières :Baigné d’ardents parfums‖ et de chaudes lumières,J’aspirais à longs traits‖ ces regards, cette voix,Et les brises d’amour‖ qui s’exhalaient des bois.Elle, cet enfant calme,‖ aux visions profondes,Ce chaste nénuphar‖ trempé de froides ondes,Ce lis ferme et sans tache‖ et de rosée empli,Ce cœur de pur cristal‖ semblait s’être amolli.Tout tremblait près de nous‖ d’un amoureux vertige,L’onde entre les cailloux‖ et les fleurs sur leur tige ;Les oiseaux frémissaient‖ mêlés dans les buissons…Or, s’animant comme eux‖ à ses propres chansons,La vierge a respiré‖ des voluptés nouvelles,Un rayon inconnu‖ jaillit de ses prunelles,Sa main brûle la mienne,‖ et je crois que son cœurComme moi du désir‖ sent l’aiguillon vainqueur.Le printemps, le soleil,‖ ces bois pleins de délices,De ma fatale erreur,‖ hélas ! furent complices…J’aspire en un baiser‖ son âme, et sens frémirAvec bonheur sa lèvre‖ et doucement gémir…Mais, ô terreur ! ô prix‖ de mon amour farouche !C’est un frisson mortel‖ qui passe sur sa bouche !Sous son front sans couleur‖ se ferme un œil glacé ;Sur ses reins fléchissant‖ son cou s’est renversé,Et, vierge, sur les fleurs‖ et la mousse odorante,Le lit prêt pour l’hymen‖ la reçut expirante !
J’implorai tous les dieux ;‖ des rameaux bienfaisantsPour elle j’exprimai‖ les sucs les plus puissants ;Comme l’âme d’un lis‖ que le zéphyr emporte,De ce premier baiser‖ mon amante était morte !
Dieux que je sers ici !‖ dieux des grandes forêts,Seuls vous avez connu‖ l’horreur de mes regrets,Et quelle vision,‖ obstinée à me suivre,Depuis ce jour cruel‖ sut me forcer à vivre.Son ordre, et de l’oubli‖ votre culte sauvé,Et votre sacerdoce‖ à mes mains réservé,Seuls m’ont pu retenir‖ sur la terre attristéeQue par mon crime, hélas !‖ votre fille a quittée.Je reste pour garder,‖ sous ces arbres chéris,Vos rites éternels‖ qu’elle m’avait appris,Et répandre, en son nom,‖ les vertus salutairesDont les fleurs du désert‖ lui livraient les mystères.Je tressai de feuillage‖ un verdoyant linceul,Et le soir, de la grotte‖ ayant creusé le seuil,J’y couchai de mes mains‖ la blanche trépassée,Gravant sa douce image‖ au fond de ma pensée.L’invisible nature‖ a repris, dès ce jour,Et cache dans son sein‖ tout ce que j’ai d’amour.
Sur la tombe, à genoux,‖ durant la nuit entière,J’y versai devant Dieu‖ mes pleurs et ma prière.Vers l’aube, un sommeil plein‖ de songes merveilleux,Sans assoupir mon cœur,‖ descendit sur mes yeux ;Et quand vint le soleil‖ et l’hymne qui s’élèveDes sources et des nids,‖ faire envoler mon rêve,Sous l’émail odorant‖ d’un gazon déjà vertDe son lit de repos‖ le sol était couvert,Et cet arbre divin,‖ l’orgueil de la contrée,Tout en fleurs de la grotte‖ ornait déjà l’entrée.
Dès lors, hôte assidu‖ de ce temple nouveau,Je vis loin des humains,‖ veillant sur ce tombeau ;Des sources, des rochers,‖ des fleurs, j’y fais l’étude ;Les oiseaux qu’elle aimait‖ peuplent ma solitude ;Ils me fêtent comme elle,‖ et de son souvenir,Dans leurs chants, près de moi,‖ viennent s’entretenir.Nous avons un langage‖ avec eux et les plantes ;Ensemble nous faisons‖ des prières ferventes ;Nous parlons d’Hermia,‖ du soleil et de Dieu.Jaillissant du rocher,‖ cette source au flot bleuOù se baigne la lune,‖ où les chevreuils vont boire,De la divine enfant‖ garde aussi la mémoire,Et, comme ces rameaux‖ par son âme agités,Murmure avec amour‖ les airs qu’elle a chantés.Mêlant sa voix plus grave‖ aux bruits que je consulte,L’arbrisseau merveilleux,‖ à qui je rends mon culte,De feuilles et de fleurs‖ paré dans tous les temps,Verse à mon front blanchi‖ l’espoir d’un beau printemps.
Ainsi, je vis au fond‖ des forêts fraternelles,J’attends le jour certain‖ des noces éternelles ;Le jour où, pardonnant‖ mon précoce larcin,Hermia doit m’ouvrir‖ l’asile de son sein.Dans cet antre sacré‖ reste, toi qui m’écoutes,Recueille les pensers‖ qui pleuvent de ces voûtes,Et parfois, si tu veux,‖ sur ces lointains rochers,Visiter les jardins‖ dans les neiges cachés,Je t’y ferai choisir‖ ces fleurs humbles et puresQue Dieu sème au désert‖ pour toutes nos blessures.
Versification
- Forme
- 74 distiquess (distiques)
- Rimes
- 595((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 74 distiquess
- Mots à la rime
- a austères / solitaires féminine, classiqueb sommets / jamais masculine, classiquec lumière / prière féminine, classiqued ciel / universel masculine, classiquea haleines / plaines féminine, classiqueb encor / d’or masculine, classiquec éternelle / ruisselle féminine, classiqued gris / fleuris masculine, classiquee étagées / chargées féminine, classiquef prés / tempérés masculine, classiqueg chênes / prochaines féminine, classiqueh gradin / jardin masculine, classiquei fertiles / îles féminine, classiquea attiédi / midi masculine, classiqueb clairière / lisière féminine, classiquec raisins / voisins masculine, classiqued sombre / ombre féminine, classiquea tour / séjour masculine, classiqueb entrée / contrée féminine, classiquec arbrisseau / berceau masculine, classiqued pendantes / ardentes féminine, classiquee nom / chaînon masculine, classiquef force / écorce féminine, classiqueg sons / chansons masculine, classiqueh douce / mousse féminine, classiquei habitant / l’écoutant masculine, classiquea heures / meilleures féminine, classiqueb erré / retiré masculine, classiquec villes / tranquilles féminine, classiqued charmant / mollement masculine, classiquee pareille / merveille féminine, classiquea obscur / d’azur masculine, classiqueb brille / fille féminine, classiquec sculptés / clartés masculine, classiqued inconnue / demi-nue féminine, classiquee vêtement / confusément masculine, classiquef pure / verdure féminine, classiqueg descend / gémissant masculine, classiqueh elle / prunelle féminine, classiquei sourit / trahit masculine, classiquej paisible / visible féminine, classiquek yeux / radieux masculine, classiquel entière / paupière féminine, classiquem palpitant / pourtant masculine, classiquen limpide / fluide féminine, classiquea bercé / caressé masculine, classiqueb suprême / même féminine, classiquec divinement / enivrement masculine, classiquea maître / prêtre féminine, classiqueb ans / languissants masculine, classiquec virginales / médicinales féminine, classiqued fils / pays masculine, classiquee sombres / ombres féminine, classiquef abrité / visité masculine, classiqueg brûlantes / plantes féminine, classiqueh envoyé / déployé masculine, classiquei voûtées / veloutées féminine, classiquej s’épaissit / récit masculine, classiquea née / entraînée féminine, classiqueb palpitants / printemps masculine, classiquec saule / épaule féminine, classiqued d’oiseaux / roseaux masculine, classiquee vermeille / abeille féminine, classiquef baiser / poser masculine, classiqueg humaine / graine féminine, classiqueh bourgeon / rayon masculine, classiquei pénètre / être féminine, classiquej douleurs / fleurs masculine, classiquea contrées / sacrées féminine, classiqueb feu / Dieu masculine, classiquec terre / n’altère féminine, classiqued l’essor / d’or masculine, classiquee prodiges / tiges féminine, classiquef obscurs / impurs masculine, classiqueg entendues / suspendues féminine, classiqueh travailleurs / fleurs masculine, classiquei champêtres / fenêtres féminine, classiquej affligés / légers masculine, classiquek passées / pensées féminine, classiquea fort / l’abord masculine, classiqueb inclinées / aînées féminine, classiquec soleil / réveil masculine, classiquea elle / nouvelle féminine, classiqueb berceau / beau masculine, classiquec blondes / ondes féminine, classiqued naissants / grandissants masculine, classiquee germes / fermes féminine, classiquef chevreuil / l’œil masculine, classiqueg doute / route féminine, classiqueh invité / beauté masculine, classiquea cimes / sublimes féminine, classiqueb lieu / Dieu masculine, classiquec nature / culture féminine, classiqued inconnu / parvenu masculine, classiquee dire / sourire féminine, classiquef leçons / chansons masculine, classiqueg vagues féminine, classiqueh incompris / esprits masculine, classiquei maître / être féminine, classiquej encor / trésor masculine, classiquek première / mère féminine, classiquel attendit / redit masculine, classiquem famille / fille féminine, classiquen mêlé / parlé masculine, classiquea vigilance / s’élance féminine, classiqueb courir / fuir masculine, classiquec visage / sauvage féminine, classiqued lutté / emporté masculine, classiquea seule / l’aïeule féminine, classiqueb hasardeux / deux masculine, classiquec soirée / enivrée féminine, classiqued main / lendemain masculine, classiquee poursuivent / vivent féminine, classiquef pas / repas masculine, classiqueg l’airelle / elle féminine, classiqueh vergers / bergers masculine, classiquei fentes / pentes féminine, classiquej vital / végétal masculine, classiquek génisses / nourrices féminine, classiquel taureaux / naseaux masculine, classiquem tanières / familières féminine, classiquen effrayés / pieds masculine, classiqueo nature / créature féminine, classiquep ignorants / parents masculine, classiquea surprise / assise féminine, classiqueb concert / désert masculine, classiquec lisières / fougères féminine, classiqued tapissés / dressés masculine, classiquef fourmillants / brillants masculine, classiqueg digitale / s’étale féminine, classiqueh clair / l’air masculine, classiquei linottes / notes féminine, classiquej rochers / couchés masculine, classiquek robe / dérobe féminine, classiquel chevreuil / écureuil masculine, classiquem épaules / saules féminine, classiquen instants / éclatants masculine, classiquep triomphant / enfant masculine, classiquea cimes / abîmes féminine, classiqueb jeux / merveilleux masculine, classiquec réponses / ronces féminine, classiqued désirs / plaisirs masculine, classiquea rondes / blondes féminine, classiqueb noyers / foyers masculine, classiquec sauvage / village féminine, classiqued forêt / secret masculine, classiquea humaines / domaines féminine, classiqueb enfermé / formé masculine, classiquec fontaines / souterraines féminine, classiqued cristaux / métaux masculine, classiquee sève / soulève féminine, classiquef entr’ouverts / hivers masculine, classiqueg lentes / plantes féminine, classiqueh l’été / palpité masculine, classiquei étamines / collines féminine, classiquej amoureux / eux masculine, classiquea frêles / ailes féminine, classiqueb chansons / pinsons masculine, classiquec chaudes / d’émeraudes féminine, classiqued fleuris / colibris masculine, classiquee lianes / diaphanes féminine, classiquef argenté / chanté masculine, classiqueg rose / chose féminine, classiqueh nous / doux masculine, classiquei naître / peut-être féminine, classiquej chanteur / peur masculine, classiquek pure / nature féminine, classiquel toujours / d’amour masculine, non classiquem vagabondes / ondes féminine, classiquen l’épanouissement / sentiment masculine, classiqueo insensée / bercée féminine, classiquea chacun / parfum masculine, classiqueb champêtres / êtres féminine, classiquec voilé / révélé masculine, classiquea s’unissent / obéissent féminine, classiqueb inconnu / venu masculine, classiquec femme / l’âme féminine, classiquea sœurs / douceurs masculine, classiqueb veilles / merveilles féminine, classiquea genévriers / chevriers masculine, classiqueb nouvelle / d’elle féminine, classiquec assaillis / taillis masculine, classiqued lutte / chute féminine, classiquee corps / morts masculine, classiquef fille / famille féminine, classiqueg parler / couler masculine, classiqueh mousses / douces féminine, classiquei semé / germé masculine, classiquej venues / inconnues féminine, classiquek béni / nid masculine, non classiquem merveilleux / cheveux masculine, classiquea elle / ruisselle féminine, classiqueb vert / désert masculine, classiquec lointaines / fontaines féminine, classiqued Hermia / s’oublia masculine, classiquee grandes / landes féminine, classiquef parmi / dormi masculine, classiqueg collines / d’épines féminine, classiqueh voisin / raisin masculine, classiquei choses / roses féminine, classiquej maison / saison masculine, classiquek épuisées / embrasées féminine, classiquel nouveau / l’eau masculine, classiquem l’altère / terre féminine, classiquen pleurs / fleurs masculine, classiqueo rapprochées / desséchées féminine, classiquep l’air / clair masculine, classiqueq calices / délices féminine, classiquer jardin / soudain masculine, classiques lavées / ravivées féminine, classiquea tour / amour masculine, classiqueb féconde / l’onde féminine, classiquec parfum / commun masculine, classiqued hardie / grandie féminine, classiquee langueur / vigueur masculine, classiquef grâce / trace féminine, classiqueg sol / vol masculine, classiqueh grève / enlève féminine, classiquei lis / embellis masculine, classiquej souplesse / faiblesse féminine, classiquea liberté / rejeté masculine, classiqueb danse / cadence féminine, classiquec doigts / voix masculine, classiqued échappées / escarpées féminine, classiquee lui / d’autrui masculine, classiquef lyre / redire féminine, classiquea oiseaux / eaux masculine, classiqueb famille / fourmille féminine, classiquec éléments / aimants masculine, classiqued feuillée / éveillée féminine, classiquea baissés / pensers masculine, classiqueb l’heure / effleure féminine, classiquec rougissants / naissants masculine, classiqued caresses / promesses féminine, classiquee saison / maison masculine, classiquef comprendre / tendre féminine, classiqueg regard / hasard masculine, classiquea retraite / fête féminine, classiqueb chansons / garçons masculine, classiquec flatteuses / curieuses féminine, classiqued oiseaux / passereaux masculine, classiquee haies / baies féminine, classiquea assidus / perdus masculine, classiqueb errante / indifférente féminine, classiquec s’envolait / l’appelait masculine, classiqued âme / femme féminine, classiquee sœur / douceur masculine, classiquef nature / pure féminine, classiqueg soumis / amis masculine, classiquea invincible / invisible féminine, classiqueb déserts / concerts masculine, classiquec résines / ravines féminine, classiqued senteurs / hauteurs masculine, classiquee génisse / précipice féminine, classiquef tourbillons / lions masculine, classiqueh inaperçu / déçu masculine, classiquei solitudes / habitudes féminine, classiquej doux / goûts masculine, classiquek plantes / parlantes féminine, classiquel réunis / nids masculine, classiquem cygne / digne féminine, classiquen perçants / innocents masculine, classiqueo retraites / secrètes féminine, classiquep cours / discours masculine, classiqueq enchaînées / ornées féminine, classiquea doux / nous masculine, classiqueb pacifiques / harmoniques féminine, classiquec diriger / étranger masculine, classiqued folle / isole féminine, classiquef aime / lui-même féminine, classiquea forêts / secrets masculine, classiqueb rêves / brèves féminine, classiquec inattendus / confondus masculine, classiquea appelée / étoilée féminine, classiqueb bois / parfois masculine, classiquea chemin / main masculine, classiqueb tressées / pensées féminine, classiquec jour / retour masculine, classiqued limpide / rapide féminine, classiquee étroitement / moment masculine, classiquef infinies / harmonies féminine, classiqueg accents / sens masculine, classiqueh abîmes / sublimes féminine, classiquei enveloppé / trempé masculine, classiquej divine / poitrine féminine, classiquek tracés / effacés masculine, classiquel choses / causes féminine, classiquem mystérieux / yeux masculine, classiquen flamme / l’âme féminine, classiquea voluptés / goûtés masculine, classiqueb fraternelle / d’elle féminine, classiquec amant / charmant masculine, classiquea vallées / foulées féminine, classiqueb aujourd’hui / lui masculine, classiquec recèle / elle féminine, classiqued revêtus / vertus masculine, classiquea ravie / vie féminine, classiqueb confus / touffus masculine, classiquec remuées / nuées féminine, classiqued clair-obscur / d’azur masculine, classiquee pervenche / branche féminine, classiquef ciel / miel masculine, classiqueg culture / pure féminine, classiqueh pénétrants / torrents masculine, classiquei visible / d’inaccessible féminine, classiquek réjouies / enfouies féminine, classiquel corps / ressorts masculine, classiquem apparaître / être féminine, classiquea leçons / saisons masculine, classiqueb caractères / mystères féminine, classiquec écrit / l’esprit masculine, classiqued lentes / parlantes féminine, classiquee ravins / sapins masculine, classiquef traverse / diverse féminine, classiqueg tableaux / signaux masculine, classiqueh vêtue / l’accentue féminine, classiquei tracés / enlacés masculine, classiquej parcourues / grues féminine, classiquek comment / s’aimant masculine, classiquel plantes / vivantes féminine, classiquem profond / correspond masculine, classiquen pensées / versées féminine, classiqueo corps / accords masculine, classiquep guidée / l’idée féminine, classiquea revêt / duvet masculine, classiqueb ceinture / chevelure féminine, classiquec douceur / sœur masculine, classiqued nommées / formées féminine, classiquee lois / choix masculine, classiquef mélodies / approfondies féminine, classiqueg s’abaissant / croissant masculine, classiqueh glissent / obéissent féminine, classiquei savoir / pouvoir masculine, classiquej sacrée / préparée féminine, classiquek puissants / languissants masculine, classiquel l’âme / dictame féminine, classiquem certains / destins masculine, classiquen relève / rêve féminine, classiqueo émanations / passions masculine, classiquea même / problème féminine, classiquec nôtre / l’autre féminine, classiquea cieux / yeux masculine, classiqueb insinuante / calmante féminine, classiquea ombrage / visage féminine, classiqueb adorés / degrés masculine, classiquec sous-marine / poitrine féminine, classiqued tumultueux / eux masculine, classiquee essuie / pluie féminine, classiquef esprits / incompris masculine, classiqueg orage / l’image féminine, classiquea éclairs / airs masculine, classiqueb sonore / encore féminine, classiquec bois / fois masculine, classiqued prochaines / chênes féminine, classiquee moissons / glaçons masculine, classiquef branches / avalanches féminine, classiqueg j’aimais / jamais masculine, classiquea plaies / haies féminine, classiqueb pensers / blessés masculine, classiquec prairies / rêveries féminine, classiqued azur / pur masculine, classiquee envoie / joie féminine, classiquef fatal / mal masculine, classiqueb moments / déchirements masculine, classiquea êtes / tempêtes féminine, classiqueb foudroyés / l’envoyez masculine, classiquec vie / assouvie féminine, classiqued bénir / venir masculine, classiquea nuages / orages féminine, classiqueb brûlants / flancs masculine, classiquec suprêmes / nous-mêmes féminine, classiqued cœur / extérieur masculine, classiquee nature / torture féminine, classiquea d’heureux / deux masculine, classiqueb être / maître féminine, classiquec produit / nuit masculine, classiqued divine / origine féminine, classiquea Hermia / supplia masculine, classiqueb fêtes / tempêtes féminine, classiquec bois / voix masculine, classiqued nombre / ombre féminine, classiquee effacé / commencé masculine, classiquef l’existence / substance féminine, classiqueg jour / l’amour masculine, classiqueh solitudes / études féminine, classiquei conduits / nuits masculine, classiquej collines / racines féminine, classiquek seuil / deuil masculine, classiquel enveloppée / frappée féminine, classiquem teint / éteint masculine, classiquen s’absente / vivante féminine, classiqueo taris / souris masculine, classiquep mélancolie / pâlie féminine, classiqueq bords / corps masculine, classiquea sommeil / soleil masculine, classiqueb profondes / ondes féminine, classiquec éléments / écumants masculine, classiqued puissance / substance féminine, classiquee divers / l’univers masculine, classiquef intelligente / changeante féminine, classiqueg fleur / couleur masculine, classiquea l’être / naître féminine, classiqueb flots / éclos masculine, classiquec donne / l’automne féminine, classiqued frimas / là-bas masculine, classiquee suivre / vivre féminine, classiquef chaos / repos masculine, classiqueg s’étendre / engendre féminine, classiqueh s’abîmant / mouvement masculine, classiquea voyages / nuages féminine, classiqueb bercé / conversé masculine, classiquec funèbres / ténèbres féminine, classiqued travaux / échevaux masculine, classiquee broderies / féeries féminine, classiquef cueillent-ils / subtils masculine, classiqueg d’ivoire / noire féminine, classiqueh agités / affinités masculine, classiquei trames / âmes féminine, classiquej découvert / l’hiver masculine, non classiquea meilleure / heure féminine, classiqueb habitants / printemps masculine, classiquec repose / métamorphose féminine, classiqued dompté / volonté masculine, classiquee créature / pure féminine, classiquea été / beauté masculine, classiqueb jeunesse / prêtresse féminine, classiquec enseignement / d’amant masculine, classiqued crainte / sainte féminine, classiquee fleurs / douceurs masculine, classiquef verveines / haleines féminine, classiqueg accroupis / épis masculine, classiquei savoir / percevoir masculine, classiquej écorces / forces féminine, classiquek vitaux / végétaux masculine, classiquel chose / cause féminine, classiquem puissants / sens masculine, classiquea âge / visage féminine, classiqueb assis / indécis masculine, classiquec ombres / sombres féminine, classiqued voluptés / côtés masculine, classiquee rêve / grève féminine, classiquef uni / nid masculine, non classiqueg tristesse / tendresse féminine, classiqueh soudain / main masculine, classiquek rayonne / environne féminine, classiquel deux / heureux masculine, classiquem d’innocence / indifférence féminine, classiquen jour / amour masculine, classiqueo aime / même féminine, classiquep blâmer / d’aimer masculine, classiqueq nouvelles / elles féminine, classiquer roseaux / oiseaux masculine, classiques l’autre / vôtre féminine, classiquet m’aimant / inégalement masculine, classiqueu rivale / égale féminine, classiquev sein / essaim masculine, classiquea errantes / pénétrantes féminine, classiqueb prés / désaltérés masculine, classiquec calices / prémices féminine, classiqued senteurs / créateurs masculine, classiquee vie / l’envie féminine, classiquea flamboyant / l’Orient masculine, classiqueb nacelle / étincelle féminine, classiquec splendeurs / ardeurs masculine, classiqued sommes / hommes féminine, classiqueb marguerites / petites féminine, classiquec vermeil / soleil masculine, classiqued écloses / roses féminine, classiquee pieds / appuyés masculine, classiquef culture / ceinture féminine, classiqueg d’or / encor masculine, classiquea consacrée / l’entrée féminine, classiqueb eaux / rameaux masculine, classiquec conduire / produire féminine, classiqued nids / infinis masculine, classiquee s’enivre / vivre féminine, classiquef l’écouter / chanter masculine, classiquea salue / reflue féminine, classiqueb bienfaisants / présents masculine, classiquec louent / jouent féminine, classiqued irisés / embrasés masculine, classiquee s’envole / parole féminine, classiquef l’amour / jour masculine, classiqueg plumage / hommage féminine, classiqueh fleurs / couleurs masculine, classiquei roses / écloses féminine, classiquej animé / imprimé masculine, classiquea verse / diverse féminine, classiqueb grossiers / nourriciers masculine, classiquec avide / fluide féminine, classiqued caché / touché masculine, classiquee sente / s’absente féminine, classiquef eux / ténébreux masculine, classiqueg domaines / promènes féminine, classiqueh indigent / d’argent masculine, classiquei étincelle / ruisselle féminine, classiquea seuil / linceul masculine, classiqueb pierre / lumière féminine, classiquec luit / nuit masculine, classiqued flammes / âmes féminine, classiquee vallons / sillons masculine, classiquef entendre / tendre féminine, classiquea révèles / modèles féminine, classiqueb naît / connaît masculine, classiquec lui-même / suprême féminine, classiqued chaleur / cœur masculine, classiquef isolement / l’épanouissement masculine, classiqueg prière / lumière féminine, classiquea mains / humains masculine, classiqueb mondes / inondes féminine, classiquec renouveler / couler masculine, classiqued essence / lance féminine, classiquee s’évaporer / l’adorer masculine, classiquef l’espace / passe féminine, classiquea règne / baigne féminine, classiqueb nourrit / esprit masculine, classiquec âmes / flammes féminine, classiqued bout / partout masculine, classiquee d’être / pénètre féminine, classiquef serein / plein masculine, classiqueh exhalés / allez masculine, classiquei s’évapore / sonore féminine, classiquej blanchis / réfléchis masculine, classiquek correspondre / confondre féminine, classiquel visité / sérénité masculine, classiquem connue / s’insinue féminine, classiqueo embaumées / transformées féminine, classiquep commun / chacun masculine, classiquea sourire / respire féminine, classiqueb léger / s’échanger masculine, classiquec disperse / traverse féminine, classiqued vent / vivant masculine, classiquea printanières / lumières féminine, classiqueb voix / bois masculine, classiqued empli / amolli masculine, classiquee vertige / tige féminine, classiquef buissons / chansons masculine, classiqueg nouvelles / prunelles féminine, classiqueh cœur / vainqueur masculine, classiquei délices / complices féminine, classiquej frémir / gémir masculine, classiquek farouche / bouche féminine, classiquel glacé / renversé masculine, classiquem odorante / expirante féminine, classiquea bienfaisants / puissants masculine, classiqueb emporte / morte féminine, classiquea forêts / regrets masculine, classiquec sauvé / réservé masculine, classiqued attristée / quittée féminine, classiquee chéris / appris masculine, classiquef salutaires / mystères féminine, classiqueg linceul / seuil masculine, classiqueh trépassée / pensée féminine, classiquei jour / d’amour masculine, classiquea entière / prière féminine, classiqueb merveilleux / yeux masculine, classiquec s’élève / rêve féminine, classiqued vert / couvert masculine, classiquee contrée / l’entrée féminine, classiquea nouveau / tombeau masculine, classiqueb l’étude / solitude féminine, classiquec souvenir / s’entretenir masculine, classiqued plantes / ferventes féminine, classiquee Dieu / bleu masculine, classiquef boire / mémoire féminine, classiqueg agités / chantés masculine, classiqueh consulte / culte féminine, classiquei temps / printemps masculine, classiquea fraternelles / éternelles féminine, classiqueb larcin / sein masculine, classiquec m’écoutes / voûtes féminine, classiqued rochers / cachés masculine, classiquee pures / blessures féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
1190 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation wikisource.org· Sources