Psyché, 1841
Livre troisième
ARGUMENT L’OLYMPE OU LE CIEL. UNION DE L’ÂME HUMAINE AVEC DIEU DANS UNE AUTRE VIE. L’absence de Psyché attriste l’Amour son époux et fait un vide dans le ciel. — Éros vient supplier le père des dieux de mettre un terme aux épreuves et à l’exil de l’âme à laquelle il doit s’unir éternellement. — Le dieu médiateur, au moment de la désobéissance de Psyché, avait laissé tomber la première larme versée par un immortel. — Il pleure de nouveau, quoique dieu ; il a expié lui-même la faute de celle qu’il aime en acceptant sa part des douleurs de l’exil. — Les Grâces, ces augustes messagères des suppliants, filles de la Piété, personnification du plus doux attribut de la nature divine, la clémence, les Grâces prient à leur tour pour Psyché. — Elles révèlent le sens de la faute primitive ; elles expliquent cette déchéance si amèrement expiée. — Par la première faute, l’homme, se détachant de l’être infini et prenant conscience de lui-même, a passé de l’immobilité dans le mouvement ascensionnel de la vie. — La douleur était nécessaire à la formation de la personnalité de l’âme humaine, à cette évolution sublime qui défait ramener l’humanité dans le sein de Dieu, comme un être distinct, comme une nouvelle personne admise à participer à la félicité infinie. — Les dieux, à leur tour, racontent comment ils ont désiré cet hymen du ciel et de la terre figuré par leurs amours avec les filles des hommes. — Lorsque le Père tout-puissant sortit de son repos éternel, il y fut conduit par un motif d’amour, car l’amour est le motif essentiel de l’infini. — L’union de Psyché et d’Éros, de l’homme avec Dieu, est nécessaire, en quelque sorte, pour compléter l’être et parfaire l’infini. — Jupiter consent au retour de l’âme dans le ciel, à la réunion des époux mystiques. — Mais l’âme ne saurait remonter dans le ciel par ses propres forces et sans un médiateur divin : Éros descend sur la terre et rapporte dans ses bras Psyché évanouie. — Les noces se célèbrent dans l’Olympe. — Les Muses font entendre le chant nuptial. — Au lieu de la première lampe, pâle et furtive, un astre immortel inonde de lumière la couche de l’hymen condamné jadis à l’obscurité. — Hymne de Psyché : Bénie la première faute ! felix culpa ! bénie la curiosité aujourd’hui satisfaite par la vérité infinie ; béni le désir assouvi dans l’amour éternel. — La mort est bénie, car elle a donné naissance à la résurrection ; la vie de la résurrection est plus belle que la vie d’avant la mort. — De l’hymen d’Éros et de Psyché, la Volupté naquit dans l’Olympe. — Le bonheur infini est engendré par l’union de l’âme et de l’idéal, par le retour de l’humanité au sein de Dieu. — Les divinités exilées rentrent dans l’Olympe. L’hymne universel célèbre la vie bienheureuse et l’anéantissement du mal.
Un sommet inconnu‖ même aux regards de l’aigle,Une belle cité‖ dont l’amour est la règle,Où le parfait accord‖ résonne à tous moments.Où la paix en un seul‖ fond tous les éléments,En son immensité‖ riante et constellée,Voit des dieux immortels‖ la sereine assemblée.
Au bord des puits sacrés,‖ sources des grandes eaux,Là, des arbres vivants‖ étendent leurs rameaux ;De leurs fruits lumineux‖ et des parfums qu’ils versent,Jusqu’au fond des vallons‖ les germes se dispersent.Là, les astres errant‖ avant de flamboyerAllument leurs rayons‖ à l’éternel foyer ;L’être à flots abondants‖ qui jaillit de ce centreSans cesse à flots égaux‖ comme à son terme y rentre.
Là, tournent gravement,‖ d’un pas mélodieux,Les heures mesurant‖ les voluptés aux dieux ;Et les pieds des Saisons‖ dessinent avec ellesLes contours variés‖ des danses éternelles.Chaque Muse à son tour‖ de ces groupes charmantsSoumet aux rhythmes saints‖ les joyeux mouvements,Sur trois modes divers‖ régis par les trois Grâces.Un chœur de dieux bondit‖ et chante sur leurs traces ;D’autres lancent au loin‖ ou le disque ou les traits ;D’autres, dans les détours‖ des ombrages secrets,De leur amour fécond‖ enivrent les déesses ;Et tout, les jeux, les chants,‖ les danses, les caresses,Observant des accords‖ les souriantes lois,De mille bruits réglés‖ ne forme qu’une voix.Parfois jusqu’aux humains‖ la musique suprêmeArrive en se voilant‖ à travers quelque emblème,Pour rendre aux cœurs dans l’ombre‖ ici-bas engloutisL’espoir des lieux sacrés‖ dont nous sommes sortis.
Après les jeux finis,‖ et la lutte et la course,Et les bains odorants‖ pris à leur tiède source,La splendeur du banquet‖ rappelle au loin les dieuxDans les palais d’airain‖ aux frontons radieux,Où, gravant le récit‖ des saintes origines,Vulcain sculpta dans l’or‖ les histoires divines,Et les lois de l’augure‖ et l’antique DestinOui règne sur l’Olympe‖ invisible et certain.
À sa place choisie‖ et qui jamais ne changeAux pieds du souverain,‖ là chaque dieu se rangeDans un cercle, et s’étend‖ sur l’ivoire des litsQue la pourpre ondoyante‖ inonde de ses plis.Des dieux la soif est grande ;‖ il faut, pour y suffire,Qu’un breuvage immortel‖ des cuves de porphyreJaillisse par torrents‖ dans le vase d’Hébé.Chacun dans le nectar‖ de cette urne tombéBoit aux coupes d’onyx‖ l’éternelle jeunesse.Quand la soif est calmée,‖ avant qu’elle renaisse,Recommence le chant ;‖ car le chant créateurEst le devoir des dieux,‖ comme il est leur bonheur.
De son siège plus haut,‖ du ciel centre immobileD’où rayonne à longs traits‖ une clarté subtile,Le roi voyait s’unir,‖ sous ses yeux adorés,Les couples bienheureux‖ par lui-même engendrés.Sur tous ces fronts divers,‖ pleins d’une même grâce,Père, il a reconnu‖ les beautés de sa face.Un sourire charmant,‖ dont l’Olympe a relui,Du dieu passe à ses fils,‖ et de ses fils à lui.La terre en a sa part ;‖ la moisson printanièreSent d’un soleil plus chaud‖ abonder la lumière,Lui cependant, selon‖ qu’ordonne le Destin,Se complaît avec eux‖ au glorieux festin ;Et son jeune échanson‖ lui verse à fantaisieLe nectar qui fait vivre‖ et la douce ambroisie.
Mais une place est vide‖ au cercle tout-puissant :Les yeux des immortels‖ semblent chercher l’absent,Et le festin languit,‖ et la joie est moins vive ;Le roi même, inquiet,‖ demande ce convive ;Car dès que son sourire‖ à l’Olympe est ôté,Le front de tous les dieux‖ perd sa sérénité.En de communs transports,‖ c’est lui qui les rallie ;Par lui l’urne d’Hébé‖ d’ivresse est mieux remplie ;Il est l’âme du chant ;‖ sans lui meurent les jeux ;La douceur des parfums‖ pleut de ses blonds cheveux.Ouvrant des voluptés‖ les sources recelées,Il fait épanouir‖ les déesses voilées.Par lui peuplant la terre,‖ et la mer et le ciel,La vie émane à flots‖ du père universel ;C’est lui par qui l’on aime‖ et par qui l’on féconde,Éros, le jeune dieu,‖ charme éternel du monde.
Au banquet des heureux‖ pourquoi manquer ainsi ?Quel rêve aux bords lointains‖ t’emporte, ou quel souciT’égare chaque jour,‖ muet et solitaire,Des sommets de l’Olympe‖ aux vallons de la terre ?Sous nos joyeux lambris,‖ où tu pleures souvent,On te voit revenir‖ le front pâle et rêvant.Bien des yeux de déesse‖ en vain t’offrent leur flamme.De terrestres amours‖ ont-ils blessé ton âme ?De tes ennuis, Éros,‖ tu peux nous faire aveu ;Quelle mortelle ainsi‖ peut attrister un dieu ?Mais c’est la destinée,‖ et, tout dieux que nous sommes,Notre cœur en subit‖ la loi comme les hommes,Ces mots erraient mêlés‖ au bruit des urnes d’or ;Et le nom de l’Amour‖ retentissait encor,Quand celui dont les dieux‖ invoquaient la présenceApparut. Sa douleur‖ commandait le silence.Il entre, et nul regard‖ n’est cherché par le sien,Traverse avec lenteur‖ le cercle olympien,Et marche au roi des dieux,‖ dont l’auguste visageD’un sourire à son fils‖ a jeté le présage.Le blond adolescent,‖ sur son arc appuyé,Pâle, et baissant son front‖ de pleurs mal essuyé,Lève enfin ses yeux bleus‖ auxquels rien ne résiste,Et mêlant de soupirs‖ une voix douce et triste :
« Ô père ! n’est-ce pas‖ l’heure d’être clément ?D’un regard si rapide,‖ hélas ! et si charmant,Psyché, par tant de pleurs‖ et par tant de constance,N’a-t-elle pas assez‖ expié l’imprudence,Et payé d’un grand prix,‖ selon vos saints décrets,L’orgueil prématuré‖ d’un dieu vu de trop près ?Des larmes de ce dieu‖ la richesse immortelleN’a-t-elle pas baigné‖ le ciel même pour elle ?
« Ah ! c’est le temps de rendre‖ à ce cœur éprouvéSon époux et l’Olympe,‖ à l’amour réservé.Fidèle à cet hymen‖ qu’elle connut à peine,À travers les douleurs‖ de sa carrière humaine,Son souvenir jamais‖ n’abjura l’idéal.Pleurant l’amant perdu‖ plus que son propre mal,Sous ses haillons d’esclave‖ ou sa pourpre splendide,Son cœur en a toujours‖ gardé la place vide ;Et les trésors qui font‖ tout homme ambitieux,Sans effleurer son âme,‖ ont passé sous ses yeux.
« Dans l’Olympe avec moi‖ permets donc qu’elle habite,Et que le lit d’hymen,‖ d’où l’épouse est proscrite,De son lin parfumé‖ lui rouvrant les douceurs,Pour nous en ces jardins‖ se dresse entre les fleurs.Qu’elle goûte au nectar‖ que les déesses boivent ;Que la danse et le chant‖ et les jeux la reçoivent ;Sa voix et sa beauté‖ la font digne du ciel :Elle n’y rompra pas‖ l’accord universel.
« Si donc je suis ta vie‖ et ta joie, ô mon père !Et du grand chœur des dieux‖ le charme nécessaire ;Si leur puissance augmente‖ alors que je souris,Et si l’Amour absent,‖ le ciel même est sans prix,Ô père ! et vous, ô dieux !‖ pour que l’Amour vous reste,Recevez à jamais‖ dans l’empire célesteCette âme qui m’implore,‖ et qui m’a pour tout bienCar un nœud immortel‖ lia mon être au sien. »
Il dit, et, quoique dieu,‖ supplie avec des larmes.
Trois sœurs aux fronts divers,‖ mais égales en charmes,Parurent après lui.‖ Des tissus clairs et blancsVoilent de plis légers‖ leur sein chaste et leurs flancs,Et chaque mouvement‖ de leurs pas mélodiquesDécèle une beauté‖ dans leurs formes pudiques.D’une voix qui se glisse‖ et vibre au fond des cœurs,Voici ce que disaient‖ les Grâces, ces trois sœurs :
« Ô dieu, père des dieux,‖ qui seul n’as pas d’ancêtres,Rouvre à l’âme ce sein,‖ source et terme des êtres ;Rappelle à nous Psyché ;‖ nous qui vivons en toi,À tes embrassements‖ nous l’offrirons, ô roi !
« Tu la laisseras boire,‖ au bout de ses épreuves,Dans les flots du nectar‖ où toi-même t’abreuves :Car ton cœur est ouvert‖ à notre œil filial :Nous savons le vrai sens‖ de la vie et du mal.L’homme encourut-il donc‖ ta haine et ta vengeance,Lorsqu’au prix des douleurs‖ il conquit la science ;L’ardeur de voir son dieu,‖ ce désir infini,D’un supplice éternel‖ doit-il être puni ?
« Pourquoi donc mettre en eux‖ cette soif de connaître,Et ce besoin d’amour,‖ si tu devais, ô maître !Frappant l’humble mortel,‖ qui ne peut s’y ravir,Sans cesse l’exciter,‖ et jamais l’assouvir ?L’âme, en suivant sa loi‖ par toi-même donnée,Appela la lumière‖ au sein de l’hyménée.Et qui donc façonna‖ ses yeux pour la clarté,Du baiser à sa lèvre‖ apprit la volupté ?Qui donc fit le désir‖ si profond, si sublime,Que le seul infini‖ peut en combler l’abîme ?
« Peut-être elle a touché‖ l’arbre avant la saisonOù le fruit du savoir‖ est mûr pour la raison ;Son cœur vola trop tôt‖ vers la suprême joie ;Il ne s’est pas du moins‖ égaré dans sa voie.L’épouse fut fidèle,‖ et ses regards si douxN’étaient pas adressés‖ à d’autres qu’à l’époux ;Et sa lampe indiscrète,‖ écartant le mystère,N’a pas brillé du moins‖ sur un lit adultère.
« À son nocturne hymen‖ si bornant ses désirs,Avec son ignorance‖ acceptant ses plaisirs,Elle eût de l’âge d’or‖ gardé la paix oisive,Son âme aurait manqué‖ le but où tout arrive,Mais elle a, franchissant‖ chaque jour un degré,Suivi de tes desseins‖ le mouvement sacré,Et fait sa part aussi‖ dans l’œuvre créatrice.Or le temps est venu‖ que son labeur finisse.
« Donne-lui le bonheur ;‖ elle peut le porter.Si la seule douleur‖ enseigne à le goûter,S’il faut conquérir l’être‖ en un combat suprême,S’il faut avoir lutté‖ pour devenir soi-même,Elle peut s’arracher‖ à l’épreuve du mal,Et rentrer sans s’y perdre‖ au sein de l’idéal.« Comme on doit limiter‖ par les contours du mouleLa lave du métal‖ qui bouillonne et qui coule,Pour imposer à l’or‖ dans l’argile arrêtéLa figure d’un dieu,‖ la vie et la beauté ;S’il faut que la souffrance‖ enveloppe ainsi l’âme,Qu’une chair misérable‖ enveloppe sa flamme,Afin de condenser‖ sa vie et son pouvoir,Pour qu’elle n’aille pas,‖ sans force et sans vouloir,Dans la vaste nature‖ et ses métamorphoses,Comme un fluide éther‖ se perdre au sein des choses ;Si la douleur enfin‖ est le moule sacréPour cette humaine essence‖ avec art préparé,Arrache ta statue‖ à sa prison d’argile :Le métal dans sa forme‖ est enfin immobile,Ô maître ! et près de toi,‖ de ton bras paternel,Pose ta fille d’or‖ sur un socle éternel !
« Reçois, reçois cette âme ;‖ elle te revient toute :La douleur n’en a pas‖ laissé perdre une goutte.
« Sur un globe imparfait,‖ si c’est pour le finir,Maître, que tu mis l’âme,‖ elle en doit revenir ;L’ouvrage est achevé ;‖ l’ouvrière est assise,Régnant sur la nature‖ à son pouvoir conquise.Vois sa main égalant‖ les merveilles des dieux ;Vois les lions domptés,‖ vois les flots furieux,Les monts portant son joug‖ sur leurs têtes tranquilles,Et la lyre élevant‖ les murailles des villes.Vois le doux olivier,‖ parmi les blés épais,Fleurir sur son passage‖ avec l’antique paix ;Vois serf et maître unis‖ dans la ronde sacrée,Ainsi qu’aux jours heureux‖ de Saturne et de Rhée.Vois aux sources du vrai‖ l’homme enfin s’abreuvant,Et l’accord fraternel‖ de tout être vivant.C’est Psyché qui marqua‖ l’univers de ton signe.De l’époux idéal‖ par son cœur elle est digne ;Sous ses doigts patients‖ pétri jusqu’à ce jour,Maître, le monde a pris‖ la forme de l’amour.Pour mériter l’hymen‖ qu’interrompit sa faute,Imaginerais-tu‖ quelque offrande plus haute !
« Ô père ! reçois donc‖ Psyché, la veuve en pleurs.Laisse-nous l’amener,‖ nous, les Grâces ses sœurs ;Nous, tes plus purs rayons ;‖ nous, filles du sourire,Du regard complaisant‖ que cette âme a vu luire,Quand du jeune univers‖ tu lui faisais le don,Quand tu jugeais ton œuvre‖ en disant : Tout est bon !Nous trois qui, par la main‖ nous tenant sur tes traces,Secouons des parfums‖ en tous lieux où tu passes :Qui doucement vers toi‖ guidons les suppliants ;Qui, des belles vertus,‖ te présentons l’encens ;Nous, de tes dons sacrés‖ les fidèles courrières,Par qui la Pitié sainte‖ et le chœur des PrièresAu mode lydien‖ ont cadencé leur chant,Et levé chastement‖ leur voile en t’approchant ;Nous par qui la senteur‖ dans l’arbre s’insinue,Et le tendre penser‖ dans la vierge ingénue ;Nous par qui l’âme aux yeux‖ brille à travers le corps,Par qui tout est rangé‖ sous la loi des accords ;Qui revêtons le bien‖ de la beauté suprême :Nous les trois Charités‖ qu’on admire et qu’on aime ! »
Et de leur coupe pleine‖ oublieux un moment,Les dieux parlaient aussi‖ pour l’amante et l’amant.« Ouvrons, ouvrons l’Olympe‖ à la belle mortelle,Et que le lit d’hymen‖ s’y prépare pour elle ;Qu’Éros par ses baisers‖ de l’exil soit guéri ;Quand cet hôte est chagrin‖ le ciel est assombri.
« Quel Dieu ne s’est troublé‖ pour une vierge humaineQu’il vit porter l’amphore‖ au bord de la fontaine,Ou qu’il surprit sans voile‖ à travers les roseaux,Quand d’un pied rougissant‖ elle effleurait les eaux,Ou quand d’une voix fraîche‖ en ses vives cadences,Sur les gazons en fleur‖ elle réglait les danses !Qui n’a sous les lauriers,‖ et sous les grands épis,Éveillé d’un baiser‖ deux beaux yeux assoupis,Et dormi dans la grotte,‖ aux voluptés ouverte,Entre deux bras d’albâtre‖ et sur la mousse verte ?
« Retenu loin du ciel‖ par d’amoureux liens,Quel dieu n’a pas connu‖ les champs helléniens,Et n’a vu ni Tempé,‖ ni la Crète aux cent villes,Ni l’Arcadie aux bois‖ odorants et tranquilles,Ni le frais Cithéron,‖ ni l’Égypte aux grands blés,Ni les flancs du Taygète‖ en cadence foulés ?« Que de fois, s’égarant‖ aux terrestres montagnes,Des dieux olympiens‖ les volages compagnesOnt poursuivi d’amour‖ les pasteurs les plus beaux,Sous le hêtre chantant‖ au milieu des troupeaux !
« Que de fois un chasseur,‖ au bord de l’Ërymanthe,Implora sous l’ombrage‖ une céleste amante,Foulant ses javelots‖ et son arc oubliés !Les chiens trouvaient en vain‖ le pas des sangliers ;Vainement fleurs et fruits‖ jetés d’entre les saules,Atteignaient le rêveur‖ à ses brunes épaules :Négligeant Amymone‖ et le plaisir certain,Son cœur suivait Diane‖ et le croissant lointain.
« Que de fois, près du puits‖ posant son urne pleineSur le métier oisif‖ laissant dormir la laine,Seule à travers les bois,‖ et s’écartant des jeux,D’Argos ou de Corinthe‖ une fille aux doux yeux,Lassant de ses mépris‖ des amoureux sans nombre,Rêva d’un jeune dieu‖ qu’elle entrevit dans l’ombre !
« Les enfants de la terre‖ et les enfants du cielSe poursuivent ainsi‖ d’un désir mutuel.
« Le nectar coule à flots‖ dans nos coupes divines ;Quel vin pareil mûrit,‖ ô terre ! en tes collines ?Et pourtant, attirés‖ de nos palais d’azur,Nous dirigeons nos chars‖ vers quelque toit obscur !Hors des jardins féconds‖ du céleste domaine,Qui pousse ainsi les dieux‖ parmi la foule humaine,Et, quand le lit d’hymen‖ abonde en voluptés,Leur fait chercher l’amour‖ des terrestres beautés,Soumettre à la douleur‖ leur nature impassiblePour le cœur d’un enfant,‖ quelquefois insensible ;Subir la faim, le froid,‖ tous les travaux du corps :Et, sanglant, traverser‖ le noir séjour des morts ?
« Sans doute du Destin,‖ qui régit le ciel même,Cet attrait invincible‖ est une loi suprême.Vers le séjour des dieux‖ l’homme aspire d’en bas,Et vers l’homme en secret‖ les dieux portent leurs pas.Par un désir pareil‖ nos races attiréesDoivent-elles toujours‖ être ainsi séparées ?
« Sans doute, pour un temps,‖ l’homme triste et banni,Comme nous lui manquons,‖ manque à notre infini ;Et votre hymen, Éros,‖ est attendu peut-être,Pour peupler tout le ciel‖ et pour parfaire l’Être.À l’accord idéal‖ du chant olympien,L’homme, pour l’achever,‖ doit réunir le sien,Et lier, de ses mains,‖ en y prenant sa place,
Le grand cercle dansant‖ qui tourne dans l’espace.« Relève donc, Éros,‖ ton front pâle et penché ;Nous voulons partager‖ le ciel avec Psyché.Nous avons comme toi‖ souvent gémi sur elle ;Son sort nous est connu,‖ nous savons qu’elle est belle.Sèche tes yeux, Éros ;‖ tes pleurs ont tout guéri.Vois, le père des dieux‖ avec nous t’a souri :Car notre esprit est un,‖ nos volontés sont unes,Et les lois du Destin‖ à tous nous sont communes.Par lui souffrit Psyché ;‖ tout ce qu’il fait est bon.Ton hymen attend l’âme‖ et sera son pardon ;Au banquet immortel‖ elle peut prendre place ;Des fleurs neuves au ciel‖ germeront sur sa trace ;Chaque Dieu lui gardant‖ son présent le meilleurLa voit avec tes yeux‖ et l’aime avec ton cœur.C’est d’elle que nous vient‖ l’attrait plein de mystèreQui nous invite encore‖ à fréquenter la terre ;Elle que nous cherchons ;‖ c’est toi, bel être humain,Que l’amour chez les dieux‖ conduira par la main.
« À sentir ton retour‖ chez nous la joie est grande :Viens, pour se compléter,‖ l’Olympe te demande.Ta tâche est accomplie,‖ et Dieu t’ouvre son sein.Ton œil dans l’idéal‖ peut plonger sans larcin ;Un astre y brille au lieu‖ de la lampe première.Viens connaître l’époux‖ sur un lit de lumière ;Nous nous réjouissons‖ d’entendre dans le cielSur vos lèvres chanter‖ un baiser éternel !
« Vers la terre d’épreuve‖ où gît ta pale amante,Toi, vole, ô jeune Éros !‖ sur sa tête charmanteL’extatique désir‖ brisé dans son effortRépand un froid sommeil‖ avant-coureur de mort.Serre-la dans tes bras,‖ vole, et nous la ramène ;Ses roses renaîtront‖ au feu de ton haleine ;Les Grâces, la prenant‖ à la porte des cieux,Au son des lyres d’or‖ feront ouvrir ses yeux. »
Le père avec amour‖ contemplait sa penséeEn sons harmonieux‖ par ses fils retracée.Ses décrets éternels‖ par leurs voix ont parlé ;Et le pardon promis,‖ d’un sourire scellé,De son front abaissé‖ sur le dieu qui l’implore,Comme sur un sommet‖ le regard de l’auroreTombe, et de ses cheveux‖ agités doucement,L’ambrosienne odeur‖ pleut à ce mouvement,Et suit à flots égaux,‖ dans la vaste étendue,L’onduleuse clarté‖ de ses yeux répandue.De ces saintes lueurs‖ l’Olympe est radieux ;Elles ont pénétré‖ le cœur même des dieux,Et, glissant sur les flancs‖ des hauteurs qu’ils habitent,Dans la terrestre plaine‖ elles se précipitent,Portent vers les humains‖ un message d’amourEt du soleil antique‖ annoncent le retour.
À peine ce sourire‖ où réside la grâceA du dieu père et roi‖ fait flamboyer la face,Le doux mot de pardon‖ sur ses lèvres encorCoule comme le miel‖ versé d’une urne d’or ;Du signe de ce front‖ d’où la splendeur émaneL’éther oscille encore‖ en sa mer diaphane ;Et, plus vite qu’un trait‖ de son arc d’or chassé,Déjà vers notre monde‖ Éros s’est élancé,À l’épouse apportant‖ des voluptés certaines,Et la fin de l’espoir‖ la plus douce des peines.
Au-dessus des cités,‖ des golfes, des déserts,La flamme de son aile‖ a sillonné les airs.Telle, au souffle d’Eurus,‖ de pourpre et d’or chargée,Des monts orientaux‖ jusqu’à la mer Égée,La nue au sein fécond‖ vole et rougit les flotsÀ la fois de Samos,‖ d’Icare et de Délos,Et va, dans la même heure,‖ ouvrir ses flots humidesEt baigner les fruits d’or‖ au fond des Hespérides.
Tel, et plus promptement,‖ vers le cœur plein d’ennui,Vers l’amante éplorée‖ et qui se meurt pour lui,Descend le jeune Éros.‖ Sur la terre émaillée,Psyché gisait encor‖ sans s’être réveillée,Et l’aube au-dessus d’elle‖ ouvrant ses yeux en pleursMouillait son corps de marbre‖ en abreuvant les fleurs.
Sur ses deux bras pliés‖ l’époux divin l’enlève ;Elle dormait toujours‖ de son sommeil sans rêve ;Et l’Amour, la gardant‖ pour un réveil plus beau,Non sans mille baisers,‖ porte ce doux fardeau,Par la route éthérée‖ aux hommes interdite,Jusqu’au sommet d’Olympe‖ où l’idéal habite.
D’ineffables accords,‖ quand ils passent le seuil,Des sourires sacrés‖ partout leur font accueil ;Un cortège les suit‖ où la lyre résonne.Déposant l’âme aux pieds‖ de celui qui pardonne,Éros prie, attendant‖ le regard paternel,Le dieu qui fit les cœurs‖ pour en peupler le ciel.Pâle encore est Psyché ;‖ près d’eux agenouillées,Les Grâces, blanches sœurs‖ aux paupières mouillées,Soutiennent son beau corps.‖ Le père souverain,Enveloppant Psyché‖ d’un sourire serein,Touchant du doigt ses yeux,‖ les rouvre ; la jeune âmeS’éveille et resplendit‖ dans un cercle de flamme,Voit l’Olympe et les dieux,‖ et sans étonnementL’invisible conquis‖ et l’éternel amant.
Le Père a prononcé‖ l’arrêt clément et justeQui du toit nuptial‖ ouvre l’asile auguste ;Et les époux, heureux‖ des malheurs oubliés,Chez les dieux à jamais‖ par l’amour sont liésEt les Muses en chœur‖ disaient la chanson tendre,Que le lit de l’hymen‖ se réjouit d’entendre :
« Des longues voluptés‖ l’asile est prêt pour vous ;Une lampe sans ombre‖ y sourit aux époux ;Ouvrant, sans les troubler,‖ son œil sur leurs caresses,Elle porte un jour calme‖ au fond de leurs ivresses.
« Là, tout désir sans voile‖ est saint par son ardeur.Viens, jeune âme, les dieux‖ ignorent la pudeur :L’homme la connaît seul.‖ Amours, beautés humaines,Redoutent la clarté‖ comme des ombres vaines.
« Là-bas, voir c’est douter,‖ c’est désirer le mieux ;L’amour doit s’y garder‖ de l’atteinte des yeux.C’est par l’endroit secret,‖ voilé toujours en elle,Que toute beauté plaît,‖ et qu’elle reste belle.Le soleil n’y paraît‖ que d’ombres entouré.Là, le cœur est puni‖ s’il a trop aspiré.Aux voluptés sans fin‖ la force se refuse ;L’attrait meurt du plaisir,‖ la lèvre aux baisers s’use ;Le corps se meurtrit même‖ aux roses des coussins ;Les travaux de l’hymen‖ déforment les beaux seins ;En des yeux alanguis‖ s’éteint la jeune grâce,Et du front qui charmait‖ l’enchantement s’efface.Alors, le cœur s’affaisse‖ et s’enfuit l’idéal,Comme un feu trop subtil‖ pour ce faible métal,Qui dans l’urne fragile‖ allumé par surprise,Sous ses flots jaillissants‖ la fait fondre ou la brise.« Au pays d’où tu viens,‖ tout désir fort et grand,Toute soif de bonheur,‖ est un mal dévorant ;Une amour combattue,‖ aussi bien qu’assouvie,Ravage également‖ les sources de la vie.Mais dans l’Olympe, oh ! viens‖ t’abreuver de ce feu :Il consume un mortel,‖ mais il fait vivre un dieu.
« Viens boire à ce torrent‖ sans fin et sans mesure.S’abstenir fut la loi‖ de l’humaine nature.Mais, ô déesse ! viens,‖ cœur d’amour altéré,Viens, et plonge en délire‖ au fond du flot sacré !
« L’astre qui luit là-bas‖ sur la terre profondeFlétrit s’il fait éclore,‖ et brûle s’il féconde ;L’ombre seule conserve‖ aux zéphyrs de demainLa fleur dont l’aube ouvrit‖ les lèvres de carmin.Ainsi les fleurs de l’âme‖ ont besoin du mystèrePour garder plus d’un jour‖ leur éclat solitaire.
« Mais chez les dieux, l’amour,‖ ce soleil infini,Père de la beauté,‖ n’a jamais rien terni.Quand un rameau languit,‖ son regard le relève ;Il y verse à la fois‖ la chaleur et la sève ;Et l’arbre en un matin‖ ouvre tous ses bourgeonsSans crainte de tarir‖ aux futures saisons.
« Sans réserve et sans voile‖ ici les cœurs se livrent ;Sans lasser les époux,‖ leurs bonheurs les enivrent ;Rien ne redoute en vous‖ le doigt ni le flambeau ;Le millième baiser‖ pour vous sera nouveau.
« L’amant vient revêtu‖ de sa seule lumièreVers la couche de pourpre,‖ où, montant la première,L’amante de ses bras‖ qu’elle dénoue enfin,Sur les pieds d’or du lit‖ laisse tomber le lin.
« Ah ! tu peux à présent‖ rassasier ta vueDe la divine forme‖ autrefois entrevue.Approche-toi, Psyché,‖ de ton céleste amant ;Qu’il soit ton seul spectacle‖ et ton seul vêtement.Toi, jeune Éros, répands‖ tes parfums et l’enivre,Elle qui vit par toi,‖ comme elle te fait vivre ;Et que le soleil vrai,‖ saint, fécond, immortel,Ravonnant sur ta couche,‖ ô couple aimé du ciel !Sur ton amour unique‖ aux douceurs variées,Fasse germer l’émail‖ des fleurs multipliées.Mêlez-vous l’un à l’autre,‖ et pour l’éternité,Sur un lit radieux,‖ ô vous, Amour, Beauté ! »
Hors du cercle des dieux,‖ dont les graves souriresLes suivent longuement‖ avec la voix des lyres,Glissent les deux époux‖ vers les toits retirésQue leur garde l’Hymen‖ au fond des bois sacrés.Se tenant par la main,‖ ils vont : les hautes branchesS’inclinent pour toucher‖ à leurs épaules blanches.
Tels on voit s’enfoncer‖ à travers les roseauxDeux cygnes amoureux‖ balancés sur les eaux ;Tels s’effacent au loin‖ ces deux corps pleins de grâcesDans les arbustes verts‖ refermés sur leurs traces ;Et la grande foret,‖ ouvrant sa profondeur,Du couple nuptial‖ a voilé la splendeur.
Quel mode de la lyre,‖ et quelle voix humaineDira du lit d’hymen‖ où ton dieu te ramène,Ô Psyché ! la douceur‖ et les ravissements,Après l’exil souffert,‖ les discours des amants,La sainte volupté‖ déliant leurs ceintures,L’intime fusion‖ des divines natures,Et par les nœuds riants‖ des baisers infinisL’Amour et la Beauté‖ dans la lumière unis ?Celui-là pourrait seul‖ en retracer quelque ombreDont la bouche, abondante‖ en puissances sans nombre,Saurait fondre et mêler,‖ dans l’or de ses chansons,À la fois des clartés,‖ des parfums et des sons,Et dérobant au ciel‖ la forme inaccessible,Rendre à chacun des sens‖ la parole visible.Mais quel artiste ainsi‖ montre à l’homme charmé,L’idéal tout entier‖ dans son verbe enfermé ?Celui-là, qui de l’être‖ écrivant le poème,Dans l’espace rempli‖ vit en son œuvre même.
Or, les Heures, portant‖ deux vases inégauxQui versent aux mortels‖ et les biens et les maux,Autour du genre humain‖ tournaient dans la duréeD’un pas sombre ou brillant‖ par elle mesurée ;Et l’ivresse d’hymen,‖ si rapide chez nous,Coulait intarissable‖ aux célestes époux ;Et dans leur âme encor‖ vierge après ces délices,L’amour éternisait‖ la douceur des prémices.
Sans qu’un instant jamais‖ de la main ou des yeuxL’époux quittât l’épouse,‖ en ces bois merveilleux,Où l’ombrage odorant‖ luit de leurs auréoles,Souvent ils s’en allaient,‖ échangeant leurs paroles.L’Olympe recueillait‖ leur souffle dans ses fleurs,Et le bruit de leur voix‖ dans ses oiseaux chanteurs.
À travers les clartés‖ d’une existence neuve,Psyché revoit les temps‖ du deuil et de l’épreuve ;Le présent s’embellit‖ de tous les maux passés,Des tableaux de l’exil‖ à l’époux retracés ;Et l’âme, alors, planant‖ d’une sphère plus haute,Rend grâce du bonheur‖ à la première faute.
« Oh ! comme ton regard,‖ séchant mes yeux en pleurs,A tari vite en moi‖ la source des douleurs !Comme il a dissipé‖ la nuit et ses mensonges,Et fait fuir tous mes maux‖ dans le pays des songes !
« Laisse de tes rayons‖ mon cœur enveloppé !Des neiges de l’exil‖ pauvre oiseau tout trempé,Frileux, et tout meurtri‖ par les vents et les grêles,Ce doux soleil essuie‖ et réchauffe mes ailes.
« Regarde-moi toujours !‖ C’est à travers tes yeuxQue coule en mon esprit‖ la lumière des cieux ;C’est par leurs rayons seuls‖ que s’allume la flammePour s’élancer vers toi‖ du foyer de mon âme.
« Reste sous mes regards,‖ comme moi sous les tiens !Si ta vie est ma vie,‖ et si tu m’appartiens,Laisse errer sur ton sein‖ mes yeux que tu ranimes ;Ouvre-moi de ton cœur‖ les asiles intimes.Posséder tout l’Olympe,‖ être immortel et roi,Être heureux, ô mon Dieu !‖ ce n’est que voir en toi !
« Mais moi, pour satisfaire‖ à ta vue éternelle,Me suis-je assez parée,‖ et rendue assez belle ?Suis-je pour quelque chose‖ au moins dans ton bonheur ?T’ai-je payé celui‖ que tu mets dans mon cœur ?Pour valoir à tes yeux,‖ pour gagner quelques charmes,Je recommencerais‖ et la vie et mes larmes !
« Bénie entre les nuits,‖ celle où mon jeune instinctM’arma de ce flambeau‖ voulu par le Destin,Troubla de ses lueurs‖ nos voluptés obscures,Et conquit l’avenir‖ en bravant les augures ;Et, même entre tes bras,‖ me lassant du plaisir,D’un hymen plus parfait‖ mit en moi le désir !
« Si le bonheur des sens‖ eût dompté ton amante,De l’ivresse du corps‖ et de l’ombre contente ;Si, pour un temps, mon cœur‖ de ton âme altéré,Du miel de tes baisers‖ n’avait été sevré,Psyché ne connaîtrait‖ qu’à travers les ténèbresSon dieu toujours voilé‖ par des terreurs funèbres ;Et, d’un étroit jardin‖ faisant son univers,N’eût jamais vu l’Olympe‖ et ses palais ouverts !Jamais, en toi plongeant,‖ ce cœur qui te pénètreNe se fût à loisir‖ enivré de ton être !
« T’admirer longuement,‖ jouir de nos amoursSans qu’ils soient divisés‖ par des nuits ou des jours ;Boire avec toi du ciel‖ l’extase ardente et pure,Sans que le Temps avare‖ à nos cœurs la mesure :N’être avec toi qu’un dieu !‖… je le dois à l’orgueilQui, dans l’antique nuit,‖ de mon âme ouvrit l’œil ;Et, las de tout plaisir‖ que le soleil n’éclaire,Accepta la douleur‖ au prix de la lumière.« Peut-être un cœur plus humble‖ et par les sens guidé,Satisfait de l’époux‖ à demi possédé,Sans chercher de l’amour‖ l’entière plénitude,De l’ombre et du sommeil‖ eût gardé l’habitude.Mais un esprit plus fier‖ habita dans mon sein,Et tu choisis Psyché‖ pour un plus grand dessein.Goûter dans l’ignorance‖ une volupté molle,C’est le lot du troupeau‖ des êtres sans parole,De l’argile pétrie,‖ en qui ne vit nul feu ;Il fallait autre chose‖ à l’amante d’un dieu !
« J’ai bien maudit ma lampe‖ et la clarté nouvelle,Car en moi la douleur‖ s’introduisit par elle.L’heure où je l’allumai‖ reçut un nom fatal ;La science passa‖ pour la mère du mal,Et de l’orgueil sacré‖ la terre fit un crime.Mais, pour le ciel conquis,‖ pour notre hymen sublime,Pour le flot de splendeur‖ qui m’inonde aujourd’hui,Je bénis cet orgueil,‖ car tout est né de lui !
« Désirs, brûlants désirs‖ de sentir, de connaître,Par qui Psyché monta‖ vers les sources de l’être ;Orgueil, ô Volupté !‖ soif des biens infinis,Vous, blasphémés jadis,‖ enfin, soyez bénis !Du triste genre humain‖ le malheur vous accuse ;Mais le désir demeure,‖ et la souffrance s’use.Désirs, vous êtes saints ;‖ car saint est votre but ;Et l’Olympe, après tout,‖ vous doit payer tribut.À travers tous les maux,‖ l’homme est né pour vous suivre ;Avant vous j’existais,‖ et vous m’avez fait vivre !
« Dans la première nuit‖ je ramperais encor,Orgueil et Volupté,‖ sans vos deux ailes d’or.
« Jouissant du bonheur‖ de l’aveugle matière,L’hymen ne m’eût montré‖ que sa forme grossière ;J’ignorerais encor‖ ses secrets les plus doux,Et je ne verrais pas‖ que j’ai dieu pour époux !Par vous, ô saints désirs,‖ sur la terre inféconde,Un éclair descendu‖ révèle un meilleur monde.Tout ce qui vit, par vous‖ arrive au port caché.Par vous, le seuil des dieux‖ s’est ouvert à Psyché ;Et l’amant idéal,‖ cédant à votre audace,À l’amante mortelle‖ a dévoilé sa face. »
Entre les jeux, souvent,‖ les baisers, le repos,Mêlant le discours grave‖ et les tendres propos,Comme sur l’oranger‖ aux branches étoiléesAvec l’or des fruits mûrs‖ les jeunes fleurs mêlées,À la langue du ciel‖ empruntant ses doux sons,L’épouse se parait‖ d’abondantes chansons.
Déployant sur son cœur‖ les caresses divines,Comme de chauds rayons‖ sur les vertes collines,L’époux lui répondait,‖ et versait à son tourLe chaste enivrement‖ des paroles d’amour.Non, jamais au printemps,‖ quand la vierge encor pure,S’abreuve de l’espoir‖ qu’exhale la nature,Et des premiers aveux,‖ avec l’air plein d’encens,Aspire la musique‖ à travers tous ses sens ;Même à l’heure où, laissant‖ tomber ses bras pudiquesÉperdue, elle cède‖ aux prières magiques ;Où tous les sons divins,‖ voix des flots, bruit du vent,Tout semble avoir passé‖ dans la voix de l’amant,Jamais femme ici-bas‖ n’ouït choses pareillesÀ la voix, ô Psyché !‖ qui charmait tes oreilles !
Leur extase ainsi coule‖ en paisibles discours,Comme un flot non troublé,‖ mais qui parle en son cours :Et chaque heure embellit‖ ce fleuve au bord sonoreDes mille fleurs sans nom‖ que le ciel voit éclore.Tantôt des voluptés‖ les asiles lointainsAbritent leur amour ;‖ ou, dans les gais festins,Parmi les immortels‖ qui cherchent leur sourire,Ils échangent tous deux‖ et la coupe et la lyre ;Ou la flûte conduit‖ leurs pas entrelacésSur les modes divers‖ à la danse tracés.
Tantôt penchés ensemble‖ au bord des sources vives,Ils tiennent sur les flots‖ leurs âmes attentives ;Des nids et des bourgeons‖ surprenant les secrets,Ils écoutent germer‖ les célestes forêts.Convive du nectar,‖ à l’Amour même unie,Psyché revêt des dieux‖ la nature infinie.Tous ses jours, mesurés‖ comme on mesure au ciel,Ne forment qu’un instant,‖ mais il est éternel.Sans s’épuiser jamais‖ aux plaisirs qu’elle goûteDes biens déjà sentis‖ la volupté s’ajoute ;Et, des fleuves d’en haut‖ merveilleux réservoir,Son cœur toujours rempli,‖ peut toujours recevoir.
Or, selon les destins,‖ Psyché devint féconde,Et l’épouse d’Éros‖ mit une fille au monde,Enfant donnée aux cieux‖ pour en charmer la paix,Mais cachée aux mortels‖ sous des voiles épais.Sans jamais l’entrevoir,‖ nous aspirons vers elle ;Du peuple des vivants,‖ c’est la soif éternelle,L’attrait par qui tout être‖ au but est excité ;Mais l’homme n’en sait rien‖ que son nom : Volupté !Nom qu’usurpent chez nous‖ d’éphémères ivresses !Nul n’en goûte ici-bas‖ les suprêmes caresses ;Elle habite un Olympe‖ à l’abri du désir ;On n’en voit rien que l’ombre‖ à travers le plaisir.L’amour seul, aux instants‖ d’extase la plus pure,En révèle à nos cœurs‖ l’idée encore obscure.
Épilogue
Chaque fois que je vis,‖ rêveur adolescent,Comme une aube aux doux feux,‖ mais éteinte en naissantFlotter à l’horizon‖ ta robe purpurine,Soudain au fond du ciel,‖ sur la vague marine,Tes pieds comme un éclair‖ glissaient, ô Volupté !Et, sur la pale mer,‖ alors, de mon côté,Une figure en deuil‖ s’avançait à ta place :Sa grande ombre effaçait‖ les roses de ta trace.L’ache et le nénuphar,‖ dans ses cheveux séchés,Se posaient sur mon front‖ en couronne attachés.Autour d’elle un essaim‖ de noires mélodiesHeurtait en voltigeant‖ mes tempes engourdies ;Et comme un flot des mers‖ affaissé sous son poids,Mon cœur cessait de battre‖ au toucher de ses doigts.
Sombre Mélancolie !‖ ô fatale déesseQu’à sa place en fuyant‖ la Volupté nous laisse,De tes pavots amers‖ goutte à goutte abreuvé,Nul homme plus que moi‖ sur ton sein n’a rêvé ;Nul n’a vu si souvent,‖ frappé de ton vertige,Fruits ou fleurs avorter‖ dès qu’il touchait leur tige ;Nul, malgré les rayons‖ pendant l’aube aperçus,N’a plus d’ombre en son âme‖ et plus d’espoirs déçus ;Nul n’a mieux, en tout temps,‖ reconnu sur sa voieLa tristesse présente‖ au fond de toute joie.
Mais oublie, ô poète !‖ et monte avec tes vers,Puisqu’ils portent Psyché‖ dans un autre univers ;Puisqu’au nombre des dieux‖ tu l’as déjà placée,Ah ! parle-nous du ciel‖ sans arrière-pensée !Parle-nous d’idéal,‖ de l’époux inconnu,Et du jour de l’hymen,‖ qu’il soit ou non venu !Oublie une heure encore,‖ et fais trêve à la plainte.Laisse arriver à nous‖ l’écho de l’hymne sainteQu’à la fille d’Ëros,‖ tout étant consommé,Au bruit des lyres d’or,‖ dit l’Olympe charmé.Le chœur olympien,‖ voix suprême du monde,Chante, ô couple attendu !‖ sur ta couche féconde :Car le retour de l’âme‖ à l’époux amoureuxNous réjouit autant,‖ nous parfaits, nous les dieux,Impassibles, sereins,‖ éternels que nous sommes,Que l’aube réjouit‖ la tristesse des hommes.
Le ciel même, ô Psyché !‖ s’éclaire à ton regard.Déjà depuis mille ans‖ convives du nectar,Nous en goûtions l’ivresse‖ et tu n’étais pas née :Et pourtant chez les dieux‖ ta beauté ramenéeAjoute à ce bonheur‖ à qui rien ne manquait.Tu fixeras Ëros‖ au céleste banquet.Notre vie est en lui,‖ nous respirons sa flamme ;Par lui nous t’épousons,‖ et nous t’aimons, jeune âme !Tout être a tressailli‖ du baiser nuptialQui relie en vous deux‖ la terre et l’idéal ;Et, des mêmes désirs‖ calmant les saintes fièvres,L’homme et dieu dans le ciel‖ s’embrassent par vos lèvres ;
Ce berceau nous sourit‖ d’une fille par vous,Parure de l’Olympe,‖ enfant chéri de tous,Né de la Beauté même,‖ avec l’Amour unie.Volupté, Volupté,‖ doux fruit de l’harmonie !Joyeux autour de toi,‖ des plus belles chansonsChacun te salûra ;‖ comme au jour des moissonsUn chœur sacré, de fleurs‖ couronné pour la danse,Chante autour de Cérès‖ espoir de l’abondance.
Dieux des bois, dieux des mers,‖ rentrez, ô dieux épars !Dieu qui dans l’air guidez‖ l’or brûlant de vos chars,Dieux répandus partout,‖ l’Olympe vous rappelle ;Revenez, saluez‖ la déesse nouvelle !Des vieux chênes, des flots,‖ des antres souterrains,Dieux, ministres de l’Être,‖ ô Cyclopes, Sylvains,Nymphes, Zéphyrs, Tritons,‖ dieux légers, dieux énormes,Esprits universels‖ qui supportez les formes :Rentrez dans votre ciel,‖ dieux exilés là-bas !Et vous, Titans, l’Olympe‖ est ouvert sans combats !Entre les dieux rivaux,‖ toute haine s’oublie ;Leur chaîne par tes mains‖ à ses deux bouts se lie,Ô Psyché ! toi par qui‖ l’amour est triomphant !La ronde au pied sonore‖ entoure ton enfant,Et la couvre de fleurs,‖ et chante, et la dit reine,Et respire à longs traits‖ sa grâce souveraine.
Esprits des éléments,‖ loin du foyer bannis,Chantez, ô dieux ! chantez,‖ vos travaux sont finis !Esprits du feu, de l’air,‖ de la terre et des fleuves,Serfs ou tyrans de l’homme,‖ instruments des épreuves,Par qui l’âme a senti,‖ souffert, lutté, vaincu,Venez ! assez de jours‖ la Discorde a vécu.
L’amour a tout guéri ;‖ l’être a retrouvé l’être ;Cet hymen est fécond,‖ Volupté vient de naître !Elle rassemble autour‖ de son berceau sacréLe grand peuple des dieux‖ pour un temps séparé.Prenez-vous par la main,‖ formez la danse unique,Chantez à l’unisson‖ l’éternelle musique.Dans l’Olympe natal‖ revenez tous, ô Dieux !Comme y revient Psyché.‖ Flots épars en tous lieuxOù l’exilée a bu,‖ revenez à la source.Oiseaux, rentrez au nid.‖ Rayons qui de sa courseÉclairiez les détours,‖ ô peuple universel !Rentrez dans l’unité‖ de l’astre paternel.
Et vous, voiles, tombez ;‖ songes, vapeurs, chimères,Pales ombres de l’être,‖ ô formes éphémères !Ô voiles de l’époux,‖ l’âme a su vous percer.Sur son sein qu’à loisir‖ elle peut embrasser,Elle voit désormais‖ l’éternelle substance,Et l’amour la nourrit‖ sans fin de son essence ;Elle touche au réel.‖ Apparences, tombez !
À toi vont tous les flots,‖ en un flot absorbés,Ô vaste Olympe ! étends‖ tes plaines sans limite,Puisque l’amour brisa‖ ta barrière interdite.Tout un peuple t’arrive ;‖ oh ! pour le recevoir,Grandis, sois infini‖ comme était son espoir !Ouvre à tous les vivants‖ ta voûte heureuse et sainte ;Rien ne doit exister‖ par delà ton enceinte.
Vous, mondes ; vous, soleil ;‖ toi, globe des humains,Germes errants dans l’air‖ sans trouver vos chemins,Âmes des feux éteints,‖ fleurs sèches, races mortes,Venez à flots pressés,‖ l’Olympe ouvre ses portes ;Habitez en un seul‖ réunis pour toujours ;Il n’est plus aujourd’hui‖ deux peuples, deux séjours :
Ici joie et clarté ;‖ là souffrance et mystère,Dans l’azur un Olympe‖ et dans l’ombre une terre.Pour l’éternel palais‖ de l’Être universel,Il n’est plus qu’un seul monde,‖ et ce monde est le Ciel.
Dans l’Olympe nouveau‖ que toute vie habite !Vers votre enfant, Ëros,‖ l’heureux peuple gravite.Règne, ô fille d’amour !‖ sur le chaos dompté ;Règne dans l’harmonie,‖ ô sainte Volupté !
Et toi meurs, ô Douleur !‖ vieille reine des hommes !Leur terre est arrivée‖ avec eux où nous sommes :Tout vit là d’où jamais‖ tu ne pus approcher :Quel asile te reste,‖ ô Mal ! pour t’y cacher ?Meurs ! Psyché brave ici‖ ta poursuite fatale ;Le dieu qui la rend mère‖ en a fait son égale.Meurs ! La Volupté nait‖ de leur hymen puissant.Tu ne fus rien, ô Mal !‖ que l’idéal absent,Et caché par l’époux‖ aux âmes qu’il éprouve ;Tu n’es rien, maintenant‖ que Psyché le retrouve,Rien près de cette couche,‖ aux transports infinis,Où l’éternel baiser‖ les garde réunis.Meurs donc ! Mais, ô Douleur !‖ simple absence de l’être,Tu n’as pas à mourir,‖ ô Mal ! pour disparaître.Qu’es-tu ? vide et néant,‖ ombre sans fixitéDes choses que le jour‖ frappait d’un seul côté.Meurs ! Tout baigne aujourd’hui‖ dans la clarté suprême,Et l’être abonde ici,‖ c’est un monde où l’on aime ;Monde en qui tout afflue‖ et qui contient tous lieux.Expire donc, ô Mal !‖ il n’est plus que des dieux !
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 410((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a l’aigle / règle féminine, classiqueb moments / éléments masculine, classiquec constellée / assemblée féminine, classiquea eaux / rameaux masculine, classiqueb versent / dispersent féminine, classiquec flamboyer / foyer masculine, classiqued centre / rentre féminine, classiquea mélodieux / dieux masculine, classiqueb elles / éternelles féminine, classiquec charmants / mouvements masculine, classiqued Grâces / traces féminine, classiquee traits / secrets masculine, classiquef déesses / caresses féminine, classiqueg lois / voix masculine, classiqueh suprême / emblème féminine, classiquei engloutis / sortis masculine, classiquea course / source féminine, classiqueb dieux / radieux masculine, classiquec origines / divines féminine, classiqued Destin / certain masculine, classiquea change / range féminine, classiqueb lits / plis masculine, classiquec suffire / porphyre féminine, classiqued d’Hébé / tombé masculine, classiquee jeunesse / renaisse féminine, classiquef créateur / bonheur masculine, classiquea immobile / subtile féminine, classiqueb adorés / engendrés masculine, classiquec grâce / face féminine, classiqued relui / lui masculine, classiquee printanière / lumière féminine, classiquef Destin / festin masculine, classiqueg fantaisie / ambroisie féminine, classiquea tout-puissant / l’absent masculine, classiqueb vive / convive féminine, classiquec ôté / sérénité masculine, classiqued rallie / remplie féminine, classiquee jeux / cheveux masculine, classiquef recelées / voilées féminine, classiqueg ciel / universel masculine, classiqueh féconde / monde féminine, classiquea ainsi / souci masculine, classiqueb solitaire / terre féminine, classiquec souvent / rêvant masculine, classiqued flamme / âme féminine, classiquee aveu / dieu masculine, classiquef sommes / hommes féminine, classiqueg d’or / encor masculine, classiqueh présence / silence féminine, classiquei sien / olympien masculine, classiquej visage / présage féminine, classiquek appuyé / essuyé masculine, classiquel résiste / triste féminine, classiquea clément / charmant masculine, classiqueb constance / l’imprudence féminine, classiquec décrets / près masculine, classiqued immortelle / elle féminine, classiquea éprouvé / réservé masculine, classiqueb peine / humaine féminine, classiquec l’idéal / mal masculine, classiqued splendide / vide féminine, classiquee ambitieux / yeux masculine, classiquea habite / proscrite féminine, classiqueb douceurs / fleurs masculine, classiquec boivent / reçoivent féminine, classiquea père / nécessaire féminine, classiqueb souris / prix masculine, classiquec reste / céleste féminine, classiqued bien / sien masculine, classiquea larmes / charmes féminine, classiqueb blancs / flancs masculine, classiquec mélodiques / pudiques féminine, classiqued cœurs / sœurs masculine, classiquea d’ancêtres / êtres féminine, classiqueb toi / roi masculine, classiquea épreuves / t’abreuves féminine, classiqueb filial / mal masculine, classiquec vengeance / science féminine, classiqued infini / puni masculine, classiquea connaître / maître féminine, classiqueb ravir / l’assouvir masculine, classiquec donnée / l’hyménée féminine, classiqued clarté / volupté masculine, classiquee sublime / l’abîme féminine, classiquea saison / raison masculine, classiqueb joie / voie féminine, classiquec doux / l’époux masculine, classiqued mystère / adultère féminine, classiquea désirs / plaisirs masculine, classiqueb oisive / arrive féminine, classiquec degré / sacré masculine, classiqued créatrice / finisse féminine, classiquea porter / goûter masculine, classiqueb suprême / soi-même féminine, classiquec mal / l’idéal masculine, classiqued moule / coule féminine, classiquee arrêté / beauté masculine, classiquef l’âme / flamme féminine, classiqueg pouvoir / vouloir masculine, classiqueh métamorphoses / choses féminine, classiquei sacré / préparé masculine, classiquej d’argile / immobile féminine, classiquek paternel / éternel masculine, classiquea toute / goutte féminine, classiquea finir / revenir masculine, classiqueb assise / conquise féminine, classiquec dieux / furieux masculine, classiqued tranquilles / villes féminine, classiquee épais / paix masculine, classiquef sacrée / Rhée féminine, classiqueg s’abreuvant / vivant masculine, classiqueh signe / digne féminine, classiquei jour / l’amour masculine, classiquej faute / haute féminine, classiquea pleurs / sœurs masculine, classiqueb sourire / luire féminine, classiquec don / bon masculine, classiqued traces / passes féminine, classiquee suppliants / l’encens masculine, classiquef courrières / Prières féminine, classiqueg chant / t’approchant masculine, classiqueh s’insinue / ingénue féminine, classiquei corps / accords masculine, classiquej suprême / aime féminine, classiquea moment / l’amant masculine, classiqueb mortelle / elle féminine, classiquec guéri / assombri masculine, classiquea humaine / fontaine féminine, classiqueb roseaux / eaux masculine, classiquec cadences / danses féminine, classiqued épis / assoupis masculine, classiquee ouverte / verte féminine, classiquea liens / helléniens masculine, classiqueb villes / tranquilles féminine, classiquec blés / foulés masculine, classiqued montagnes / compagnes féminine, classiquee beaux / troupeaux masculine, classiquea l’Ërymanthe / amante féminine, classiqueb oubliés / sangliers masculine, classiquec saules / épaules féminine, classiqued certain / lointain masculine, classiquea pleine / laine féminine, classiqueb jeux / yeux masculine, classiquec nombre / l’ombre féminine, classiquea ciel / mutuel masculine, classiquea divines / collines féminine, classiqueb d’azur / obscur masculine, classiquec domaine / humaine féminine, classiqued voluptés / beautés masculine, classiquee impassible / insensible féminine, classiquef corps / morts masculine, classiquea même / suprême féminine, classiqueb bas / pas masculine, classiquec attirées / séparées féminine, classiquea banni / infini masculine, classiqueb peut-être / l’Être féminine, classiquec olympien / sien masculine, classiqued place / l’espace féminine, classiqueb penché / Psyché masculine, classiquec elle / belle féminine, classiqued guéri / souri masculine, classiquee unes / communes féminine, classiquef bon / pardon masculine, classiqueg place / trace féminine, classiqueh meilleur / cœur masculine, classiquei mystère / terre féminine, classiquej humain / main masculine, classiquea grande / demande féminine, classiqueb sein / larcin masculine, classiquec première / lumière féminine, classiqued ciel / éternel masculine, classiquea amante / charmante féminine, classiqueb effort / mort masculine, classiquec ramène / haleine féminine, classiqued cieux / yeux masculine, classiquea pensée / retracée féminine, classiqueb parlé / scellé masculine, classiquec l’implore / l’aurore féminine, classiqued doucement / mouvement masculine, classiquee étendue / répandue féminine, classiquef radieux / dieux masculine, classiqueg habitent / précipitent féminine, classiqueh d’amour / retour masculine, classiqueb encor / d’or masculine, classiquec émane / diaphane féminine, classiqued chassé / élancé masculine, classiquee certaines / peines féminine, classiquea déserts / airs masculine, classiqueb chargée / Égée féminine, classiquec flots / Délos masculine, classiqued humides / Hespérides féminine, classiquea d’ennui / lui masculine, classiqueb émaillée / réveillée féminine, classiquec pleurs / fleurs masculine, classiquea l’enlève / rêve féminine, classiqueb beau / fardeau masculine, classiquec interdite / habite féminine, classiquea seuil / accueil masculine, classiqueb résonne / pardonne féminine, classiquec paternel / ciel masculine, classiqued agenouillées / mouillées féminine, classiquee souverain / serein masculine, classiquef âme / flamme féminine, classiqueg étonnement / amant masculine, classiquea juste / auguste féminine, classiqueb oubliés / liés masculine, classiquec tendre / d’entendre féminine, classiquea vous / époux masculine, classiqueb caresses / ivresses féminine, classiquea ardeur / pudeur masculine, classiqueb humaines / vaines féminine, classiquea mieux / yeux masculine, classiquec entouré / aspiré masculine, classiqued refuse / s’use féminine, classiquee coussins / seins masculine, classiquef grâce / s’efface féminine, classiqueg l’idéal / métal masculine, classiqueh surprise / brise féminine, classiquei grand / dévorant masculine, classiquej qu’assouvie / vie féminine, classiquek feu / dieu masculine, classiquea mesure / nature féminine, classiqueb altéré / sacré masculine, classiquea profonde / féconde féminine, classiqueb demain / carmin masculine, classiquec mystère / solitaire féminine, classiquea infini / terni masculine, classiqueb relève / sève féminine, classiquec bourgeons / saisons masculine, classiquea livrent / enivrent féminine, classiqueb flambeau / nouveau masculine, classiquea lumière / première féminine, classiqueb enfin / lin masculine, classiquea vue / entrevue féminine, classiqueb amant / vêtement masculine, classiquec l’enivre / vivre féminine, classiqued immortel / ciel masculine, classiquee variées / multipliées féminine, classiquef l’éternité / Beauté masculine, classiquea sourires / lyres féminine, classiqueb retirés / sacrés masculine, classiquec branches / blanches féminine, classiqueb grâces / traces féminine, classiquec profondeur / splendeur masculine, classiquea humaine / ramène féminine, classiqueb ravissements / amants masculine, classiquec ceintures / natures féminine, classiqued infinis / unis masculine, classiquee ombre / nombre féminine, classiquef chansons / sons masculine, classiqueg inaccessible / visible féminine, classiqueh charmé / enfermé masculine, classiquei poème / même féminine, classiquea inégaux / maux masculine, classiqueb durée / mesurée féminine, classiquec nous / époux masculine, classiqued délices / prémices féminine, classiquea yeux / merveilleux masculine, classiqueb auréoles / paroles féminine, classiquec fleurs / chanteurs masculine, classiquea neuve / l’épreuve féminine, classiqueb passés / retracés masculine, classiquec haute / faute féminine, classiquea pleurs / douleurs masculine, classiqueb mensonges / songes féminine, classiquea enveloppé / trempé masculine, classiqueb grêles / ailes féminine, classiquea yeux / cieux masculine, classiquea tiens / m’appartiens masculine, classiqueb ranimes / intimes féminine, classiquec roi / toi masculine, classiquea éternelle / belle féminine, classiqueb bonheur / cœur masculine, classiquec charmes / larmes féminine, classiquea instinct / Destin masculine, non classiqueb obscures / augures féminine, classiquec plaisir / désir masculine, classiquea amante / contente féminine, classiqueb altéré / sevré masculine, classiquec ténèbres / funèbres féminine, classiqued univers / ouverts masculine, classiquee pénètre / être féminine, classiquea amours / jours masculine, classiqueb pure / mesure féminine, classiquec l’orgueil / l’œil masculine, classiqued n’éclaire / lumière féminine, classiquee guidé / possédé masculine, classiquef plénitude / l’habitude féminine, classiqueg sein / dessein masculine, classiqueh molle / parole féminine, classiquea nouvelle / elle féminine, classiqueb fatal / mal masculine, classiquec crime / sublime féminine, classiqued aujourd’hui / lui masculine, classiquea connaître / l’être féminine, classiqueb infinis / bénis masculine, classiquec accuse / s’use féminine, classiqued but / tribut masculine, classiquee suivre / vivre féminine, classiquea matière / grossière féminine, classiqueb doux / époux masculine, classiquec inféconde / monde féminine, classiqued caché / Psyché masculine, classiquee audace / face féminine, classiquea repos / propos masculine, classiqueb étoilées / mêlées féminine, classiquec sons / chansons masculine, classiqueb tour / d’amour masculine, classiquec pure / nature féminine, classiqued d’encens / sens masculine, classiquee pudiques / magiques féminine, classiquef vent / l’amant masculine, classiqueg pareilles / oreilles féminine, classiquea discours / cours masculine, classiqueb sonore / éclore féminine, classiquec lointains / festins masculine, classiqued sourire / lyre féminine, classiquee entrelacés / tracés masculine, classiquea vives / attentives féminine, classiqueb secrets / forêts masculine, classiquec unie / infinie féminine, classiquee goûte / s’ajoute féminine, classiquef réservoir / recevoir masculine, classiqueb paix / épais masculine, classiquec elle / éternelle féminine, classiqued excité / Volupté masculine, classiquee ivresses / caresses féminine, classiquef désir / plaisir masculine, classiqueg pure / obscure féminine, classiquea adolescent / naissant masculine, classiqueb purpurine / marine féminine, classiquec Volupté / côté masculine, classiquee séchés / attachés masculine, classiquef mélodies / engourdies féminine, classiqueg poids / doigts masculine, classiquea déesse / laisse féminine, classiqueb abreuvé / rêvé masculine, classiquec vertige / tige féminine, classiqued aperçus / déçus masculine, classiquee voie / joie féminine, classiquea vers / univers masculine, classiqueb placée / arrière-pensée féminine, classiquec inconnu / venu masculine, classiqued plainte / sainte féminine, classiquee consommé / charmé masculine, classiquef monde / féconde féminine, classiqueg amoureux / dieux masculine, classiquea regard / nectar masculine, non classiqueb née / ramenée féminine, classiquec manquait / banquet masculine, classiquee nuptial / l’idéal masculine, classiquef fièvres / lèvres féminine, classiquea vous / tous masculine, classiqueb unie / l’harmonie féminine, classiquec chansons / moissons masculine, classiqued danse / l’abondance féminine, classiquea épars / chars masculine, classiqueb rappelle / nouvelle féminine, classiquec souterrains / Sylvains masculine, classiqued énormes / formes féminine, classiquee là-bas / combats masculine, classiquef s’oublie / lie féminine, classiqueg triomphant / enfant masculine, classiqueh reine / souveraine féminine, classiquea bannis / finis masculine, classiqueb fleuves / épreuves féminine, classiquec vaincu / vécu masculine, classiquea l’être / naître féminine, classiqueb sacré / séparé masculine, classiquec unique / musique féminine, classiqued Dieux / lieux masculine, classiquee source / course féminine, classiquef universel / paternel masculine, classiquea chimères / éphémères féminine, classiqueb percer / embrasser masculine, classiquec substance / essence féminine, classiqued tombez / absorbés masculine, classiqueb limite / interdite féminine, classiquec recevoir / espoir masculine, classiqued sainte / enceinte féminine, classiquea humains / chemins masculine, classiqueb mortes / portes féminine, classiquec toujours / séjours masculine, classiqueb universel / Ciel masculine, classiquea habite / gravite féminine, classiqueb dompté / Volupté masculine, classiquea hommes / sommes féminine, classiqueb approcher / cacher masculine, classiquec fatale / égale féminine, classiqued puissant / absent masculine, classiquee éprouve / retrouve féminine, classiquef infinis / réunis masculine, classiqueg l’être / disparaître féminine, classiqueh fixité / côté masculine, classiquej lieux / dieux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
820 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation wikisource.org· Sources