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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Carmina sacra, 1912· Chants d’Ombrie et de toscane

Assistum

Louis Le Cardonnel· quatrains, alexandrins, 48 vers

A Gabriel Faure. A Georges Le Cardonnel.

I

O ville où le passé‖ gravement se prolonge,Et qui sembles dormir‖ sous son fardeau pesantS'il est d'autres cités‖ pour éveiller le songe,Toi tu parles au cœur‖ d'un plus profond accent.

Bien des jours ont coulé‖ depuis que, solitaire,Je parcours, pèlerin‖ qui ne s'en irait plus,Tes chemins dont la paix‖ conseille de se taire.Dans l'oubli des désirs‖ et des soins superflus.

Devant tes horizons,‖ toujours mélancoliques,Même quand le malin‖ les remplit de clarté,L'âme peut s'attarder‖ à ses propres reliquesEt comparer le Temps‖ avec l'Éternité.

Parfois, lointain rappel‖ d'un monde qui s'enfièvre,El continue un bruit‖ que j'ai trouvé trop vain,Du bord de tes sentiers,‖ où va broutant la chèvre,Je vois passer là-bas,‖ sous sa fumée, un train.

Qu'il ne me tente pas‖ d'inutiles voyages !Il suffît, calme Assise,‖ à ton hôte pensif,D'admirer tes coteaux‖ pleins d'oliviers sauvages,Que çà et là domine,‖ obscur et sobre, un if.

Je le sais bien, tous ceux‖ dont le rêve est frivole,Et qui n'entendent pas‖ la voix de tes vieux murs :Prompts toujours à l'ennui,‖ l'appellent nécropole.Pour ton repos ces cœurs‖ ne sont pas assez mûrs.

Garde-moi, garde-moi‖ parmi tes sépultures,Et tes anciens palais,‖ l'hiver en proie aux vents.Car je suis incliné,‖ par ce temps plein d'injures,A préférer les morts,‖ chère Assise, aux vivants !

II

Dans ce jour qui finit‖ comme tous les beaux jours,Tandis que de grands bœufs,‖ aux fronts cornus et lourds,S'en reviennent, suivis‖ par leur pâtre tranquille.Le poète, tout seul,‖ retourne vers la ville.Mais avant que son pas‖ ait rejoint les maisons,Il égare sa vue‖ aux lointains horizons.Il laisse sa pensée‖ errer, lente et sereine,Des collines sans fin‖ à l'idyllique plaine.Sous la lumière d’or de l’astre qui descend,Son esprit s'élargit :‖ il sourit au passant.Il regarde, le long‖ du sentier qui serpente,Les calmes oliviers‖ grimper de pente en pente.Il a tout oublié‖ des maux longtemps soufferts :Son âme est rayonnante‖ ainsi que l'Univers.Pour l'élever plus haut‖ que toi-même, ô Nature,Tu lui parles au cœur,‖ de ta voix grave et pure.Devant cet orbe en feu,‖ disparaissant là-bas,Il rêve d'un soleil‖ qui ne se couche pas :Et doucement, avant‖ que la clarté ne meure,Il bénit et l'espace‖ et la saison et l'heure.

Versification

Forme
Quatrains
Rimes
1{7(abab) 10((aa))}
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
7 quatrains, 1 distiques
Mots à la rime
a prolonge / songe féminine, classiqueb pesant / accent masculine, classiquea solitaire / taire féminine, classiqueb plus / superflus masculine, classiquea mélancoliques / reliques féminine, classiqueb clarté / l'Éternité masculine, classiquea s'enfièvre / chèvre féminine, classiqueb vain / train masculine, classiquea voyages / sauvages féminine, classiqueb pensif / if masculine, classiquea frivole / nécropole féminine, classiqueb murs / mûrs masculine, classiquea sépultures / d'injures féminine, classiqueb vents / vivants masculine, classiquea jours / lourds masculine, classiqueb tranquille / ville féminine, classiquec maisons / horizons masculine, classiqued sereine / plaine féminine, classiquee descend / passant masculine, classiquef serpente / pente féminine, classiqueg soufferts / l'Univers masculine, classiqueh Nature / pure féminine, classiquei là-bas / pas masculine, classiquej meure / l'heure féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Carmina Sacra, Mercure de France, 1920· numérisation archive.org· Sources