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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Carmina sacra, 1912· Orphica

IV

Louis Le Cardonnel· 18 quatrains, alexandrins, 72 vers

Fait pour laisser un jour‖ une durable trace,Et rêvant d'ajouter‖ par tes efforts, bientôt,Une grandeur nouvelle‖ à celle de ta race,Au moment magnifique‖ où ton génie éclôt,

C'est plein d'espoir en toi‖ que tout bas je te nomme.Par de longs entretiens,‖ tu sais que j'ai vouluÉveiller un beau feu‖ dans ton cœur de jeune hommeEt mettre des éclairs‖ dans ton regard d'élu.

La fleur de la jeunesse,‖ épanouie, aspireL'air vaste : devant toi‖ le monde radieux,Ouvrant ses horizons,‖ est comme ton empire ;Un désir infini‖ fait rayonner tes veux.

Ces jours, ces jours si pleins,‖ ils passeront trop viteAinsi que le printemps‖ se hâte vers l'été,L'âge où la sève en nous‖ monte et se précipiteSe précipite aussi‖ vers la maturité.

Ton père, les amis,‖ et plus qu'eux tous, ta mère,Ont peut-être rêvé‖ doucement, mais en vain,D'arrêter sur ton front‖ cette grâce éphémèreQui te pare aujourd'hui‖ de son éclat divin.

Comme nous tu devras‖ connaître la souffrance.Savoir la vie amère‖ et les hommes ingrats ;Il te faudra lutter :‖ mais j'en ai l'assurance,Jeune homme, lu sauras‖ lutter, et tu vaincras.

Tu ne laisseras pas,‖ comme tant de victimesDe nos âges, pesants‖ de médiocrité,S'éteindre le flambeau‖ de tes vœux magnanimesAu souffle obscur d'en bas,‖ jaloux de sa clarté.

Ces Muses l'ont juré,‖ dont la voix d'or te presseDe n'aspirer jamais‖ à rien que d'éternel,Et je sais les ferments‖ de l'héroïque Grèce,Dans tes veines roulés‖ par le sang maternel.

Eux-mêmes, tes aïeux‖ de Rome et de Sicile,Te conjurent, du fond‖ de leur sacré tombeau,De porter haut tes pas,‖ loin du chemin facile,Jusqu'aux sources du Vrai,‖ jusqu'aux sources du Beau

Ces fontaines, mon doigt‖ aussi te les indique :Tendrement inquiet,‖ par l'âme je te suis ;Je pénètre ton cœur‖ d'un regard prophétique,Je vois les rêves fiers‖ qui traversent tes nuits.

Dans son océan noir,‖ quand le sommeil te roule,N'entends-tu pas, avec‖ des rumeurs d'ouragan,A tes pieds s'agiter‖ une confuse foule,Que tu domptes soudain‖ par un geste éloquent ?

D'élans virils et purs‖ tes aurores sont pleines :Sur le clavier tes mains‖ voltigent sans repos ;Tu te plais à chanter‖ des strophes tyrtéennes,Et ton sein, par instants,‖ s'enfle comme les flots.

Ah ! merveilleux élans‖ d'une âme neuve encore !Elle peut s'en aller‖ de sentier en sentier ;Rien ne contentera‖ l'ardeur qui la dévore :A cette soif sublime‖ il faut le Ciel entier…

L'heure est charmante et grave,‖ où je te dis ces choses.Le cœur trop frémissant‖ pour pouvoir m'endormir,Dans l'ombre, qu'embaumait‖ l'été chargé de roses,Cette nuit j'ai cru voir‖ ton étoile frémir.

C'est Florence, là-bas,‖ qui maintenant t'appelle ;C'est Bologne la docte,‖ asile aimé des Lois ;C'est toute l'Italie‖ indiciblement belle,Qui voudrait attirer‖ ta chère âme à la fois.

Sois fier d'être un des fils‖ de cette auguste terre,Dont les siècles n'ont pas‖ épuisé les trésors ;Nourris pour elle un culte‖ ardent, fidèle, austère ;Recueille en ton esprit‖ l'esprit de ses grands Morts.

J'ai rêvé de laisser‖ ma dépouille à ses rives.Mais si le sort, demain,‖ m'en éloigne à jamais,Garde le souvenir‖ des saisons fugitivesOù l'Aîné, qui t'aima,‖ fut sûr que tu l'aimais.

Pense à lui longuement‖ dans tes heures obscures.Et, ranimant ton âme‖ à son souffle lointain.Fort de son espérance‖ et selon ses augures,Sans orgueil, mais sans peur,‖ marche vers ton destin.

Versification

Forme
18 quatrains (quatrains)
Rimes
18(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
18 quatrains
Mots à la rime
a trace / race féminine, classiqueb bientôt / éclôt masculine, classiquea nomme / homme féminine, classiqueb voulu / d'élu masculine, classiquea aspire / empire féminine, classiqueb radieux / veux masculine, classiquea vite / précipite féminine, classiqueb l'été / maturité masculine, classiquea mère / éphémère féminine, classiqueb vain / divin masculine, classiquea souffrance / l'assurance féminine, classiqueb ingrats / vaincras masculine, classiquea victimes / magnanimes féminine, classiqueb médiocrité / clarté masculine, classiquea presse / Grèce féminine, classiqueb d'éternel / maternel masculine, classiquea Sicile / facile féminine, classiqueb tombeau / Beau masculine, classiquea indique / prophétique féminine, classiqueb suis / nuits masculine, classiquea roule / foule féminine, classiqueb d'ouragan / éloquent masculine, non classiquea pleines / tyrtéennes féminine, classiqueb repos / flots masculine, classiquea encore / dévore féminine, classiqueb sentier / entier masculine, classiquea choses / roses féminine, classiqueb m'endormir / frémir masculine, classiquea t'appelle / belle féminine, classiqueb Lois / fois masculine, classiquea terre / austère féminine, classiqueb trésors / Morts masculine, classiquea rives / fugitives féminine, classiqueb jamais / l'aimais masculine, classiquea obscures / augures féminine, classiqueb lointain / destin masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Carmina Sacra, Mercure de France, 1920· numérisation archive.org· Sources