Poésies complètes, 1914· Le bois dormant· Rondes et chansons
À la vallée-aux-loups
Pour Louis Tiercelin.
Vallée-aux-Loups, frais ermitageQu’élut un jour Chateaubriand,Son grand cœur est resté l’otageDe ton décor simple et riant.
Sous les tulles des soirs d’octobre,Par les clairs matins orangés,Il aimait pour leur charme sobreCes ciels imprécis et légers,
Ces pelouses, ces bois, la senteQui verdit sous leur frondaison,Et Paris, cuve éblouissante,Fumant au loin sur l’horizon.
C’était de toutes ses demeures,Celle qu’il préférait, le nidQui se ferma pour quelques heuresSur son vol ivre d’infini.
L’aigle avait replié son aile :Un chaste amour avait soudain,Dans l’âpre et rigide prunelle,Fondu la glace du dédain.
À Combourg, sur les landes rases,Plane encor son génie amer,Et le lamento de ses phrasesRoule parmi le vent de mer.
Il ne fut ici que tendresse :Le granit s’était animé.Et, sur son antique détresse.Tout un printemps avait germé.
Vallée-aux-Loups, frais ermitageQu’élut un jour Chateaubriand,Son grand cœur est resté l’otageDe ton décor simple et riant.
Et c’est pourquoi nos mains pieuses,Tressant des fleurs pour ton fronton,Mêlent ces tendres scabieusesAu symbolique gui breton.
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a ermitage / l’otage féminine, classiqueb Chateaubriand / riant masculine, classiquea d’octobre / sobre féminine, classiqueb orangés / légers masculine, classiquea sente / éblouissante féminine, classiqueb frondaison / l’horizon masculine, classiquea demeures / heures féminine, classiqueb nid / d’infini masculine, non classiquea aile / prunelle féminine, classiqueb soudain / dédain masculine, classiquea rases / phrases féminine, classiqueb amer / mer masculine, classiquea tendresse / détresse féminine, classiqueb animé / germé masculine, classiquea pieuses / scabieuses féminine, classiqueb fronton / breton masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Librairie Plon, 1922· numérisation wikisource.org· Sources