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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies complètes, 1914· Impressions et souvenirs· En Bretagne

À louis boivin

DE SAINT-MALO

Charles Le Goffic· 1 distiques, alexandrins, 48 vers

Donc, Boivin, par un blême‖ et doux matin d’automne,Où, sur la robe d’or‖ de la Terre Bretonne,Septembre avait jeté‖ son manteau de brouillards,Vous avez planté là‖ vos tours et vos remparts.Fi des autos, des coachs,‖ ennuyeux équipages !« J’ignore, disiez-vous,‖ ce que seront ces pages,Écrites, comme on cause,‖ au hasard du chemin.A pied, la pipe au bec,‖ le penn-baz à la main,Par les halliers les caps,‖ les monts et les prairies,Je mène le troupeau‖ de mes « Bretonneries »Tantôt à Saint-Nazaire‖ et tantôt au Faouet,Tantôt dans un vieux bourg‖ où pleure un vieux rouet— À moins que ce ne soit‖ mon troupeau qui me mène —Et la forêt‖ comme la lande est mon domaine ! »Ô Boivin, ô nomade‖ ami, n’avez-vous pas,Dans un de ces vieux bourgs‖ où s’égaraient vos pas,Rencontré d’aventure‖ une admirable aïeule ?Elle a nom Angélique‖ Auffret Elle vit seule.Vous n’imaginez pas‖ le charme de ses yeuxTour à tour ingénus,‖ tendres, malicieux,Mais de cette malice‖ où n’entre aucune haine.On dirait que la triste‖ expérience humaine.Qui fait parfois si durs‖ les yeux des vieilles gens.N’a pu que rendre encor‖ les siens plus indulgents.Sur la dalle de l’âtre,‖ au fond du logis sombre,Leurs deux gouttes d’eau bleue‖ étincellent dans l’ombre.Je vais tout droit vers eux,‖ sitôt franchi le seuil.« Angélique, salut !‖ — Salut mon fils ! » L’accueilEst toujours aussi franc,‖ aussi simple, aussi tendre,Et nous nous comprenons‖ presque sans nous entendre.Que dirions-nous ? Ce sont‖ ses yeux que je viens voir.Ses yeux d’aube, restés‖ auroraux dans le soir.Sous l’arceau délabré‖ de sa cape de veuve,Ils ont gardé, malgré‖ le temps, malgré l’épreuve,Je ne sais quoi‖ de virginal et d’enfantin,La divine fraîcheur‖ de leur premier matin.Le visage est rugueux ;‖ le teint brouillé d’ictère,Et, comme pour donner‖ sa mesure à la terre,Le corps, à chaque pas,‖ se voûte un peu plus : eux,Dans ce désastre‖ universel, demeurent bleus !…Ô candide regard‖ de la vieille Angélique !…Mais n’est-ce pas, Boivin,‖ qu’elle est bien symboliqueDe la Bretagne, cette‖ aïeule aux yeux d’enfant ?Les dieux s’en vont ; le ciel‖ est lourd ; l’air étouffant,Et, vers les murs d’airain‖ de la Cité future,L’humanité poursuit‖ sa marche à l’aventure.Seul, un coin bleu persiste‖ en ces limbes de mort,Et c’est l’âme d’azur‖ de notre vieille Armor !…

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
24((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6=6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a d’automne / Bretonne féminine, classiqueb brouillards / remparts masculine, classiquec équipages / pages féminine, classiqued chemin / main masculine, classiquee prairies / Bretonneries féminine, classiquef Faouet / rouet masculine, classiqueg mène / domaine féminine, classiqueh pas masculine, classiquei aïeule / seule féminine, classiquej yeux / malicieux masculine, classiquek haine / humaine féminine, classiquel gens / indulgents masculine, classiquem sombre / l’ombre féminine, classiquen seuil / L’accueil masculine, classiqueo tendre / entendre féminine, classiquep voir / soir masculine, classiqueq veuve / l’épreuve féminine, classiquer d’enfantin / matin masculine, classiques d’ictère / terre féminine, classiquet eux / bleus masculine, classiqueu Angélique / symbolique féminine, classiquev d’enfant / étouffant masculine, classiquew future / l’aventure féminine, classiquex mort / Armor masculine, non classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Librairie Plon, 1922· numérisation wikisource.org· Sources