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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies complètes, 1914· Amour breton Poème

La chanson de marguerite

Charles Le Goffic· quatrains, vers de 8, 4 et 12 syllabes, 56 vers

Elle est comme la rose franche,
Qu’un jeune pasteur par oubli
Laisse flétrir dessus la branche,
Sans se parer d’elle au dimanche,
Sans fleurer le bouton cueilli.Jean de La Taille.

Pour bercer son sommeil‖ mystique de Bretonne,Au fond du petit lit‖ où l’on se pelotonne,Je lui chante à mi-voix‖ les chansons de jadis,Viviane aux yeux pers,‖ Merlin ou le Roi d’Ys,Qu’étreignait un démon‖ accroupi sur sa selle.Mais la chanson qu’elle aime‖ entre toutes est celleDe Margot, d’une enfant‖ qui mourut en souciDe n’avoir pas trouvé‖ d’épouseur. La voici :

Une chanson vient d’être écriteEn dialecte léonard,Une chanson sur MargueriteDe Keronar.

C’était la plus riche héritièreQu’on connût chez nos paysans.On l’a menée au cimetièreÀ vingt-deux ans.

— Margot, Margot, que je te gronde !Où sont passés ta lèvre en fleurs,Tes fins cheveux, ta gorge rondeEt tes couleurs ?

— C’est votre faute à vous, ma mère,On vous l’a dit et répété :Rien n’est, hélas plus éphémèreQue la beauté.

À quoi me sert d’être jolieComme un fruit mûr en sa saison,Si par vos ordres l’on m’oublieÀ la maison ?

Le plus beau tissu devient loque.C’est le destin qu’ont nos appas.Mariez-nous quand c’est l’époque :N’attendez pas !…

Je veux qu’on m’enterre un dimanche.Creusez ma tombe et semez-yDe l’aubépin, de la pervencheEt du souci.

Pour vous dont les cœurs infidèlesOnt fui tout à coup de mon toit,Comme on voit fuir les hirondellesAu premier froid,

Puisque aujourd’hui dans nos campagnes,Fermier, gentilhomme ou valet.Vous avez trouvé les compagnesQu’il vous fallait,

Ô jeunes gens de ma paroisse.Je prierai Jésus, mon Seigneur,Qu’il favorise et qu’il accroisseVotre bonheur !

Et maintenant sonnez l’antienne.Oignez mon corps d’ambre et de nard.Je n’ai plus rien qui me retienneÀ Keronar… —

Elle mourut sur ces paroles,Un soir que les vents attiédisJouaient dans les branches des saulesDe profundis !

Versification

Forme
Quatrains
Rimes
4((aa)) 12(abab)
Mètre
Vers de 8, 4 et 12 syllabes (36 de 8, 12 de 4, 8 de 12)· profil 4, 8, 6+6
Strophes
12 quatrains, 1 distiques
Mots à la rime
a Bretonne / pelotonne féminine, classiqueb jadis / d’Ys masculine, classiquec selle / celle féminine, classiqued souci / voici masculine, classiquea écrite / Marguerite féminine, classiqueb léonard / Keronar masculine, non classiquea héritière / cimetière féminine, classiqueb paysans / ans masculine, classiquea gronde / ronde féminine, classiqueb fleurs / couleurs masculine, classiquea mère / éphémère féminine, classiqueb répété / beauté masculine, classiquea jolie / m’oublie féminine, classiqueb saison / maison masculine, classiquea loque / l’époque féminine, classiqueb appas / pas masculine, classiquea dimanche / pervenche féminine, classiqueb semez-y / souci masculine, classiquea infidèles / hirondelles féminine, classiqueb toit / froid masculine, classiquea campagnes / compagnes féminine, classiqueb valet / fallait masculine, classiquea paroisse / accroisse féminine, classiqueb Seigneur / bonheur masculine, classiquea l’antienne / retienne féminine, classiqueb nard / Keronar masculine, non classiquea paroles / saules féminine, classiqueb attiédis / profundis masculine, équivalente
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.4

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Librairie Plon, 1922· numérisation wikisource.org· Sources