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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies complètes, 1914· Le bois dormant· Rondes et chansons

La complainte de l’âme bretonne

Charles Le Goffic· strophes variées, octosyllabes, 48 vers

À Henry Mauger.

Sur la lande et dans les taillis,Cueillez l’ajonc et la bruyère,Doux compagnons à l’âme fière,O jeunes gens de mon pays !

Quand du sein de la mer profonde,Comme un alcyon dans son nid,L’Âme Bretonne vint au mondeDans son dur berceau de granit,C’était un soir, un soir d’automne,Sous un ciel bas, cerclé de fer,Et sur la pauvre Âme BretonnePleurait le soir, chantait la mer.

Fut-ce mégarde chez les féesOu qu’au baptême on ne pria,Blanches et de rayons coiffées,Urgande ni Titania ?Il n’en vint, dit-on, qu’une seule,Aux airs bourrus de sauvageon,Qui froissait dans ses mains d’aïeuleDes fleurs de bruyère et d’ajonc.

Misère (ainsi s’appelait-elle)Allait nu-tête et pieds déchaux ;Mais ce n’est pas sous la dentelleQue battent les cœurs les plus chaudsEt, se penchant sur la pauvrette.Qui grelottait, blême et sans voix,Vivement à sa colleretteElle piqua la fleur des bois.

La fleur embaumait comme l’ambre,— L’ambre, le musc ou le benjoin, —Si bien qu’au mitan de novembreOn aurait dit le mois de juin.Mais tout là-bas, sur la mer grande,Le vent guettait comme un voleur,Et Misère, de sa guirlande,Détacha la seconde fleur.

Et depuis lors nulle menaceN’a prévalu contre l’enfant :L’ajonc, c’est la Force tenaceQui se bande et tient tête au vent ;Et la bruyère, dont s’embaumeLe pur cristal des nuits d’été,C’est le mystique et tiède arômeDe la divine Charité…

Doux compagnons à l’àme fière.Debout au seuil des temps nouveaux,Dans vos pensers, dans vos travaux,Mêlez l’ajonc à la bruyère.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
2(abba) 5(ababcdcd)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
5 huitains, 2 quatrains
Mots à la rime
a taillis / pays masculine, classiqueb bruyère / fière féminine, classiquea profonde / monde féminine, classiqueb nid / granit masculine, classiquec d’automne / Bretonne féminine, classiqued fer / mer masculine, classiquea fées / coiffées féminine, classiqueb pria / Titania masculine, classiquec seule / d’aïeule féminine, classiqued sauvageon / d’ajonc masculine, non classiquea s’appelait-elle / dentelle féminine, classiqueb déchaux / chauds masculine, classiquec pauvrette / collerette féminine, classiqued voix / bois masculine, classiquea l’ambre / novembre féminine, classiqueb benjoin / juin masculine, classiquec grande / guirlande féminine, classiqued voleur / fleur masculine, classiquea menace / tenace féminine, classiqueb l’enfant / vent masculine, classiquec s’embaume / arôme féminine, classiqued d’été / Charité masculine, classiquea fière / bruyère féminine, classiqueb nouveaux / travaux masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Librairie Plon, 1922· numérisation wikisource.org· Sources