Poésies complètes, 1914· Amour breton Poème
La fleur
Qui t’a fait la douleur t’a laissé les remèdes.Théophile de Viaud.
J’ai vécu. Ce n’est pas‖ que la mort m’épouvante.Mais en sondant mon cœur‖ j’ai vu qu’à ses paroisLa fleur de poésie‖ était toujours vivante,Dieu bon ! et que jamais‖ sur sa tige mouvanteN’avaient autant germé‖ de boutons à la fois.Elle avait pris racine‖ au milieu des décombres.Ce n’était autour d’elle‖ et près d’elle affaissésQue spectres, revenants,‖ esprits, fantômes, ombres,Tumultueux chaos‖ d’apparitions sombres,Où je reconnaissais‖ tous mes rêves passés.
Chacun d’eux m’appelait ;‖ chacun d’eux sous son aileMontrait le trou béant‖ de quelque trahison.Vains efforts ! Ils n’ont pu‖ détacher ma prunelleDe la rose d’Éden,‖ de la rose éternelle,Qui poussait en mon cœur‖ sa libre floraison !Et je n’ai pas eu tort,‖ n’est-il pas vrai, mon frère,De comprimer en moi‖ tout élan téméraire.De planter mes deux poings‖ au fond de mes deux yeux,De fermer mon oreille‖ aux voix du suicideEt d’invoquer si haut‖ la Muse au front placideQu’elle ait à mon appel‖ abandonné les deux !
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 3[abaab] 1[aa] 1[abba]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a m’épouvante / vivante / mouvante féminine, classiqueb parois / fois masculine, classiquec décombres / ombres / sombres féminine, classiqued affaissés / passés masculine, classiquea aile / prunelle / éternelle féminine, classiqueb trahison / floraison masculine, classiquec frère / téméraire féminine, classiqued yeux / deux masculine, classiquee suicide / placide féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
21 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Librairie Plon, 1922· numérisation wikisource.org· Sources