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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies complètes, 1914· Amour breton Poème

Le premier soir

Charles Le Goffic· 15 quatrains, octosyllabes, 60 vers

Belle nuit, ô nuit d’amour !…(Contes d’Hoffmann).

Ce premier soir, pourquoi, pourquoiM’avais-tu dit, tout abattue,Qu’avant de te donner à moiUn autre que moi t’avait eue ?

Et comment, comment, ce soir-là.Faut-il que seul je me souvienneComment ma pitié te parla,Te parla de la faute ancienne ?

Ne nous revois-tu pas auprès,Assis auprès de ce vieux saule ?Ne sais-tu pas que tu pleuraisÉperdument sur mon épaule ?

Moi je sais que je bus tes pleursEt, t’emportant loin de la route.Quand je te couchai dans les fleurs,Je sais que tu défaillis toute.

C’était en Bretagne, voiciTrois ans passés depuis septembre,Un soir pareil à celui-ci.Dans les genêts aux gousses d’ambre.

À-t-on coupé les genêts verts ?Les amants suivent-ils encoreLe sentier qui mène au travers.De Keriel à Roudarore ?

De Roudarore à Keriel,Ô le bon sentier frais et sombre !L’air était doux comme le miel ;Des sources bruissaient dans l’ombre.

Moi je n’évoque qu’en tremblantCe coin de la terre bretonneEt ce beau soir, languide et blanc,Où mourait le soleil d’automne.

Ah ! ce soir, ce soir adoré,Ce soir qu’emplissaient nos deux âmes,Ah ! pauvres enfants, c’est donc vrai,C’est vrai que nous nous abusâmes !

Tous ceux que j’aimais sont partis.Je ne sais pas si j’en suis cause ;Mais sur mes yeux appesantisJe sens qu’un nouveau deuil se pose.

J’ai peur… Rassure-moi… Ce bruit,Ces pas furtifs près de la porte…Quelqu’un s’est levé dans la nuit.Si ce n’est pas toi, que m’importe ?

Et qui donc serait-ce, ô mon cœur ?Pour qui me tiendrais-je aux écoutes ?Quel autre éveillerait le chœurDe mes soupçons et de mes doutes ?

Toi qui fuis à pas inquiets,Je t’avais pardonné ta faute.Pourquoi t’en vas-tu ? Je croyaisQu’on devait vivre côte à côte.

Ô nuits, ô douces nuits d’antan,Où sont nos haltes et nos courses,Le vieux saule près de l’étangEt les genêts au bord des sources ?

C’est ici la chanson d’amourQu’on chante au coin des cheminées,L’hiver, sur le déclin du jour.Dans les maisons abandonnées…

Versification

Forme
15 quatrains (quatrains)
Rimes
15(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
15 quatrains
Mots à la rime
a pourquoi / moi masculine, classiqueb abattue / eue féminine, classiquea soir-là / parla masculine, classiqueb souvienne / ancienne féminine, classiquea auprès / pleurais masculine, classiqueb saule / épaule féminine, classiquea pleurs / fleurs masculine, classiqueb route / toute féminine, classiquea voici / celui-ci masculine, classiqueb septembre / d’ambre féminine, classiquea verts / travers masculine, classiqueb encore / Roudarore féminine, classiquea Keriel / miel masculine, classiqueb sombre / l’ombre féminine, classiquea tremblant / blanc masculine, classiqueb bretonne / d’automne féminine, classiquea adoré / vrai masculine, classiqueb âmes / abusâmes féminine, équivalentea partis / appesantis masculine, classiqueb cause / pose féminine, classiquea bruit / nuit masculine, classiqueb porte / m’importe féminine, classiquea cœur / chœur masculine, classiqueb écoutes / doutes féminine, classiquea inquiets / croyais masculine, classiqueb faute / côte féminine, classiquea d’antan / l’étang masculine, classiqueb courses / sources féminine, non classiquea d’amour / jour masculine, classiqueb cheminées / abandonnées féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Librairie Plon, 1922· numérisation wikisource.org· Sources