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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Essais poétiques, 1865

Mélina

Pamphile Le May· quatrains, alexandrins et tétrasyllabes, 91 vers

Les derniers feux du soir‖ empourpraient le nuageEt les oiseaux, perchés‖ sur le rameau discret,Faisaient de leur babil‖ retentir le feuillageOù la brise berçait‖ leur doux nid de duvet.

Mélina jeune et belle‖ ainsi que la verveineTenait sur ses genoux‖ une charmante enfant :La brise parfumée‖ agitait en passantLes longs cheveux dorés‖ de la petite Hélène.

Mélina n'avait plus‖ son vertueux époux !Elle voyait, hélas !‖ du seuil de sa chaumièreLa croix qui protégeait‖ sa mortelle poussièreDans l'enceinte sacrée‖ où les morts dorment tous.

Et puis, ce souvenir‖ de sa mélancolieNourrissait l'amertume‖ et les tendres langueurs :Elle se consumait‖ comme une fleur joliePour qui le frais matin‖ n'aurait jamais de pleurs.

Sur ses genoux, devant‖ le perron solitaire,Elle berça sa fille‖ et se mit à chanter,Sa douce et triste voix‖ n'était point de la terre :Les mères d'alentour‖ sortaient pour l'écouter :

« Comme on voit dans le ciel‖ une brillante étoile« Percer de ses doux feux‖ le voile noir des nuits,« Ainsi ton œil d'azur‖ perce le sombre voile« Qui couvre ma pauvre âme,‖ hélas ! pleine d'ennuis !« Repose encor sur moi‖ tes doux yeux je t'en prie,« Objet tendre et sacré‖ pour qui j'aime le jour !« Et le cœur de ta mère,‖ ô ma fille chérie,« Toujours te répondra‖ par un soupir d'amour !

« Comme une belle fleur,‖ au lever de l'aurore,« Vient charmer nos regards‖ par son frais coloris,« Ainsi me charme en toi,‖ jeune fleur que j'adore,« Cette bouche de rose‖ où joue un doux souris !« Souris-moi ! souris-moi !‖ gentille et jeune mie,« Ton souris m'est plus doux‖ que l'aspect d'un beau jour !« Et le cœur de ta mère,‖ ô ma fille chérie,« Toujours te répondra‖ par un soupir d'amour !

« Comme les bruissements‖ des flots sur le rivage,« Ou de la fraîche brise‖ à travers les roseaux,« Ta voix est ravissante !‖ et ton charmant ramage« Est plus beau que celui‖ de nos petits oiseaux !« Parle-moi ! parle-moi !‖ t'entendre c'est ma vie !« Parle-moi donc encore‖ avant la fin du jour !« Et le cœur de ta mère,‖ ô ma fille chérie,« Toujours te répondra‖ par un soupir d'amour ! »

Elle se tut soudain‖ et demeura pensive.Alors l'enfant lui dit‖ de cette voix naïveQui sait charmer,Demain tu chanteras,‖ maman : « Beauté suprême,« C'est ma voix même« Qui dit : « Je t'aime,« Veux-tu m'aimer ? »

II

Un vent léger soufflait ;‖ la feuille, en la vallée,Crépitait vivement‖ au faîte de l'ormeau ;La lune dans le ciel‖ avait pris sa volée ;Sa coquette clarté‖ se reflétait dans l'eau.

Aux nuages donnant‖ maints contours fantastiquesElle en faisait des ponts,‖ des rochers, des arceaux,Et des temples de marbre,‖ et de brillants portiquesQui se brisaient toujours‖ et renaissaient plus beaux.

L'oiseau chantait encor‖ sur la branche de l'orme ;Et la grenouille, au bord‖ de ses fangeux marais,Croassait son refrain‖ rude, rauque, uniforme,Annonçant de la pluie‖ aux arides guérêts.

A la molle lueur‖ de la lune sereineMélina vint s'asseoir‖ sur le gazon soyeux,Et puis elle chanta‖ la romance qu'HélèneLui demandait hier,‖ en fermant ses beaux yeux.

« Si l'oiseau chante« L'aube brillante« Qui naît riante« Pour l'enflammer ;« Beauté suprême,« C'est ma voix même« Qui dit : « Je t'aime« Veux-tu m'aimer ? »

« Si l'onde pure« Roule et murmure« Sous la verdure« Pour l'animer :« Beauté suprême,« C'est ma voix même« Qui dit : « Je t'aime« Veux-tu m'aimer ? »

« Si le zéphire,« Le soir, soupire« Comme une lyre« Pour te charmer ;« Beauté suprême,« C'est ma voix même« Qui dit : « Je t'aime« Veux-tu m'aimer ? »

Versification

Forme
Quatrains
Rimes
7(abab) 2(abba) 3(ababcdcd) 1(aabcccb) 3(aaabcccb)
Mètre
Alexandrins et tétrasyllabes (63 de 12, 28 de 4)· profil 4, 6+6
Strophes
9 quatrains, 6 huitains, 1 septain
Mots à la rime
a nuage / feuillage féminine, classiqueb discret / duvet masculine, classiquea verveine / Hélène féminine, classiqueb enfant / passant masculine, classiquea époux / tous masculine, classiqueb chaumière / poussière féminine, classiquea mélancolie / jolie féminine, classiqueb langueurs / pleurs masculine, classiquea solitaire / terre féminine, classiqueb chanter / l'écouter masculine, classiquea étoile / voile féminine, classiqueb nuits / d'ennuis masculine, classiquec prie / chérie féminine, classiqued jour / d'amour masculine, classiquea l'aurore / j'adore féminine, classiqueb coloris / souris masculine, classiquec mie / chérie féminine, classiquea rivage / ramage féminine, classiqueb roseaux / oiseaux masculine, classiquec vie / chérie féminine, classiquea pensive / naïve féminine, classiqueb charmer / m'aimer masculine, classiquec suprême / même / t'aime féminine, classiquea vallée / volée féminine, classiqueb l'ormeau / l'eau masculine, classiquea fantastiques / portiques féminine, classiqueb arceaux / beaux masculine, classiquea l'orme / uniforme féminine, classiqueb marais / guérêts masculine, classiquea sereine / qu'Hélène féminine, classiqueb soyeux / yeux masculine, classiquea chante / brillante / riante féminine, classiqueb l'enflammer / m'aimer masculine, classiquea pure / murmure / verdure féminine, classiqueb l'animer / m'aimer masculine, classiquea zéphire / soupire / lyre féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

91 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Essais poétiques, QUÉBEC, G. E. DESBARATS, IMPRIMEUR-ÉDITEUR, 1865· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources