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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Essais poétiques, 1865

Sans que ça paraisse

Pamphile Le May· vers de 5, 7 et 2 syllabes, 99 vers

Voici le gai jour de l'an,Trêve de tristesse !Chaque âme prend son élanDevers l'allégresse !Arrière ! enfin la douleur !En ce jour point de bonheurSans que ça paraisse !Oh ! gai !Sans que ça paraisse !

L'enfant naïf et mutinQue sa mère presseSur son cœur pur et serein,Fièrement se dresse :« Oh ! voyez depuis un an« Comme j'ai grandi, maman,« Sans que ça paraisse !« Oh ! gai !« Sans que ça paraisse ! »

Le jeune amoureux Firmin,Palpitant d'ivresse,Sur les lèvres de carminD'Anne sa maîtresse,Vient tendrement déposer,En soupirant, un baiser,Sans que ça paraisse !Oh ! gai !Sans que ça paraisse !

Tout le monde est radieux :La sombre vieillesseMontre un visage joyeuxComme la jeunesse :Mais cependant plus d'un cœurEst plongé dans la douleurSans que ça paraisse !Oh ! gai !Sans que ça paraisse !

On n'est pas doux qu'à demiEnvers qui nous blesse :On reçoit un ennemiAvec gentillesse ;Mais peut-être que demain,On dira : « C'est un vilain« Sans que ça paraisse !« Oh ! gai !« Sans que ça paraisse ! »

Maintenant d'un vol léger,Plein de hardiesse,Glissons-nous à l'étrangerQui nous intéresse :Soyons bon politiqueur ;Arborons toute couleurSans que ça paraisse !Oh ! gai !Sans que ça paraisse !

Mais en partant saluonsAvec politesseNos diplomates profondsQui, dans leur sagesse,Sauront donner au paysAutre tête, autres habitsSans que ça paraisse !Oh ! gai !Sans que ça paraisse !

Chez les Yankees, nos voisins,Où l'habile presseFait mille héros divinsPour une prouesse,Depuis trois ans, ô terreur !On se tue avec fureurSans que ça paraisse !Oh ! gai !Sans que ça paraisse !

Le Polonais vétéranQui cède et s'affaisseSous l'affreux joug d'un tyranQue son, sang engraisse,S'écrie encore à genoux :« O France, secoure-nous« Sans que ça paraisse !« Oh ! gai !« Sans que ça paraisse ! »

Le chef de la nation,Invoquant sans cesseLa non-intervention,Dit avec rudesse ;« Bah ! pourquoi se déranger ?« L'Ours du Nord peut le manger« Sans que ça paraisse !« Oh ! gai !« Sans que ça paraisse ! »

Ce même illustre mortelQui mène en liesseSieur Victor Emmanuel,À fait la promesseDe conduire, paraît-il,A Rome le roi GentilSans que ça paraisse !Oh ! gai !Sans que ça paraisse !

Versification

Mètre
Vers de 5, 7 et 2 syllabes (44 de 5, 44 de 7, 11 de 2)· profil 2, 5, 7

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

99 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Essais poétiques, QUÉBEC, G. E. DESBARATS, IMPRIMEUR-ÉDITEUR, 1865· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources