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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Épis, 1914· Au champ de la fantaisie

Rayon lointain

Pamphile Le May· 6 distiquess, alexandrins, 48 vers

Le beau soir ! Le beau soir !‖… Étendard grandiose,Un nuage d'argent,‖ frangé d'or et de rose,Sur nos monts d'azur sombre‖ avait longtemps flotté ;Et l'homme, tout rempli‖ de soins, avait trottéComme l'insecte vif‖ sur les routes diverses.La brise avait séché‖ quelques tièdes averses.Dans le ciel du couchant,‖ comme un riche ostensoir,Le soleil avait lui…‖ Le beau soir ! Le beau soir !

C'était la fenaison.‖ C'était une féerie…Sous la buée et sous‖ les fleurs, chaque prairieSemblait un large autel‖ où brûlent des encens.De toute part montaient‖ d'harmonieux accents.Le fermier matinal,‖ portant sur son épauleLa faux d'acier luisant‖ et la fourche de saule,Dès l'aube était sorti‖ de son humble maison.La lumière pleuvait…‖ C'était la fenaison.

Et les flots verts, bercés‖ par une fraîche haleine,Ressemblaient aux andains‖ alignés dans la plaine.Le long des chemins gris,‖ sous les effluves chauds,On voyait rayonner‖ les toits peints à la chaux.On avait entendu,‖ comme un bruit de cymbales,Le fer des travailleurs‖ et le cri des cigales ;Et, plus haut que ces bruits‖ dans les airs dispersés,Avaient chanté les cœurs‖ d'espérances bercés.

Sur les pas des faucheurs‖ toute la matinée,Les faneuses, riant,‖ la joue illuminée,Avaient fané le foin.‖ A l'heure du reposOn avait, sous les pins,‖ bu le lait. Les troupeaux,Dans l'autre champ couchés,‖ ruminaient d'un air lâche.La faux bientôt encor‖ avait repris sa tâche,Et, jusque vers le soir,‖ fait glisser des lueursParmi l'ombre du sol,‖ sur les pas des faucheurs.

Le soir était venu.‖ Les pesantes voitures,Traversant les fossés,‖ effleurant les clôtures,S'en allaient au fenil‖ porter le nouveau foin.On entendait chanter‖ les paysans au loin.Un rustique parfum‖ restait sur leur passage.Les faneuses rentraient.‖ Chacune à son corsageAvait mis une fleur,‖ en quittant le pré nu.Une étoile brilla.‖ Le soir était venu.

Mon cœur se réveillait.‖ Seul, assis à la porte,J'écoutais ces rumeurs‖ que la nuit nous apporte,Quand, tout près, sur la route,‖ il s'élève une voixQui me fait tressaillir.‖ Je regarde, et je voisDans un nid de foin mûr,‖ sur le char qui m'effleure,Une enfant du village…‖ Oh ! c'est loin ! Et je pleureAu divin souvenir‖ du chant qu'elle effeuillait.Trop vite elle passa !‖… Mon cœur se réveillait

Versification

Forme
6 distiquess (distiques)
Rimes
24((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Strophes
6 distiquess
Mots à la rime
a grandiose / rose féminine, classiqueb flotté / trotté masculine, classiquec diverses / averses féminine, classiqued ostensoir / soir masculine, classiquea féerie / prairie féminine, classiqueb encens / accents masculine, classiquec épaule / saule féminine, classiqued maison / fenaison masculine, classiquea haleine / plaine féminine, classiqueb chauds / chaux masculine, classiquec cymbales / cigales féminine, classiqued dispersés / bercés masculine, classiquea matinée / illuminée féminine, classiqueb repos / troupeaux masculine, classiquec lâche / tâche féminine, classiqued lueurs / faucheurs masculine, classiquea voitures / clôtures féminine, classiqueb foin / loin masculine, classiquec passage / corsage féminine, classiqued nu / venu masculine, classiquea porte / apporte féminine, classiqueb voix / vois masculine, classiquec m'effleure / pleure féminine, classiqued effeuillait / réveillait masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Épis, MONTREAL, LA CIE J.-ALFRED GUAY - LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1914· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources