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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les vengeances, 1875· Première partie La vengeance indienne

CHANT PREMIER. L’orme de Lotbinière

Pamphile Le May· 5 distiquess, alexandrins, 108 vers

Que j'aime à vous revoir,‖ forêts de Lotbinière,Lorsque vous secouez‖ votre épaisse crinière,Comme fait la cavale‖ en courant dans les présQu'elle bat avec bruit‖ de ses sabots ferrés !Que j'aime à vous revoir‖ quand le printemps se lèveEt que vos troncs puissants‖ se tordent dans la sève !Quand vos rameaux feuillus‖ bercent les petits nidsEt chantent les amours‖ des oiseaux réunis !Quand vous jetez au ciel‖ vos arômes suavesAvec des chants d'ivresse‖ ou des murmures graves !Mais je t'aime surtout,‖ toi, vieux bois des HuronsQue réveillent souvent‖ les cris des bûcherons,Les chants des charroyeurs‖ conduisant à la file,Par le chemin tracé‖ sur la neige mobile,Leurs grands traîneaux remplis‖ de sapin résineux.Souvent, quand le soleil‖ desséchait de ses feuxLe sable de la route‖ et l'herbe des prairies,Je suis venu chercher,‖ sur tes mousses fleuries,Le repos bienfaisant‖ et l'oubli de mes maux.Mais déjà, ma forêt,‖ tes arbres les plus beauxSont tombés, tour à tour,‖ sous les coups de la hacheComme des diamants‖ qu'un doigt profane arracheD'un brillant diadème :‖ et tes arbustes verts,Recourbés humblement‖ sous le vent des hivers,Ne diront pas à qui‖ ne t'a jamais connueQue jadis tu portais‖ ton front jusqu'à la nue !Et ceux-là qui liront‖ ces humbles vers, demain,Chênes qui m'abritez,‖ vous chercheront en vain !

Quand de l'été soufflaient‖ les brûlantes haleines,Que les boutons des fleurs‖ s'ouvraient au bord des plaines,Quelques hurons chrétiens‖ revenaient, autrefois,Élever leurs wigwams‖ au milieu de ce bois :Et de là vient son nom‖ qu'on lui conserve encore.Ces sauvages, armés‖ de leur fusil sonoreChassaient le daim timide‖ et le rusé renard.L'enfant, adroit et vif,‖ pouvait lancer un dardEt suspendre le vol‖ de la tourte rapide ;Il grimpait lestement,‖ et d'un poignet solideSe cramponnait aux troncs‖ des érables altiers.Les femmes s'assemblaient‖ pendant des jours entiersLaissant flotter au vent‖ leurs longs cheveux d'ébèneEt tressaient des paniers‖ avec l'aubier du frêne.Près d'elles la nagane‖ aux rameaux se berçaitPour endormir l'enfant‖ que l'oiseau caressait.

Quand la bise à nos bois‖ enlevait leur couronne,Quand les feuilles tombaient‖ sous les frimas d'automneQue la neige éclatante‖ étendait son manteauSur le chaume jauni‖ du fertile coteau,Ces indiens partaient‖ pour les pays de chasse.Ils allaient quelquefois‖ jusqu'aux terres de glace ;Quelques fois ils allaient,‖ montant le cours des flots,Jusqu'aux lacs de l'ouest,‖ dans leurs légers canots.

O noble rejeton‖ de nos forêts antiques ;Arbre dont les rameaux‖ remplis de bruits mystiquesSe dessinent, de loin,‖ comme un nuage noir,Dans l'azur du matin‖ ou la pourpre du soir ;Géant resté debout‖ sur le champ du carnage ;Ornement de nos bords,‖ souvenirs d'un autre âge ;O toi que respecta‖ la hache du colon, —Orme de Lotbinière,‖ orgueil de mon canton,Je te salue ! Au loin,‖ le marin intrépideQui va du Riche-Lieu‖ traverser le rapideAperçoit au dessus‖ des tilleuls fastueux,Comme un dôme éternel,‖ ton front majestueux !Combien de gais oiseaux‖ sur tes branches altièresSont venus à leur Dieu‖ moduler leurs prières !Sous tes rameaux pliés‖ comme de grands arceaux,Combien de jeunes gens,‖ vers le soir des jours chauds,Sont venus échanger,‖ dans leurs molles ivresses,Des baisers innocents‖ et de douces promesses !Mais tu n'as jamais vu‖ de couples plus charmantsQue Louise et Léon,‖ ces deux jeunes amantsDont je vais essayer‖ de chanter sur ma lyreL'amour et les douleurs !‖ Tu n'as pas vu reluireUn œil aussi brillant‖ sous ses longs cils de jaisQue l'œil de cette vierge.‖ Et ton feuillage épaisN'a jamais entendu‖ nulle voix plus sonoreQue la voix de Léon‖ qui chantait, dès l'aurore,Avec les rossignols‖ cachés dans les fourrésEt les flots déferlant‖ sur les sables dorés !

Jadis il s'élevait,‖ à l'ombre de cet ormeDont on admire encor‖ chez nous le tronc énorme,Une blanche maison‖ avec un large auventQui gardait le lambris‖ de la pluie et du vent.Son pignon élevé‖ lui donnait l'air sévère.La porte peinte en rouge‖ et trois chassis de verreS'ouvraient sur le devant‖ aux rayons du soleil :Deux chassis regardaient‖ le grand fleuve vermeil.A deux arpents au plus‖ était la vieille grangeAvec son toit de chaume‖ et son concert étrangeDe bêlements, de cris,‖ de plaintes et de chants.La forêt déroulait‖ son rideau sur les champsPar delà les blés mûrs‖ et les féconds pacages.On entendait, au nord,‖ l'onde bruire aux rivages.Jean Lozet habitait‖ cette blanche maison.C'était un homme franc,‖ encor dans la saisonDe la jeunesse ardente‖ et des suaves rêves ;Travaillant du matin‖ jusques au soir sans trèves ;Un peu dur toutefois,‖ n'aimant pas l'indigentEt mettant son bonheur‖ à compter son argent.Il avait pour compagne,‖ en son foyer modeste,Une femme adorable.‖ Il le savait, du reste,Et le disait souvent‖ à ses amis jaloux.Un enfant gracieux‖ jouait sur ses genoux :D'un amour pur c'était‖ encor l'unique gage,L'enfant savait charmer‖ par son gentil langageSon père trop souvent‖ rempli d'anxiété,Et faisait sous le toit‖ renaître la gaîté

Versification

Forme
5 distiquess (distiques)
Rimes
54((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
5 distiquess
Mots à la rime
a Lotbinière / crinière féminine, classiqueb prés / ferrés masculine, classiquec lève / sève féminine, classiqued nids / réunis masculine, classiquee suaves / graves féminine, classiquef Hurons / bûcherons masculine, classiqueg file / mobile féminine, classiqueh résineux / feux masculine, classiquei prairies / fleuries féminine, classiquej maux / beaux masculine, classiquek hache / arrache féminine, classiquel verts / hivers masculine, classiquem connue / nue féminine, classiquen demain / vain masculine, classiquea haleines / plaines féminine, classiqueb autrefois / bois masculine, classiquec encore / sonore féminine, classiqued renard / dard masculine, classiquee rapide / solide féminine, classiquef altiers / entiers masculine, classiqueg d'ébène / frêne féminine, classiqueh berçait / caressait masculine, classiquea couronne / d'automne féminine, classiqueb manteau / coteau masculine, classiquec chasse / glace féminine, classiqued flots / canots masculine, classiquea antiques / mystiques féminine, classiqueb noir / soir masculine, classiquec carnage / âge féminine, classiqued colon / canton masculine, classiquee intrépide / rapide féminine, classiquef fastueux / majestueux masculine, classiqueg altières / prières féminine, classiqueh arceaux / chauds masculine, classiquei ivresses / promesses féminine, classiquej charmants / amants masculine, classiquek lyre / reluire féminine, classiquel jais / épais masculine, classiquem sonore / l'aurore féminine, classiquen fourrés / dorés masculine, classiquea orme / énorme féminine, classiqueb auvent / vent masculine, classiquec sévère / verre féminine, classiqued soleil / vermeil masculine, classiquee grange / étrange féminine, classiquef chants / champs masculine, classiqueg pacages / rivages féminine, classiqueh maison / saison masculine, classiquei rêves / trèves féminine, classiquej l'indigent / argent masculine, classiquek modeste / reste féminine, classiquel jaloux / genoux masculine, classiquem gage / langage féminine, classiquen d'anxiété / gaîté masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

108 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les vengeances, QUÉBEC, TYPOGRAPHIE DE C. DARVEAU, 1875· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources