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un seul est le mot juste.

Les vengeances, 1875· Première partie La vengeance indienne

CHANT TROISIÈME. Première vengeance

Pamphile Le May· distiques, alexandrins, 102 vers

Bien des jours ont passé‖ depuis que l'indien,Étouffant dans son cœur‖ tout sentiment chrétienJura de se venger‖ du mépris de la vierge.Toujours rempli de haine,‖ il marche sur la bergeDu fleuve qui mugit‖ en mordant le rocher.Dans les ombres du soir‖ on le voit approcher.Il avance sans bruit‖ vers une maison blanche,Et se cache derrière‖ un grand orme qui pencheAu dessus du pignon‖ ses orgueilleux rameaux.Tel un serpent impur‖ déroule ses anneaux,Se glisse en ondulant‖ sous la verdure densePour surprendre le nid‖ où s'endort l'innocence.La vierge qu'il aimait‖ habite ce foyer.Pendant bien des saisons‖ il a dû se ployerSous le fardeau pesant‖ de l'ironie amère :Elle est heureuse et riche,‖ elle est épouse et mère !La crainte, les remords‖ ne troublent pas ses nuits ;Elle ne connaît pas‖ les funestes ennuis !Mais le soleil brûlant‖ présage la tempête :Et la vengeance veille ;‖ à frapper elle est prête !

L'airain avait sonné‖ la prière du soir.Le clocher dans le ciel‖ plongeait son profil noir,Et tous les paysans‖ rentraient dans leur demeure.Jean Lozet s'attardait.‖ Souvent depuis une heure,Pour causer, les voisins‖ s'étaient tous assemblés,Et lui semait encore‖ ou moissonnait ses blés.Il voulait amasser‖ pour les jours du vieil âge,Et laisser à son fils‖ un superbe héritage.

Près de l'orme toujours‖ l'indien Tonkourou,Menaçant, l'œil en feu,‖ sombre comme un hibou,Attendait. Au sommet‖ de l'arbre solitaire,Alors, un rossignol‖ chanta, comme pour faireAu jour qui s'éteignait‖ ses suprêmes adieux.On eut dit, par instant,‖ des éclairs radieuxQui se précipitaient‖ à travers le feuillage.Tous les autres oiseaux‖ suspendent leur ramagePour écouter la voix‖ du chantre harmonieux.Il a de longs soupirs,‖ puis des rires joyeux,Une plainte suave‖ et des cris d'allégresse.Capricieux accords‖ jetés avec souplesse,Roulades, trilles gais,‖ doux murmures, sanglotsSe succèdent sans fin,‖ comme les flots aux flots.Ce sont, de feuille en feuille‖ et jusque sur les herbes,De riches diamants‖ qui retombent en gerbes ;Ce sont comme, la nuit,‖ des gouttes de métalTombant, une par une,‖ au bassin de cristal.Parfois il ouvre une aile,‖ il se tait, se recueille,Et l'air chante à son tour,‖ et la légère feuilleSemble frémir encore‖ au souffle merveilleux.

L'indien, immobile,‖ écoute, et ses deux yeux,Comme d'ardents charbons,‖ se fixent sur la porteDe la maison paisible‖ à laquelle il apporte,Dans sa vengeance atroce,‖ un éternel malheur.Un enfant souriant,‖ tout brillant de fraîcheur,Sortit pour écouter‖ du rossignol sauvage,Dans l'orme chevelu,‖ l'harmonieux langage.Sur le gazon moelleux,‖ courant comme le daim,Jusqu'au dessous de l'arbre‖ il avance. SoudainLe sauvage s'élance,‖ et l'empoigne, et l'enchaîne :Riant d'un rire affreux,‖ vitement il l'entraîneVers le fleuve bruyant.‖ L'enfant pousse des cris.L'indien le menace,‖ et, de ses doigts maigris,Lui tenaille les bras‖ et lui ferme la bouche.Au fond de son canot‖ rudement il le couche,Et, ramant avec force‖ il s'éloigne des bords.

Aux cris de son enfant‖ qu'elle savait dehorsAccourut aussitôt‖ la mère infortunée.Elle vit s'envoler‖ une forme damnée,Un démon qui tenait‖ un ange dans ses bras.Dans sa douleur étrange‖ elle crut voir, hélas tDes regards suppliants‖ qui se tournaient vers elle.Bientôt tout disparut.‖ Une voix solennelleDes vagues en courroux‖ montait de temps en temps.Le rossignol toujours,‖ sous les rameaux flottants,Égrenait sa chanson‖ comme une molle pluie :Mais nul n'écoutait plus‖ l'enivrante harmonie !Et lorsque Jean Lozet,‖ fatigué mais heureux,Revint du labourage‖ avec ses deux grands bœufs,Près de l'orme il trouva‖ son épouse chérie,Le front contre le sol,‖ gisant évanouie :Et nul enfant joyeux‖ de la blanche maisonN'accourut sur ses pas‖ à travers le gazon !

Dans les bois l'indien‖ alla cacher sa proie.Sous un air triste et morne‖ il déguisa sa joie.Il revint bien souvent‖ dans la maison en deuil,Et les gens abusés‖ lui faisaient bon accueil,Lui vouaient dans leurs cœurs‖ de la reconnaissance.Il n'était pas souillé‖ du sang de l'innocence :Il rêvait, le barbare,‖ une autre iniquité :Il voulait prendre un homme‖ à la société,Pervertir son esprit‖ et le rendre sauvage.

Vint le temps de la chasse.‖ Alors, selon l'usage,Pour des pays lointains‖ partirent les hurons.Les grands monts de l'Ouest‖ voient dans leurs environsDe nomades tribus‖ qui cheminent sans cesse.Tonkourou s'éloignant‖ toujours avec vitesseAtteignit ces tribus‖ et leur livra l'enfant.Avant de l'accepter,‖ le chef dur et puissantLe fît lier debout‖ au tronc d'un jeune chêne ;Armé d'un os aigu‖ comme l'est une alêneIl le vint tatouer,‖ le marquant désormaisD'affreux signes que rien‖ n'effacera jamais

Versification

Forme
Distiques
Rimes
51((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a l'indien / chrétien masculine, classiqueb vierge / berge féminine, classiquec rocher / approcher masculine, classiqued blanche / penche féminine, classiquee rameaux / anneaux masculine, classiquef dense / l'innocence féminine, classiqueg foyer / ployer masculine, classiqueh amère / mère féminine, classiquei nuits / ennuis masculine, classiquej tempête / prête féminine, classiquea soir / noir masculine, classiqueb demeure / heure féminine, classiquec assemblés / blés masculine, classiqued âge / héritage féminine, classiquea Tonkourou / hibou masculine, classiqueb solitaire / faire féminine, classiquec adieux / radieux masculine, classiqued feuillage / ramage féminine, classiquee harmonieux / joyeux masculine, classiquef d'allégresse / souplesse féminine, classiqueg sanglots / flots masculine, classiqueh herbes / gerbes féminine, classiquei métal / cristal masculine, classiquej recueille / feuille féminine, classiquek merveilleux / yeux masculine, classiqueb porte / apporte féminine, classiquec malheur / fraîcheur masculine, classiqued sauvage / langage féminine, classiquee daim / Soudain masculine, classiquef l'enchaîne / l'entraîne féminine, classiqueg cris / maigris masculine, classiqueh bouche / couche féminine, classiquei bords / dehors masculine, classiqueb infortunée / damnée féminine, classiquec bras / t masculine, non classiqued elle / solennelle féminine, classiquee temps / flottants masculine, classiquef pluie / harmonie féminine, classiqueg heureux / bœufs masculine, classiqueh chérie / évanouie féminine, classiquei maison / gazon masculine, classiquea proie / joie féminine, classiqueb deuil / accueil masculine, classiquec reconnaissance / l'innocence féminine, classiqued iniquité / société masculine, classiquee sauvage / l'usage féminine, classiqueb hurons / environs masculine, classiquec cesse / vitesse féminine, classiqued l'enfant / puissant masculine, classiquee chêne / alêne féminine, classiquef désormais / jamais masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

102 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les vengeances, QUÉBEC, TYPOGRAPHIE DE C. DARVEAU, 1875· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources