Poèmes antiques, 1852
Chant alterné
I
Déesse athénienne‖ aux tissus diaphanes,Ton peuple, ô blanche Hellas,‖ me créa de ses mains.J'ai convié les dieux‖ à mes baisers profanes ;D'un immortel amour‖ j'ai brûlé les humains.
II
Dans ma robe aux longs plis,‖ humble vierge voilée,Les bras en croix, je viens‖ du mystique Orient.J'ai fleuri sur ton sable,‖ ô lac de Galilée !Sous les larmes d'un dieu‖ je suis née en priant.
I
Sur mon front plein d'ivresse‖ éclate un divin rire,Un trouble rayonnant‖ s'épanche de mes yeux ;Ton miel, ô volupté,‖ sur mes lèvres respire,Et ta flamme a doré‖ mon corps harmonieux.
II
La tristesse pieuse‖ où s'écoule ma vieEst comme une ombre douce‖ aux cœurs déjà blessés ;Quand vers l'époux divin‖ vole l'âme ravie,J'allège pour le ciel‖ le poids des jours passés.
I
Jamais le papyrus‖ n'a noué ma tunique :Mon sein libre jaillit,‖ blanc trésor de Paros !Et je chante Cypris‖ sur le mode ionique,Foulant d'un pied d'ivoire‖ hyacinthe et lotos.
II
Heureux qui se réchauffe‖ à mon pieux délire,Heureux qui s'agenouille‖ à mon autel sacré !Les cieux sont comme un livre‖ où tout homme peut lire,Pourvu qu'il ait aimé,‖ pourvu qu'il ait pleuré.
I
Éros aux traits aigus,‖ d'une atteinte assuréeDès le berceau récent‖ m'a blessée en ses jeux ;Et depuis, le désir,‖ cette flèche dorée,Étincelle et frémit‖ dans mon cœur orageux.
II
Les roses de Sâron,‖ le muguet des collinesN'ont jamais de mon front‖ couronné la pâleur ;Mais j'ai la tige d'or‖ et les odeurs divinesEt le mystique éclat‖ de l'éternelle fleur.
I
Plus belle qu'Artémis‖ aux forêts d'Ortygie,Rejetant le cothurne‖ en dansant dénoué,Sur les monts florissants‖ de la sainte PhrygieJ'ai bu les vins sacrés‖ en chantant évohé !
II
Un esprit lumineux‖ m'a saluée en reine ;Pâle comme le lis‖ à l'abri du soleil,Je parfume les cœurs,‖ et la vierge sereineSe voile de mon ombre‖ à l'heure du sommeil.
I
Dans l'Attique sacrée‖ aux sonores rivages,Aux bords ioniens‖ où rit la volupté,J'ai vu s'épanouir‖ sur mes traces volagesTa fleur étincelante‖ et féconde, ô beauté !
II
Les sages hésitaient,‖ l'âme fermait son aile ;L'homme disait au ciel‖ un triste et morne adieu :J'ai fait germer en lui‖ l'espérance éternelle,Et j'ai guidé la terre‖ au-devant de son dieu.
I
Ô coupe aux flots de miel‖ où s'abreuvait la terre,Volupté ! Monde heureux‖ plein de chants immortels !Ta fille bien aimée,‖ errante et solitaire,Voit l'herbe de l'oubli‖ croître sur ses autels !
II
Amour, amour sans tache,‖ impérissable flamme !L'homme a fermé son cœur,‖ le monde est orphelin.Ne renaîtras-tu plus‖ dans la nuit de son âme,Aurore du seul jour‖ qui n'ait pas de déclin ?
Versification
- Forme
- 14 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 14(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 14 quatrains
- Mots à la rime
- a diaphanes / profanes féminine, classiqueb mains / humains masculine, classiquea voilée / Galilée féminine, classiqueb Orient / priant masculine, classiquea rire / respire féminine, classiqueb yeux / harmonieux masculine, classiquea vie / ravie féminine, classiqueb blessés / passés masculine, classiquea tunique / ionique féminine, classiqueb Paros / lotos masculine, classiquea délire / lire féminine, classiqueb sacré / pleuré masculine, classiquea assurée / dorée féminine, classiqueb jeux / orageux masculine, classiquea collines / divines féminine, classiqueb pâleur / fleur masculine, classiquea d'Ortygie / Phrygie féminine, classiqueb dénoué / évohé masculine, classiquea reine / sereine féminine, classiqueb soleil / sommeil masculine, classiquea rivages / volages féminine, classiqueb volupté / beauté masculine, classiquea aile / éternelle féminine, classiqueb adieu / dieu masculine, classiquea terre / solitaire féminine, classiqueb immortels / autels masculine, classiquea flamme / âme féminine, classiqueb orphelin / déclin masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes antiques, Librairie Marc Ducloux, Éditeur, 1852· numérisation Biblio.tic· Sources