Poèmes antiques, 1852
Khiron
1847.
I
Hélios, désertant‖ la campagne infinie,S'incline plein de gloire‖ aux plaines d'Haimonie.Sa pourpre flotte encor‖ sur la cime des monts.Le grand fleuve océan‖ apaise ses poumons ;Et l'invincible nuit‖ de silence chargéeDéjà d'un voile épais‖ couvre les flots Égée ;Mais sur le Boibéis‖ aux rougissantes eauxOù le coursier lapithe‖ humecte ses naseaux,Sur l'Hellade sacrée‖ et la mer de PagaseLa robe d'Hélios‖ se déploie et s'embrase.
Non loin du Pélion‖ couronné de grands pins,Par les sentiers touffus,‖ par les vagues chemins,Les pasteurs, beaux enfants‖ à la robe grossière,Qui d'un agile élan‖ courent dans la poussière,Ramènent tour à tour‖ et les bœufs indolentsDont la lance hâtive‖ aiguillonne les flancs,Les chèvres aux pieds sûrs,‖ dédaigneuses des plaines,Et les blanches brebis‖ aux florissantes laines.Sur de rustiques chars‖ les vierges aux bras nusJettent au vent du soir‖ leurs rires ingénus,Et tantôt, de narcisse‖ et d'épis couronnées,Chantent Cérès propice‖ en chansons alternées.Durant l'éclat du jour,‖ au milieu des joncs verts,En d'agrestes cours d'eau‖ de platanes couverts,Les unes ont lavé‖ les toiles transparentes,Les autres ont coupé‖ les moissons odorantes,Et toutes, délaissant‖ la fontaine ou les champs,Charment au loin l'écho‖ du doux bruit de leurs chants.L'heure fuit, le ciel roule‖ et la flamme recule.La splendide vapeur‖ du flottant crépusculeS'épanche autour des chars,‖ baignant d'un pur refletCes bras où le sang luit‖ sous la blancheur du lait,Ces chastes seins enclos‖ par le lin diaphane,Qui jamais n'ont bondi‖ sous une main profane ;Ces cheveux dénoués,‖ beau voile, heureux trésor,Que le vent amoureux‖ déroule en boucles d'or.Sur les blés, les tissus,‖ l'une près l'autre assises,Elles vont unissant‖ leurs chansons indécises,Leurs rires éclatants !‖ Et les jeunes pasteursS'empressent pour les voir,‖ et par des mots flatteursCaressent en passant‖ leur vanité cachée.Tels, quittant la montagne‖ en son repos couchée,Ces enfants de l'Hellade‖ aux immortels échosPoussent troupeaux et chars‖ vers les murs d'Iolkos.Mais voici qu'au détour‖ de la route poudreuseUn étranger s'avance ;‖ et cette foule heureuseLe regarde et s'étonne,‖ et du geste et des yeuxS'interroge aussitôt.‖ Il approche. Les dieuxD'un sceau majestueux‖ ont empreint son visage.Dans ses regards profonds‖ règne la paix du sage.Il marche avec fierté.‖ Sur ses membres nerveuxFlotte le lin d'Égypte‖ aux longs plis. Ses cheveuxCouvrent sa vaste épaule,‖ et dans sa main guerrièreBrille aux yeux des pasteurs‖ la lance meurtrière.Silencieux, il passe,‖ et les adolescentsÉcoutent résonner‖ au loin ses pas puissants.C'est un dieu ! Pensent-ils ;‖ et les vierges troubléesS'entretiennent tout bas‖ en groupes rassemblées.Mais semblable au lion,‖ le divin voyageurS'éloigne sans les voir,‖ pacifique et songeur.
La nuit tombe des cieux ;‖ le Pélion énormeAux lueurs de Phœbé‖ projette au loin sa forme ;Et sur la cime altière‖ où dorment les forêtsLes astres immortels‖ dardent leurs divins traits.Il marche. Il a franchi‖ les roches dispersées,Formidables témoins‖ des querelles passées ;Alors que les géants,‖ de leurs solides mainsBâtissaient vers les cieux‖ d'impossibles chemins,Et que Zeus, ébranlant‖ l'escalier granitique,De ces monts fracassés‖ couvrit l'Hellade antique.
Entre deux vastes blocs,‖ au creux d'un noir vallon,Non loin d'un bois épais‖ que chérit Apollon,Un antre ouvre aux regards‖ sa cavité sonore.Le seuil en est ouvert ;‖ car tout mortel honoreCet asile d'un sage,‖ et l'on dit que les dieuxDe leur présence auguste‖ ont consacré ces lieux.Deux torches d'olivier‖ de leur flamme géanteRougissent les parois‖ de la grotte béante.Là, comme un habitant‖ de l'Olympe éthéré,Mais par le vol des ans‖ fugitifs effleuré,Khiron aux quatre pieds,‖ roi de la solitude,Sur la peau d'un lion,‖ couche nocturne et rude,Est assis, et le fils‖ de Pelée, au beau corps,Charme le grand vieillard‖ d'harmonieux accords.La lyre entre ses doigts‖ chante comme l'haleineDe l'Euros au matin‖ sur l'écumante plaine.À ce bruit l'étranger‖ marche d'un pied hâtif,Et sur le seuil de pierre‖ il s'arrête attentif.Mais Khiron l'aperçoit ;‖ il délaisse sa couche ;Un rire bienveillant‖ illumine sa bouche ;Il interrompt Achille‖ à ses pieds interditEt saluant son hôte,‖ il l'embrasse et lui dit :
Orphée aux chants divins‖ que conçut KalliopeEntre les bras d'Œagre,‖ aux vallons du RhodopeQue baigne le Strymon‖ d'un cours aventureux ;Ô magnanime roi‖ des kylones heureux !Dieu mortel de l'Hémos,‖ qui vis le noir rivage,Ta présence m'honore,‖ et mon antre sauvageN'a contenu jamais‖ entre tous les humainsUn hôte tel que toi,‖ chantre aux savantes mains.Ta gloire a retenti‖ des plaines de l'HelladeJusqu'aux fertiles bords‖ où gémit Encelade.Attentive, souvent‖ mon oreille écouta,De la Thrace glacée‖ aux cimes de l'Œta,Les sons mélodieux‖ de ta lyre honoréeVoler dans l'air ému‖ sur l'aile de Borée.Déjà par l'âge éteints,‖ jamais mes faibles yeuxNe t'avaient contemplé,‖ mortel semblable aux dieux !J'en atteste l'Olympe‖ et mon père Saturne,Ta vue a réjoui‖ ma grotte taciturne.Entre ! Repose-toi‖ sur ces peaux de lion.Dans les vertes forêts‖ du sombre Pélion,Jadis, en mes beaux jours‖ de force et de courage,J'immolai de mes mains‖ ces lions pleins de rage.Maintenant leur poil fauve‖ est propice au repos,Plus que la toison blanche‖ arrachée aux troupeaux.Et toi, fils de Thétys,‖ Achille au pied agile,Verse l'onde qui fume‖ en cette urne d'argile,Et de mon hôte illustre,‖ aux accents inspirés,D'une pieuse main‖ lave les pieds sacrés.
Il dit, et le jeune homme,‖ à sa voix vénérée,Saisit l'urne, d'acanthe‖ et de lierre entourée.Une eau pure et brûlante‖ y coule ; et, gracieux,Il s'approche d'Orphée‖ aux chants harmonieux :Ô roi ! Mortel issu‖ d'une race divine,Permets que je te serve.‖ — Et son genou s'incline,Et ses cheveux dorés,‖ au Sperkhios voués,Sur son front qui rougit‖ s'épandent dénoués.Le sage lui sourit,‖ l'admire et le caresse :Que le grand Zeus, mon fils,‖ à ton sort s'intéresse,Dit-il. — Achille alors‖ lave ses pieds fumants,Agrafe le cothurne‖ aux simples ornements,Puis écoute appuyé‖ sur sa pique de hêtreL'harmonieuse voix‖ qui répond à son maître.Tel, le jeune Iakkhos,‖ dans les divins conseilsS'accoude sur le thyrse‖ aux longs pampres vermeils.Interdit devant toi,‖ fils de Khronos, ô sage,À peine j'ose encor‖ contempler ton visage ;Et je doute en mon cœur‖ que les destins amisAient vers le grand Khiron‖ guidé mes pas soumis.Salut, divin vieillard‖ plein d'un esprit céleste !Que jamais Érynnis,‖ dans sa course funeste,Ne trouble le repos‖ de tes glorieux jours !Ô sage, vis sans cesse‖ et sois heureux toujours.La vérité, mon père,‖ a parlé par ta bouche.Kalliope reçut‖ Oeagre dans sa couche :Je suis né sur l'Hémos‖ de leurs embrassements.Pour braver Poseidon‖ et les flots écumantsJ'ai quitté sans regrets‖ la verte BistonieOù des rhythmes sacrés‖ j'enchaînais l'harmonie ;Et la riche Iolkos‖ m'a reçu dans son sein.Là, sur le bord des mers,‖ comme un bruyant essaim,Cinquante rois couverts‖ de brillantes armures,Poussant jusques aux cieux‖ de belliqueux murmures,Autour d'un noir navire‖ aux destins hasardeuxAttendent que ma voix‖ te conduise auprès d'eux.Sur la plage marine‖ où j'ai dressé ma tente,Environnant mon seuil‖ de leur foule éclatante,Tous m'ont dit : — Fils d'Oeagre,‖ aux paroles de miel,De qui la lyre enchante‖ et la terre et le ciel,Va ! Sois de nos désirs‖ le puissant interprète ;Que le sage Centaure‖ à te suivre s'apprête.Dis-lui que des myniens‖ les héros assemblésAu delà des flots noirs‖ par l'orage troublés,Las d'un lâche repos‖ et d'une vie obscure,Vont ravir la toison‖ du bélier de Mercure.Rappelle-lui Phryxos‖ avec la blonde Hellé,Rejetons d'Athamas,‖ que conçut Néphélé,Alors qu'abandonnant‖ les rives d'Orkhomène,Ils fuyaient vers Aia‖ leur marâtre inhumaine.Et le bélier divin‖ les portait sur les mers.La jeune Hellé tomba‖ dans les gouffres amers ;Et Phryxos, pour calmer‖ son ombre fraternelle,Immola dans Kolkhos‖ ce nageur infidèle.Il suspendit lui-même,‖ au milieu des forêts,Sa brillante toison‖ dans le temple d'Arès ;Et depuis, un dragon‖ aux dieux mêmes terrible,Veille sur ce trésor,‖ gardien incorruptible.Immense, vomissant‖ la fumée et le feu,De ses mouvants anneaux‖ il entoure ce lieu.Il n'a dormi jamais,‖ et tout son corps flamboie ;Il rugit en lion,‖ en molosse il aboie ;Comme l'aigle, habitant‖ d'Athos aux pics déserts,Il vole, hérissé‖ d'écailles, dans les airs !Il rampe, il se redresse,‖ il bondit dans la plaineMieux qu'un jeune étalon‖ à la puissante haleine ;Et dans la sombre nuit,‖ comme aux clartés du ciel,Il darde incessamment‖ un regard éternel !Va donc, cher compagnon,‖ harmonieux Orphée ;Présente à ses regards‖ cet immortel trophée ;Va ! Qu'il cède à nos vœux‖ et qu'il règne sur nous.Ses disciples anciens‖ embrassent ses genoux.Aux luttes des héros‖ il forma leur jeunesse,Et leur âge viril‖ implore sa sagesse.
Vieillard ! Tels m'ont parlé‖ ces pasteurs des humainsNourris de ton esprit,‖ élevés par tes mains :Le puissant Héraclès,‖ fils de Zeus et d'Alkmène,Qui déploie en tous lieux‖ sa force surhumaine,Et qui naquit dans Thèbe,‖ alors que le soleilCacha durant trois jours‖ son éclat sans pareil ;Typhis, fils d'Aignias,‖ qui de ses mains habilesDirige les vaisseaux‖ sur les ondes mobiles ;Kastor, fils de Tyndare‖ et dompteur de coursiers ;Pollux, que l'Eurotas‖ en ses roses lauriersVit naître avec Hélène,‖ au berceau renommée,Sous les baisers du dieu‖ dont Léda fut aimée ;Le léger Méléagre,‖ appui de Kalydon ;Boutès, à qui Pallas‖ d'un glaive d'or fit don ;Pélée et Télamon,‖ Amphion de Pallène,Et le bel Eurotos‖ cher au dieu de Kyllène ;Et le fils de Nélée‖ et Lyncée aux grands yeuxQui du regard pénètre‖ et la terre et les cieux,Et les profondes mers‖ et les abîmes sombresOù l'implacable Aidès‖ règne au milieu des ombres ;Et vingt autres héros,‖ avec le fils d'OesonJeune, brave et prudent‖ comme Athéné, — Jason !Je supplie avec eux‖ ta sagesse profonde.Sur leur respect pour toi‖ tout leur espoir se fonde ;Parle ! Que répondrai-je‖ à ces rois belliqueux ?Ils n'attendent qu'un chef,‖ mais Argo n'attend qu'eux.J'écoute ; car demain,‖ dès l'aurore naissante,Il me faut retourner‖ vers la mer mugissante.
— Les dieux, dit le Centaure,‖ ont habité parfoisLes bruyantes cités‖ et les monts et les bois,Alors que de l'Olympe‖ abandonnant l'enceinte,Ils dérobaient l'éclat‖ de leur majesté sainte ;Ainsi, roi de la Thrace,‖ à tes augustes traits,Je me souviens du dieu‖ qui lance au loin les traits ;Tel, exilé des cieux,‖ pasteur de Thessalie,Je le vis s'avancer‖ dans la plaine embellie.Son port majestueux,‖ ses chants le trahissaient,Et les nymphes des bois‖ sur ses pas s'empressaient.Ta parole, mon hôte,‖ est douce à mon oreille ;Nulle voix à la tienne‖ ici-bas n'est pareille ;Mais comme un roi puissant,‖ à des enfants épars,Dispense ses trésors‖ en d'équitables parts,L'impassible destin,‖ obéi des dieux mêmes,Ordonne l'univers‖ de ses décrets suprêmes.Le destin sait, voit, juge !‖ Et tous lui sont soumis,Et jamais il ne tient‖ que ce qu'il a promis.Repose-toi, mon hôte,‖ et daigne en ma retraiteCalmer la sombre faim.‖ — Fils de Pélée, apprêteEt le miel et le vin‖ et nos agrestes mets.Bientôt, roi de la Thrace,‖ ô chanteur, qui soumetsAu joug mélodieux‖ les forêts animées,Les sources des vallons‖ de tes accents charmées,Et les rochers émus‖ et les bêtes des bois,Bientôt le noir destin‖ parlera par ma voix.Le destin dévorant,‖ sourd comme l'onde amère,Engloutit à son jour‖ toute chose éphémère,Ô fils d'Oeagre ! Et moi,‖ par Khronos engendré,Qui dus être immortel,‖ dont l'âge immesuréDe générations‖ embrasse un vaste nombre ;Moi qui de l'avenir‖ perce le voile sombre…Il me semble qu'hier‖ j'ai vu les premiers cieux !Que Phyllire, ma mère,‖ en son amour joyeux,Hier en ses doux bras‖ abritait ma faiblesse !Ne touché-je donc pas‖ à l'aride vieillesse ?N'ai-je pas sur la terre‖ usé de mes pieds dursLa tombe des héros‖ tombés comme fruits mûrs ?Et cet âge éternel‖ qu'on daigna me promettre,Est-ce un rapide jour‖ qui semble toujours naître ?Sombre destin, pensée‖ où tout est résolu,Ô destin, tout mourra‖ quand tu l'auras voulu.Et durant ce discours,‖ Orphée aux yeux splendides,Lisant sur ce grand front‖ tout sillonné de ridesLa profonde pensée‖ et le secret du sort,Croit voir un dieu couvert‖ des ombres de la mort.Cependant il se tait‖ et respecte le sage ;Nul orgueil de savoir‖ ne luit sur son visage ;Il attend que Khiron,‖ assouvissant sa faim,L'invite à l'écouter‖ et lui réponde enfin.
Le fier adolescent‖ à la tête bouclée,Fils de l'Océanide‖ et du divin Pélée,Achille au cœur ardent,‖ comme un jeune lionQui joue en son repaire‖ aux flancs du Pélion,S'empresse autour d'Orphée‖ et du sage Centaure ;Souriant, il leur verse‖ un doux vin qui restaure,Puis, sur un disque il sert‖ un tendre agneau fumant,Et des gâteaux de miel‖ avec un pur froment.Parfois, le grand vieillard‖ qui naquit de Phyllire,Et le roi de la Thrace‖ à la puissante lyre,Admirent en secret‖ cet enfant glorieux,Le plus beau des mortels‖ issu du sang des dieux.Déjà sa haute taille‖ avec grâce s'élanceComme un pin des forêts‖ que la brise balance ;Une flamme jaillit‖ de son œil courageux ;Et, soit qu'il s'abandonne‖ aux héroïques jeux,Soit qu'il fasse vibrer‖ entre ses mains fécondesLa lyre aux chants divins,‖ mélodieuses ondes ;Comme un nuage d'or,‖ diaphane et mouvant,À voir ses longs cheveux‖ flotter au libre vent,Et sur son cou d'ivoire‖ errer pleins de mollesse ;À voir ses reins brillants‖ de force et de souplesse,Son bras blanc et nerveux‖ au geste souverainQui soutient sans ployer‖ un bouclier d'airain,Les deux sages déjà,‖ devançant les années,Déroulent dans leurs cœurs‖ ses grandes destinées.
Mais le festin s'achève,‖ et sur sa large mainLe Centaure pensif‖ pose un front surhumain.Un long rêve surgit‖ dans son âme profonde ;Son œil semble chercher‖ un invisible monde ;Son oreille attentive‖ aux bruits qui ne sont plusEntend passer l'essaim‖ des siècles révolus.Il s'enflamme aux reflets‖ de leur antique gloire,Comme au vivant soleil‖ luit une tombe noire !Tels qu'un écho lointain‖ qui meurt au fond des bois,Des sons interrompus‖ expirent dans sa voix,Et de son cœur troublé‖ l'élan involontaireFait qu'il frappe soudain‖ des quatre pieds la terre.Comme pour embrasser‖ des êtres bien aimés,Il ouvre à son insu‖ des bras accoutumés ;Il remonte les temps,‖ il s'écrie, il appelle,Et sur son front la joie‖ à la douleur se mêle.Enfin sa voix résonne‖ et s'exhale en ces mots,Comme le vent sonore‖ émeut les noirs rameaux.
II
— Oui ! J'ai vécu longtemps‖ sur le sein de Cybèle…Dans ma jeune saison‖ que la terre était belle !Les grandes eaux naguère‖ avaient de leurs limonsReverdi dans l'éther‖ les pics altiers des monts.Du sein des flots féconds‖ les humides vallées,De nacre et de corail‖ et de fleurs étoilées,Sortaient, telles qu'aux yeux‖ avides des humains,De beaux corps ruisselants‖ du frais baiser des bains,Et fumaient au soleil‖ comme des urnes pleinesDe parfums d'Ionie‖ aux divines haleines !Les cieux étaient plus grands !‖ D'un souffle généreuxL'air subtil emplissait‖ les poumons vigoureux ;Et plus que tous, baigné‖ des forces éternelles,Des aigles de l'athos‖ je dédaignais les ailes !Sur l'écume des mers‖ Aphrodite en riant,Comme un rêve enchanté‖ voguait vers l'orient…De sa conque, flottant‖ sur l'onde qui l'arrose,La nacre aux doux rayons‖ reflétait son corps rose ;Et l'Euros caressait‖ ses cheveux déroulés,Et l'océan baisait‖ ses pieds immaculés,Et les grâces en rond‖ sur la mer murmuranteEmperlaient en nageant‖ leur blancheur transparente ;Et les ris et les jeux,‖ dans leurs jeunes essors,Guidaient la conque bleue‖ et ses divins trésors !
Ô plaines de la Grèce,‖ ô montagnes sacrées,De la terre au grand sein‖ mamelles éthérées !Ô pourpre des couchants,‖ ô splendeur des matins !Ô fleuves immortels,‖ qu'en mes jeux enfantinsJe domptais du poitrail,‖ et dont l'onde écumante,Neige humide, flottait‖ sur ma croupe fumante !Oui ! J'étais jeune et fort ;‖ rien ne bornait mes vœux :J'étreignais l'univers‖ entre mes bras nerveux ;L'horizon sans limite‖ aiguillonnait ma course,Et j'étais comme un fleuve‖ élancé de sa source,Qui, du sommet des monts‖ soudain précipité,Flot sur flot s'amoncelle‖ et roule avec fierté.Depuis que sur le sable‖ où la mer vient bruireKhronos m'eut engendré‖ dans le sein de Phyllire,J'avais erré, sauvage‖ et libre sous les airs,Emplissant mes poumons‖ du souffle des déserts,Et fuyant des mortels‖ les obscures demeures.Je laissais s'envoler‖ les innombrables heures ;
De leur rapide essor‖ rival impétueux,L'orage de mon cœur‖ au cours tumultueuxMieux qu'elles, dans l'espace‖ et l'ardente duréeEntraînait au hasard‖ ma force inaltérée !Et pourtant, comme au sein‖ des insondables mers,Tandis que le notos‖ émeut les flots amers,L'empire de Nérée,‖ à nos yeux invisible,Ignore la tourmente‖ et demeure impassible ;Dans l'abîme inconnu‖ de mon cœur troublé, telJ'étais calme, sachant‖ que j'étais immortel !Ô jours de ma jeunesse,‖ ô saint délire, ô force !Ô chênes dont mes mains‖ brisaient la rude écorce,Lions que j'étouffais‖ contre mon sein puissantMonts témoins de ma gloire‖ et rougis de mon sang !Jamais, jamais mes pieds,‖ fatigués de l'espace,Ne suivront plus d'en bas‖ le grand aigle qui passe ;Et, comme aux premiers jours‖ d'un monde nouveau-né,Jamais plus, de flots noirs‖ partout environné,Je ne verrai l'olympe‖ et ses neiges doréesRemonter lentement‖ aux cieux hyperborées !
Ô Khiron, dit Orphée,‖ éloigne de ton cœurCes indignes regrets‖ dont le sage est vainqueur.Ton destin fut si beau‖ parmi nos destins sombres !Les siècles de la terre‖ à nos yeux couverts d'ombresSous ton large regard‖ ont passé si longtemps,Et ta vie est si pleine,‖ ô fils aîné du temps !Que l'auguste science‖ en ton sein amassée,Doit calmer pour jamais‖ ta grande âme blessée.Daigne instruire plutôt‖ mes esprits incertains,Dis-moi des peuples morts‖ les antiques destins,Les luttes des héros‖ et la gloire des sages,Et le déroulement‖ fatidique des âges.Dis-moi les dieux armés‖ contre les fils du ciel,Dans l'olympe asseyant‖ leur empire éternel,Et les vaincus tombés‖ sous les monts qui s'écroulent,Et Zeus précipitant‖ ses triples feux qui roulent,Et la terre, attentive‖ à ces combats géants,Engloutissant les morts‖ dans ses gouffres béants.
— La sagesse est en toi,‖ fils d'une noble muse !Tu dis vrai, car saturne‖ à nos vœux se refuse ;Implacable, et toujours‖ avide de son sang,Il m'emporte moi-même‖ en son vol incessant,Et les larmes jamais,‖ dans sa fuite éternelle,N'ont fléchi ce dieu sourd‖ qui nous fauche de l'aile.Tu sais, tu sais déjà,‖ fils d'Oeagre, — Tes yeuxOnt lu jusques au fond‖ de mon cœur soucieux, —Que, comme un voyageur‖ errant quand la nuit tombe,Mon immortalité‖ s'est heurtée à la tombe !Je mourrai ! Le destin‖ m'attend au jour prescrit…Mais ta voix, ô mon fils,‖ a calmé mon esprit.Les justes dieux, comblant‖ mon orgueilleuse envie,Bien au delà des temps‖ ont prolongé ma vie ;Et si je dois tomber‖ comme un guerrier vaincu,Calme, je veux mourir‖ ainsi que j'ai vécu.Écoute ! Des vieux jours‖ je te dirai l'histoire.Leurs vastes souvenirs‖ dormaient dans ma mémoire,Mais ta voix les réveille,‖ et ces jours glorieuxVont éclairer encor‖ leur ciel mystérieux.
Fils d'Oeagre ! Aussi loin‖ que mon regard se plonge ;Aux bornes du passé‖ qui flotte comme un songe,Quand a terre était jeune‖ et que je respiraisLes souffles primitifs‖ des monts et des forêts ;Des sereines hauteurs‖ où s'épandait ma vie,Quand j'abaissais ma vue‖ étonnée et ravie,À mes pieds répandu,‖ j'ai contemplé d'abordUn peuple qui des mers‖ couvrait le vaste bord.De noirs cheveux tombaient‖ sur les larges épaulesDe ces graves mortels‖ avares de paroles,Et qui, de pelasgos,‖ fils de la terre, issus,S'abritaient à demi‖ de sauvages tissus.Au sol qui les vit naître‖ enracinés sans cesse,Ils paissaient leurs troupeaux,‖ pacifique richesse,Sans que les flots profonds‖ ou les sombres hauteursEussent tenté jamais‖ leurs pas explorateurs.Arès au casque d'or,‖ aux yeux pleins de courage,Dans la paix de leurs cœurs‖ ne jetait point l'orage ;Ignorant les combats,‖ ils taillaient au hasardDe leurs grossières mains‖ de noirs abris, sans art ;Et du sein de ces blocs‖ où paissaient les cavalesD'inhabiles clameurs‖ montaient par intervalles,Cris des peuples enfants‖ qui, simples et pieux,Sentaient bondir leurs cœurs‖ en présence des cieux.Car les temples sacrés,‖ les cités sans pareilles,Les hymnes qui des dieux‖ enchantent les oreilles,Dans le sein de la terre‖ et des mortels futursDormaient, prédestinés‖ à des siècles plus mûrs.Souvent, sur la montagne,‖ au lever de l'auroreInterrogeant les dieux‖ qui se taisaient encoreEt dans mon jeune esprit,‖ prêt à le contenir,Déposaient par éclairs‖ le splendide avenir ;Souvent je méditais,‖ dans le repos de l'âme,Sur ces peuples pieux‖ purs de crime et de blâme,Et je tournais parfois‖ mes regards réfléchisVers les noirs horizons‖ que le nord a blanchis.
Cependant Artémis,‖ la vierge aux longues tresses,Menant le chœur léger‖ des fières chasseresses,Sur la cime des monts‖ à mes pas familiersPoursuivait les grands cerfs‖ à travers les halliers.Je rencontrai bientôt‖ la déesse virileQui d'un chaste tissu‖ couvre son flanc stérile.L'arc d'ivoire à la main‖ et les yeux animés,Excitant de la voix‖ ses lévriers aimés,Et parfois confiant‖ aux échos des montagnesLes noms mélodieux‖ de ses belles compagnes,Elle marchait rapide,‖ et sa robe de linPar une agrafe d'or‖ à son genou divinSe nouait ; et les bois,‖ respectant la déesse,S'écartaient au-devant‖ de sa mâle vitesse.
Je reposais aux pieds‖ d'un chêne aux noirs rameauxLes mains teintes encor‖ du sang des animaux ;Car depuis qu'Hélios‖ dont le monde s'éclaireAvait poussé son char‖ dans l'azur circulaire ;Par les taillis épais‖ d'arbustes enlacés,Sur les rochers abrupts‖ de mousses tapissés,Sans relâche, j'avais‖ de mes mains meurtrièresPercé les cerfs légers‖ errants dans les clairières ;Et des fauves lions‖ suivant les pas empreints,D'un olivier noueux‖ brisé leurs souples reins.Artémis s'arrêta‖ sous le chêne au tronc rude,Et d'une voix divine‖ emplit la solitude :
— Khiron, fils de saturne,‖ habitant des forêts,Dont la main est habile‖ à disposer les rêts,Et qui, sur le sommet‖ de mes vastes domaines,Coules des jours sereins‖ loin des rumeurs humaines ;Centaure, lève-toi,‖ les dieux te sont amis.Sois le cher compagnon‖ que leurs voix m'ont promis,Et sur le vert Cynthios‖ où l'Érymanthe sombre,Sur le haut Pélion‖ noirci de pins sans nombre,Aux crêtes des rochers‖ où l'aigle fait son nid,Viens fouler sur mes pas‖ la mousse et le granit.Viens ! Que toujours ta flèche,‖ à ton regard fidèle,Atteigne aux cieux l'oiseau‖ qui fuit à tire-d'aile ;Que jamais dans sa rage‖ un hardi sanglierNe baigne de ton sang‖ les ronces du hallier ;Compagnon d'Artémis,‖ invincible comme elle,Viens illustrer ton nom‖ d'une gloire immortelle !
— Et je dis : — Ô déesse‖ intrépide des bois,Qui te plais aux soupirs‖ des cerfs, aux longs aboisDes lévriers lancés‖ sur la trace odorante ;Vierge au cœur implacable,‖ et qui, toujours errante,Tantôt pousses des cris‖ féroces, l'arc en main,Œil brillant ; et tantôt,‖ au détour du chemin,Sous les rameaux touffus‖ et les branches fleuriesEntrelaces le chœur‖ de tes nymphes chéries ;Artémis ! Je suivrai‖ tes pas toujours changeants,J'atteindrai pour te plaire,‖ en mes bonds diligents,Les biches aux pieds prompts‖ et les taureaux sauvagesQui troublent mugissants‖ les monts et les rivages ;Si tu daignes, déesse,‖ accorder à mes vœuxLa blanche khariklo,‖ la nymphe aux blonds cheveux,Qui s'élève au milieu‖ de ses sœurs effacées,Comme un peuplier vert‖ aux cimes élancées !
La déesse sourit ;‖ et, chasseur courageux,Depuis, dans les forêts‖ je partageai ses jeux.Mais, quand vers d'autres bords,‖ la fille de LatoneLasse de la vallée‖ et du mont monotone,De ses nymphes suivie,‖ à l'horizon des flotsVolait vers Ortygie‖ ou l'aride Délos ;Je déposais mon arc‖ et mes flèches sanglantes,Et le front incliné‖ sur les divines plantes,Je méditais Cybèle‖ au sein mystérieux,Vénérable à l'esprit,‖ éblouissante aux yeux.
Tels étaient mes loisirs,‖ ô chanteur magnanime !Tel je vivais heureux‖ sur la terre sublime,Toujours l'oreille ouverte‖ aux bruits universels,Souffle des cieux, échos‖ des parvis immortels,Voix humaines, soupirs‖ des forêts murmurantes,Chansons de l'hydriade‖ au sein des eaux courantes ;Et formant, sans remords,‖ le tissu de mes joursDe force et de sagesse‖ et de chastes amours.Tel j'étais, fils d'Oeagre,‖ en ma saison superbe !Je buvais l'eau du ciel‖ et je dormais sur l'herbe,Et parfois, à l'abri‖ des bois mystérieux,Comme fait un ami‖ j'entretenais les dieux !En ce temps, sur l'ossa‖ ceint d'éclatants orages,J'errais, et sous mes pieds‖ flottaient les lourds nuages,Quand au large horizon‖ par ma vue embrassé,Où sommeille borée‖ en son antre glacé,Je vis, couvrant les monts‖ et noircissant les plaines,Attiédissant les airs‖ d'innombrables haleines,Incessant, et pareil‖ aux épais bataillonsDes avides fourmis‖ dans le creux des sillons,Un peuple armé surgir !‖ Des chevelures blondesSur leurs dos blancs et nus,‖ en boucles vagabondesFlottaient, et les échos‖ des monts qui s'ébranlaientDe leurs chants belliqueux‖ s'emplissaient et roulaient.Tel, le vieil océan‖ aux forces formidablesAmasse un noir courroux‖ dans ses flancs insondables,Se gonfle, se déroule,‖ et sous l'effort des vents,À l'assaut des grands caps‖ pousse ses flots mouvants.L'olympe tremble au bruit,‖ et la rive presséePalpite sous le poids,‖ d'écume hérissée.Ainsi, ce peuple fier‖ aux combats sans égauxHeurte dans son essor‖ l'antique pelasgos ;Et sur ces bords bercés‖ d'un repos séculaire,Pour la première fois‖ a rugi la colère.
Les troupeaux éperdus,‖ au hasard dispersés,Mugissent dans la flamme‖ et palpitent percés ;Comme au vent orageux‖ volent les feuilles sèches,Les airs sont obscurcis‖ d'un nuage de flèches…Superbe et furieux,‖ l'étalon hennissantTraîne les chars d'airain‖ dans un fleuve de sang ;Et la clameur féroce‖ aux lèvres écumantes,Les suprêmes soupirs,‖ les poitrines fumantes,Les têtes bondissant‖ loin du tronc palpitant,Le brave, aimé des dieux,‖ qui tombe en combattant,Le lâche qui s'enfuit ;‖ la vieillesse, l'enfance,Et la vierge au corps blanc‖ qu'un fer cruel offense,Tout ! Cris, soupirs, courage,‖ ardeur, efforts virils,Tout proclame l'instant‖ des suprêmes périls,L'heure sombre où l'Érèbe,‖ en ses parois profondes,Engloutit par essaims‖ les races moribondes ;Jusqu'au jour éternel‖ où leurs restes éparsDans le repos premier‖ rentrent de toutes parts ;Et, d'une vie antique‖ effaçant le vestige,Unissent dans la mort‖ les rameaux à la tige.
Les pasteurs, refoulés‖ par ces torrents humains,Se frayaient, gémissants,‖ d'inhabiles chemins.Emportant de leurs dieux‖ les géantes images,Les uns par grands troupeaux‖ fuyaient sur les rivages ;Les autres, unissant‖ les chênes aux troncs verts,Allaient chercher sur l'onde‖ un meilleur univers…Et quand tout disparut,‖ race morte ou vivante,Moissonnée en monceaux,‖ en proie à l'épouvante ;Je vis, sur les débris‖ de ce monde effacé,Un nouveau monde croître !‖ Et vers les cieux pousséComme un chêne noueux‖ aux racines sans nombre,Épancher sur le sol‖ sa fraîcheur et son ombre ;Tandis que du destin‖ le livre originel,Tournant sa page immense‖ aux abîmes du ciel,Sous mes yeux éblouis‖ déroulait à cette heureLe sort plus glorieux‖ d'une race meilleure.Alors je descendis‖ du mont accoutuméChez ce peuple aux beaux corps‖ des immortels aimé.Ainsi l'aigle, lassé‖ de la voûte éternelle,Dans l'ombre des vallons‖ vient reposer son aile.Roi de l'Hémos ! Ma voix‖ aux superbes dédains,N'avait frappé jamais‖ l'oreille des humains ;Jamais encor mes bras‖ n'avaient de leur étreinte,Dans un cœur ennemi‖ fait palpiter la crainte ;J'ignorais la colère‖ et les combats sanglants ;Et fier de quatre pieds‖ aux rapides élans,De ma force éprouvée‖ aux lions redoutable,J'irritai dans sa gloire‖ une race indomptable.L'insensée ignorait‖ que le fer ni l'airainNe pouvaient entamer‖ mon corps pur et sereinSemblable, sous sa forme‖ apparente, à l'essenceDes impalpables dieux.‖ Ma céleste naissance,Le sentiment profond‖ de ma force, ou plutôtL'inexorable Arès‖ qui m'enflammait d'en haut,Excitant mon courage‖ à la lutte guerrière,Rougit d'un sang mortel‖ ma flèche meurtrière.Que de héros anciens‖ dignes de mes regrets,Sur la rive des mers,‖ dans l'ombre des forêts,Race hardie, en proie‖ à ma fureur première,J'arrachai, fils d'Oeagre,‖ à la douce lumière !Peut-être que vengeant‖ le divin pelasgos,J'allais d'un peuple entier‖ déshériter Argos,Si la grande Athéné,‖ déesse tutélaire,N'eût brisé le torrent‖ d'une aveugle colère.J'ensevelis les morts‖ que j'avais immolés ;J'honorai leur courage‖ et leurs mânes troublés ;Et la paix souriante‖ aux mains toujours fleuriesApaisa pour jamais‖ nos âmes aguerries.
Mais à peine échappée‖ aux combats dévorants,La terre tressaillit‖ sous des efforts plus grands ;Et comme aux jours anciens‖ où tomba Prométhée,L'éther devint semblable‖ à la mer agitée.Les astres vacillaient‖ dans l'écume des cieux…Et la nue au flanc d'or,‖ voile mystérieux,En des lambeaux de feu‖ déchirée et flottante,Montrait des pâles dieux‖ la foule palpitante !La clameur des mortels‖ roulait ; les flots grondaientEt d'eux-mêmes au loin‖ en sanglots s'épandaientComme de noirs captifs‖ qui, dans l'ombre nocturne.Redemandent la vie‖ à l'écho taciturne.D'un vaste ébranlement‖ les jours étaient venus ;Et la terre vengeait‖ l'outrage d'Uranus,Le dieu père des dieux,‖ que de sa faux cruelleSaturne mutila‖ dans la voûte éternelle ;Alors que débordant‖ comme un fleuve irritéLe sang d'un dieu tomba‖ du ciel épouvanté,Et qu'en flots clandestins‖ la brûlante semenceFéconda lentement‖ la terre au sein immense.
Or, du crime infini‖ formidables vengeurs,Naquirent tout armés‖ les géants voyageurs,Monstres de qui la tête‖ était ceinte de nues,Dont le bras ébranlait‖ les montagnes chenues,Et qui, toujours marchant,‖ secouaient de leur piéLes entrailles du monde‖ et l'Hadès effrayé.De leurs soixante voix‖ l'injure irrésistibleRetentit tout à coup‖ dans l'olympe paisible…Mais ne pouvant dresser‖ jusques aux larges cieux,Terreur des immortels,‖ leurs fronts audacieux,Les premiers, diophore‖ et l'informe Encelade,De l'empire céleste‖ ont tenté l'escalade !
L'ossa déraciné‖ s'amasse sur l'Hémus,Et tous deux sur Athos !‖ Puis, dans les airs émus,Le sombre Pélion‖ sur l'Œta s'amoncelle…L'échelle surhumaine‖ en sa hauteur chancelle !Mais, franchissant d'un bond‖ ses immenses degrés,Les géants vont heurter‖ les palais éthérés.Tout tremble ! En vain la foudre‖ au bras de Zeus s'embrase ;Sous leurs blocs meurtriers‖ dont la lourdeur écrase,Les enfants d'Uranus‖ vont briser de leurs mainsL'olympe éblouissant‖ vénéré des humains.Des dieux inférieurs‖ la foule vagabondePar les sentiers du ciel‖ fuit aux confins du monde ;Et peut-être en ce jour,‖ dispersant leurs autels,L'Érèbe dans son ombre‖ eût pris les immortels,Si, changeant d'un seul coup‖ la défaite mobile,Athéné n'eût percé‖ Pallas d'un trait habile.
Alors, du haut ossa‖ soudain précipité,Encelade recule,‖ et d'un front indomptéIl brave encor des dieux‖ la colère implacable ;Mais le fumant Etna‖ de tout son poids l'accable,Il tombe enseveli.‖ Vainement foudroyéDiophore a saisi‖ Pallas pétrifié.À la fille de Zeus,‖ de son bras athlétiqueIl le lance, et le corps‖ du géant granitiqueRetombe en tournoyant‖ et brise son front durComme le pied distrait‖ écrase le fruit mûr.Polybote éperdu‖ fuit dans la mer profonde,Et ses reins monstrueux‖ dominent encor l'onde,Et de ses larges pas,‖ mieux que les lourds vaisseaux,Il franchit sans tarder‖ l'immensité des eaux.Poseidon l'aperçoit ;‖ de ses bras formidablesIl enlève nysire‖ et ses grèves de sablesEt ses rochers moussus ;‖ il la dresse dans l'air,Et l'île aux noirs contours‖ vole comme l'éclair,Gronde, frappe, et les os‖ du géant qui succombeBlanchissent les parvis‖ de son humide tombe.Tous croulent au tartare,‖ où, neuf fois de ses flots,Le Styx qui les étreint‖ étouffe leurs sanglots ;Et les dieux oubliant‖ les discordes funestes,Goûtent d'un long repos‖ les voluptés célestes.
Et moi, contemporain‖ de jours prodigieux,En plaignant les vaincus‖ j'applaudissais aux dieux,Certain de leur justice,‖ et pourtant, dans mon âmeRoulant un noir secret‖ brûlant comme la flamme.Et je laissais flotter,‖ au bord des flots assis,Dans le doute et l'effroi‖ mes esprits indécis ;Songeur, je me disais :‖ — Sur les cimes neigeusesL'aigle peut déployer‖ ses ailes orageuses,Et, œil vers Hélios‖ incessamment tendu,Briser l'effort des vents‖ dans l'espace éperdu ;Car sa force est cachée‖ en sa lutte éternelle ;Il se complaît, s'admire‖ et s'agrandit en elle.Avide de lumière,‖ altéré de combats,Le sol est toujours noir,‖ les cieux sont toujours bas ;Il vole, il monte, il lutte,‖ et sa serre hardieSaisit le triple éclair‖ dont le feu l'incendie !Les sereines forêts‖ aux silences épais,Chères au divin pan,‖ ruisselantes de paix ;Les sereines forêts,‖ immobiles naguères,Peuvent s'écheveler‖ comme des fronts vulgaires ;L'ouragan qui se rue‖ en bonds tumultueux,Peut des chênes sacrés‖ briser les troncs noueux ;L'astre peut resplendir‖ dans la nue azuréeEt brusquement s'éteindre‖ au sein de l'empyrée !L'océan peut rugir ;‖ la terre s'ébranler ;Les races dans l'Hadès‖ peuvent s'amonceler ;L'aveugle mouvement,‖ de ses forces profondes,Faire osciller toujours‖ les mortels et les mondes…Mais d'où vient que les dieux‖ qui ne mourront jamais,Et qui du large éther‖ habitent les sommets,
Les dieux générateurs‖ des astres et des êtres,Les rois de l'infini,‖ les implacables maîtres,En des combats pareils‖ aux luttes des héros,De leur éternité‖ troublent-ils le repos ?Est-il donc par delà‖ leur sphère éblouissante,Une force impassible‖ et plus qu'eux tous puissante,D'inaltérables dieux,‖ sourds aux cris insulteurs,Du mobile destin‖ augustes spectateurs,Qui n'ont connu jamais,‖ se contemplant eux-mêmes,Que l'éternelle paix‖ de leurs songes suprêmes ?
Répondez, répondez,‖ ô terre, ô flots, ô cieux !Que n'ai-je, ô roi d'Athos,‖ ton vol audacieux !Que ne puis-je, ô borée,‖ à tes souffles terriblesConfier mon essor‖ vers ces dieux invisibles !Ah ! Sans doute, à leurs pieds,‖ pâles olympiens,Vous rampez ! — Faibles dieux,‖ vous n'êtes plus les miens !Comme toi, blond Phœbos,‖ qu'honore Lycorée,Je darde un trait aigu‖ d'une main assurée :Python eût succombé‖ sous mes coups affermis !J'ai devancé ta course,‖ ô légère Artémis !Comme vous immortel,‖ ma force me protège ;Les dieux des bois souvent‖ ont formé mon cortège ;J'ai porté des lions‖ dans mes bras étouffantsEt mon père saturne‖ est votre aïeul, enfants !Ô Zeus ! Les noirs géants‖ ont balancé ta gloire…C'est aux dieux inconnus‖ qu'appartient la victoire ;Et mon culte, trop fier‖ pour tes autels troublés,Veut monter vers ceux-ci,‖ de la crainte isolés,Qui n'ont point combattu ;‖ qui, baignés de lumière,Dans le sein de la force‖ éternelle et premièreRègnent, calmes, heureux,‖ immobiles, sans nom !Irrésistibles dieux‖ à qui nul n'a dit : non !Qui contiennent le monde‖ en leurs seins impalpablesEt qui vous jugeront,‖ hommes et dieux coupables !
Hélas ! Tel je songeais,‖ chanteur mélodieux ;J'osais délibérer‖ sur le destin des dieux !Ils m'ont puni. Bientôt‖ les kères indignéesTrancheront le tissu‖ de mes longues années ;La flèche d'Héraclès‖ finira mes remords ;J'irai mêler mon ombre‖ au vain peuple des morts,Et l'antique chasseur‖ des forêts centenairesPoursuivra dans l'Hadès‖ les cerfs imaginaires !Et depuis j'ai vécu,‖ mais dans mon sein gardantCe souvenir lointain‖ comme un remords ardent.Pour adoucir les dieux,‖ pour expier ma faute,J'ai creusé cette grotte‖ où tu sièges, mon hôte ;Et là, durant le cours‖ des âges, j'ai nourriDe sagesse et d'amour‖ tout un peuple chéri,Peuple d'adolescents‖ sacrés, race immortelleQue le lion sauvage‖ engraissait de sa moelle,Et que l'antique Hellade,‖ en des tombeaux pieux,Tour à tour a couchés‖ auprès de leurs aïeux.
Viens ! Ô toi, le dernier‖ des nourrissons sublimesQue mes bras paternels‖ berceront sur ces cimes,Ô rejeton des dieux,‖ ô mon fils bien-aimé !Toi qu'aux mâles vertus‖ tout enfant j'ai formé,Et qui, de mes vieux jours‖ consolant la tristesse,Fais mon plus doux orgueil‖ et ma seule richesse.Fils du brave Pélée,‖ Achille au pied léger,Puisse ton cœur grandir‖ et ne jamais changer !Ô mon enfant si cher,‖ l'Hellade est dans l'attente.Quels feux éclipseront‖ ton aurore éclatante !Le plus grand des guerriers‖ embrassant tes genouxAux pieds des murs d'Ilos‖ expire sous tes coups…Un dieu te percera‖ de sa flèche assassine ;Mais comme un chêne altier‖ que l'éclair déracine,Et qui, régnant parmi‖ les hêtres et les pins,Émoussa la cognée‖ à ses rameaux divins !Sous le couteau sacré‖ la vierge pélasgiqueBaignera de son sang‖ ta dépouille héroïque ;Et sur le bord des mers‖ j'entends l'Hellade en pleursTroubler les vastes cieux‖ du cri de ses douleurs !Tu tombes, jeune encor,‖ mais ta rapide vieD'une gloire immortelle,‖ ô mon fils, est suivie ;L'avenir tout entier,‖ en sonores échosFait retentir ton nom‖ dans l'âme des hérosEt l'aride troade,‖ où tous viendront descendre,Les verra tour à tour‖ inclinés sur ta cendre.
— Le centaure se tait.‖ — Dans ses bras vénérésS'élance le jeune homme‖ aux longs cheveux dorés ;De son cœur généreux‖ la fibre est agitée.Il baise de Khiron‖ la face respectée ;Et, gracieux soutien‖ du vieillard abattu,Il le réchauffe au feu‖ de sa jeune vertu.
III
Mon hôte, dit Khiron,‖ dès qu'aux voûtes profondes,La fille de Thia,‖ l'Aurore aux tresses blondes,Montera sur son char‖ de perles et d'argent,Presse vers Iolkos‖ un retour diligent ;Mais la divine nuit,‖ ceinte d'astres, balanceLa terre encor plongée‖ en un vaste silence ;Et seul, le doux sommeil,‖ le frère d'Atropos,Plane d'un vol muet‖ dans les cieux en repos.Je ne foulerai point‖ Argo chargé de gloire,Fils d'Oeagre ! J'attends‖ le jour expiatoire ;Et mon dernier regard,‖ de tristesse incliné,Contemple pour jamais‖ la terre où je suis né.L'Euros aux ailes d'or,‖ d'une haleine attendrieConfira ma poussière‖ à la douce patrieOù fleurit ma jeunesse,‖ où se clôront mes yeux !Porte au grand Héraclès‖ mes suprêmes adieux.Dis-lui que résigné,‖ soumis à des lois justes,Je vois errer ma mort‖ entre ses mains augustes,Et que nulle colère,‖ en mon cœur paternel,Ne brûle contre lui‖ pour ce jour solennel.Mais Hélios encor,‖ dans le sein de Nérée,N'entrouvre point des cieux‖ la barrière dorée ;Tout repose, l'Olympe‖ et la terre au sein dur.Tandis que Séléné‖ s'incline dans l'azur,Daigne, harmonieux roi‖ qu'Apollon même envie,Charmer d'un chant sacré‖ notre oreille ravie ;Tel que le noir Hadès‖ l'entendit autrefoisEn rhythmes cadencés‖ s'élancer de ta voix,Quand le triple gardien‖ du fleuve aux eaux lividesReferma de plaisir‖ ses trois gueules avides,Et que des pâles morts‖ la foule suspenditDans l'abîme sans fond‖ son tourbillon maudit.
Comme aux cimes du Pinde‖ Apollon Musagète,Le fils de Kalliope‖ est debout ! Il rejetteSur son dos large et blanc,‖ exercé dans les jeux,Ses cheveux éclatants,‖ sa robe aux plis neigeux ;Il regarde l'Olympe‖ où ses yeux savent lire,Et du fils de Pélée‖ il a saisi la lyre.Sous ses doigts surhumains‖ les cordes ont frémi,Et s'emplissent d'un souffle‖ en leur sein endormi,Souffle immense, pareil‖ aux plaintes magnanimesDu bleuâtre océan‖ aux sonores abîmes.Tel, le faible instrument‖ gémit sous ses grands doigts,Et roule en chants divins‖ pour la première fois !Un dieu du fils d'Oeagre‖ élargit la poitrine ;D'une ardente lueur‖ son regard s'illumine…Il va chanter, il chante !‖ Et l'Olympe charméS'abaisse de plaisir‖ sur le monde enflammé !Cybèle aux épis d'or,‖ sereine, inépuisable,Des grèves où les flots‖ expirent sur le sableJusqu'aux âpres sommets‖ où dorment les hivers,D'allégresse a senti‖ tressaillir ses flancs verts !L'étalon hennissant‖ de volupté palpite ;De son aire sanglant‖ l'aigle se précipite ;Le lion étonné,‖ battant ses flancs velus,S'élance du repaire‖ en bonds irrésolus,Et les timides cerfs‖ et les biches agiles,Les dryades perçant‖ les écorces fragiles,Les satyres guetteurs‖ des nymphes au sein nu ;Tous se sentent poussés‖ par un souffle inconnu,Et vers l'antre où la lyre‖ en chantant les rassemble,Des plaines et des monts,‖ ils accourent ensemble.
Ainsi, divin Orphée,‖ ô chanteur inspiré,Tu déroules ton cœur‖ sur un mode sacré !Comme un écroulement‖ des foudres rugissantes,La colère descend‖ de tes lèvres puissantes,Puis le calme succède‖ à l'orage éternel !Un chant majestueux,‖ large comme le ciel,Enveloppe la lyre‖ entre tes bras vibrante ;Et l'oreille, attachée‖ à cette âme mourante,Poursuit dans un écho‖ décroissant et perduLe chant qui n'étant plus‖ est toujours entenduAchille écoute encore,‖ et la lyre est muette !Altéré d'harmonie,‖ il incline la tête.Sous l'or de ses cheveux,‖ d'une noble rougeurL'enthousiasme saint‖ brûle son front songeur ;Une ardente pensée‖ en son cœur étoufféeL'oppresse de sanglots !‖ Mais il contemple Orphée,Et, dans un cri sublime,‖ il tend ses bras joyeuxVers cette face auguste,‖ et ces splendides yeuxOù, du céleste éclair‖ que ravit ProméthéeJaillit, impérissable,‖ une lueur restée ;Comme si le destin‖ eût voulu confierLa flamme où tous vont boire‖ et se vivifierAu fils de Kalliope,‖ au chanteur solitaireQue chérissent les dieux‖ et qu'honore la terre !
Mais le sombre horizon‖ des cieux, les monts dormantsQui baignent leurs pieds lourds‖ dans les flots écumants,Les forêts dont l'Euros‖ fait osciller les branches ;Tout s'éveille, s'argente‖ à des clartés plus blanches ;Et déjà, de la nuit‖ illuminant les pleurs,L'Aurore monte au sein‖ d'un nuage de fleurs.Orphée a vu le jour :‖ — Ô toi que je révère,Ô grand vieillard, dit-il,‖ dont le destin sévèreD'un voile de tristesse‖ obscurcit le déclin,Je te quitte, ô mon père !‖ Et, comme un orphelinBaigne, au départ, de pleurs‖ des cendres précieuses,Je t'offre le tribut‖ de mes larmes pieuses.Contemporain sacré‖ des âges révolus,Adieu, Centaure, adieu !‖ Je ne te verrai plus !Fils de Pélée, adieu.‖ Puissent les dieux permettreQu'un jour ton cœur atteigne‖ aux vertus de ton maître.Sois le plus généreux,‖ le plus beau des mortels,Le plus brave ! Et des dieux‖ honore les autels.Salut, divin asile,‖ ô grotte hospitalière !Salut, lyre docile‖ à ma main familière !Dépouilles des lions‖ qu'ici foula mon corps,Montagnes, bois, vallons,‖ tout pleins de mes accords,Cieux propices, salut !‖ Ma tâche est terminée.
Il dit, et de Khiron‖ la langue est enchaînée ;Il semble qu'un dieu gronde‖ en son sein agité ;Des pleurs baignent sa face :‖ — Ô mon fils regretté,Divin Orphée, adieu !‖ Mon cœur suivra ta traceDes rives de Pagase‖ aux fleuves de la Thrace.Je vois le noir Argo‖ sur les flots furieuxS'élancer comme l'aigle‖ à son but glorieux,Et dans le sein des mers‖ les blanches kyanéesAbaisser à ta voix‖ leurs têtes mutinées.Et Kolkos est vaincue !‖ Et remontant aux lieuxOù luit l'ourse glacée‖ à la borne des cieux,De contrée en contrée,‖ Argo qu'un dieu secondeD'un cours aventureux‖ enveloppe le monde !Mais, ô crime, ô douleur‖ éternelle en sanglots !Quelle tête sacrée‖ errant au gré des flots,Harmonieuse encore‖ et d'un sang pur trempée,Roule et gémit, du thyrse‖ indignement frappée ?Iakkhos, Iakkhos !‖ Dieu bienveillant, traînéPar la fauve panthère ;‖ Iakkhos, couronnéDe pampres et de lierre‖ et de vendanges mûres !Dieu jeune, qui te plais‖ aux furieux murmuresDes femmes de l'Édon‖ et du Mimas ! Ô toiQui déchaînes la nuit,‖ sur les monts pleins d'effroiComme un torrent de feu‖ l'ardente Sabasie…De quels regrets, ton âme,‖ Évan, sera saisie,Quand ce divin chanteur‖ égorgé dans tes jeuxRougira de son sang‖ le Strymon orageux !Ô mon fils ! — Mais sa voix‖ expire dans les larmes.
Centaure, dit Orphée,‖ apaise tes alarmes ;Les pleurs me sont sacrés‖ qui tombent de tes yeux,Mais la vie et la mort‖ sont dans la main des dieux.
Il marche, et reprenant‖ le sentier de la veilleS'éloigne. — Le ciel luit,‖ le Pélion s'éveilleEt secoue la rosée‖ attachée à ses flancs.Au souffle du matin‖ les pins étincelantsS'entretiennent au front‖ de la montagne immense ;Le bruit universel‖ des êtres recommence !Les grands troupeaux suivis‖ des agrestes pasteursRegagnent la vallée‖ humide ou les hauteursVerdoyantes. — Voici‖ les vierges au doux rireOù rayonne la joie,‖ où la candeur respire,Qui retournent, avec‖ leurs naïves chansons,Les unes aux cours d'eau,‖ les autres aux moissons.Mais, ô jeune trésor‖ de l'Hellade divine,Quelle crainte soudaine‖ en vos yeux se devine ?D'où vient que votre sein‖ s'émeuve et que vos pasS'arrêtent, et qu'ainsi‖ vous vous parliez tout bas,Montrant de vos bras nus,‖ où le désir se pose,Une apparition‖ dans le lointain éclose ?Ô vierges, ô pasteurs,‖ de quel trouble assiégés,Restez-vous, beaux corps nus,‖ en marbre blanc changés ?Serait-ce qu'un lion,‖ désertant la montagne,Bondisse, l'œil ardent,‖ suivi de sa compagne,Dévorés de famine‖ et déjà réjouis !Un éclair menaçant‖ vous a-t-il éblouis ?Non ! D'un respect pieux‖ votre âme s'est remplie :C'est ce même étranger‖ que jamais nul n'oublie,Et qui marche semblable‖ aux dieux ! — Son front sereinEst tourné vers l'Olympe,‖ et d'un pied souverainIl foule sans le voir‖ le sentier qui serpente.Déjà du Pélion‖ il a franchi la pente.Les vierges, les pasteurs‖ l'ont vu passer près d'eux ;Mais il s'arrête et dit :‖ — Enfants, soyez heureux !Pasteurs adolescents,‖ vierges chastes et belles,Salut ! Puissent vos cœurs‖ être forts et fidèles !Bienheureux vos parents !‖ Honneur de leurs vieux jours,Entourez-les, enfants,‖ de pieuses amours ;Et que les dieux, contents‖ de vos vertus naissantes,Vous prodiguent longtemps‖ leurs faveurs caressantes !Il dit et disparaît ;‖ mais la sublime voix,Dans le cours de leur vie‖ entendue une fois,Ne quitte plus jamais‖ leurs âmes enchaînées ;Et quand l'âge jaloux‖ a fini leurs années,Des maux et de l'oubli‖ ce souvenir vainqueurFait descendre la paix‖ divine dans leur cœur.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 496((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a infinie / d'Haimonie féminine, classiqueb monts / poumons masculine, classiquec chargée / Égée féminine, classiqued eaux / naseaux masculine, classiquee Pagase / s'embrase féminine, classiquea pins / chemins masculine, classiqueb grossière / poussière féminine, classiquec indolents / flancs masculine, classiqued plaines / laines féminine, classiquee nus / ingénus masculine, classiquef couronnées / alternées féminine, classiqueg verts / couverts masculine, classiqueh transparentes / odorantes féminine, classiquei champs / chants masculine, classiquej recule / crépuscule féminine, classiquek reflet / lait masculine, classiquel diaphane / profane féminine, classiquem trésor / d'or masculine, classiquen assises / indécises féminine, classiqueo pasteurs / flatteurs masculine, classiquep cachée / couchée féminine, classiqueq échos / d'Iolkos masculine, classiquer poudreuse / heureuse féminine, classiques yeux / dieux masculine, classiquet visage / sage féminine, classiqueu nerveux / cheveux masculine, classiquev guerrière / meurtrière féminine, classiquew adolescents / puissants masculine, classiquex troublées / rassemblées féminine, classiquey voyageur / songeur masculine, classiquea énorme / forme féminine, classiqueb forêts / traits masculine, classiquec dispersées / passées féminine, classiqued mains / chemins masculine, classiquee granitique / antique féminine, classiquea vallon / Apollon masculine, classiqueb sonore / honore féminine, classiquec dieux / lieux masculine, classiqued géante / béante féminine, classiquee éthéré / effleuré masculine, classiquef solitude / rude féminine, classiqueg corps / accords masculine, classiqueh l'haleine / plaine féminine, classiquei hâtif / attentif masculine, classiquej couche / bouche féminine, classiquek interdit / dit masculine, classiquea Kalliope / Rhodope féminine, classiqueb aventureux / heureux masculine, classiquec rivage / sauvage féminine, classiqued humains / mains masculine, classiquee l'Hellade / Encelade féminine, classiquef écouta / l'Œta masculine, classiqueg honorée / Borée féminine, classiquei Saturne / taciturne féminine, classiquej lion / Pélion masculine, classiquek courage / rage féminine, classiquel repos / troupeaux masculine, classiquem agile / d'argile féminine, classiquen inspirés / sacrés masculine, classiquea vénérée / entourée féminine, classiqueb gracieux / harmonieux masculine, classiquec divine / s'incline féminine, classiqued voués / dénoués masculine, classiquee caresse / s'intéresse féminine, classiquef fumants / ornements masculine, classiqueg hêtre / maître féminine, classiqueh conseils / vermeils masculine, classiquei sage / visage féminine, classiquej amis / soumis masculine, classiquek céleste / funeste féminine, classiquel jours / toujours masculine, classiquem bouche / couche féminine, classiquen embrassements / écumants masculine, classiqueo Bistonie / l'harmonie féminine, classiquep sein / essaim masculine, classiqueq armures / murmures féminine, classiquer hasardeux / d'eux masculine, classiques tente / éclatante féminine, classiquet miel / ciel masculine, classiqueu interprète / s'apprête féminine, classiquev assemblés / troublés masculine, classiquew obscure / Mercure féminine, classiquex Hellé / Néphélé masculine, classiquey d'Orkhomène / inhumaine féminine, classiquez mers / amers masculine, classiquea fraternelle / infidèle féminine, classiqueb forêts / d'Arès masculine, classiquec terrible / incorruptible féminine, classiqued feu / lieu masculine, classiquee flamboie / aboie féminine, classiquef déserts / airs masculine, classiqueg plaine / haleine féminine, classiqueh ciel / éternel masculine, classiquei Orphée / trophée féminine, classiquej nous / genoux masculine, classiquek jeunesse / sagesse féminine, classiqueb d'Alkmène / surhumaine féminine, classiquec soleil / pareil masculine, classiqued habiles / mobiles féminine, classiquee coursiers / lauriers masculine, classiquef renommée / aimée féminine, classiqueg Kalydon / don masculine, classiqueh Pallène / Kyllène féminine, classiquei yeux / cieux masculine, classiquej sombres / ombres féminine, classiquek d'Oeson / Jason masculine, classiquel profonde / fonde féminine, classiquem belliqueux / qu'eux masculine, classiquen naissante / mugissante féminine, classiquea parfois / bois masculine, classiqueb l'enceinte / sainte féminine, classiquec traits masculine, classiqued Thessalie / embellie féminine, classiquee trahissaient / s'empressaient masculine, classiquef oreille / pareille féminine, classiqueg épars / parts masculine, classiqueh mêmes / suprêmes féminine, classiquei soumis / promis masculine, classiquej retraite / apprête féminine, classiquek mets / soumets masculine, classiquel animées / charmées féminine, classiquem bois / voix masculine, classiquen amère / éphémère féminine, classiqueo engendré / immesuré masculine, classiquep nombre / sombre féminine, classiqueq cieux / joyeux masculine, classiquer faiblesse / vieillesse féminine, classiques durs / mûrs masculine, classiquet promettre / naître féminine, classiqueu résolu / voulu masculine, classiquev splendides / rides féminine, classiquew sort / mort masculine, classiquey faim / enfin masculine, classiquea bouclée / Pélée féminine, classiquec Centaure / restaure féminine, classiqued fumant / froment masculine, équivalentee Phyllire / lyre féminine, classiquef glorieux / dieux masculine, classiqueg s'élance / balance féminine, classiqueh courageux / jeux masculine, classiquei fécondes / ondes féminine, classiquej mouvant / vent masculine, classiquek mollesse / souplesse féminine, classiquel souverain / d'airain masculine, classiquem années / destinées féminine, classiquea main / surhumain masculine, classiqueb profonde / monde féminine, classiquec plus / révolus masculine, classiqued gloire / noire féminine, classiquef involontaire / terre féminine, classiqueg aimés / accoutumés masculine, classiqueh appelle / mêle féminine, classiquei mots / rameaux masculine, classiquea Cybèle / belle féminine, classiqueb limons / monts masculine, classiquec vallées / étoilées féminine, classiqued humains / bains masculine, classiquee pleines / haleines féminine, classiquef généreux / vigoureux masculine, classiqueg éternelles / ailes féminine, classiqueh riant / l'orient masculine, classiquei l'arrose / rose féminine, classiquej déroulés / immaculés masculine, classiquek murmurante / transparente féminine, classiquel essors / trésors masculine, classiquea sacrées / éthérées féminine, classiqueb matins / enfantins masculine, classiquec écumante / fumante féminine, classiqued vœux / nerveux masculine, classiquee course / source féminine, classiquef précipité / fierté masculine, classiqueg bruire / Phyllire féminine, classiqueh airs / déserts masculine, classiquei demeures / heures féminine, classiquea impétueux / tumultueux masculine, classiqueb durée / inaltérée féminine, classiqued invisible / impassible féminine, classiquee tel / immortel masculine, classiquef force / écorce féminine, classiqueg puissant / sang masculine, classiqueh l'espace / passe féminine, non classiquei nouveau-né / environné masculine, classiquej dorées / hyperborées féminine, classiquea cœur / vainqueur masculine, classiqueb sombres / d'ombres féminine, classiquec longtemps / temps masculine, classiqued amassée / blessée féminine, classiquee incertains / destins masculine, classiquef sages / âges féminine, classiqueh s'écroulent / roulent féminine, classiquei géants / béants masculine, classiquea muse / refuse féminine, classiqueb sang / incessant masculine, classiquec éternelle / l'aile féminine, non classiqued yeux / soucieux masculine, classiquee tombe féminine, classiquef prescrit / esprit masculine, classiqueg envie / vie féminine, classiqueh vaincu / vécu masculine, classiquei l'histoire / mémoire féminine, classiquej glorieux / mystérieux masculine, classiquea plonge / songe féminine, classiqueb respirais / forêts masculine, classiquec vie / ravie féminine, classiqued d'abord / bord masculine, classiquee épaules / paroles féminine, classiquef issus / tissus masculine, classiqueg cesse / richesse féminine, équivalenteh hauteurs / explorateurs masculine, classiquei courage / l'orage féminine, classiquej hasard / art masculine, classiquek cavales / intervalles féminine, classiquel pieux / cieux masculine, classiquem pareilles / oreilles féminine, classiquen futurs / mûrs masculine, classiqueo l'aurore / encore féminine, classiquep contenir / avenir masculine, classiqueq l'âme / blâme féminine, classiquer réfléchis / blanchis masculine, classiquea tresses / chasseresses féminine, classiqueb familiers / halliers masculine, classiquec virile / stérile féminine, classiqued animés / aimés masculine, classiquee montagnes / compagnes féminine, classiquef lin / divin masculine, classiqueg déesse / vitesse féminine, classiquea rameaux / animaux masculine, classiqueb s'éclaire / circulaire féminine, classiquec enlacés / tapissés masculine, classiqued meurtrières / clairières féminine, classiquee empreints / reins masculine, classiquef rude / solitude féminine, classiquea forêts / rêts masculine, classiqueb domaines / humaines féminine, classiquec amis / promis masculine, classiqued sombre / nombre féminine, classiquee nid / granit masculine, classiquef fidèle / tire-d'aile féminine, classiqueg sanglier / hallier masculine, classiqueh elle / immortelle féminine, classiquea bois / abois masculine, classiqueb odorante / errante féminine, classiquec main / chemin masculine, classiqued fleuries / chéries féminine, classiquee changeants / diligents masculine, classiquef sauvages / rivages féminine, classiqueg vœux / cheveux masculine, classiqueh effacées / élancées féminine, classiqueb Latone / monotone féminine, classiquec flots / Délos masculine, classiqued sanglantes / plantes féminine, classiquee mystérieux / yeux masculine, classiquea magnanime / sublime féminine, classiqueb universels / immortels masculine, classiquec murmurantes / courantes féminine, classiqued jours / amours masculine, classiquee superbe / l'herbe féminine, classiquef mystérieux / dieux masculine, classiqueg orages / nuages féminine, classiqueh embrassé / glacé masculine, classiquei plaines / haleines féminine, classiquej bataillons / sillons masculine, classiquek blondes / vagabondes féminine, classiquel s'ébranlaient / roulaient masculine, classiquem formidables / insondables féminine, classiquen vents / mouvants masculine, classiqueo pressée / hérissée féminine, classiquep égaux / pelasgos masculine, classiqueq séculaire / colère féminine, classiquea dispersés / percés masculine, classiqueb sèches / flèches féminine, classiquec hennissant / sang masculine, classiqued écumantes / fumantes féminine, classiquee palpitant / combattant masculine, non classiquef l'enfance / offense féminine, classiqueg virils / périls masculine, classiqueh profondes / moribondes féminine, classiquej vestige / tige féminine, classiquea humains / chemins masculine, classiqueb images / rivages féminine, classiquec verts / univers masculine, classiqued vivante / l'épouvante féminine, classiquee effacé / poussé masculine, classiquef nombre / ombre féminine, classiqueg originel / ciel masculine, classiqueh heure / meilleure féminine, classiquei accoutumé / aimé masculine, classiquej éternelle / aile féminine, classiquek dédains / humains masculine, classiquel étreinte / crainte féminine, classiquem sanglants / élans masculine, classiquen redoutable / indomptable féminine, classiqueo l'airain / serein masculine, classiquep l'essence / naissance féminine, classiqueq plutôt / haut masculine, classiques regrets / forêts masculine, classiquet première / lumière féminine, classiqueu pelasgos / Argos masculine, classiquev tutélaire / colère féminine, classiquew immolés / troublés masculine, classiquex fleuries / aguerries féminine, classiquea dévorants / grands masculine, classiqueb Prométhée / agitée féminine, classiquec cieux / mystérieux masculine, classiqued flottante / palpitante féminine, classiquee grondaient / s'épandaient masculine, classiquef nocturne / taciturne féminine, classiqueg venus / d'Uranus masculine, classiqueh cruelle / éternelle féminine, classiquei irrité / épouvanté masculine, classiquej semence / immense féminine, classiquea vengeurs / voyageurs masculine, classiqueb nues / chenues féminine, classiquec pié / effrayé masculine, classiqued irrésistible / paisible féminine, classiquee cieux / audacieux masculine, classiquef Encelade / l'escalade féminine, classiquea l'Hémus / émus masculine, classiqueb s'amoncelle / chancelle féminine, classiquec degrés / éthérés masculine, classiqued s'embrase / écrase féminine, classiquee mains / humains masculine, classiquef vagabonde / monde féminine, classiqueg autels / immortels masculine, classiqueh mobile / habile féminine, classiquea précipité / indompté masculine, classiqueb implacable / l'accable féminine, classiquec foudroyé / pétrifié masculine, classiqued athlétique / granitique féminine, classiquee dur / mûr masculine, classiquef profonde / l'onde féminine, classiqueg vaisseaux / eaux masculine, classiqueh formidables / sables féminine, classiquei l'air / l'éclair masculine, classiquej succombe / tombe féminine, classiquek flots / sanglots masculine, classiquel funestes / célestes féminine, classiquea prodigieux / dieux masculine, classiqueb âme / flamme féminine, classiquec assis / indécis masculine, classiqued neigeuses / orageuses féminine, classiquee tendu / éperdu masculine, classiquef éternelle / elle féminine, classiqueg combats / bas masculine, classiqueh hardie / l'incendie féminine, classiquei épais / paix masculine, classiquej naguères / vulgaires féminine, classiquek tumultueux / noueux masculine, classiquel azurée / l'empyrée féminine, classiquem s'ébranler / s'amonceler masculine, classiquen profondes / mondes féminine, classiqueo jamais / sommets masculine, classiquea êtres / maîtres féminine, classiqueb héros / repos masculine, classiquec éblouissante / puissante féminine, classiqued insulteurs / spectateurs masculine, classiquee eux-mêmes / suprêmes féminine, classiqueb terribles / invisibles féminine, classiquec olympiens / miens masculine, classiqued Lycorée / assurée féminine, classiquee affermis / Artémis masculine, classiquef protège / cortège féminine, classiqueg étouffants / enfants masculine, classiqueh gloire / victoire féminine, classiquei troublés / isolés masculine, classiquej lumière / première féminine, classiquek nom / non masculine, classiquel impalpables / coupables féminine, classiquea mélodieux / dieux masculine, classiqueb indignées / années féminine, classiquec remords / morts masculine, classiqued centenaires / imaginaires féminine, classiquee gardant / ardent masculine, classiquef faute / hôte féminine, classiqueg nourri / chéri masculine, classiqueh immortelle / moelle féminine, classiquei pieux / aïeux masculine, classiquea sublimes / cimes féminine, classiqueb bien-aimé / formé masculine, classiquec tristesse / richesse féminine, classiqued léger / changer masculine, classiquee l'attente / éclatante féminine, classiquef genoux / coups masculine, classiqueg assassine / déracine féminine, classiqueh pins / divins masculine, classiquei pélasgique / héroïque féminine, classiquej pleurs / douleurs masculine, classiquek vie / suivie féminine, classiquel échos / héros masculine, classiquem descendre / cendre féminine, classiquea vénérés / dorés masculine, classiqueb agitée / respectée féminine, classiquec abattu / vertu masculine, classiquea profondes / blondes féminine, classiqueb d'argent / diligent masculine, classiquec balance / silence féminine, classiqued d'Atropos / repos masculine, classiquee gloire / expiatoire féminine, classiquef incliné / né masculine, classiqueg attendrie / patrie féminine, classiqueh yeux / adieux masculine, classiquei justes / augustes féminine, classiquej paternel / solennel masculine, classiquek Nérée / dorée féminine, classiquel dur / l'azur masculine, classiquem envie / ravie féminine, classiquen autrefois / voix masculine, classiqueo livides / avides féminine, classiquep suspendit / maudit masculine, classiquea Musagète / rejette féminine, classiqueb jeux / neigeux masculine, classiquec lire / lyre féminine, classiqued frémi / endormi masculine, classiquee magnanimes / abîmes féminine, classiquef doigts / fois masculine, classiqueg poitrine / s'illumine féminine, classiqueh charmé / enflammé masculine, classiquei inépuisable / sable féminine, classiquej hivers / verts masculine, classiquek palpite / précipite féminine, classiquel velus / irrésolus masculine, classiquem agiles / fragiles féminine, classiquen nu / inconnu masculine, classiqueo rassemble / ensemble féminine, classiquea inspiré / sacré masculine, classiqueb rugissantes / puissantes féminine, classiquec éternel / ciel masculine, classiqued vibrante / mourante féminine, classiquee perdu / entendu masculine, classiquef muette / tête féminine, classiqueg rougeur / songeur masculine, classiqueh étouffée / Orphée féminine, classiquei joyeux / yeux masculine, classiquej Prométhée / restée féminine, classiquek confier / vivifier masculine, classiquel solitaire / terre féminine, classiquea dormants / écumants masculine, classiqueb branches / blanches féminine, classiquec pleurs / fleurs masculine, classiqued révère / sévère féminine, classiquee déclin / orphelin masculine, classiquef précieuses / pieuses féminine, classiqueg révolus / plus masculine, classiqueh permettre / maître féminine, classiquei mortels / autels masculine, classiquej hospitalière / familière féminine, classiquel terminée / enchaînée féminine, classiqueb agité / regretté masculine, classiquec trace / Thrace féminine, classiqued furieux / glorieux masculine, classiquee kyanées / mutinées féminine, classiquef lieux / cieux masculine, classiqueg seconde / monde féminine, classiqueh sanglots / flots masculine, classiquei trempée / frappée féminine, classiquej traîné / couronné masculine, classiquek mûres / murmures féminine, classiquel toi / d'effroi masculine, classiquem Sabasie / saisie féminine, classiquen jeux / orageux masculine, classiqueo larmes / alarmes féminine, classiquea veille / s'éveille féminine, classiqueb flancs / étincelants masculine, classiquec immense / recommence féminine, classiqued pasteurs / hauteurs masculine, classiquee rire / respire féminine, classiquef chansons / moissons masculine, classiqueg divine / devine féminine, classiqueh pas / bas masculine, classiquei pose / éclose féminine, classiquej assiégés / changés masculine, classiquek montagne / compagne féminine, classiquel réjouis / éblouis masculine, classiquem remplie / n'oublie féminine, classiquen serein / souverain masculine, classiqueo serpente / pente féminine, classiquep d'eux / heureux masculine, classiqueq belles / fidèles féminine, classiques naissantes / caressantes féminine, classiquet voix / fois masculine, classiqueu enchaînées / années féminine, classiquev vainqueur / cœur masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
992 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes antiques, Librairie Marc Ducloux, Éditeur, 1852· numérisation Biblio.tic· Sources