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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poèmes antiques, 1852

Souvenir

Charles-Marie Leconte de Lisle· 15 quatrains, octosyllabes, 60 vers

1855.

Le ciel, aux lueurs apaisées,Rougissait le feuillage épais,Et d'un soir de mai, doux et frais,On sentait perler les rosées.

Tout le jour, le long des sentiers,Vous aviez, aux mousses discrètes,Cueilli les pâles violettesEt défleuri les églantiers.

Vous aviez fui, vive et charmée,Par les taillis, en plein soleil ;Un flot de sang jeune et vermeilPourprait votre joue animée.

L'écho d'argent de votre voixAvait sonné sous les yeuses,D'où les fauvettes envieusesRépondaient toutes à la fois.

Et rien n'était plus doux au mondeQue de voir, sous les bois profonds,Vos yeux si beaux, sous leurs cils longs,Étinceler, bleus comme l'onde !

Ô jeunesse, innocence, azur !Aube adorable qui se lève !Vous étiez comme un premier rêveQui fleurit au fond d'un cœur pur !

Le souffle des tièdes nuées,Voyant les roses se fermer,Effleurait, pour s'y parfumer,Vos blondes tresses dénouées.

Et déjà vous reconnaissantÀ votre grâce fraternelle,L'étoile du soir, blanche et belle,S'éveillait à l'est pâlissant.

C'est alors que, lasse, indécise,Rose, et le sein tout palpitant,Vous vous blottîtes un instantDans le creux d'un vieux chêne assise.

Un rayon, par l'arbre adouci,Teignait de nuances divinesVotre cou blanc, vos boucles fines.Que vous étiez charmante ainsi !

Autour de vous les rameaux frêles,En vertes corbeilles tressés,Enfermaient vos bras enlacés,Comme un oiseau fermant ses ailes ;

Ou comme la dryade enfant,Qui dort, s'ignorant elle-même,Et va rêver d'un dieu qui l'aimeSous l'écorce qui la défend !

Nous vous regardions en silence.Vos yeux étaient clos ; dormiez-vous ?Dans quel monde joyeux et douxL'emportais-tu, jeune espérance ?

Lui disais-tu qu'il est un jourOù, loin de la terre natale,La vierge, d'une aile idéale,S'envole au ciel bleu de l'amour ?

Qui sait ? L'oiseau sous la feuilléeHésite et n'a point pris l'essor,Et la dryade rêve encor…Un dieu ne l'a point éveillée !

Versification

Forme
15 quatrains (quatrains)
Rimes
15(abba)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
15 quatrains
Mots à la rime
a apaisées / rosées féminine, classiqueb épais / frais masculine, classiquea sentiers / églantiers masculine, classiqueb discrètes / violettes féminine, classiquea charmée / animée féminine, classiqueb soleil / vermeil masculine, classiquea voix / fois masculine, classiqueb yeuses / envieuses féminine, classiquea monde / l'onde féminine, classiqueb profonds / longs masculine, classiquea azur / pur masculine, classiqueb lève / rêve féminine, classiquea nuées / dénouées féminine, classiqueb fermer / parfumer masculine, classiquea reconnaissant / pâlissant masculine, classiqueb fraternelle / belle féminine, classiquea indécise / assise féminine, classiqueb palpitant / instant masculine, classiquea adouci / ainsi masculine, classiqueb divines / fines féminine, classiquea frêles / ailes féminine, classiqueb tressés / enlacés masculine, classiquea enfant / défend masculine, classiqueb elle-même / l'aime féminine, classiquea silence / espérance féminine, classiqueb dormiez-vous / doux masculine, classiquea jour / l'amour masculine, classiqueb natale / idéale féminine, classiquea feuillée / éveillée féminine, classiqueb l'essor / encor masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes antiques, Librairie Marc Ducloux, Éditeur, 1852· numérisation Biblio.tic· Sources