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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poèmes barbares, 1862

La dernière Vision

Charles-Marie Leconte de Lisle· 11 quatrains, alexandrins, 44 vers

Un long silence pend‖ de l'immobile nue.La neige, bossuant‖ ses plis amoncelés.Linceul rigide, étreint‖ les océans gelés.La face de la terre‖ est absolument nue.

Point de villes, dont l'âge‖ a rompu les étais,Qui s'effondrent par blocs‖ confus que mord le lierreDes lieux où tournoyait‖ l'active fourmilièrePas un débris qui parle‖ et qui dise : J'étais !

Ni sonnantes forêts,‖ ni mers des vents battues.Vraiment, la race humaine‖ et tous les animauxDu sinistre anathème‖ ont épuisé les maux.Les temps sont accomplis :‖ les choses se sont tues.

Comme, du faîte plat‖ d'un grand sépulcre ancien,La lampe dont blêmit‖ la lueur vagabonde,Plein d'ennui, palpitant‖ sur le désert du monde,Le soleil qui se meurt‖ regarde et ne voit rien.

Un monstre insatiable‖ a dévoré la vie.Astres resplendissants‖ des cieux, soyez témoins !C'est à vous de frémir,‖ car ici-bas, du moins,L'affreux spectre, la goule‖ horrible est assouvie.

Vertu, douleur, pensée,‖ espérance, remords,Amour qui traversais‖ l'univers d'un coup d'aile,Qu'êtes-vous devenus ?‖ L'âme, qu'a-t-on fait d'elle ?Qu'a-t-on fait de l'esprit‖ silencieux des morts ?

Tout ! tout a disparu,‖ sans échos et sans traces,Avec le souvenir‖ du monde jeune et beau.Les siècles ont scellé‖ dans le même tombeauL'illusion divine‖ et la rumeur des races.

O soleil ! vieil ami‖ des antiques chanteurs,Père des bois, des blés,‖ des fleurs et des rosées,Éteins donc brusquement‖ tes flammes épuisées,Comme un feu de berger‖ perdu sur les hauteurs.

Que tardes-tu ? La terre‖ est desséchée et morte :Fais comme elle, va, meurs !‖ Pourquoi survivre encor ?Les globes détachés‖ de ta ceinture d'orVolent, poussière éparse,‖ au vent qui les emporte.

Et, d'heure en heure aussi,‖ vous vous engloutirez,O tourbillonnements‖ d'étoiles éperdues,Dans l'incommensurable‖ effroi des étendues,Dans les gouffres muets‖ et noirs des cieux sacrés !

Et ce sera la Nuit‖ aveugle, la grande OmbreInforme, dans son vide‖ et sa stérilité,L'abîme pacifique‖ où gît la vanitéDe ce qui fut le temps‖ et l'espace et le nombre.

Versification

Forme
11 quatrains (quatrains)
Rimes
11(abba)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a nue féminine, classiqueb amoncelés / gelés masculine, classiquea étais / J'étais masculine, classiqueb lierre / fourmilière féminine, classiquea battues / tues féminine, classiqueb animaux / maux masculine, classiquea ancien / rien masculine, classiqueb vagabonde / monde féminine, classiquea vie / assouvie féminine, classiqueb témoins / moins masculine, classiquea remords / morts masculine, classiqueb d'aile / d'elle féminine, classiquea traces / races féminine, classiqueb beau / tombeau masculine, classiquea chanteurs / hauteurs masculine, classiqueb rosées / épuisées féminine, classiquea morte / emporte féminine, classiqueb encor / d'or masculine, classiquea engloutirez / sacrés masculine, classiqueb éperdues / étendues féminine, classiquea Ombre / nombre féminine, classiqueb stérilité / vanité masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes barbares, Librairie Alphonse Lemerre, Paris, 1889· numérisation gallica.bnf.fr· Sources