Vers de vase, 1906· Chansons de pêche
Le ver de vase
AIR : A Montparnasse.
I
Pour quel objet, — bon pour pêcher.En dix couplets vais-je enfourcherLe vieux coursier nommé Pégase ?Le ver de vase !
II
Quand il est frais et bien grouillantDans sa boîte, au soleil brillant,Qui vous fait tomber en extase ?Le ver de vase !
III
Dans la terre glaise au ton bisIl scintille comme un rubis,Je le dis sans faire de phrase,Le ver de vase !
IV
Et qu’il a de belles façonsQuand, sur le bout des hameçons,Gentiment, il fait du gymnase !Le ver de vase !
V
Et lorsque cette larve éclot,Qui donc se transforme aussitôtEn insecte aux ailes de gaze ?Le ver de vase !
VI
La brème en fait son aliment,Il faut voir comme avidementDans sa gueule étroite elle écraseLe ver de vase !
VII
Le goujon, poisson délicat,Sans hésiter en fait son plat ;Jamais l’ablette ne se blaseDu ver de vase !
VIII
Ver précieux pour nos appâts,Pour qu’on ne te détruise pas,Je veux qu’on décrète un ukase,O ver de vase !
IX
Car, ô pêcheur ! Tu le sais bien,Sans ver de vase on ne prend rien ;Toute bonne amorce a pour baseLe ver de vase !
X
Je pourrais te chanter longtempsMais, vois-tu, je n’ai pas le tempsEt je n’ai plus de rime en azeO ver de vase !
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vers de vase, Paris, BORNEMANN, ÉDITEUR, 1906· numérisation gallica.bnf.fr· Sources